Amour, Émotion, Drame, Suspense

Sous les rênes du mensonge…

de Lucie Delacroix
Broché – 3 janvier 2026
Éditeur : Auto-édition

Un roman contemporain pour les amoureux des chevaux, un cadre idyllique où tous sont finalement suspects…

Quand Jeanne arrive au Haras des Cullayes, niché au creux des montagnes suisses, elle pense vivre un rêve éveillé. Passionnée d’équitation, elle a décroché un stage dans un établissement prestigieux.
Mais derrière les crins lustrés, au cœur des sentiers alpins, l’ombre rôde. Alors que le poison se répand, l’idylle se fissure : dans ce haras d’élite où chacun cache ses blessures, tout cavalier devient suspect, même le plus séduisant…
Tandis que la menace se précise, Jeanne s’engage dans une quête aussi dangereuse que nécessaire. Ce qu’elle découvrira entre les berges du lac Léman remettra en cause bien plus que sa présence au haras…

Dans la lignée de Françoise Bourdin, plongez au cœur de secrets de famille bien gardés, mis en lumière dans l’univers équestre.

Retrouver la plume de Lucie Delacroix, c’est chaque fois retrouver cette sensation rare d’être happé dès les premières pages. Avec Sous les rênes du mensonge…, j’ai une nouvelle fois plongé dans un roman difficile à lâcher, quelque part entre le suspense, la romance et les blessures du passé.

Cette fois, l’autrice nous entraîne au cœur des paysages suisses, entre montagnes majestueuses, pâturages et lac Léman. Un décor magnifique, presque apaisant, qui contraste avec la tension qui s’installe peu à peu au fil des chapitres.

J’ai beaucoup aimé suivre Jeanne, jeune cavalière passionnée, déterminée et profondément attachante. Lorsqu’elle intègre un prestigieux haras, tout semble enfin lui sourire. Mais très vite, derrière les regards, les silences et les rivalités, quelque chose se fissure. Des doutes apparaissent, des secrets remontent à la surface et Jeanne se retrouve malgré elle entraînée dans une quête de vérité aussi troublante que dangereuse.

Lucie maîtrise parfaitement cet équilibre entre émotion et suspense. Les révélations arrivent au bon moment, l’enquête prend de l’ampleur sans jamais perdre son intensité, et les pages défilent avec une facilité déconcertante. J’ai particulièrement aimé l’immersion dans l’univers équestre. On sent l’amour des chevaux, la passion du travail au haras, mais aussi toute la fragilité humaine qui se cache derrière les apparences.
Les personnages secondaires apportent eux aussi beaucoup de profondeur au récit, notamment Marie, dont la bienveillance m’a énormément touché.

Ce roman parle autant des mensonges que des cicatrices invisibles, des secrets de famille et des traumatismes enfouis. Et c’est sans doute ce qui rend cette lecture aussi prenante, car pour moi, derrière le suspense, il y a une vraie émotion.

Une lecture addictive, immersive et profondément humaine, qui confirme une fois encore tout le talent de Lucie Delacroix.

Je remercie le destin d’avoir croisé nos chemins !

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Extraits :

« Jeanne les entendait s’affairer autour d’elle. La voix angoissée de sa mère, se voulant rassurante. Des bribes de conversation vaguement interceptées entre deux phases de pseudo réveil ces derniers temps, que personne n’avait perçues. Elle n’arrivait pas à bouger jusqu’alors, seuls ses organes semblaient fonctionner. À présent, ses doigts agrippaient le drap de son lit d’hôpital et ses yeux commençaient à s’ouvrir. »

« Jeanne démontait scrupuleusement chaque partie des filets de la sellerie afin de les nettoyer, lorsqu’elle entendit des bruits de pas derrière elle. Elle se retourna et découvrit un homme en tenue d’équitation dans l’embrasure de la porte. Ses yeux vert émeraude captèrent instantanément les siens. Elle avait rarement été plongée dans un regard aussi profond que le sien.
Le cavalier semblait scanner la moindre de ses pensées, comme s’il parvenait à déchiffrer chacune de ses émotions à l’instant T. Elle se sentit rougir, presque mise à nu. »

« Très studieuse, assidue en classe et à ses devoirs, elle avait excellé à tous les diplômes passés, au détriment de sa vie sociale. En effet, elle sortait peu, alors que ses camarades cumulaient les soirées en discothèque. Elle avait souvent porté l’étiquette d’intello ou fayotte auprès des professeurs. C’est la raison pour laquelle elle avait peu d’amis, sinon ceux du club d’équitation. Ce que les autres ignoraient, c’est qu’elle aspirait à une meilleure situation que celle de ses parents. Elle ne faisait pas tous ces efforts pour se faire bien voir, elle refusait seulement d’avoir un travail alimentaire. »

« Enfin… Au moins deux mois que Thomas n’était pas sorti.
Cette soirée lui ferait le plus grand bien. Avec tout le travail qu’ils avaient abattu, l’arrivée et la formation des deux stagiaires, l’équipe n’avait pas pu libérer une seule soirée pour sortir. Thomas était sur les nerfs. Il avait besoin de relâcher la pression, de s’amuser un peu. Non pas qu’il regrettait d’avoir embauché les deux jeunes femmes, au contraire, leur aide ne serait pas de trop. Mais cela représentait toujours une part de stress supplémentaire, une certaine appréhension. Seraient-elles à la hauteur de leurs exigences ? Ne s’étaient-ils pas trompés de personnes? N’avaient-ils pas eu tort de leur confier tel animal ou telle mission ? »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !
https://leressentidejeanpaul.com/2025/11/12/les-flammes-de-lautre-rive/

J’avais raison d’y croire (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/12/09/javais-raison-dy-croire/

Et si un jour on se manque… (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2026/03/17/et-si-un-jour-on-se-manque/

Émotion, Polar, Psychologie, Suspense

Police

de Hugo Boris
Poche – 7 septembre 2017
Éditeur : Pocket

“Ferme les yeux et pense à la France.” C’est une blague qu’on se lance, entre flics, quand il faut faire le sale boulot. Déjà épuisés par la routine des violences, trois gardiens de la paix se voient confier une mission inhabituelle. Une reconduite à la frontière. À Roissy. De là, le réfugié tadjik qu’ils escortent s’envolera pour une mort certaine.
Dans le huis clos de la voiture sérigraphiée : quatre corps, quatre consciences, quatre tragédies personnelles. Suffit-il vraiment d’ouvrir les yeux pour changer le monde ?

“Un roman bouleversant.”
Bernard Poirette – RTL

“POLICE ne dénonce pas, n’impose rien, mais se place à hauteur de ces hommes et de cette femme qui s’agrippent comme ils peuvent au quotidien pour tenir et avancer.”
Christine Ferniot – L’Express

Cet ouvrage a reçu le prix Eugène Dabit du roman populiste et le Prix des Lycéens et Apprentis de la région PACA.

J’avais lu Police d’Hugo Boris à sa sortie, il y a bientôt dix ans, et j’en gardais un souvenir fort. À l’approche de ma rencontre avec l’auteur dans quelques jours, j’ai eu envie de me replonger dans ce roman. Et je n’ai absolument pas été déçu.

Tout commence avec trois policiers, Virginie, Erik et Aristide.
Trois collègues, trois personnalités, trois vies très différentes. Virginie, seule femme du groupe, mariée, mère d’un jeune enfant et enceinte d’Aristide, semble perdue dans ses propres contradictions. Aristide, lui, s’accroche maladroitement à cet amour impossible. Quant à Erik, chef de groupe fatigué mais profondément humain, il apparaît comme une sorte de figure paternelle, celui qui tente encore de maintenir un équilibre moral.

Leur mission paraît simple, conduire un réfugié tadjik jusqu’à l’aéroport de Roissy afin de l’expulser. Mais très vite, ce trajet de quelques kilomètres va devenir un véritable séisme intérieur. Car le dossier de cet homme est clair. S’il retourne dans son pays, la mort l’attend probablement.

Et soudain, tout vacille.
À travers ce huis clos tendu et presque étouffant, Hugo Boris nous plonge dans la conscience de ces trois policiers. Chacun raconte sa vision du métier, ses convictions, ses blessures, ses doutes aussi. Derrière l’uniforme, il y a des êtres humains. Des hommes et des femmes qui appliquent les lois, certes, mais qui restent traversés par leurs émotions, leurs valeurs et leur propre morale.

Ce qui m’a profondément touché, c’est cette manière qu’a l’auteur de faire naître le doute presque silencieusement. Une mission ordinaire devient peu à peu une question de conscience. Jusqu’où peut-on obéir ? À partir de quand désobéir devient-il un acte profondément humain ?

Je m’étais demandé lors de ma première lecture ce que j’aurais fait à leur place. Aujourd’hui, je le sais.
Et c’est là toute la force de ce roman. Il nous oblige à nous interroger nous-mêmes. Hugo Boris ne juge jamais ses personnages. Il les regarde avec empathie, avec nuance, et nous laisse seuls face à nos propres contradictions.
L’écriture est sobre, précise, terriblement efficace. En quelques pages, l’auteur construit un roman choral d’une grande intensité émotionnelle, où chaque silence, chaque hésitation, chaque regard semble peser lourd.

