Amour, Émotion, Drame, Folie, Thriller psychologique

Point de fuite

Estelle Tharreau
Broché – 6 novembre 2025
Éditions : Taurnada Éditions

Alors qu’une tempête se déchaîne, un criminel tente d’échapper à la police et à son complice. Une réceptionniste dépose une étrange valise dans une chambre d’hôtel où un petit garçon est enfermé. Une femme guette l’arrivée du père de son enfant, et un steward désespéré attend d’embarquer pour un vol ultime.
Tous approchent du point de non-retour qui fera basculer leur existence.

Un huis clos labyrinthique où l’amour et la mort se livrent une course-poursuite infernale dans les entrailles d’un aéroport pris dans un déluge de neige et de glace.

J’ai retrouvé avec un immense plaisir la plume d’Estelle Tharreau dans son dernier roman, Point de fuite. À chaque nouveau livre, elle me surprend, m’emmène ailleurs, me bouscule un peu plus. Ici, elle m’a emmené dans un huis clos comme je les aime. Glacé, tendu et terriblement humain.

Dès les premières pages, la tempête fait rage. Petit à petit les acteurs du roman approchent d’un point de non-retour, celui qui fait basculer une vie. L’aéroport devient alors bien plus qu’un simple décor. Sous la plume d’Estelle, il se transforme en monstre d’acier et de verre, une sorte de labyrinthe oppressant où la neige et la peur se mêlent, puis finalement en prison. J’ai adoré cette sensation d’étouffement, ce froid qui s’infiltre jusque dans les pages. On ressent chaque vibration, chaque silence.

J’ai lu ce roman, il y a quelques jours, un soir de grand vent, bien au chaud dans mon lit, et je me suis laissé happer par cette atmosphère glaciale. Je voyais presque les flocons tourbillonner derrière les vitres, j’entendais le grondement des avions. Et cette femme avec sa poussette dans l’aéroport… elle m’a bouleversé.

Ce que j’aime chez Estelle, c’est sa capacité à sonder l’âme humaine, à explorer les failles de chacun. Ses personnages sont toujours sur le fil, entre la peur et le courage, entre la fuite et la rédemption. Ici, ils se débattent dans la tempête, pris dans un engrenage implacable où chaque décision compte.

Le suspense est constant, la tension monte à chaque chapitre, et l’auteure maîtrise son intrigue d’une main de fer. Tout est millimétré, pensé, calibré pour que le lecteur ne puisse plus lâcher prise. C’est un thriller court, mais d’une intensité rare, où l’émotion et la peur se sont livrés une véritable bataille, même dans ma tête…

Point de fuite est un roman noir, nerveux, mais profondément humain.
Il questionne sur la survie, l’amour, la culpabilité, et ce qu’on est prêt à faire pour s’en sortir.
Elle prouve définitivement pour moi qu’elle n’a pas son pareil pour explorer toutes les zones d’ombre de l’âme humaine.

Un grand merci à Joël des Éditions Taurnada pour cette lecture qui m’a glacé le sang autant qu’elle m’a captivé

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Extraits :

« Comme une flèche étincelante tirée dans la nuit, la navette était propulsée à travers les tunnels ralliant l’aéroport. Lors de son déplacement, son souffle puissant s’accompagnait d’un grincement pénible. Le tumulte extérieur des wagons tranchait avec l’inertie intérieure dans laquelle les passagers étaient plongés. »

« Avant de pénétrer dans son gigantesque hangar, le responsable technique, au gilet orange à bandes réfléchissantes, ne put s’empêcher de contempler le ciel. Il savait que les dieux de la tour de contrôle auraient besoin de lui si le monstre météorologique ne déviait pas sa trajectoire et venait s’abattre sur l’aéroport. »

« Dans les halls de l’aérogare, dans les salles réservées au personnel navigant ou d’escale, à la réception, des hôtels, tout individu portant un uniforme s’affairait avec une sérénité étonnante. Dans ces lieux stratégiques, l’alerte avait également été transmise. Tout devait être prêt pour parer l’impact des bourrasques, des congères, du gel, mais surtout, des avions cloués au sol et de la déferlante de voyageurs harassés, anxieux, perdus, furieux qui constituerait, pour tous ces agents, une réplique tellurique de la secousse provoquée par la tempête. Malgré leur propre fatigue et inquiétude, c’est avec calme et diplomatie qu’ils devraient gérer cette submersion humaine. »

« Attends-moi le 13 décembre au terminal C. Je serai sur le vol ALB423. Je t’envoie ce billet pour que nous partions ensemble en espérant que le cessez-le-feu se poursuive et que les négociations de paix aboutissent. Si ce n’est pas le cas, je ne peux t’offrir qu’un pays en guerre, que je n’abandonnerai pas. Si tu ne souhaites pas courir ce risque, dis-le-moi par courrier. C’est le seul moyen de communication encore à peu près fiable. Je t’en prie, fais vite que je sache si je dois venir vous récupérer ou non. Si tu maintiens ta décision de me suivre, prépare-toi à tout quitter, à tout perdre jusqu’à la vie ou celle du bébé. »

Passionnée de littérature depuis l’adolescence, Estelle Tharreau parcourt les genres, les époques et les pays au fil des auteurs qu’elle rencontre. De cet amour de la littérature est née l’envie d’écrire. Elle vit actuellement en Franche-Comté où elle partage son temps entre sa famille et l’écriture.

La peine du Bourreau
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/01/la-peine-du-bourreau/

Les Eaux noires
https://leressentidejeanpaul.com/2021/10/05/les-eaux-noires/

Digital Way of Life
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/14/digital-way-of-life/

Il était une fois la guerre
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/01/il-etait-une-fois-la-guerre/

Le Dernier festin des vaincus
https://leressentidejeanpaul.com/2023/11/01/le-dernier-festin-des-vaincus/

L’Alpha & l’Oméga
https://leressentidejeanpaul.com/2024/11/07/lalpha-lomega/

Émotion, Drame, Psychologie, Violence

L’Île des chasseurs d’oiseaux

de Peter May
Poche – 3 novembre 2011
Éditeur : Babel

Chargé de l’enquête sur un assassinat commis à Édimbourg, Fin Macleod est envoyé sur son île natale de Lewis, en Écosse, quand un second cadavre apparemment exécuté selon le même modus operandi y est découvert. Persuadé que les deux affaires ne sont pas liées, Fin doit composer avec un décor et des gens qu’il a quittés dix-huit ans auparavant… Sur fond de traditions ancestrales d’une cruauté absolue, Peter May compose un roman palpitant parsemé de fausses pistes, de scènes glaçantes et de personnages aussi frustes que menaçants.

Il y a longtemps que je n’avais pas lu un roman aussi original.

Il y a longtemps que je n’avais pas été happé par un roman aussi original.
L’Île des chasseurs d’oiseaux m’a transporté sur l’île de Lewis, au nord de l’Écosse, là où le vent sculpte la lande et où la mer rugit sans relâche. C’est une terre rude, presque sauvage, que Peter May dépeint avec une intensité telle que j’avais l’impression d’y marcher, le visage fouetté par la pluie et le vent.

Tout commence par un meurtre, mais très vite, je comprends que l’enquête n’est qu’un fil parmi d’autres… une excuse à un roman très audacieux…
L’inspecteur Fin Macleod, envoyé sur place, retrouve son île natale qu’il avait fuie depuis des années. Il y revient contraint, lesté du deuil de son fils et d’un mariage à bout de souffle. Cette enquête le replonge dans un passé qu’il pensait loin derrière et enterré.

J’ai été fasciné par la façon dont les souvenirs de Fin se mêlent au présent, comme des nappes de brume qui se dissipent lentement. À mesure que l’histoire avance, ce ne sont pas seulement les faits qui se révèlent, mais les hommes, leurs blessures, leurs silences. L’île devient un personnage à part entière, à la fois refuge et piège.

Et puis, il y a cette expédition sur An Sgeir, cet îlot battu par les vents où, chaque année, des hommes partent chasser les « gugas », les jeunes fous de Bassan. Une tradition à la fois fascinante et terrible, presque mythique. C’est là que tout se noue, que le passé rejoint le présent, que la mémoire se fissure.

L’écriture de Peter est sobre, fluide, profondément visuelle. Elle m’a plongé dans une atmosphère crépusculaire, dense, empreinte d’émotion. Ce roman est plus qu’un polar : c’est une exploration de l’âme humaine, de la culpabilité et de la rédemption.