Police est bien plus qu’un simple roman sur les forces de l’ordre. C’est un récit profondément humain sur la loyauté, la conscience et la désobéissance. Une lecture tendue, sensible et bouleversante.

Et vous… qu’auriez-vous fait à leur place ?

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Extraits :

« Le sang sur son treillis n’est pas le sien. Elle est intervenue sur une bagarre plus tôt dans la journée, se sera salie à cette occasion. Elle est seule dans le vestiaire, debout à côté du lavabo, jambes nues sur le carrelage, à fouiller parmi les pantalons de son casier.
Elle en passe un premier qui lui arrive à mi-ventre. Elle sait que le poids du ceinturon, de l’arme, du chargeur, des menottes et de la matraque fera redescendre le treillis au niveau des hanches. L’entrejambe traînera à mi-cuisse, si bas qu’elle aura l’air de porter un baggy, alors elle le laisse glisser à ses pieds, en pioche un autre dans la pile. »

« Elle envoie un message à Thomas, prévient qu’elle rentrera tard, rappelle de donner à Maxence ses gouttes de vitamine D et de lui plâtrer les fesses d’Aloplastine.
Elle s’était promis que sa vie ne changerait pas radicalement, qu’elle garderait du temps pour elle, ne se laisserait pas déborder. Sa mère, ses tantes, ses amies, peut-être, parce qu’elles avaient manqué de vigilance.
Mais elle n’y a pas coupé, elle non plus, sa vie a été retournée comme un sac. »

« Monsieur le Directeur,
Je tiens à porter à votre connaissance les difficultés d’interprétariat que j’ai rencontrées lors de ma convocation. Je précise que j’avais demandé à être entendu en tadjik, qui est ma langue maternelle. À l’entretien, l’interprète était un Ouzbek, je m’en suis rendu compte dès les premières phrases échangées et j’en ai été déstabilisé. Il maîtrisait mal la langue tadjike, ce qui m’a empêché de saisir précisément les questions qui m’étaient posées par l’officier. Je ne comprenais pas certaines tournures de phrases, des expressions entières. Je lui répondais en tadjik mais je ne vois pas comment il a pu traduire correctement mes réponses. »

Hugo Boris est un écrivain français.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Bordeaux et de l’École nationale supérieure Louis-Lumière, il travaille dans une école de cinéma le jour et écrit la nuit.

En 2003, il est remarqué par sa nouvelle « N’oublie pas de montrer ma tête au peuple », publiée au Mercure de France, qui remporte le prix du jeune écrivain.

Son premier roman, « Le baiser dans la nuque » (Belfond, 2005), a été sélectionné au festival de Chambéry et a remporté le prix Emmanuel-Roblès 2006, remis par les membres du jury Goncourt.

« La délégation norvégienne », son deuxième roman (Belfond, 2007), a reçu le premier prix littéraire des Hebdos en Région 2008.

En 2010 paraît « Je n’ai pas dansé depuis longtemps ». L’ouvrage a été récompensé par le prix Amerigo-Vespucci et a été finaliste de nombreux prix, dont le Grand Prix RTL-Lire, le prix Landerneau, et le prix Françoise-Sagan.

Publié en 2013, « Trois grands fauves » est retenu dans la sélection finale du Prix du roman Fnac.

En 2016, son roman « Police » est publié chez Grasset. Il est sélectionné pour le premier Prix Patrimoines, et remporte le Prix Eugène-Dabit du roman populiste 2016 ainsi que le Prix littéraire des lycéens et apprentis de la région PACA 2018. Traduit dans plusieurs pays, « Police » est adapté au cinéma par Anne Fontaine en 2020, avec Omar Sy et Virginie Efira.

Hugo Boris a également réalisé une dizaine de films courts et a travaillé comme assistant réalisateur sur des documentaires.

Drame, Fantastique, Polar, Suspense, Terroir, Violence

Sur la dalle

de Fred Vargas
Poche – 29 mai 2024
Éditeur : J’ai lu

– Le dolmen dont tu m’as parlé, Johan, il est bien sur la route du petit pont ?
– À deux kilomètres après le petit pont, ne te trompe pas. Sur ta gauche, tu ne peux pas le manquer. Il est splendide, toutes ses pierres sont encore debout.
– Ça date de quand, un dolmen ?
– Environ quatre mille ans.
– Donc des pierres pénétrées par les siècles. C’est parfait pour moi.
– Mais parfait pour quoi ?
– Et cela servait à quoi, ces dolmens ? demanda Adamsberg sans répondre.
– Ce sont des monuments funéraires. Des tombes, si tu préfères, faites de pierres dressées recouvertes par de grandes dalles. J’espère que cela ne te gêne pas. – En rien. C’est là que je vais aller m’allonger, en hauteur sur la dalle, sous le soleil.
– Et qu’est-ce que tu vas foutre là-dessus ?
– Je ne sais pas, Johan.

Avec Sur la dalle, Fred Vargas m’a une nouvelle fois entraîné dans un univers singulier, mais cette fois, Adamsberg quitte Paris pour rejoindre la Bretagne et le mystérieux village de Louviec, une petite bourgade millénaire qui devient bien plus qu’un simple décor, un personnage à part entière.

Dès les premières pages, j’ai senti l’atmosphère particulière des lieux m’envelopper. Les ruelles pavées, les maisons de granit, les voûtes romanes, les auberges aux allures de cloîtres… chaque pierre semble porter en elle le poids des siècles et des légendes. Fred Vargas utilise l’histoire locale avec une habileté fascinante pour construire son intrigue. Ici, il est question d’un fantôme boiteux dont la jambe de bois résonne sur les pavés avant chaque mort annoncée. Et forcément, impossible pour moi de résister à une ambiance aussi étrange et envoûtante.

Comme toujours chez l’auteure, j’ai retrouvé cette galerie de personnages incroyablement travaillés, parfois décalés, souvent touchants, profondément humains. Qu’ils soient attachants ou franchement agaçants, chacun possède ses failles, ses manies. Entre un sosie parfait de Chateaubriand et un bossu qui a perdu sa bosse, l’autrice s’amuse avec ses personnages tout en leur donnant une véritable profondeur.

Et puis il y a Adamsberg… ce commissaire nonchalant, intuitif, presque lunaire, que j’aime tant, au fil des enquêtes. J’ai retrouvé avec bonheur sa manière unique de réfléchir, de « pelleter les nuages », comme il le dit lui-même. À ses côtés, quelques membres emblématiques de son équipe reviennent également, notamment l’inoubliable Retancourt, toujours aussi impressionnante et définitivement ma préférée.

Ce que j’apprécie particulièrement chez Fred, c’est cet équilibre subtil entre intrigue policière, humour discret et immense humanité. Au-delà du crime à résoudre, elle raconte avant tout des histoires d’hommes et de femmes, avec leurs blessures, leurs contradictions et leurs secrets. Tout semble délicieusement alambiqué, les pistes se croisent, les intrigues s’entremêlent, et pourtant tout finit par trouver sa place avec une précision remarquable.

J’ai été captivé du début à la fin. Une fois encore, elle m’a promené là où elle le voulait sans jamais me laisser deviner l’identité du coupable. Et comme souvent avec ses romans, j’ai presque regretté que l’enquête se termine tant je me sentais bien dans cet univers étrange et familier à la fois.

Pour les lecteurs déjà amoureux d’Adamsberg, “Sur la dalle” est un vrai plaisir. Et pour ceux qui ne connaissent pas encore le commissaire le plus atypique du polar français, je conseillerais peut-être de commencer par ses premières enquêtes afin de savourer pleinement l’évolution de cette équipe hors norme.

Une lecture immersive, mystérieuse et profondément humaine, portée par une plume inimitable.

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Extraits :

« D’emblée, Adamsberg détesta ce type qui s’arrogeait tous les privilèges et la morgue de la richesse. Son visage lui déplaisait. C’était un type dur et arrogant, mince et de haute taille, qui les dévisageait de manière implacable pardessus ses verres cerclés d’or.
– Suivez-moi, je n’ai que quelques minutes à vous consacrer.
– Mais nous, dit Adamsberg en bloquant sa marche, nous avons besoin de plus que quelques minutes pour vous parler. »

« Adamsberg souriait. Qu’on le considère comme étrange – encore qu’il n’ait jamais bien compris pourquoi – ne le gênait en rien, mais croiser sur sa route d’autres dérèglements manifestes lui plaisait. Au moins n’était-il pas seul à “pelleter des nuages”. »

« Ici par exemple, beaucoup croient dur comme fer que si quelqu’un marche sur son ombre, et particulièrement la tête, cela porte atteinte à l’intégrité de ton âme et, à la longue, te fait mourrir. Beaucoup d’autres, la majorité, en rigolent et s’amusent à traverser les ombres. Des enfants surtout, qui jouent en groupe à sauter dessus jusqu’à ce qu’ils soient chassés à coups de claques. »

« Non, sa patience ne tiendra pas la route. Il doit la tuer, il veut tuer. Et pour satisfaire cette pulsion, il dressera un plan anti-flics et il commettra une erreur, l’erreur à ne pas faire. Si la prochaine victime vit au village, il est bloqué mais il tente audacieusement le coup. Et il est cuit. Si elle vit hors de Louviec, il se heurte au cordon de sécurité. Il devra donner son nom en sortant et en rentrant, et il se trahit. »

« Il s’ennuyait, très visiblement, mais ses collègues ne s’en inquiétaient pas, sachant depuis longtemps que le commissaire était très capable de vivre l’ennui sans que cela l’ennuie. »

Fred Vargas est née en 1957, il s’agit là de son nom de plume pour l’écriture de romans policiers. Passionnée d’archéologie, pendant toute sa scolarité, elle ne cesse d’effectuer des fouilles. Elle suit des études d’histoire, s’intéresse premièrement à la Préhistoire puis choisit d’orienter son parcourt sur le Moyen-Âge.

Fred Vargas a quasiment créé un genre romanesque : le Rompol. Avec 13 romans à son actif, tous parus aux Éditions Viviane Hamy, elle a été primée à plusieurs reprises notamment pour Pars vite et reviens tard qui se voit récompensé du Grand Prix des Lectrices de ELLE en 2002, du Prix des libraires et du Deutscher Krimipreis (Allemagne). Fred Vargas a su créer des personnages étonnants et attachants. Le plus célèbre des commissaires vargassiens, Jean-Baptiste Adamsberg, et son acolyte, Adrien Danglard, constituent des personnages récurrents des ouvrages de l’auteur. Les livres de Fred Vargas sont traduits dans une quarantaine de pays et sont adaptés au cinéma ou la télévision.

Médiéviste et titulaire d’un doctorat d’histoire, Fred Vargas est chercheuse en Histoire et Archéologie au CNRS. Primés à plusieurs reprises, traduits dans plus de quarante langues, ses romans policiers sont des best-sellers en France comme en Allemagne et en Italie.

Bouffée d'oxygène, Humour, Polar, Psychologie, Suspense

Spritz, cadavres et chocolats

de Juliette Sachs
Poche – 21 mai 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Un cocktail d’humour et de suspense, addictif et explosif.

Entre son incapacité chronique à garder un emploi plus de six mois et ses relations amoureuses catastrophiques, Emma, 30 ans, semble plus proche de l’adolescente rebelle que de l’adulte responsable.
Désespérée, sa mère multiplie les ruses pour lui présenter de potentiels soupirants. Tout dérape le jour où deux d’entre eux sont retrouvés morts dans de mystérieuses circonstances. Pour la police de ce petit coin de Normandie, le doute n’est pas permis, Emma est la suspecte numéro un.
Déterminée à prouver son innocence, la jeune femme se transforme en détective amateur. Mais avec un inspecteur Verdin aussi inflexible que psychorigide et une famille omniprésente, l’affaire s’annonce corsée… et sérieusement mouvementée.

Avec ce cosy mystery à la française, Juliette Sachs signe la première enquête d’Emma Cordier, une héroïne drôle et délicieusement imparfaite.

Lorsque les éditions Taurnada m’ont proposé Spritz, cadavres et chocolats de Juliette Sachs, un détail a immédiatement éveillé ma curiosité, ce fameux terme de “cosy mystery”. Je dois bien l’avouer, avant même d’ouvrir le livre, j’avais déjà un premier mystère à résoudre !

Dès les premières pages, je suis tombé sous le charme de la plume de Juliette Sachs. Drôle, lumineuse, vive, mais aussi pleine de sensibilité. Très vite, je me suis laissé embarquer dans cette histoire fraîche et pétillante portée par Emma, héroïne aussi attachante qu’exubérante. Le choix du récit à la première personne fonctionne parfaitement. J’ai eu l’impression d’entrer immédiatement dans la tête d’Emma, de partager ses pensées, ses maladresses, ses angoisses et surtout son humour. Impossible de ne pas sourire devant ses réactions souvent excessives, mais tellement humaines.
Emma est une trentenaire qui cherche encore sa place dans la vie. Elle enchaîne les petits boulots, refuse de rentrer dans les cases, et voit avec lassitude sa mère organiser pour elle des rendez-vous amoureux plus catastrophiques les uns que les autres.

Sa mère, justement… quel personnage !
Envahissante, autoritaire, persuadée que sa fille finira vieille fille si elle ne lui trouve pas rapidement un mari “convenable”. Entre elles, les étincelles sont constantes, et j’avoue avoir pris énormément de plaisir à assister à leurs échanges savoureux.

Mais lorsque deux hommes présentés par sa mère quelques jours plus tôt sont retrouvés morts, tout bascule brutalement. Emma devient rapidement la suspecte idéale.
Pour éviter la catastrophe, elle décide alors de mener sa propre enquête, souvent de manière totalement improvisée. Et bien sûr, les situations absurdes, les quiproquos et les catastrophes s’enchaînent avec un naturel désarmant.

Heureusement, l’inspecteur Verdin entre dans la danse. Sérieux, méthodique, parfois franchement agaçant, il apporte un contrepoint parfait à l’énergie débordante d’Emma. Leur duo fonctionne à merveille et donne au récit un rythme particulièrement dynamique.

J’ai adoré cette ambiance cosy où l’humour côtoie le mystère sans jamais tomber dans la caricature. L’intrigue reste légère mais suffisamment bien construite pour maintenir le suspense jusqu’au bout et quel suspense !

Les dialogues sont savoureux, les personnages hauts en couleur, et l’ensemble dégage une énergie communicative.
Spritz, cadavres et chocolats est exactement le genre de lecture qui fait du bien. Drôle, entraînante, pleine de charme et terriblement addictive.

Un vrai moment de plaisir que je n’ai pas vu passer, une belle découverte…
Un grand merci à Joël Maïssa de Taurnada éditions !

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Extraits :

« Qu’ai-je bien pu faire de mal dans une vie antérieure pour naître dans une famille aussi cinglée ? J’égorgeais des chatons les soirs de pleine lune ? Ou alors j’ai buté une licorne. Il y a forcément une explication. »

« En désespoir de cause, je me relève et arpente ma prison de long en large. Si le dictionnaire a besoin d’une illustration pour l’expression « tourner comme un lion en cage », on peut afficher ma photo. »

« – Je peux vous demander de m’expliquer ce que vous faites sur cette fenêtre ?
– Je rentre chez moi.
– Par la fenêtre ?
– Eh bien, oui, par la fenêtre. Depuis quand les portes sont-elles devenues le seul mode d’entrée autorisée ?
La tête du gars me chiffonne et il me fixe comme si je venais de lui expliquer que la terre était plate. »

« Décidément, ce type me plait. Je crois qu’il pourrait bien être mon prochain ex. »

Juliette Sachs habite en région parisienne, mais demeure très attachée à la Bretagne dont sa famille maternelle est originaire. Après des études de droit à Assas, elle exerce le métier de juriste dans une grande entreprise. Elle a également travaillé quelques années dans le domaine de l’innovation.

Depuis toute petite, elle dévore tous les livres qui lui passent sous la main, avec une préférence pour les romans à suspense et les comédies. C’est donc tout naturellement qu’elle a décidé en 2017 de se lancer dans l’écriture de son premier roman On n’attire pas les hirondelles avec du vinaigre (2019), une comédie romantique, mêlant l’humour et le suspense. Elle récidive ensuite avec plusieurs autres romans édités entre autre chez Harper Collins et City éditions. En 2023, elle publie aux éditions Eyrolles Petits mystères en campagne, un roman mêlant le genre feel-good et le cosy mystery.

Outre les livres, elle est également passionnée par les nouvelles technologies et la photographie.

Juliette Sachs partage son temps entre la région parisienne et la Normandie.

Page Facebook :
http://www.facebook.com/JulietteSachs.auteure

Humour, Polar, Psychologie, Suspense

Noir Poker Blanches Colombes

de Alain Tardits
Broché – 15 avril 2026
Éditeur : Phare et Lampions

Décembre 1983, de retour de Thaïlande, Frédéric Taquin se voit comme un miraculé : il a perdu vingt kilos au bas mot, sa santé et sa confiance, mais a sauvé sa peau. Mieux, il est revenu à Paris avec la jeune danseuse qui l’a tiré d’un sacré bourbier. Leur idylle lui permet de reprendre pied dans son agence de détectives. Il enchaîne les affaires courantes : adultères, soupçons d’arnaques, fraudes, etc.
Lorsqu’une dame « de la haute » frappe à sa porte, c’est pour un tout autre type de mission.
Son fils n’a plus donné signe de vie depuis plusieurs mois. Fuyant la justice française, il s’est réfugié là où le rêve américain commence pour certains et se termine pour beaucoup d’autres : Las Vegas.
Notre détective y débarque avec très peu d’atouts dans son jeu : de rares contacts qui s’en foutent, des pistes en forme d’impasses et une aversion pour les joueurs de poker. Dans cette ville de tous les contrastes, il croise une galerie de personnages dubitatifs qui comprendront à leurs dépens qu’il n’a pas fait le voyage pour rien.
Les States sont prévenus et n’ont qu’à bien se tenir : Frédy Taquin is back !