J’ai refermé le livre avec cette sensation étrange qu’il me manquait quelque chose, comme si je quittais moi aussi cette île rude et magnifique. Mais, je sais d’ores et déjà que je reviendrai, avec le deuxième tome de cette trilogie écossaise…

Un roman à lire absolument !
Un grand merci à David Fréchou pour cette très belle idée de lecture…

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Extraits :

« Contrairement à d’habitude, la brise est légère et, pour une fois, tiède, comme un souffle sur la peau, doux et attirant. Dans le ciel d’août, une fine brume masque les étoiles mais la lune, aux trois quarts pleine, parvient tout de même à projeter sa lumière fantomatique sur le sable laissé humide par la marée descendante. Avec douceur, la mer va et vient sur la plage. L’écume phosphorescente libère des bulles argentées qui restent accrochées au sable doré. Ils dévalent la route qui descend du village. Le sang leur bat les tempes avec force, comme des vagues s’écrasant au pied d’une falaise. »

« Nous vivions dans ce que l’on appelle une whitehouse, à un peu moins d’un kilomètre du village de Crobost. Ce village faisait partie de la commune de Ness, située sur la pointe la plus au nord de l’île de Lewis, qui était elle-même l’île la plus au nord de l’archipel écossais des Hébrides extérieures. Les whitehouses dataient des années vingt. Les murs étaient faits avec de la pierre et de la chaux, ou avec des blocs de béton, et les toits étaient couverts d’ardoise, de tôle ondulée ou de feutre bitumé. Elles avaient été construites pour remplacer les anciennes blackhouses, qui étaient constituées de murs de pierres sèches et d’un toit de chaume, et dans lesquelles s’abritaient hommes et bêtes. Un feu de tourbe brûlait nuit et jour dans la pièce principale. Il n’y avait pas de cheminée et la fumée était censée s’évacuer par un trou pratiqué dans le plafond.
Bien sûr, ce n’était pas très efficace. Les maisons étaient toujours enfumées et l’espérance de vie assez courte. »

« Parce que ce n’est que le début. Le visage de Fionnlagh s’empourpra sous l’effet de l’excitation. « Les prémices d’un Etat policier. On va tous finir dans un fichier, quelque part, référencés grâce à notre ADN, et on pourra plus rien faire ni aller où que ce soit sans que quelqu’un sache pour-quoi, d’où on vient et où on va. Et ensuite on nous refusera un emprunt, ou une assurance-vie, parce que la compagnie d’assurances estimera qu’on représente un risque.
Tout sera là, dans le fichier ADN. Ton grand-père mort d’un cancer, ou peut-être un problème d’antécédent cardiaque du côté de ta mère. On te refusera un boulot parce que celui qui voulait t’embaucher découvrira que ton arrière-grand-mère a été internée dans un asile psychiatrique et que ton ADN ressemble furieusement au sien. »

Écrivain écossais, Peter May habite depuis une dizaine d’années dans le Lot.
Il a d’abord été journaliste avant de devenir l’un des plus brillants et prolifiques scénaristes de la télévision écossaise. Il y a quelques années, Peter May a décidé de quitter le monde de la télévision pour se consacrer à l’écriture de ses romans. Le Rouergue a publié sa série chinoise avant d’éditer la trilogie écossaise (parue d’abord dans sa traduction française avant d’être publiée, avec un immense succès, en anglais).

Émotion, Drame, Roman, Terroir

La Vie est une histoire vraie

de Frédérique-Sophie Braize
Broché – 16 octobre 2025
Éditions : Presse de Cité

Lectrice de manuscrits chez un éditeur réputé, Ava apprend qu’elle risque de perdre la vue. C’est le choc. L’ophtalmologue lui interdit le moindre effort, même un ébat amoureux. Il lui reste peu de temps pour admirer les beautés de la nature et aiguiser ses autres sens. Contre l’avis de son compagnon, la belle rousse quitte Paris pour Abondance, dans ces paysages savoyards où elle a été heureuse avant.
Le bon air, le bleu d’altitude… Un monde hors du temps où vit Germinie, faiseuse de secrets, qui, Ava l’espère, saura éloigner d’elle l’angoisse et l’obscurité. Où vit aussi Virgil, séduisant homme des bois au métier rare de « sanglier ».
Le trouble et l’émoi qui les poussent l’un vers l’autre mèneront-ils Ava sur la voie de la guérison ?

Un roman vrai tout en sensualité, drôlerie et émotion,
avec une héroïne irrésistible qui chemine, toujours, vers la lumière

Après avoir lu tous ses précédents romans, j’avais tellement hâte de lire le dernier roman de Frédérique-Sophie Braize, “La vie est une histoire vraie”…

Je viens de le terminer et je ne sais pas par où commencer. Pour la simple et bonne raison que ce roman n’est pas un simple roman. Il est une “tranche” de vie de Frédérique-Sophie… Une tranche de vie où, comme elle le dit si bien, parfois elle “tord la vérité pour construire son récit, elle déplace les événements, les lieux et invente certains personnages afin qu’il demeure un roman”… Mais il est beaucoup plus que cela…

Lorsque je lis un roman de Frédérique-Sophie, je sais que je vais vivre une, lorsque ce ne sont pas plusieurs histoires incroyables. Souvent des histoires de femmes… Elles sont fortes, elles sont touchantes, émouvantes et, profondément humaines.
L’Histoire et le réel prennent aussi une place très importante dans ses récits, c’est régulièrement une remontée dans le temps, son écriture, ses dialogues pleins de tendresse qui me mènent vers une autre époque… Des sagas familiales, leurs secrets, leurs souffrances, et toujours une très belle solidarité entre des “personnages” qui ont une âme et cela fait du bien. Et puis, il y a la nature, les arbres et la montagne, cette terre qu’elle chérit et qu’elle sait décrire avec tant de justesse. La vie tout simplement…

Frédérique-Sophie, oups ! Ava, quitte Paris pour Abondance, un village de montagne où vit Germinie, une faiseuse de secrets renommée. Elle vient d’apprendre qu’elle risque de perdre la vue. C’est en pleine montagne, entourée de ses amis et de Virgil, que la belle rousse décide de faire un point sur sa vie, mais surtout de lutter comme il se doit contre cette cécité qui envahit ses yeux et petit à petit obscurcit son horizon. Eva est bien loin d’imaginer toutes les aventures qu’elle vivra dès lors, sur la voie de la guérison.

Je l’ai dévoré !
J’ai ri, j’ai tremblé, j’ai été ému. J’ai refermé ce livre le cœur gonflé d’une gratitude immense. Frédérique-Sophie signe ici un récit d’une sincérité bouleversante, un hymne à la vie, à la lumière, à la résilience.
Son roman m’a fait respirer…
Et ce clin d’œil à “Mouton”… Quelle délicieuse surprise !

Gros bisous à toute ta famille…

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Extraits :

« — Interdit de porter une valise ou un enfant. Défendu de vous pencher en avant. Et surtout pas d’ébats amoureux ! Un baiser peut vous faire perdre la vue. Voilà…
c’est tout.
Les paroles de l’oculiste portent un coup à Ava. La tête lui tourne presque. En quoi un baiser est-il si redoutable ? Risque-t-elle de se retrouver dans le noir à la moindre étreinte ? »

« Postée à la fenêtre, Ava regarde en direction d’un point connu d’elle seule. Elle plisse les yeux, même s’il n’y a pas de soleil mais un ciel de tôle sur l’après-midi finissant. La lectrice pourrait demeurer là, à espérer que d’illustres ophtalmologues parviennent à la guérir.
Or elle craint de perdre son temps en restant dans le 5€ arrondissement. Lorsque l’on n’a plus que quelques mois à voir, il convient de les utiliser avec discernement.
Aussi ouvre-t-elle les placards en quête du répertoire de sa mère. Sa persistance à s’agiter agace Ray :
– Qu’est-ce que tu fabriques ?
– Je cherche le numéro de Germinie.
– Ne t’emballe pas. Laisse-moi le temps de contacter quelques personnes. Je vais t’obtenir un rendez-vous à la fondation Rothschild pour avoir un autre avis. »