Retrouvez Frédy Taquin dans une nouvelle enquête aventureuse,
où embrouilles, dépaysement et humour sont de nouveau au rendez-vous !

J’ai découvert la plume de Alain Tardits en août dernier avec Un escroc dans les klongs, un polar qui m’avait surpris par son ton incisif, ses dialogues mordants et cet humour à contre-courant. Une vraie bouffée d’air dans un genre parfois trop balisé.

Alors forcément, quand Élias Achkar m’a proposé de découvrir la suite : Noir Poker Blanches Colombes, je n’ai pas hésité longtemps. J’avais envie de retrouver Frédéric Taquin, ce détective privé un peu cabossé, et de voir jusqu’où il pouvait encore aller.

Je le retrouve à Paris en décembre 1983, revenu de Thaïlande, marqué, fatigué, mais debout. À ses côtés, une danseuse qui semble vouloir lui offrir autre chose, une forme d’échappée. Lui, pourtant, reprend le fil de sa vie, bancal, presque résigné… jusqu’à ce qu’une nouvelle affaire le pousse à repartir.
Direction Las Vegas, là où tout lui paraît possible. Une disparition. Le fils d’un député. Peu d’indices. Et cette impression constante d’entrer dans une partie où tout le monde connaît déjà les règles… sauf lui.

Très vite, je sens que rien ne sera simple. À Las Vegas, chacun joue un rôle. Chacun bluffe. Et Taquin, lui, avance autrement. Il ne cherche pas à briller. Il encaisse, il doute, il s’accroche. Il avance à sa manière, lentement, parfois à contretemps. Et c’est précisément ce qui le rend profondément humain.
Ce qui me marque, c’est cette façon qu’a l’auteur de détourner les codes du polar. Oui, l’enquête est là, solide. Mais elle est traversée par une ironie sèche, quasi constante, presque désabusée. Les personnages sont troubles, jamais là où on les attend. Et moi, lecteur, je me laisse prendre dans ce jeu d’ombres où rien n’est totalement fiable. Frédéric Taquin n’est pas un héros. Il ne cherche pas à l’être. C’est un survivant. Et dans cet univers, ça change tout.

Certains lecteurs trouveront peut-être que le récit souffre de quelques longueurs. Pour ma part, je ne partage pas cet avis.
Au contraire, je pense que ces passages plus étirés, qu’ils soient intentionnels ou non de la part de l’auteur, insufflent un rythme particulier à l’intrigue. L’écriture frappe quand il le faut, ralentit quand c’est nécessaire, elle est précise, tendue et épouse parfaitement le rythme du récit, un rythme qui lui correspond parfaitement.
Je me laisse porter par cette ambiance noire et poisseuse, entre un Paris fatigué et un Las Vegas presque irréel. Je croise une galerie de personnages étranges, parfois dérangeants, mais qui restent crédibles. Et je reste accroché à ce fil, discret mais solide, qui ne cherche jamais l’esbroufe. Je referme ce roman avec le sentiment d’avoir vécu une enquête à hauteur d’homme. Une histoire qui mise sur l’atmosphère, sur les failles, sur la psychologie plus que sur le spectaculaire.
Je valide pleinement ce second opus, qui peut d’ailleurs se lire indépendamment du premier sans difficulté.

Un polar noir comme je les aime, rugueux, sincère, habité.

Merci à Élias Achkar pour cette lecture, et à Alain Tardits pour cette suite que je n’aurais vraiment pas voulu manquer.

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Extraits :

« À part mes os, comme je l’ai déjà dit, je n’ai rien sauvé de cette mission. Seulement la frousse me colle à la peau, en s’y incrustant. Au bout d’une quinzaine de minutes, des passagers attrapent leurs valises avec entrain. Coup d’œil circulaire, aucun espion en vue, on bouge. Naga a la moitié de mon âge et je sens qu’elle me trouve ridicule. Loin de partager son insouciance, moite de sueur, je m’approche de l’ultime barrière : un groupe de gendarmes stationnés devant la porte de sortie, occupés à reluquer les jolis petits culs et les grosses valises.
Qu’on ne s’y trompe pas, ils sont surtout spécialisés dans les grosses valises et repèrent rapidement un double fond. In-croyable, personne ne nous remarque. »

« Estelle a rempli son contrat, notre agence tourne.
Pendant mon absence, notre chiffre d’affaires a amorcé une remontée. Ce qui m’épate dans un premier temps, car Estelle est une excellente secrétaire, dotée d’un flair légendaire, mais elle n’a aucune formation de flic ni d’enquêteur. Elle ne connaît rien à l’art de la filature, de la prise de vues, du close-combat, elle n’a pas de licence de port d’armes, seulement un joli sourire désarmant et une ceinture noire en pâtisserie. Alors comment se fait-il qu’elle n’ait pas bu la tasse ? Quelque chose remplace son inexpérience: l’autorité naturelle. Pendant mon silence prolongé, elle a ouvert un annuaire professionnel et a découvert qu’il existe à Paris une université qui prépare aux métiers d’enquêteurs. Les universités ont des tas de filières bizarres. Elle y a fait un tour. »

« On se met au boulot et après une semaine d’enquête, il s’avère que l’industriel a une fortune d’un million de francs. Fils unique, veuf, sans enfants, mort complètement solitaire à l’âge de soixante-dix-huit ans. Tout est confirmé. Pas un chat à l’enterrement, bonjour les recherches. Estelle s’en empare, la généalogie est sa véritable passion, avec le jardinage, la pâtisserie sans sucre, les comédies de Molière, celles de Pirandello et le dressage de chiens. »

« Pas le temps de trouver une répartie, elle me prend la main comme on tire un chien par sa laisse et m’entraîne dans la file d’attente d’une disco. Loanie déboîte et dépasse tout le monde, souveraine. Les videurs nous dévisagent, ‘un d’eux leur fait un signe d’apaisement et nous ouvre la porte en adressant un clin d’œil à ma compagne. À l’intérieur on se marche dessus et cela ajoute à l’ambiance. Le nombre de décibels nous empêche de communiquer, aucune importance Loanie se rue sur la piste de danse, laisse tomber son sac à main entre ses jambes et se trémousse en mimant un orgasme; deux heures durant. Pendant de rares pauses, elle achève de se bourrer la gueule à la bière. »

Né à Paris, Alain Mendou Tardits a vécu une partie de son enfance au Cameroun, d’où il a rapporté des souvenirs et son deuxième prénom. En France, il a laborieusement obtenu une licence de littérature américaine, qui lui a ouvert les portes de nombreux métiers : moniteur de boxe, vendeur de fringues, joueur de poker, homme sandwich, conteur, organisateur de tournois d’échecs et de spectacles, etc.
Il alterne depuis entre sketches, scénarios, contes historiques, et maintenant, romans policiers.

Émotion, Drame, Suspense, Thriller psychologique

Ce que Marcy a oublié

de Marion Cabrol
Poche – 23 avril 2026
Éditeur : Taurnada éditions

Près des falaises d’Anton, un os humain est découvert.
Vingt ans plus tôt, Grace Tanner, une fillette du village, disparaissait sans laisser de traces.
Pour Tom Lanier, journaliste local, l’affaire est personnelle : à l’époque, il partageait la vie de Marcy, amie d’enfance de Grace.
Alors qu’il reprend l’enquête, Tom comprend que Marcy pourrait détenir une part du secret.

Ce que l’on oublie finit toujours par nous rattraper.

Je suis entré dans ce roman comme on avance dans une brume épaisse, sans vraiment savoir où je mettais les pieds.

Tout commence vingt ans plus tôt, dans un petit village marqué à jamais par la disparition de Grace Tanner, une fillette envolée sans laisser de trace. Le lendemain, une autre enfant apparaît, Marcy, déposée dans un orphelinat, sans passé, sans repères. Elle ne se souvient de rien… sauf de Grace. Une amie. Une présence. Un souvenir fragile. Très vite elle se sauve et fonce voir la police en affirmant que Grace a été tuée. Mais personne ne la croit. Trop étrange, trop floue, trop improbable. Et dès le lendemain, elle oublie tout…

Cette idée me hante.

Des années plus tard, l’affaire ressurgit. Un os est retrouvé. Peut-être celui de Grace. Tom Lanier, journaliste local, décide de replonger dans cette histoire avec la police, il est bien décidé à découvrir avec eux, toute la vérité sur cette disparition étrange. D’ailleurs, lui aussi est lié à ce passé. Et surtout, il a connu Marcy, a partagé sa vie. Une relation brisée, qui le quitte du jour au lendemain, sans explication. Alors quand elle revient au village, je sens que quelque chose va basculer.

Et je ne me trompe pas.
Ce roman m’a fait l’effet d’une marée montante. Au début, tout semble calme, presque maîtrisé. Puis la tension grimpe, les doutes s’installent, les certitudes s’effritent… jusqu’à devenir une véritable tempête.

Ce que j’ai particulièrement aimé, c’est la construction des personnages. Ils portent le récit. Ils sont complexes, ambigus, jamais totalement lisibles. Chacun cache quelque chose. Chacun pourrait être coupable. Et moi, lecteur, je me suis perdu avec eux, dans leurs zones d’ombre, incapable de deviner où tout cela allait me mener.

Marion Cabrol m’a surpris. Là où je m’attendais à un récit plus linéaire, elle m’a entraîné dans un véritable labyrinthe. Les fausses pistes s’enchaînent, les révélations tombent sans prévenir. Jusqu’à la dernière page, je suis resté suspendu.

Mais au final, celle qui m’a le plus marqué, c’est Marcy. Elle m’a fasciné. Ses absences, ses silences, ses trous de mémoire… Elle avance dans un brouillard constant, prisonnière d’elle-même. Et moi, j’ai ressenti cette confusion, cette fragilité, presque physiquement.

Ce que Marcy a oublié m’a touché. Parce qu’il parle de mémoire, de secrets, de ce que l’on garde enfoui… et de ce que cela peut détruire. C’est un texte à la fois poignant, dérangeant, mais profondément humain.

Je referme ce livre avec le sentiment d’avoir découvert une autrice à suivre de très près.

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Extraits :

« “— Tom ! Ils ont trouvé Grace ! Ramène-toi en vitesse.”
Le rédacteur en chef raccroche avant que je ne lui réponde. Sur l’autre ligne, j’entends au loin Louis et sa femme commenter les informations. J’allume la télé et je cherche fébrilement une chaîne locale québécoise.
C’est là, ça tourne en boucle.
Je regarde les images et je comprends que c’est grave.
La présentatrice, micro dans une main, répète d’une voix forte qui couvre à peine le bruit des sirènes :
“L’os d’un enfant a été découvert ce soir au sommet d’une colline. Le chien d’un promeneur l’a déterré. Son origine est encore incertaine, mais d’après les enquêteurs, il pourrait s’agir des restes de la petite Grace Tanner.” »

« Avant que ma vue ne se brouille de nouveau, j’ai le temps de remarquer la forme humaine floue tapie contre le mur. Mon corps se crispe, comme s’il sentait une menace. Je voudrais me relever pour me défendre, mes muscles ne m’obéissent pas. Je suis frêle et incapable de fuir. Mon cœur cogne lourdement dans ma poitrine. Je respire plus fort. Le peu d’énergie qui me reste disparaît dans un frisson qui traverse ma colonne vertébrale. Je ferme les yeux. »

« Je suis recroquevillé depuis une heure dans l’habitacle sale de la Ford. J’attends depuis une éternité. Mes nerfs sont à vif. Mon téléphone n’arrête pas de sonner : Lann exige des réponses. Louis m’a aussi envoyé quelques messages. Je ne les ai pas ouverts. Marcy est de retour et elle dort chez lui ! Comment a-t-il pu garder cela pour lui ? Je lui en veux de ce mensonge par omission. Il sait que j’aurais tout donné pour lui parler de nouveau. Je me calme en lui trouvant des excuses: le père de Louis est le médecin de Marcy. Marcy n’avait donc disparu que pour moi.
J’aurais pu insister, demander à mes amis s’ils avaient de ses nouvelles. Je me suis toujours refusé à le faire. Ça fait trop mal. »

« J’avais soif. Et peur. Les rais de lumière me perçaient les yeux, mais je ne voulais pas les fermer : Grace, son corps menu recroquevillé, surgirait.
C’était enfoui.
Puis une image. Un film flou. On jouait, on faisait du roller. Grace avait des bleus violacés sur les cuisses qui la faisaient souffrir. Moi, démarche claudicante comme si je réapprenais à marcher. Deux enfants boiteuses, endommagées.
Il y avait de la boue, des fleurs, des oiseaux. Quoi d’autre ? Des voix.
Des trous dans la terre.
Du sang sur les murs.
Plus le temps passait, plus ma tête se remplissait.
Les mouches.
L’odeur de la mort gagnait les souvenirs et les recouvrait.
J’avais cessé de pleurer. Mes yeux étaient secs, mon regard était clair. Je me souvenais de tout : un crime avait été commis. Il fallait faire vite : l’effaceur de mémoire allait revenir. Cours, petite souris, cours. »

Marion Cabrol est titulaire d’un master 2 en ingénierie culturelle, marketing et communication de l’École EAC.

Elle a travaillé en tant que responsable pédagogique, responsable marketing et communication, au zoo d’Amnéville, en Lorraine (2012-2019).
Les contacts qu’elle y a noué ont nourri son histoire. La lionne rouge (2020) est son premier roman.
Certains soigneurs ont accepté de relire le roman afin d’assurer son authenticité dans le récit du travail quotidien des animaliers.

Marion Cabrol est directrice marketing de l’entreprise Arskan depuis 2019.

Émotion, Historique, Suspense

L’Affaire Warrender de Sales

de Bénédicte Rousset
Broché – 19 mars 2026
Éditions : LA TRACE

Tome 3 de la Saga familiale autour d’Émile : Trois vies, un siècle : l’épopée d’un homme et deux femmes dans le tumulte de la grande Histoire…

  1. L’arrivée d’une usine concurrente inquiète Clémence et Pauline. À la tannerie de Saint-Ouen, une grève éclate et Alfred Warrender de Sales, en restant sourd aux revendications de ses ouvriers, met à mal les livraisons. Sans peaux, pas de chaussures… Un vol aggrave des tensions déjà vives à la fabrique, le passé de Pierre et Etienne refait surface et les mouvements sociaux s’étendent. Comment faire face ? Comment se démarquer ? Dans cette nouvelle vie, Émile travaille, dévore ses revues scientifiques, et fait une rencontre…

Après l’émouvant Promets-moi, Émile, et le superbe Le Tout-Paris et lui, je viens de termimer L’Affaire Warrender de Sales de Bénédicte Rousset… et une fois encore, je me suis laissé complètement emporter. Une plongée dans les années 20, dans un monde encore marqué par les blessures de la guerre, mais résolument tourné vers l’avenir.

Quel plaisir de retrouver les deux cousines Pauline et Clémence, toujours aussi déterminées face aux épreuves, aidées par le jeune Émile “Ansart et Prinveaux, le godillot qu’il, vous faut”, concepteur des modèles dans leur usine de chaussures à Creil, jusque-là florissante. Mais une concurrence nouvelle s’installe juste à côté de la leur, une concurrence qui risque d’être rude… les tensions montent. Et surtout, la situation se complique lorsque la tannerie de Saint-Ouen, et principale fournisseur de l’usine de Pauline et Clémence, dirigée par Alfred Warrender de Sales, le père d’Émile, se retrouve paralysée par une grève. Sans cuir… plus de production possible. J’ai senti l’équilibre du récit se fissurer.
À cela s’ajoutent des secrets de la part de Pierre et d’Étienne qui refont surface, des vérités enfouies qui viennent troubler encore davantage les relations. Et comme si cela ne suffisait pas, le climat social devient de plus en plus tendu. Je n’ai pu m’empêcher de ressentir une réelle empathie pour ses femmes d’un monde nouveau.

L’Affaire Warrender de Sales est un récit passionnant, et ce qui m’a frappé une fois encore, c’est la qualité de l’écriture de Bénédicte. Fluide, maîtrisée, profondément humaine et très à la pointe du détail historique et richement dépeint. L’autrice alterne avec justesse entre les histoires familiales et des passages plus rudes, voire violents, marqués par les conflits sociaux, entre patronat et ouvriers. J’ai retrouvé des personnages encore plus profonds, plus humains, plus touchants aussi.

Les thématiques abordées m’ont également marqué, la place des femmes, les inégalités, la condition animale… autant de sujets déjà brûlants à l’époque. Parlons-en de la condition animale… Ui, un sujet important les vaches qui désormais pourront être tranquille, « Plus rien à craindre pour leur peau, Ansart et Prinveaux remplacent leur cuir ». Et Ui, sacré Émile, de plus en plus attachant, son esprit brillant, ses idées parfois déroutantes « Au travail ! Ouvrier Barboteur ! », son mini Lapin… et tout le reste, sa manière d’imaginer un monde différent.

Les pages se sont enchaînées sans que je m’en rende compte. Ui, ce roman m’a touché, sincèrement. Ui, il m’a emporté, questionné… et profondément captivé. “Vers l’infini et au-delà !!!”
Une suite à la hauteur des deux précédents opus, peut-être même au-dessus…

Une seule envie, me replonger dans cet univers plain de passion… Vivement le tome 4 !
Un immense merci aux Éditions La Trace et à Bénédicte pour ce merveilleux moment de lecture.