« Malgré son agenda chargé, il a tenu à l’accompagner. Il est curieux de rencontrer Germinie et de découvrir ce village savoyard qu’Ava considère – à tort – comme un refuge. Alors qu’elle déplie le prospectus, il lâche un ronflement. S’il n’était pas déjà en train de dormir, voilà ce qu’il pourrait lire :
Aussi appelé station-village de charme, ce bourg montagnard de Haute-Savoie se situe à trente kilomètres du lac Léman, et à quinze minutes de la frontière suisse. La station de ski est reliée au domaine des Portes du Soleil, un des plus grands du monde. Abondance, c’est aussi un habitat typique, une race de vache et un fromage qui contribuent à la réputation de ce village d’exception. »

« Ava est réveillée par des chuchotis. Voix masculine et féminine. Virgil et Germinie. Elle ouvre les yeux. L’aube darde un rai de clarté dans la chambre, la preuve que sa vue n’a pas filé à l’anglaise pendant la nuit. Elle se lève, se débarbouille, emprunte le couloir. Là, elle est saisie d’un profond étonnement en réalisant qu’elle s’est trompée sur le détenteur de la voix d’homme, compte tenu de la soutane. Germinie barre un zona à un prêtre qui a hésité à la consulter. Et pour cause : la rumeur dit que la guérisseuse sait lire sur le front des gens s’ils sont – ou non – aimés du Ciel. »

Frédérique-Sophie BRAIZE romancière, nouvelliste, chroniqueuse de presse écrite, née à Évian. Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Elle travaille dans la sécurité privée et industrielle avant de se lancer dans l’écriture. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris avec Mouton, son chien de berger.

Parutions récentes et à venir :

Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois / Format poche (éd. Souny Poche 2018)

Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)

Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/01/soeurs-de-lait/

Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) Adapté en “Livre à deux places” pour “Lire et faire lire” d’Alexandre Jardin en 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/23/lily-sans-logis/

Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019) Prix Welter. Prix Ecriture d’Azur
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/31/une-montagne-de-femmes/

Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité 2021) Trophée des Savoyards du monde. Prix Machiavel 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/09/un-voyage-nomme-desir/

Les liaisons périlleuses (éd. Presses de la Cité 02/2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/05/26/les-liaisons-perilleuses/

Ses livres sont toujours inspirés de faits réels tombés dans l’oubli : histoire vraie, fait de société, fait historique…

https://www.instagram.com/frederiquesophiebraize/?hl=fr
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Amour, Émotion, Conte, Poésie

Les roses fauves

de Carole Martinez
Poche – 10 février 2022
Éditions : Folio

« Alors que les roses s’attardent, énormes dans la lumière rasante, le doute la saisit pour la première fois. Et si, à force de se dire heureuse, elle était passée à côté du bonheur… » D’origine andalouse, Lola mène en Bretagne une vie solitaire et sans éclat. Dans sa chambre, face au lit où elle s’interdit de rêver, trône une armoire pleine de coeurs en tissus. Ils renferment les secrets rédigés par ses aïeules avant de mourir. Cette vieille coutume espagnole défend cependant à l’héritière de les ouvrir. Jusqu’au jour où l’un des cœurs se déchire…

J’adore cet univers, entre rêves et réalité !

Il y a des romans qui ne se lisent pas, ils se respirent. Les Roses fauves de Carole Martinez en fait partie. Dès les premières pages, j’ai eu la sensation d’entrer dans un conte, d’être happé par des mots magiques, par une langue charnue, mélodieuse, habitée d’images et de parfums. L’écriture de Carole m’a une nouvelle fois enveloppé, à la fois douce et âpre, comme un pétale traversé d’épines.

Je me suis laissé guider jusqu’en Bretagne, là où une écrivaine en quête d’inspiration rencontre Lola Cam, une modeste postière au cœur vacillant, héritière d’une lignée de femmes mi-espagnoles, mi-bretonnes. Dans son armoire sommeillent cinq cœurs cousus, chargés de secrets, de douleurs, de destins féminins. Un seul s’est ouvert, celui d’Inès Dolores, et avec lui s’est libéré un souffle, un parfum, une mémoire.

Page après page, plusieurs vies s’entrelacent, celle de Lola bien sûr, mais aussi celle d’Inès, et celle de l’auteure elle-même qui se glisse dans le récit, brouillant les frontières entre la réalité et la fiction. J’ai adoré ce vertige, cette impression de ne plus savoir où j’étais, où commençait l’histoire, et où elle finissait. Petit à petits les cœurs s’ouvrent, les fleurs naissent, et le fantastique s’invite discrètement, comme une brume qui s’accroche aux mots.

Carole a ce talent rare et immense de faire éclore la poésie dans la souffrance et la beauté. Ses femmes sont toujours aussi fières, mais aussi blessées et parfois envoûtantes. Chacune porte en elle un monde, une lignée ou un secret.
Et ce parfum de roses fauves semble tantôt promesse d’amour, tantôt présage de mort. N’essayez surtout pas d’anticiper les pages. Laissez-vous porter dans un monde entre rêve et réalité… et ses passages réguliers en italiques…

Je me suis laissé bercer, égarer, puis bouleverser.
Au final, j’ai refermé le livre, une fois encore, le cœur plein d’émotions, ivre de mots, de senteurs et de songes.

Carole m’a de nouveau ensorcelé entre magie et poésie. Ses Roses fauves m’ont piqué l’âme, mais que c’est bon…

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Extraits :

« Des cœurs battent dans la chambre de Lola Cam. Des cœurs de femmes mortes.
Le premier est de satin bleu, c’est celui de sa mère. Le plus douloureux. Elle n’y touche jamais.
Cinq cœurs palpitent sur une étagère.
Le deuxième, celui de sa grand-mère Rosa, est un pré de velours traversé par un bourrelet de fil rose, doux comme une cicatrice. Lola le sort parfois pour le caresser, lui répéter la même phrase : « Como el camino, asi de grande te quiero, Yaya Rosa! »
Des cœurs de tissu, gros des secrets des mères, hantent les nuits de Lola Cam.
Le troisième, le plus réussi, est une œuvre de taffetas rouge, de fils noirs, orange et bleus : un cœur nocturne en feu. »

« Elle se redresse en frissonnant et se tourne vers le mur du fond du jardin – ce mur très haut et très épais qui la sépare du cimetière. Elle regarde ses gants terreux et les trois rosiers de Damas qu’elle vient de planter. Elle les trouve, tout à coup, loin-tains, comme abandonnés, en rang d’oignons, dans une solitude à crever. Elle a pourtant pris soin de les grouper, ils fleuriront en massif. »

« Lola tente de se dégager du souffle qui la ligote, de retrouver la douceur de cette fin de journée, en se concentrant sur l’odeur d’humus de la forêt voisine. Un parfum puissant contre lequel l’eau de toilette de son père ne pouvait rien jadis.
Tiens, pourquoi songe-t-elle soudain à son père? Le souvenir de son eau de toilette, comme contenu dans le parfum des bois, prend peu à peu le dessus. »

« Un livre ? Et qu’est-ce que vous écrivez de beau ? Des romans d’amour? On adore les histoires à l’eau de rose! Est-ce que vous tuez vos personnages à la fin ?
— Est-ce que vous racontez des histoires vraies ? me demande alors la postière soudain moins indifférente.
J’avoue que ce qu’on écrit dans un roman est toujours un peu vrai.
— Un peu vrai ? Ça ne veut rien dire ! rétorque la receveuse. Les choses sont vraies ou elles ne le sont pas! »

« Vos fesses adorables sont la plus belle chose que j’aie vue depuis le début de cette guerre, continue-t-il en gardant la main de Lola dans la sienne. Avant tout ça, j’étais jardinier à Dinan, ça paraît fou, non ? Je veux dire qu’un gars qui a passé une vie tranquille à faire pousser des fleurs, un gars comme les autres, se retrouve à sabrer d’autres gars comme les autres sans même savoir ce qu’ils faisaient dans la vie avant de se mettre à taillader des gars comme lui. C’est comme s’attaquer à un miroir ! On s’en fiche maintenant de ce qu’on était avant, du temps où l’on n’imaginait pas qu’une telle folie pouvait nous tomber sur le coin de la gueule sans prévenir ni rien, oui, on s’en fiche et on en tue juste autant qu’on peut, des ennemis, qui nous ressemblent comme deux gouttes d’eau, on les tue en essayant de ne pas y passer soi-même ! »

Née en novembre 1966 à Créhange, Carole Martinez est romancière et professeure de français. Elle a notamment signé Le Cœur cousu (2007), auréolé de nombreux prix, et Du domaine des murmures, couronné par le Prix Goncourt des Lycéens en 2011. En 2015, elle publie La terre qui penche (Gallimard). Tentée par la littérature jeunesse – elle est l’auteure de Le Cri du livre, en 1998 – Carole Martinez se lance pour la première fois dans la bande dessinée en scénarisant Bouche d’ombre pour Maud Begon. Deux albums sont parus chez Casterman en 2014 et 2015.