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Extraits :

« – Ce soir… dit Pierre en ouvrant l’arrière du camion.
Clémence haussa les épaules.
– Quoi, ce soir ?
– Je t’expliquerai.
Pauline la considéra en silence. Des ouvriers sortaient de l’usine pour aider à décharger des pièces de cuir. Comme Pierre s’y mettait aussi, Clémence, les sourcils froncés, n’eut d’autre choix que de tourner les talons. Elle récupèrerait Émile et les jumeaux chez Grand-mère Madeleine et patienterait. »

« Aménaïde Dupuis était une jeune ouvrière ambitieuse. Clémence avait sympathisé avec elle à la mercerie. Native de Creil, c’est par Pauline et Alphonse de Candolle, ingénieur en chef, qu’elle avait été recrutée.
L’annonce lue dans le journal était tombée à point nommé, alors qu’elle se débattait dans une petite usine de métallurgie, auprès de patrons décidés à l’essorer jusqu’à la moelle. “Mêm’si ça valait mieux que de vivre chez mon oncle, ce dégoûtant”, avait-elle avoué à Clémence, “celui qui m’a recueillie à la mort d’ma mère”.
A dix-neuf ans, elle n’avait pas la langue dans sa poche. “Tous les directeurs valent pareil, avait-elle dit à Clémence, pleine d’aplomb, mais vous, z’avez l’air honnêtes. Ou bien vous cachez bien vot’ jeu.” »

« Elle inspira puis approcha de l’usine, le pas méfiant. Des hommes y entraient sous des insultes et des huées : certainement les non-grévistes. Personne n’osa s’attaquer à elle ou même l’invectiver. Ses vêtements de qualité témoignaient de sa condition sociale mais elle avait craint que, justement, cela pousse certains à la tourmenter.
À l’intérieur, c’était le chaos. Une odeur de cuir tanné l’accueillit. Au beau milieu de machines détruites, de liquides renversés et d’outils abandonnés, des hommes jouaient aux cartes. Clémence s’engagea dans l’allée centrale, traversa le grand hall, monta à l’étage et se renseigna. Monsieur Warrender de Sales était-il sur place aujourd’hui ?
Une femme lui indiqua son bureau. »

« Le mécontentement grondait à l’usine. En plus d’une augmentation des salaires, on réclamait l’éviction définitive d’Émile. Aménaïde le défendait avec vigueur. Comment faire confiance à de tels patrons ? se plaignait-on encore.
Pire, les deux clans, de plus en plus distincts, prenaient Émile pour exemple, l’un de l’innocence, l’autre de la fourberie. Pauline maintenait l’idée de le garder loin de tout cela. Clémence en avait des insomnies, c’était injuste !
Alors, ce matin, en se levant, elle avait décrété : “Assez !” »

Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. Professeur de Lettres Modernes, l’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.

https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/

« Ecrire, c’est vivre plusieurs vies à la fois. Il y a de moi dans chacun de mes personnages, même les plus noirs : ce sont peut-être eux qui me révèlent en miroir ! Ils sont un moyen d’évacuer les traumatismes vécus dans l’enfance. Deux éléments me semblent essentiels dans mes romans : la quête de l’identité, et celle de la vérité. La première nous concerne tous : qui sommes-nous ? Comment nous comportons-nous face à l’image que nous renvoyons ? Sommes-nous conformes à cette image ? La deuxième entre dans la structure du roman policier : pourquoi tuer ? Comment arrive-t-on à franchir le pas ? Je crois qu’il y a un assassin en chacun de nous, mais, la plupart du temps, il ne rencontre jamais sa victime (heureusement, non ?). »

Celles qui se taisent
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/03/celles-qui-se-taisent/

À toutes celles que tu es
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/24/a-toutes-celles-que-tu-es/

Le portrait d’Humphrey Back
https://leressentidejeanpaul.com/2023/06/13/le-portrait-dhumphrey-back/

Promets moi, Émile
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/23/promets-moi-emile/

Le Tout-Paris et lui (2025)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/03/12/le-tout-paris-et-lui/

Émotion, Drame, Histoire, Suspense

Le tableau du peintre juif

de Benoît Séverac
Poche – 7 septembre 2023
Éditeur : 10 X 18

L’oncle et la tante de Stéphane vident leur appartement et lui proposent de venir recupérer quelques souvenirs :
– Tu pourrais prendre le tableau du peintre juif.
– Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Quel peintre juif ?
– Celui que tes grands-parents ont caché dans leur grenier pendant la guerre.

C’est ainsi que Stéphane découvre un pan de l’histoire familiale complètement ignoré. Eli Trudel, célèbre peintre, aurait été hébergé pendant l’Occupation par ses grands-parents, le tableau est la preuve de sa reconnaissance et Stéphane en hérite aujourd’hui. La vente de cette œuvre de maître pourrait être un nouveau départ pour son couple mais Stéphane n’a plus qu’une obsession : offrir à ses grands-parents la reconnaissance qu’ils méritent… Cependant quand le tableau est présenté aux experts à Jérusalem, Stéphane est placé en garde à vue, traité en criminel : l’œuvre aurait été volée à son auteur. Quel secret recèle cette toile ? Que s’est-il vraiment passé dans les Cévennes, en hiver 1943, pendant la fuite éperdue d’Eli Trudel et de sa femme ?

Dans cette enquête croisée entre passé et présent, Benoît Séverac nous maintient en haleine et nous entraîne aux côtés de Stéphane sur les traces du peintre juif et de sombres secrets de l’Histoire.

Je découvre Benoît Séverac avec Le tableau du peintre juif, que je viens tout juste de refermer… et qui m’a emmené bien plus loin que je ne l’imaginais.
Ce roman m’a fait voyager. Dans le temps, d’abord, en 1943, au cœur de la guerre, mais aussi dans l’espace, dans une petite ville près de Lyon, puis à Jérusalem et à Barcelone… Je ne connais pas Jérusalem, mais je trouve que Benoît à fort bien décrit Barcelone que je connais bien, ses lieux et les gens qui y vivent, j’avais vraiment l’impression d’y être.

Stéphane vit à Firminy, avec sa femme Irène. Il a perdu son entreprise, il y a peu de temps et depuis la vie avec sa femme est assez compliquée, de plus leurs deux filles ont quitté la maison. Ils se retrouvent seuls avec ce sentiment d’être passé à côté de quelque chose, à côté des rêves qu’ils s’étaient promis.

Puis un jour, un héritage inattendu. L’oncle et la tante de Stéphane s’apprête à quitter leur appartement de Paris et propose à leur neveu de récupérer quelques affaire qu’ils ne souhaitent pas conserver. Mais aussi une peinture. Et derrière celle-ci, une histoire. Celle de ses grands-parents, qui ont caché un peintre juif, Eli Trudel, et sa femme pendant l’Occupation. Un geste courageux. Un acte de résistance silencieux.

Très vite, j’ai ressenti la fierté de Stéphane, mais aussi sa chute, car là où il voit un devoir de mémoire, son épouse y voit une opportunité financière. Stéphane tombe de très haut. Il ne s’attendait pas du tout à cette réaction, alors qu’il s’apprêtait à faire reconnaître ses grands-parents comme étant des Justes parmi les Nations, à Yad Vashem. Et tout bascule. Lorsqu’il part à Jérusalem rien ne se passe comme prévu. Le tableau serait volé. Et lui, accusé. La honte l’empêche de contacter sa famille, de toute façon, Irène ne donne plus aucune nouvelle depuis son départ. seules ses filles le contactent de temps en temps.
À partir de là, je me suis laissé happer par son enquête. Une quête intime, obsessionnelle, pour comprendre la vérité, pour réparer, pour rendre justice.
Que s’est vraiment passé avec sa famille en 1943 !

J’ai été touché par cette plongée dans l’Histoire, par ces destins brisés, ces vies en fuite, cette peur omniprésente… racontés sans jamais tomber dans l’excès. Alors oui, j’ai ressenti quelques longueurs. Mais elles n’ont jamais suffi à me sortir du récit. Parce que derrière tout ça, il y a une question essentielle. Que reste-t-il de ceux qui ont agi dans l’ombre ?

Un roman touchant, instructif, et profondément humain. Une enquête qui relie passé et présent… et qui rappelle que certaines vérités méritent d’être retrouvées, coûte que coûte.