Le Cœur cousu (2007)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/19/le-coeur-cousu/

La Terre qui penche (2017)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/10/la-terre-qui-penche/

Dors ton sommeil de brute (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/14/dors-ton-sommeil-de-brute/

Anticipation, Émotion, Drame, Thriller psychologique

Transylvania

de Nicolas Beuglet
Broché – 18 septembre 2025
Éditeur : XO

Il était une fois…

Encore aujourd’hui, on prétend que le château de Bran, en Transylvanie, était la propriété du comte Dracula. Rares sont ceux qui s’arrêtent dans cet hôtel reculé, cerné par la neige et la glace. L’endroit paraît habité par des fantômes depuis la nuit des temps.

C’est là que la jeune inspectrice Mina Dragan est envoyée pour enquêter sur un meurtre étrange. Un cadavre gît dans une chambre. Celui de l’unique client de l’établissement. À ses côtés traîne une vieille malle verrouillée. Avant de disparaître, l’assassin a inscrit un tatouage énigmatique sur la main de sa victime.

Mina Dragan ne le sait pas mais c’est pour elle le début d’un jeu de piste terrifiant qui lui fera découvrir la face cachée et peut-être pas si imaginaire des contes de fées de notre enfance.

Et si la clé de tous ces mystères se trouvait dans un seul livre ?
Un livre fondateur. Il était une fois Transylvania…

Dans ce thriller qui plonge dans les profondeurs de notre subconscient, Nicolas Beuglet explore, une fois de plus, les ombres du passé pour éclairer l’avenir. Haletant. Vertigineux. Passionnant.

Avec Transylvania, son huitième roman, Nicolas Beuglet nous entraîne dans un thriller aussi fascinant qu’inquiétant, fidèle à sa manière d’offrir plusieurs niveaux de lecture. Dès les premières pages, j’ai été happé par cette atmosphère glaciale, dans le château du comte Dracula, perdu au milieu des montagnes enneigées. Un meurtre, un tatouage mystérieux, un magnat de la finance assassiné, et la presse mondiale qui s’enflamme… Tout est en place.

Au cœur de cette tempête, Mina Dragan, jeune policière roumaine, mène sa première enquête. Fragile et forte à la fois, elle se retrouve bientôt manipulée par une main invisible, guidée vers un univers où les contes des frères Grimm se mêlent à la noirceur du réel. J’ai adoré cette dualité, le polar moderne qui épouse les codes du gothique, la raison qui lutte contre l’étrangeté.

Très vite, j’ai compris que la véritable enquête ne se limitait pas au meurtre. Elle se cache entre les lignes, dans les symboles, dans les illusions. Comme Mina, j’ai douté, j’ai suivi les fausses pistes, cherché la vérité derrière les apparences. Et à la page 188, tout bascule. Nicolas ralentit le rythme, une nouvelle angoisse s’installe, et LA QUESTION surgit : Et si le mal n’était pas là où on le croit ?

L’écriture est fluide, précise, parfois cinématographique. Les décors sont somptueux, l’atmosphère oppressante, les réflexions terriblement actuelles. l’intelligence artificielle, les réseaux sociaux, la surveillance, et cette place de plus en plus fragile qu’occupe aujourd’hui la lecture dans nos vies connectées.

J’ai été surpris, ébranlé, puis captivé.
Transylvania m’a tenu éveillé durant ma lecture et cela risque de continuer bien au-delà de la dernière page. Un roman total, à la fois thriller, miroir du monde et fable moderne.
Un excellent moment de lecture, un véritable coup de cœur et une fin qui, à priori, n’est qu’un commencement…
La dernière ligne laisse présager une suite !!!

Extraits :

« Mina pila, tira le frein à main et coupa le contact. Après avoir pris une profonde inspiration, elle tourna la tête vers son coéquipier assis sur le siège passager. Coiffé de sa casquette d’agent de police, il regardait droit devant lui, l’air rageur. Du sang coulait de sa joue gauche et sa peau commençait à se teinter du bleuté de l’hématome. »

« Mina s’étira un peu pour essayer de voir ce que l’écran de son téléphone affichait de si captivant. Et distingua que la jeune femme ne tenait pas un smartphone entre ses mains, mais un livre.
Elle l’observa longuement, vivant par procuration le plaisir que devait éprouver cette lectrice. Malgré son abandon précoce de l’école, Mina avait toujours entretenu un rapport intime avec les livres, notamment grâce à sa mère bibliothécaire. Les livres qui, elle ne l’avait pas précisé au commissaire, lui avaient permis de s’évader lorsque la vie devenait trop dure à bord du bateau de pêche. Les livres qui l’aidaient par moments à combattre son complexe d’avoir redoublé sa classe de troisième et finalement quitté l’école avant le lycée. »

« Même si elle avait fait face à différentes situations qu’une femme de son âge ne connaîtrait jamais, à cet instant elle doutait de sa force, de ses capacités à affronter un défi qui lui avait paru moins intimidant lorsqu’elle l’avait accepté dans le bureau du commissaire. Ses mains tremblèrent et elle sut que bientôt ses jambes allaient flageoler, sa respiration deviendrait difficile, la nausée lui monterait aux lèvres. »

« – Au moins, à mon époque, on aidait les enfants à être responsables, aujourd’hui, on les protège tellement qu’ils ne savent plus rien faire. »

« – Je suis le dernier descendant de Wilhelm Grimm, très chère madame… Dragan. Mina Dragan ! Quel nom, mes amis, quel nom ! s’enthousiasma le dénommé Alphonse en frappant les planches de la scène d’un coup de canne. Vous avez tellement le profil pour être une héroïne ! »

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Après avoir écrit des scénarios pour la télévision, Nicolas Beuglet a choisi de se consacrer pleinement à l’écriture de romans. Salué par la presse, il est devenu en six ans et autant de romans l’une des plus grandes plumes du thriller français. Il est l’auteur chez XO Editions de deux trilogies : la première a pour héroïne Sarah Geringën (Le Cri, Complot, L’Île du Diable) et la deuxième Grace Campbell (Le Dernier Message, Le Passager sans visage et L’Archipel des oubliés).
Le mot de l’éditeur: “En huit ans et presque autant de romans, Nicolas Beuglet est devenu un géant du thriller français. Après L’Archipel des oubliés, il y a deux ans, Nicolas Beuglet confirme avec brio l’originalité et la densité de son univers littéraire dans ce roman policier”.

Il vit à Boulogne-Billancourt avec sa famille.

Le Cri (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/10/09/le-cri-de-nicolas-beuglet/

Complot (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/31/complot/

L’île du Diable (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/08/04/lile-du-diable/

Le dernier message (2020)
https://leressentidejeanpaul.com/2020/10/21/le-dernier-message/

Le passager sans visage (2021)
https://leressentidejeanpaul.com/2021/12/10/le-passager-sans-visage/

L’Archipel des oubliés (2022)
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/31/larchipel-des-oublies/

L’ultime avertissement (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/01/lultime-avertissement/

Amour, Émotion, Suspense

J’aimerais te dire

de Christian Pernoud
Broché – 9 octobre 2025
Éditeur : Taurnada Édition

Il y a toi… il y a elle… il y a nous…
Quand Thomas emmène sa fille, April, camper au lac Sebago, Angela, son ex-femme, pense qu’il veut simplement lui offrir un dernier moment d’insouciance avant son hospitalisation. Elle regarde son enfant partir sans imaginer une seule seconde que ce voyage va tout changer… et la hantera à jamais.
Faux-semblants, secrets de famille… l’histoire n’est pas toujours celle que l’on croit.

Un père et sa fille. Une odyssée bouleversante.

Il y a des lectures qui nous happent dès les premières pages, des histoires qui semblent venir chuchoter à l’oreille quelque chose d’essentiel. J’aimerais te dire, le nouveau roman de Christian Pernoud, que beaucoup connaissent sous le pseudonyme de Chris Loseus,en fait partie. Depuis Pour nous, l’auteur a choisi de tomber le masque, d’abandonner sa “cape d’invisibilité” pour se dévoiler davantage. Et quel dévoilement…

Thomas souhaite offrir à sa fille April quelques jours d’évasion avant son opération. Juste eux deux, loin de tout, pour respirer, pour parler, pour se dire ce qu’on ne se dit jamais assez. Le lac Sebago sera leur refuge. Sur la route, Thomas lui racontera son histoire, celle d’Angela, la mère d’April, et les drames qui ont façonné leur famille. Angela, elle, ne comprend pas vraiment ce départ soudain. Elle accepte, sans savoir que tout va lui échapper. Car ce voyage ne sera pas un simple aller-retour.

Quelques jours plus tard, Thomas et April disparaissent.
Alors tout remonte, le souvenir d’un jeune chercheur brillant, presque sur le point de découvrir un remède contre le cancer, avant que tout ne s’écroule. Une erreur, un protocole bafoué, et la chute. Que cherche Thomas aujourd’hui ? À réparer, à transmettre, à sauver ? Quel lien relie son passé de chercheur à ce voyage sans retour ?

Christian déroule avec une justesse rare les fils d’une vie, entre secrets enfouis, culpabilité et amour paternel. J’ai aimé cette construction en spirale, les confidences sur la route, la rencontre d’April avec Charlotte, l’arrivée chez Miguel… Chaque chapitre éclaire un peu plus le mystère, jusqu’à la révélation finale.

C’est le troisième roman de l’auteur que je lis, et à nouveau, je me suis laissé happer. J’ai beaucoup aimé sa manière d’aborder le passé sans alourdir le récit de flashbacks. Tout est fluide, incarné, vibrant. J’ai tourné les pages sans m’arrêter, jusqu’à la dernière ligne, en quelques heures à peine… l’émotion au bord des yeux. Et puis ce final… quel souffle, quelle émotion !

J’aimerais te dire est un roman de suspense. Mais c’est surtout une histoire d’amour, de résilience et d’espérance. Une ode aux liens entre un père et sa fille, une lecture intense, bouleversante et profondément humaine.
Bravo Christian, et merci à Joël des éditions Taurnada pour cette nouvelle pépite… Chaque roman édité est décidément une marche de plus vers le sommet d’une montagne de talents !

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Extraits :

« Mon plan débutait par un mensonge. Pas une petite cachotterie sans incidence qu’Angela et April me reprocheraient gentiment plus tard, mais par une tromperie qui modifierait dramatiquement le cours de nos vies. »

« Quoi ? s’enquit April. Qu’est-ce que tu avais fait ?
– Le feu dans lequel nous avions balancé les mégots empestait l’herbe, et crois-moi, les flics s’en foutaient.
Ils étaient là pour une tout autre raison. Quelque chose de bien plus grave que des mineurs consommant du cannabis. Je n’avais pas idée de quoi il s’agissait. Pas à ce moment-là. Mais le pistolet dirigé dans ma direction ne laissait aucun doute. Cette descente m’était destinée.
– Mais pourquoi ?
– Je vais y venir… Mais d’abord tu dois comprendre comment j’en suis arrivé là. »

« – Laisse tomber. Tu as craqué sur Angela. Qu’est-ce que je peux y faire ?
– Peut-être… risquai-je. Mais de toute façon, toi et moi ça n’aurait pas collé. Sois honnête. Avoue que tu as forcé les choses. »
Elle redressa la tête et essuya maladroitement la larme qui glissait sur sa joue.
– Je ne te poserai pas de problèmes… Ni à elle d’ailleurs. Vous pouvez faire ce que vous voulez. J’espère que ça durera entre vous tant qu’à faire. J’étais prête à t’aimer, Thomas, mais ça crève les yeux que vous finirez ensemble.
– Tu peux reprendre ta chambre. C’est pas la peine de changer de bungalow.
– Pour vous voir roucouler tout l’été ? Laisse tomber.
– Restons amis.
– Ah non! Pas ça. Épargne-moi ta pitié. Tout va bien, je te dis. Je ne t’en veux pas. C’était une chouette nuit. Maintenant, c’est fini. Tu peux dormir sur tes deux oreilles, je ne vous ferai pas de crasses. Je suis passé à autre chose. »

« Angela et Wendy faisaient des efforts pour éviter les tensions. Elles couraient régulièrement avec Justin – que je soupçonnais d’avoir des vues sur Angela – et d’autres sportifs de l’équipe, pendant que nous préparions la popote avec Trevor et Zachary. Tout le monde prenait ses marques. Rien ne laissait présager le drame à venir. »

Christian Pernoud est l’auteur de plusieurs romans sous le pseudonyme de Chris Loseus.

Amoureux des grands espaces il vit dans les Alpes avec sa femme et ses enfants. Il se rend régulièrement aux états-unis pour être au plus proche de ses intrigues.

Il est l’auteur, notamment, de :

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller

L’Antidote

de Tom Clearlake
Broché – 2 juin 2025
Éditeur : Moonlight éditions.

Andrew Fisher, père de famille sans histoires, disparaît sans laisser de traces.
Pour la police, il a fui délibérément, accablé par son récent licenciement.
Tess Lambert, ex-agent du FBI devenue détective privée, ne croit pas à cette version. Fisher occupait un poste important chez Corequantech, un géant des nouvelles technologies établi au cœur de la Silicon Valley.
Elle va percer le mur du secret professionnel de cette multinationale et découvrir qu’il travaillait au sein d’un laboratoire, avec quatre autres scientifiques spécialisés dans la génération d’intelligences artificielles avancées.
Persuadée que cette piste n’est que la face émergée d’un iceberg, elle va se mettre en quête de retrouver les ex-collègues de Fisher, et ouvrir une porte sur des révélations qui dépassent l’imaginable.
Quelque chose de plus vaste, de plus sombre, se cache derrière cette disparition.

Après « Sans retour », « Le Seuil », « Avides » et « Signatures », plongez dans ce techno-thriller infernal signé Tom Clearlake !

Quel bonheur d’être à nouveau surpris par un auteur que je suis depuis ses débuts !
Avec L’Antidote, Tom Clearlake sort de sa zone de confort, et pour moi, ce fut un vrai cadeau de lecture.

Dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par cette histoire, véritable grand écart du début à la fin, qui démarre par une mystérieuse disparition. Peu à peu, un univers sombre et inquiétant s’installe, un monde qui, derrière sa part d’imaginaire, nous renvoie à une réalité peut-être bien plus proche que nous ne le pensons.

Ce roman est inclassable. Tom nous entraîne dans un récit qui brasse une multitude de thèmes et qui fait voyager mes émotions d’un extrême à l’autre, colère, haine, peur parfois, mais aussi douceur, humanité, amour, respect de la nature, des animaux et envers son prochain…. Cette richesse donne une profondeur singulière à l’histoire et la rend d’autant plus inoubliable.

Au cœur du récit, Tess Lambert. Détective privée et ancienne agente du FBI, elle se lance dans une enquête qu’elle n’aurait jamais imaginée, mais qui résonne intimement avec ses valeurs. Je l’ai trouvée incroyablement attachante. À la fois forte et fragile, obstinée et vulnérable, elle incarne à mes yeux le symbole de la résistance, ce contrepoids nécessaire face à un monde qui court à sa perte, happé par la technologie et la déshumanisation. Serait-elle la clé de cette résistance devenue nécessaire ?

L’ambiance, les révélations ponctuelles, le suspense qui monte sans cesse… tout est parfaitement maîtrisé. J’ai aussi beaucoup apprécié l’univers technologique, dense mais accessible, et surtout original. Tom Clearlake réussit à me faire tourner les pages avec frénésie tout en m’invitant régulièrement à réfléchir aux dérives de notre époque et à un besoin vital d’entraide et d’humanité.

L’Antidote est un véritable “tourne-page”, mais aussi un roman porteur de sens. Un énorme coup de cœur que je vous recommande sans hésiter !
Et cerise sur le gâteau, il y aura une suite… J’ai déjà hâte d’y plonger.

Merci Tom, pour ta confiance et pour ce moment de lecture aussi intense que marquant.