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Extraits :

« À l’heure qu’il est, je pourrais être installé sur la terrasse d’Annie et Kader, en train de siroter un apéritif et de regarder le soleil s’avachir sur la chênaie.
Mon seul souci serait la présence de moustiques. Bien qu’aucun de nous ne croie en leur efficacité, nous allumerions des serpentins répulsifs, et nous continuerions à boire en ponctuant notre conversation de tapes sur nos avant-bras et nos chevilles.
Au lieu de quoi, je suis dans cette salle d’interrogatoire, entre cellule de prison et abri antiatomique, et je crève de chaud autant que de peur. La France, la Dordogne, les vacances… Tout cela me paraît si loin, si inaccessible. »

« Les rares sources en ligne ne m’ont pas appris grand-chose. Tout ce que l’on sait, c’est qu’au moment de l’entrée des Allemands dans Paris, en 1940, Eli Trudel a fui la capitale avec son épouse, Jeanne Fredon, la fille du peintre André Fredon.
On dit qu’Eli n’a jamais commenté les événements mondiaux. C’était sa façon à lui de résister. Ne pas laisser la barbarie et le fracas le détourner de l’unique raison de sa présence sur terre : peindre. »

« Un coup d’œil au Trudel dans le rétroviseur détourne mon esprit de ces idées maussades. Je souris. Le tableau est dans son emballage de papier bulle, je l’ai recouvert d’une vieille couverture que j’ai toujours dans le coffre. Quand les filles étaient petites, je l’étalais dans l’herbe pour qu’elles puissent s’asseoir sans que ça gratte. Je ne sais pas pourquoi je la garde alors que nous ne pique-niquons plus, Irène et moi. »

« Mais depuis quand tu t’intéresses à la Shoah, toi ?
— Ça m’a toujours fasciné, tu le sais. Mes grands-parents n’ont pas été reconnus comme tels alors qu’ils ont eu un comportement héroïque.
— Qu’est-ce qui te fait croire qu’ils auraient souhaité accéder à ce statut ? S’ils n’ont pas fait la démarche de leur vivant, il y a peut-être une raison.
Elle marque un point. »

Benoît Séverac est auteur de romans et de nouvelles en littérature noire et policière adulte et jeunesse. Ses romans ont remporté de nombreux prix, certains ont été traduits aux États-Unis ou adaptés au théâtre.
Ils font la part belle à un réalisme psychologique et une observation sensible du genre humain. Chez Benoît Séverac, ni bains de sang ni situations malsaines. L’enquête policière n’est souvent qu’un prétexte à une littérature traversée par des thèmes profonds et touchants, et une étude quasi naturaliste de notre société.

Dès qu’il le peut, il collabore à divers projets mêlant arts plastiques (calligraphie contemporaine, photographie) et littérature.

Dans le domaine cinématographique, il a participé à l’écriture du scénario de Caravane, un court métrage de Xavier Franchomme, et présenté trois documentaires sur France 3 dans la série Territoires Polars.

Par ailleurs, il est dégustateur agréé par le Comité Interprofessionnel des Vins d’Alsace, ex-Internal Assessor du Wine and Spirit Education Trust de Londres et membre du jury de dégustation Aval Qualité du Comité interprofessionnel des vins du Sud-Ouest.

Il est aussi membre cofondateur des Molars, association internationale des motards du polar qui compte plus de vingt membres représentant trois continents.

Il est curieux et touche-à-tout. Ainsi il a été tour à tour guitariste-chanteur dans un groupe punk, comédien amateur, travailleur agricole saisonnier, gardien de brebis sur le Larzac, restaurateur de monuments funéraires, vendeur de produits régionaux de luxe et de chambres « meublées » pour gros clients japonais, professeur de judo, photographe dans l’armée de l’air, serveur dans un restaurant italien en Angleterre, dégustateur de vins, conseiller municipal, président d’association périscolaire, clarinettiste dans un big band de jazz puis cofondateur d’une fanfare rock-latino-jazz… Et enfin il a enseigné l’anglais à l’École nationale vétérinaire de Toulouse et auprès des étudiants du diplôme national d’œnologie de Toulouse.

Il compte bien que la liste ne s’arrêtera pas là.

Dystopie, Psychologie, Suspense, Thriller psychologique

Mourir deux fois

de Maxime Girardeau
Broché – 19 mars 2026
Éditeur : Robert Laffont

Il ne se contente pas de tuer.
Il programme une seconde mort.

Paris, juin 2026
14 h 17
Un homme meurt chez lui, asphyxié, son corps martyrisé, une horloge tailladée dans sa chair. Sur son torse, un smartphone s’allume et affiche un sablier accompagné d’un message : “Vous n’avez droit qu’à une question.” À l’intérieur se trouve capturée toute sa mémoire. La bonne question permettra de déverrouiller l’appareil, toute autre proposition provoquera un effacement total des données, une seconde mort. Paul Moreau est la cinquième victime ayant subi cette sordide mise en scène de son agonie, ce piège numérique.
Lorsque Bianca découvre son père, elle décide de s’enfuir avec le téléphone avant que la police n’arrive. Elle doit absolument trouver la bonne question, et préserver ce qu’il reste de la vie de son père. Le compte à rebours a commencé. Dans un Paris au bord de la rupture, les policiers, les scientifiques et la jeune fille vont s’affronter pour résoudre l’énigme posée par ce mystérieux serial killer que la presse a déjà surnommé le “Sablier noir”.

UNE EXPÉRIENCE DE LECTURE VERTIGINEUSE

J’ai découvert Maxime Girardeau en juillet dernier avec Je te mens, un thriller vertigineux qui m’avait littéralement happé.
Alors quand Nicolas Hecht de Babelio m’a proposé de découvrir Mourir deux fois, je n’ai pas hésité une seule seconde.

Et très vite, j’ai replongé.

Dans ce nouveau roman, l’intelligence artificielle est partout. Pas en toile de fond. Non. Elle est au cœur de tout. De chaque chapitre. De chaque réflexion. Et c’est précisément ce qui m’a troublé. Parce que cette IA, elle n’est pas qu’un concept de fiction.
Elle est déjà là, dans nos téléphones, nos ordinateurs… et même dans mon propre métier, puisque depuis quelques mois, elle a pris ma place dans les créations visuelles que je proposais à mes clients. Difficile alors de ne pas me sentir directement concerné.

Mais là où l’auteur frappe fort, c’est dans les questions qu’il soulève. Des questions éthiques, humaines, presque vertigineuses. Très vite, je me suis laissé entraîner dans une intrigue pourtant simple en apparence, mais qui m’a ouvert un véritable abîme intérieur.
Un récit profondément psychologique, qui m’a poussé à réfléchir… à mes souvenirs, à ceux que j’ai perdus, à ceux que j’aimerais retrouver.

Juin 2026, à Paris.
Cinq meurtres. Cinq jours. Un même rituel.
Un tueur insaisissable que l’on surnomme le “Sablier noir”. Les enquêteurs non aucun début de piste. Le compte à rebours est lancé pour les policiers, pour résoudre une mystérieuse énigme !
Et pendant ce temps le monde vacille. Les tensions montent. La colère gronde, les français sont révoltés par la crise économique et par l’incompétence des politiques. Dans cet équilibre fragile, tout semble prêt à basculer.

Dans ce roman choral, structuré autour des étapes de développement de l’IA : acquisition, alignement et évaluation, Maxime propose une idée aussi fascinante qu’effrayante, et si l’on pouvait faire survivre une personne après sa mort… à travers ses souvenirs, ses émotions, ses doutes ?
Avec un simple téléphone comme réceptacle d’une vie entière.

J’ai trouvé ça brillant, haletant, voire envoutant. Dérangeant aussi…

Une intrigue addictive parfaitement orchestrée, avec des thèmes forts et des personnages très atypiques, notamment Bianca et Mathilde, pour ne citer qu’elles, qui apportent une vraie densité au récit, renforçant encore cette tension qui ne m’a jamais quitté.

Comme pour son précédent roman, j’ai été complètement embarqué.
Un thriller intelligent, addictif, et profondément actuel. Et une chose est sûre, je suivrai désormais cet auteur de très près.

Merci à Babelio et aux éditions Robert Laffont pour cette découverte.

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Extraits :

« MES PAUPIÈRES SE SOULÈVENT. Ma main droite reste crispée sur le manche du scalpel, mes articulations blanchies par la tension. Dans la pièce haussmannienne, Paul Moreau respire encore. Ses inspirations sifflent à travers le bâillon tandis que ses expirations projettent des gouttes de sang sur le parquet massif.
– Nous devons continuer, dis-je. »

« 14 h 17.
Le sablier se retourne sur l’écran. La voix synthétique résonne encore : « Vous n’avez droit qu’à une question. »
Je m’approche de la tête de Paul et lui ôte son bâillon.
Il ouvre la bouche, mais il est trop tard. Je plonge une seringue dans son cou d’un geste vif et précis. Ses muscles se tendent un instant sous la surprise, puis son corps entier se raidit. Je maintiens l’instrument enfoncé tandis que le pentobarbital se répand et libère son effet. Ses lèvres laissent échapper quelques mots à peine audibles :
— Ma petite étoile… »

« Douleur = 73 %. Terreur = 81 %. Fonction motrice = maintenue.
C’est comme ça que je vis depuis que Maman est partie. Je transforme l’insupportable en données. Je convertis le chaos en probabilités. Sinon, je me noie dans les couleurs de ma propre souffrance. Papa ne le comprenait pas. Il ne comprenait pas mes équations, mes bouées de sauvetage. Maintenant il ne comprendra plus jamais rien. Et moi, je dois protéger ses derniers octets, même si ça doit me détruire pixel par pixel. »

« LES STATIONS DÉFILENT. RÉPUBLIQUE. CHÂTELET. Les voyageurs montent, descendent, m’ignorent. Une adolescente qui pleure dans le métro, ça n’a rien d’extraordinaire. Mes poumons brûlent, ma gorge se serre. Les sanglots viennent par vagues, tsunami de douleur brute qui défie toute catégorisation.
Durée crise : 11 minutes 34 secondes. Déshydratation légère.
Fonction cognitive = restauration 67 %.