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Extraits :

« – Maman, il est parti où papa ?
La mère entendit à peine la voix de sa jeune fille. Ses yeux étaient fixés sur un point vague, au loin, en direction de ce magasin, de l’autre côté de la route. Andrew y était allé pour acheter de la crème solaire.
– Hein maman, il est parti où ?
Le regard azur d’Emily Fisher ne dévia pas. Elle passa une main devant ses yeux pour dégager ses mèches brunes rabattues par le vent.
Daniel prit le relais de sa sœur ainée :
– Mais il est parti où papa ?!
– Il ne va plus tarder à revenir, les enfants. »

« Elle composa le 911, le cœur battant à tout rompre. La voix énergique d’une jeune femme s’éleva :
– 911, quelle est votre urgence ?
Emily respira profondément pour se calmer, et tâcha de parler clairement :
– Mon nom est Emily Fisher. Je vous appelle car mon mari
Andrew a disparu.
– Il va me falloir plus d’informations, madame. »

« Dans le paysage dynamique de la technologie mondiale, Corequantech émerge comme un colosse, dominé par une quête incessante d’innovation et une culture d’entreprise exclusivement basée sur le rendement. Fondée en 1980, cette multinationale, avec ses racines profondément ancrées dans la Silicon Valley, s’est imposée comme un leader incontesté dans les domaines de l’informatique classique et à présent quantique, des nanotechnologies, de la robotique indus-trielle, spatiale et domestique. Toutefois, derrière le voile de ses succès, se cache une réalité complexe, marquée par la compétitivité, et frappée du sceau du secret professionnel.
Une Course à l’Innovation. »

« Nous avions tous les cinq un idéal commun, le rêve d’un monde meilleur, d’une humanité unie, évoluant sur une planète sans frontières, exempte de guerre, de pollution, gouvernée avec sagesse. Nous voulions changer le monde et nous savions que l’intelligence artificielle allait ouvrir les portes d’une nouvelle ère. Au fil de nos réunions et de nos discussions en dehors du cadre du laboratoire, cet idéal s’est peu à peu concrétisé en un objectif. L’objectif ultime : la génération d’une super intelligence artificielle. »

Tom Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

« Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir. »

Amour, Émotion, Conte, Magique, Psychologie

Notre part féroce

de Sophie Pointurier
Broché – 21 août 2025
Éditeur : PHEBUS

Pour certains, l’enfance est un paradis perdu. Pour Anne, c’est une terre aride. Fuir, briser sa chaîne, vivre sa vie, c’est tout ce qu’elle espérait. Devenue mère, la voilà rattrapée par son histoire. Et une obsession : comprendre la femme qui l’a élevée seule.

Anne est journaliste. Son dernier article, écrit en réaction au procès d’un chasseur jugé pour avoir tué une louve, la plonge dans une tempête médiatique. Mise en retrait des sujets sensibles, elle s’offre une parenthèse estivale et embarque avec elle sa fille, sa mère et sa vieille amie. Mais dès leur arrivée, l’étrange s’invite dans leur quotidien : événements inexpliqués, coïncidences, déjà-vu… Les détracteurs de Anne auraient-ils décidé de ne plus la laisser en paix ? Ou est-ce autre chose, de plus ancien et de plus sauvage, qui s’éveille autour d’elle ?

Odyssée de femmes, fable contemporaine, voyage palpitant au cœur d’une mélancolie familiale, roman sur les mythologies et la violence qui nous peuplent, Notre part féroce pose une question : jusqu’où peut-on aller pour réparer notre enfance ?

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Merci à toute l’équipe de Babelio pour cette excellente soirée, où Sophie Pointurier a su trouver les mots qui nous ont tous touchés…

J’ai découvert Sophie Pointurier avec Notre part féroce, un roman surprenant, audacieux et une écriture vive qui m’a accroché dès les premières pages. Je ne savais pas où j’allais, et c’est sûrement ce qui m’a le plus séduit, cette impression de me laisser entraîner dans un récit qui m’échappait sans cesse, qui changeait de peau à mesure que je tournais les pages. J’ai rarement lu un roman qui se transformait ainsi entre le début et sa fin, lentement, mais résolument !

Au départ, tout semble familier, presque banal. Je lis tranquillement, confortablement installé sur mon canapé, et je me dis que je tiens entre mes mains une histoire de famille comme tant d’autres. Mais peu à peu, les choses basculent, se bousculent. Les premiers signes étranges apparaissent, les questionnements autour du paranormal s’invitent, les mythes surgissent, puis les fissurent de la réalité. J’ai senti l’ambiance se charger, mon confort s’évaporer, et j’ai adoré ça.

Le roman se déploie alors dans une dimension à la frontière du réel et du fantastique, assumant une normalité déroutante où les loups-garous et les dames blanches semblent avoir droit de cité.
Trois femmes, trois générations, trois forces de caractère qui s’entrechoquent, Anne, journaliste, sa mère Scarlett, abîmée par la vie, et Rose, sa fille, témoin d’un monde qui lui échappe encore. Leurs personnalités fortes, parfois borderline, se heurtent, s’entremêlent, et rendent ce récit aussi intime que troublant. Elle seront rejoint par une voisine de Scarlett, une femme alcoolique devenue son amie, qui aura aussi son importance.
Sophie assume son histoire à la limite du fantastique avec beaucoup d’aisance, avec une normalité assumée même, elle nous livre non pas une aventure féminine, mais trois qui s’entrechoquent avec leurs trois personnalités puissante et borderline, trois générations bien distinctes.

Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est la manière dont Sophie s’appuie sur les mythes pour raconter la famille, ses fractures, ses silences, ses blessures invisibles. J’ai aimé ce double niveau de lecture, une histoire de femmes, mais aussi un miroir tendu à nos ombres, à ce que nous portons de sauvage et d’incontrôlable. À travers Anne, écartée de son travail après un article polémique sur les loups, j’ai suivi leur voyage à Palavas-les-Flots, censé être une parenthèse, mais qui vire à l’inattendu et se transformera en quête identitaire, en confrontation avec l’Histoire familiale, voire même une plongée dans l’inexpliqué.

Notre part féroce est un roman qui m’a happé par ses mystères et ses résonances, mais pas que. C’est une lecture originale et envoûtante, où la petite histoire se mêle à la grande, et où chaque page semble nous rappeler que nos mythes intimes, eux aussi, ont toujours faim.

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Extraits :

« Ce qui se passe la nuit n’est jamais entièrement vrai, ce qui se passe le jour non plus. Cette nuit, j’ai rêvé que je prenais un médicament qui devait m’aider à mourir. Dans ce rêve, quelqu’un me tendait un cachet blanc ; je l’avalais et puis j’attendais. On me disait: ton cœur va s’arrêter dans quelques minutes. Je sentais mon cœur ralentir, il battait de plus en plus faiblement, mais ne s’arrêtait pas. J’avais mal, les heures passaient, des inconnus allaient et venaient dans la pièce. Ils discutaient comme si je n’étais pas là, inquiets, et moi je ne mourais toujours pas. »

« D’aussi loin que je me souvienne, maman avait toujours eu mal. « J’ai mal dormi » était la première phrase que j’entendais le matin au réveil. La tête, le ventre, le dos, elle avait mal partout et s’en plaignait généralement tout le temps. Je partais à l’école en sachant que je la retrouverais à 16 heures à l’endroit exact où je l’avais quittée, et qu’un compte rendu exhaustif de sa condition m’attendait pour le goûter. »

« Je crois que je rêve, ou je rêve que je me réveille. Je suis dans mon lit, j’entends des voix. Quelqu’un marche autour de moi, je perçois le bruit de ses pas sans pouvoir bouger. Mon corps ne répond pas, je veux crier mais aucun son ne sort de ma bouche et ça me tétanise. Je me vois d’en haut, allongée, le corps distinct de mon esprit.
Quelqu’un m’observe, il y a une présence, forte, presque inquiétante. Peut-être que c’est moi qui marche autour de moi, sinon, qui d’autre me ferait peur comme ça ? »

« J’ai ramené maman à la maison en me demandant comment elle avait bien pu se retrouver sur cette route en pleine nuit. Elle avait parcouru plusieurs kilomètres de La Grande-Motte jusqu’ici dans un état second et j’envisageais toutes les raisons possibles: un mélange de somnifères et d’anxiolytiques, un début d’Alzheimer, une amnésie dissociative. Aucune de ces perspectives n’était rassurante. Je lui répétais qu’elle me fichait la trouille à jouer avec sa santé, mais elle n’entendait pas.
– Tu es venue en stop, tu as pris le bus ? Qu’est-ce que tu fais ici ?
Elle ne se souvenait de rien.
– J’ai marché…
– Mais tu as souvent des crises de somnambulisme ? Je vais en parler avec Rose. Ça va pas du tout là… »

Sophie Pointurier est enseignante-chercheuse et directrice de la section Interprétation en langue des signes à l’École supérieure d’interprètes et de traducteurs (ESIT) – université Sorbonne-Nouvelle. Son deuxième roman, Femme portant un fusil, a conquis les libraires et les lecteurs.

Publications :
– Théories et pratiques de l’interprétation de service public
– La femme périphérique
– Femme portant un fusil
– Le Déni lesbien, celles que la société met à la marge
– Notre part féroce

Émotion, Drame, Dystopie

Tyrannie

de Richard Malka
Poche – 21 août 2025
Éditeur : MON POCHE

Aux portes de l’Occident, un dictateur opprime son peuple au nom de la pureté. Les enfants ont le visage masqué et les citoyens récitent en masse un petit livre dont l’idéologie venimeuse contamine le monde. À Paris, dans une cour d’assises scrutée par la presse internationale, un homme ayant fui ce pays après avoir échappé à un massacre tente de justifier le crime qu’il a commis de sang-froid. Son avocat, intense et secret, doit obtenir l’impossible : l’acquittement d’un meurtrier qui revendique un acte destiné à réveiller les consciences. À ses côtés, la nuit, le jour, une réfugiée politique à laquelle il se lie de passion trouble : qui manipule qui ? Journalistes, témoins, avocats, juges et intellectuels de notre temps se retrouvent dans ce procès pour l’Histoire.

Lire Tyrannie, le premier roman de Richard Malka, a été pour moi une expérience troublante, presque dérangeante par moments, tant la fiction qu’il déploie fait écho à notre propre réalité. L’auteur imagine une société, l’Astracie, qui sombre peu à peu dans une dictature où les libertés fondamentales disparaissent, grignotées au nom de la transparence et de la pureté. Derrière cette façade idéologique, j’ai reconnu le miroir de tous ces régimes qui manipulent et asservissent un peuple au nom d’un idéal mensonger, pendant que les élites artistiques, intellectuelles ou politiques ferment les yeux, prêtes à toutes les compromissions.

Au cœur de cette noirceur se dresse un homme, Oscar Rimah. Pédiatre respecté, il va se dresser contre cette tyrannie et commet un geste radical, l’assassinat d’un dignitaire, Satine Sa Cher, le secrétaire de l’ambassadeur d’Aztracie en France. Non par folie ou par haine, mais pour tenter de réveiller les consciences. À ses côtés, un avocat, Raphaël Constant, homme intègre et tourmenté, qui va livrer le combat de sa vie. Défendre l’indéfendable, plaider l’acquittement d’un meurtrier qui revendique son acte. J’ai suivi ce procès comme si j’y étais, haletant, bouleversé par la force des arguments, par l’intensité des débats, par la tension qui monte à chaque page.

C’est justement cette partie juridique, concrète et passionnante qui m’a d’abord emportée et tenue en haleine jusqu’à l’issue du procès, avec son dénouement inattendu, dévoilant parfois le fonctionnement du système judiciaire français. Richard Malka est avocat et cela se sent. Il met toute son expérience au service de cette histoire. Cela se ressent, les plaidoiries, les joutes verbales, les hésitations du jury… tout sonne vrai, brûlant, presque tangible. Je me suis laissé happer par cette immersion dans les coulisses d’une justice qui doute, s’affronte, se cherche.

Mais Tyrannie n’est pas seulement un thriller judiciaire brillant, il raconte quelque chose de beaucoup plus important comme une parabole politique et humaine. J’y ai retrouvé les échos de 1984 ou du Meilleur des mondes. Comme eux, ce roman m’a interpellé, m’a secoué, en me rappelant combien nos libertés sont fragiles et combien il est essentiel de ne jamais abdiquer notre esprit critique.

La plume de Richard énonce le long de son récit des vérités que beaucoup d’entre nous refuseront de voir, elle est sans concession, directe, mais jamais moralisatrice. Elle frappe juste, en plein cœur. Ce roman n’a pas seulement occupé mes pensées pendant ma lecture, il continue de résonner en moi.

Un récit fort, dense, profondément marquant. Une lecture qui m’a laissé à la fois admiratif et inquiet, mais surtout conscient de l’urgence de rester vigilant.
On suit intensément les interventions de chacun, on se laisse convaincre par telle plaidoirie, tel discours d’expert, on est invité à se poser les questions de responsabilité, intentionnalité, culpabilité, et de la portée universelle que peuvent revêtir le procès d’un individu et le verdict du jugement…

Un très grand merci à Virginie des éditions “de Borée/MonPoche” pour cette lecture poignante…

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Extraits :

« OSCAR RIMAH était incarcéré à la maison d’arrêt de Fresnes, en division sud, à l’isolement, régime assez inhumain hérité des quartiers de haute sécurité. Sa célébrité imposait qu’on le protège des autres, ceux qui voulaient le sauver et ceux rêvant de l’abattre. Cette mesure compliquait la tâche de son avocat, contraint à de longs et tatillons contrôles pour parvenir jusqu’à lui. Surtout, il y avait ce que Raphaël considérait être un chef-d’œuvre de perversité pénitentiaire. »

« OSCAR RIMAH était né pauvre mais à force d’étude et de travail, il devint pédiatre, puis chef de service dans le plus grand hôpital du pays.
Unanimement respecté dans son domaine, il se maria avec Ezra, infirmière anesthésiste qui lui donna deux beaux enfants, Ethal et Fine. Comme tous ses collègues, Oscar travaillait quinze heures par jour afin de pallier le manque de ressources du secteur hospitalier. Il avait quarante-cinq ans, les cheveux déjà gris, les yeux très noirs, la taille haute et le sourire bienveillant. »

« Le père d’Oscar avait quatre-vingt-cinq ans lorsqu’une voiture le percuta. La première année du pouvoir aztride fut marquée par une explosion du nombre d’accidents de la circulation. Les opposants au régime semblaient être distraits en traversant. »

« – À nouveau, je n’ai rien dit. Le climat du pays s’était dégradé et les disparitions se multipliaient.
La peur ne me quittait plus. En fait, la population de mon pays était divisée entre ceux qui avaient peur et ceux qui faisaient peur. »

« – Un jour, la Garde prophétique est venue chercher une petite fille de sept ans. J’ai demandé au nouveau directeur d’école des explications. Il m’a répondu que ce n’était pas de mon ressort et que je ne devrais pas poser de telles questions si je voulais éviter des ennuis. »

Richard Malka est né en 1968 à Paris, dans le 11e arrondissement, de parents juifs marocains. Il obtient son baccalauréat en 1986 et poursuit des études de sciences et de commerce avant de se tourner vers le droit. En 1992, il devient avocat et commence sa carrière dans le cabinet de Georges Kiejman. En 1999, il fonde son propre cabinet d’avocats. Il défend des clients célèbres comme Charlie Hebdo, Clearstream et Dominique Strauss-Kahn. Il est également connu pour ses interventions dans des procès emblématiques liés à la liberté d’expression et à la laïcité. En parallèle de sa carrière juridique, il se lance dans l’écriture de bandes dessinées et de romans.

En 2006, il co-écrit La Face karchée de Sarkozy avec le journaliste Philippe Cohen et le dessinateur Riss. Ce livre, qui critique la politique de Nicolas Sarkozy, rencontre un grand succès avec plus de 200 000 exemplaires vendus. En 2018, il publie Le droit d’emmerder Dieu, un essai qui défend la liberté d’expression et la laïcité. Cet ouvrage lui vaut le Prix du livre politique en 2022. En 2021, il écrit Traité sur l’intolérance, un livre qui met en garde contre les dangers de l’extrémisme religieux et qui est salué par la critique.

Après Dieu publié en 2025, est un dialogue imaginaire entre l’auteur et Voltaire, où ils discutent de la place des religions dans la société moderne et de la quête de nouvelles formes de transcendance.

C’est un auteur prolifique et engagé, dont les œuvres reflètent son combat pour la liberté d’expression et la défense des droits fondamentaux.