Peu à peu, les larmes se tarissent. Le damier mental se rallume, case par case. BitGrid recalibre ses paramètres. Je dois réfléchir. Analyser. Survivre. Le smartphone avec les restes de Papa contient peut-être des réponses. Mais quelle est la question ? Qui pourrait m’aider ? »

« La piqûre dans mon cou est professionnelle. L’aiguille trouve la veine jugulaire du premier coup. Le liquide brûle en entrant. Ma vue se trouble. Les lumières de Paris deviennent des traînées colorées. Ma bouche se tapisse d’un goût métallique. Abou ne saura pas. Personne ne saura. Le message était un piège et j’ai… »

Maxime Girardeau a passé plus de dix ans à travailler dans le marketing pour Microsoft.
Il partage aujourd’hui son temps entre l’écriture et la direction d’un incubateur de startups.
Il est l’auteur de PERSONA (Fayard, 2020) sélectionné pour le Prix des Nouvelles Voix du Polar et d’EGO (Fayard, 2022), finaliste du Prix Landerneau du Polar.
Les livres de Maxime ont été publiés au Japon, en République tchèque et en Russie.

Je te mens (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/07/29/je-te-mens/

Amour, Émotion, Psychologie, Romance, Suspense

Et si un jour on se manque…

de Lucie Delacroix
Broché – 1 juin 2025
Éditeur : Auto-édition

Vous aimez la romance, mais également le suspense et les page-turners ? Ce roman va vous plaire !

Et si un jour on se manque, on s’appelle, mais pas avant dix ans.
Dix ans ont passé et Alice a tenu la promesse qu’elle avait faite à Axel, son amour de jeunesse. Mais lorsqu’elle décide de le recontacter, c’est trop tard, Axel a disparu dans des circonstances douteuses.
Entre Saint-Malo et San Francisco, elle doit alors défier le temps et se replonger dans ses souvenirs pour tenter de changer le cours des choses et sauver celui qu’elle n’a jamais cessé d’aimer.

Un roman chargé d’émotions et de sentiments, qui nous pousse à nous interroger sur la puissance des souvenirs, nos regrets et nos rendez-vous manqués.

Quelle claque… quelle merveilleuse surprise !

Dès les premières lignes de Et si un jour on se manque… de Lucie Delacroix, je me suis laissé emporter sans résistance. Pourtant, je pensais en deviner la structure après nos divers échanges autour de la préparation et de la réalisation de la couverture… mais je me trompais complètement.

Très vite, l’autrice m’a pris à contre-pied avec une idée aussi inattendue que brillante. Elle a glissé, au cœur de ce récit profondément humain, une touche de fantastique. Et là, tout a basculé. Chaque certitude que j’avais construite s’est fissurée. À partir de cet instant c’est la magie qui a opérée en plus de des émotions, du suspense et des frissons que je ressentais… Une impression troublante que tout pouvait s’effondrer ou renaître à tout moment. Le roman s’est alors transformé, sous mes yeux, en une romance psychologique d’une rare profondeur.

Je découvre Alice, installée à Saint-Malo, vivant une relation stable avec Marc. Mais une demande en mariage, à une date hautement symbolique, vient raviver un passé qu’elle n’a jamais vraiment laissé derrière elle. Dix ans plus tôt, il y avait Axel. Son premier amour. Un amour immense, inattendu, presque irréel pour la jeune femme timide qu’elle était. Puis, brutalement, Axel a choisi de partir. Pas par manque d’amour, mais par conviction. Ils étaient trop jeunes, n’avaient pas assez vécu, devaient expérimenter, grandir… et surtout laisser à Alice la liberté de choisir sa vie en toute conscience et non suite à un premier “béguin”. Son idée ? Se retrouver dix ans plus tard, jour pour jour afin de faire le point. Alice ne comprend pas, elle qui est tellement amoureuse, pense alors qu’Axel ne l’aime pas comme elle l’aime, elle est malheureuse.

Je me suis immédiatement projeté dans la douleur d’Alice, dans son incompréhension, dans ce cœur brisé qui ne cessera pourtant jamais de l’aimer. Les années passent, mais le souvenir reste intact. Et lorsque cette fameuse date arrive… tout vacille.
Chaque page m’entraînait plus loin dans une quête bouleversante, jusqu’à ce choc, la mort d’Axel, survenue dans des circonstances troublantes.

Et là… tout explose.
J’ai littéralement dévoré le roman, porté par une tension incroyable et des rebondissements qui dépassaient toutes mes attentes. Et cette fin… quelle fin !

Ce troisième roman que je lis de Lucie Delacroix confirme tout son talent. Elle m’a surpris, déstabilisé, poussé à réfléchir. Elle m’a amené à me questionner sur mes propres choix, sur mes regrets, sur ces chemins que je n’ai pas pris.
Qu’aurais-je fait à la place d’Alice si les mêmes portes ouvertes s’étaient présentées à moi ? Aurais-je osé tout recommencer ?
Entre rêve et réalité, Lucie Delacroix m’a tenu en haleine comme rarement. Son histoire, construite comme un véritable jeu de piste, m’a fait voyager de la Bretagne aux États-Unis avec une belle intensité.

Un roman magique, troublant, profondément humain… et inoubliable…

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Extraits :

« Je ferme les yeux. Il est là, près de moi. Ses yeux bleus me dévisagent tendrement, oscillant entre mon visage et le pare-brise. Sa fenêtre ouverte laisse dépasser son bras, au bout duquel une Camel se consume entre ses doigts. L’odeur de nicotine parvient jusqu’à mes narines. La voiture file à vive allure dans les rues angevines, après avoir quitté le parking du Gaumont Multiplexe où nous avons visionné
Bruce tout-puissant. »

« Ses yeux bleus me transpercent. Ma réaction est immédiate, je me liquéfie sur ma chaise. Je dois détourner le regard. Il faut que je sois forte, que je pense à mes nouvelles résolutions. C’est plus fort que moi, je n’arrive pas à lâcher ces pupilles qui me fixent intensément.
J’suis foutue, premier jour de cours, j’suis amoureuse.
Eh merde. »

« Je beurre ma tartine de pain en pleurant. Je pleure encore et encore, mon esprit est obnubilé par Axel depuis l’appel de Thierry. Je ne parviens pas à réaliser. Je repense sans cesse à nos souvenirs, à tous les moments partagés ensemble. Je visionne en boucle nos photos et nos vidéos.
Entendre sa voix me fait terriblement mal, le voir rire me transperce le cœur. Une véritable douleur étreint ma poitrine, tant mon cœur est serré. Pourtant, je ne peux m’empêcher de tout regarder, plusieurs fois d’affilée.
Comme pour confirmer que tout ce qu’on a vécu était bien réel. J’écoute cette chanson qui reste dans ma tête. »

« Je passe Rennes et Ploërmel avant de parvenir enfin à Vannes. Je trouve facilement le salon funéraire avec l’aide de mon GPS. En me garant sur le parking, la boule qui me tord les boyaux s’intensifie. Je reconnais son frère et son parrain, parmi la dizaine de personnes qui patientent devant le bâtiment. Le salon doit être bondé. Je descends de ma voiture et m’approche de la porte. Je salue les visages que je croise et me reconnaissent. Revoir des personnes avec qui on a partagé de bons moments dans de telles circonstances est terrible. Je pénètre dans la chambre mortuaire et ferme la porte derrière moi. Je redoute le moment où je vais le voir.
Je m’intéresse d’abord à toutes les fleurs qui l’entourent, puis jette un coup d’œil rapide aux personnes assises à ses côtés. Certaines sont debout au fond de la salle comble. Le silence est complet. Seuls quelques sanglots se font entendre. Je remarque d’abord ses amis, que je salue brièvement d’un signe de tête. »

Bretonne de 34 ans, Lucie Delacroix est mariée et maman de trois jeunes enfants. Salariée, elle consacre son temps libre à la lecture et l’écriture. Elle aime les « page-turner », ces romans qu’on ne peut plus refermer sans en connaître le dénouement. Naturellement, elle en écrit aussi, passionnée d’écriture depuis son plus jeune âge.

Plongez dans ses romans, des histoires pleines de rebondissements avec un soupçon de romance.

Les flammes de l’autre rive, fait partie des finalistes du Grand Prix Romanesque 2025 !
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J’avais raison d’y croire (2024)
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