Émotion, Polar, Psychologie, Thriller, Violence

Quand ils viendront

de René Manzor
Broché – 3 septembre 2025
Éditeur : Calmann-Lévy

« QUAND ILS VIENDRONT, TU DEVRAS ÊTRE PRÊT. »

Peter a 11 ans. Son père a quitté sa famille pour vivre seul dans un lieu qu’il tient secret. Pour toute explication, il a dit à sa femme que leur sécurité à tous les trois en dépendait. Mais, une nuit de tempête, il surgit chez eux, blessé, et les embarque dans un minivan, direction la Pennsylvanie.

Confusément, Peter a toujours su que ce jour arriverait. Chaque weekend depuis deux ans, son père l’entraîne au tir sur cible, à l’endurance, au combat à mains nues… Et entre deux exercices physiques, il l’initie aux échecs, lui fait apprendre par cœur des stratégies, des numéros de téléphone, des codes…

Menacé par des ennemis dont Peter ignore tout, son père a prévu jusqu’au moindre détail de leur exil. Malheureusement, le destin s’en mêle sous la forme d’un terrible accident. Peter et sa mère se retrouvent seuls pour affronter l’avenir, isolés dans une ferme en plein territoire amish, un monde hors de toute modernité.

Dans cette région inconnue, dans cette maison inconnue, Peter ne sait qu’une chose : « Ils viendront », comme lui a dit son père. Mais qui ? Quand et pourquoi ? Et que peut faire un garçon de 11 ans pour protéger sa mère ?
Un thriller émouvant et féroce

Vous l’avez déjà lu ce roman qui vous prend à la tête et aux tripes ?
Celui qui vous fait tourner les pages de plus en plus vite ?
Celui qui fait « tic-tac, tic-tac » dans la tête, sans cesse, qui vous empêche de prendre une pause, qui vous incite à lire le chapitre suivant et le suivant, et le suivant encore. Je me suis retrouvé piégé dans un engrenage infernal, obsédant, qui m’empêchait de poser mon livre. Et quand enfin j’ai vu apparaître ce mot tant redouté : FIN.
Il était 3 h 39 du matin et je l’ai détesté. Les heures à réfléchir à ce que je venais de lire en regardant mon plafond m’ont paru bien longues…

Il y a des romans qui vous happent dès la première page et qui ne vous lâchent plus, pas même au cœur de la nuit. Quand ils viendront, de René Manzor, fait partie de ceux-là.

L’histoire m’a immédiatement pris à la gorge. Secrets, révélations, tensions… tout s’accélère, tout devient étouffant, et l’envie irrépressible de tourner les pages prend le dessus. René sait parfaitement manier le suspense, mais ici il frappe encore plus fort, il nous met face au mal absolu. Ce mal, ce n’est pas un monstre venu d’ailleurs, mais le pouvoir. Ce pouvoir froid, implacable, qui broie sans état d’âme et qui ne laisse derrière lui que des ruines.

Et face à cette machine infernale, il y a Peter, un garçon de onze ans bouleversant, qui m’a profondément marqué. Avec son innocence et sa force mêlées, il choisit de ne pas baisser les yeux, de ne pas céder. En mémoire de son père qui l’aimait plus que tout, il se dresse contre l’injustice, contre la peur, contre le pire. Son courage m’a serré le cœur.

René m’a entraîné dans un récit où s’entremêlent action, tension, émotions et une troublante résonance avec notre actualité. Chaque page transpire l’urgence, chaque mot semble forgé dans la colère et la passion. J’imaginais l’auteur jubilant derrière sa plume, conscient de la bombe qu’il tenait entre les mains, impatient de la livrer à ses lecteurs.

Dans cette histoire, une mère, Emma, et son fils affrontent un combat impossible, contre un État tout-puissant, contre la CIA, contre une vérité qu’on veut réduire au silence à tout prix. Mais il y a aussi Patty, Cameron, Franc, le tonton et bien d’autres. Ils doivent fuir, résister, survivre. Et moi, lecteur, je courais avec eux, le souffle court, les tripes nouées.

Quand ils viendront est un thriller brillant, haletant, bouleversant, qui m’a laissé groggy mais admiratif.
Un véritable coup de cœur que je vous recommande sans la moindre hésitation.
Merci aussi René, pour cette “ouverture” sur le monde des amish particulièrement agréable. Au revoir Peter, au revoir Lovina et profitez de la vie, vous le méritez amplement !

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Extraits :

« La pluie tombait à verse. Elle tambourinait sans relâche sur les pentes abruptes et rocheuses de la forêt. L’humidité et la chaleur engourdissaient la course de l’enfant. L’eau aveuglante lui dégoulinait dans les yeux, mais il s’efforçait de garder le rythme pour ne pas se laisser distancer.
Devant lui, son père semblait survoler le terrain, sans donner le moindre signe de fatigue.
Poussé par l’amour-propre de ses onze ans, Peter mobilisa ses dernières réserves pour le rattraper.
Mais, à force d’allonger les foulées, il glissa. Ses mains tentèrent désespérément de s’agripper à quelque chose…
en vain.
Il s’affaissa dans le fossé boueux. »

« Deux semaines s’étaient écoulées depuis cette horrible catastrophe, mais c’était comme si le temps s’était arrêté.
En hommage aux victimes, les parades de Columbus Day du 13 octobre avaient été annulées. D’après les experts, la destruction du pont était due à une micro-tempête.
Son énergie s’était transférée à la structure et les oscillations avaient provoqué la rupture des câbles. Les hommes parlaient de reconstruire le pont Benjamin-Franklin, mais personne ne pourrait jamais rebâtir la famille Lee. »

« — Tu sais pas ce que j’ai appris, guapo ? Le terme « complotiste » a été inventé par la CIA en 67 pour décrédibiliser ceux qui contestaient les conclusions de l’enquête sur l’assassinat de Kennedy. Les mêmes qui pourraient très bien être responsables de l’explosion du pont.
Peter haussa les épaules en souriant, ce que sa copine
ne pouvait voir.
— Y a pas eu « explosion », Lupe. J’étais sur place, je te rappelle. »

« Emma ne sait rien, Teddy. Et, en ce moment, elle risque sa vie et celle de son fils pour rien. D’où mon engagement à leurs côtés.
Le problème, par rapport à cet « engagement », c’est que l’Agence a quinze milliards de budget à sa disposition pour faire de ta vie un enfer et toi, tu as quoi ?
La vérité.
Certaines vérités sont trop vraies pour être dites, ma belle.
« Trop vraies pour être dites » ? s’insurgea-t-elle. »
Depuis quand tu penses comme ça, Teddy ?
»

Né avec le goût de construire des histoires, René Manzor a d’abord donné corps à cette envie au cinéma. Ses deux premiers films, Le Passage et 3615 Code Père Noël, le font remarquer par Steven Spielberg qui l’invite à Hollywood. Voilà le jeune Français lancé à Los Angeles, scénariste et réalisateur, ghost writer pour les grandes productions. Dans les années 2000, René Manzor quitte les États-Unis et renoue avec le cinéma français (Dédales).
En 2012, son premier roman, Les Âmes rivales, a révélé une plume au rythme vif et un univers mystérieux.

En cinq romans seulement, il s’est imposé comme une des références du thriller français.

Pour Celui dont le nom n’est plus il a reçu le Prix Cognac du polar Francophone.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/07/15/celui-dont-le-nom-nest-plus/

Pour Apocryphe, le Prix Polar Les Petits Mots des Libraires,
https://leressentidejeanpaul.com/2018/10/31/apocryphe-de-rene-manzor/

Pour À Vif, le Grand Prix Iris Noir Bruxelles 2021 et le Prix de l’Embouchure 2022.

Du fond des âges
https://leressentidejeanpaul.com/2022/11/16/du-fond-des-ages/

L’ombre des innocents
https://leressentidejeanpaul.com/2024/04/29/lombre-des-innocents/

En 2020, quand le covid frappe et que les tournages s’arrêtent, il a une idée folle : donner vie à ce prof d’écriture qu’il cherchait désespérément étant môme, quelqu’un qui vous apprendrait les secrets de l’écriture comme un prof de guitare vous montre les accords.
Grâce à son « coaching », des débutants de tous âges donnent vie à leur histoire.
SEPT d’entre elles sont publiées dans ce recueil.
Elles révèlent SEPT nouveaux talents…

SEPT
https://leressentidejeanpaul.com/2023/07/01/sept/

SEPT SAISON 2
https://leressentidejeanpaul.com/2025/06/18/sept-saison-2/