Émotion, Drame, Fantastique, Frisson horreur, Violence

La tour de sélénite

d’Arnaud Codeville
Broché – 1 juin 2015
Éditeur : Autoédition

Si l’horreur avait la possibilité de se matérialiser, je pense en avoir été témoin cette nuit-là…

Adel Blanchard est un écrivain en perdition. Depuis quelques mois, sa vie ne se résume qu’à éviter les huissiers et à courir après son ex-femme pour voir ses deux enfants. Pour sortir la tête de l’eau, il accepte un poste de professeur de Lettres dans une faculté de Lille. Mais peu à peu, il ne peut s’empêcher de glisser dans la dépression. Un soir, alors qu’il est prêt à commettre l’irréparable, sa voisine de palier intervient miraculeusement et l’en empêche. Il voit en elle l’opportunité de démarrer un nouveau chapitre de sa vie, c’est donc naturellement qu’il participe au projet universitaire qu’elle organise avec un collègue : la restauration d’un phare en Loire-Atlantique. Malheureusement, il ne se doute pas que ce périple le mènera au cœur de la terreur où il y laissera une partie de son âme…

Cela faisait longtemps que je n’avais pas ouvert un véritable roman d’horreur. Pourquoi cette longue parenthèse ? Je l’ignore… Peut-être est-ce simplement l’âge qui me rend plus sélectif. Toujours est-il que La Tour de sélénite, d’Arnaud Codeville, patientait depuis des années dans ma bibliothèque. Et quelle excellente idée j’ai eue de l’en sortir !

Je l’ai commencé hier matin… et je l’ai terminé en quelques heures. Une lecture d’une seule traite, tant il m’a happé une fois ses griffes plantées dans mon imagination.
Je dois pourtant être honnête, les premières pages m’ont demandé un petit temps d’adaptation. J’y ai perçu les hésitations d’un premier roman, une introduction un peu longue et quelques accents plus romantiques qu’attendus. Mais Arnaud semble justement connaître son piège. Et si c’était ça justement son secret. Reculer, ralentir pour mieux capturer son lecteur ensuite…

J’ai fait la connaissance d’Adel, un écrivain brisé par la vie. Après le succès fulgurant de son premier livre, il se retrouve ruiné, divorcé, éloigné de ses enfants et profondément dépressif. Devenu professeur à l’université de Lille, il tente difficilement de reconstruire son existence. Après une tentative de suicide avortée, il est sauvé in extremis par sa voisine et collègue Laure et se lie d’amitié avec plusieurs de ses collègues, reprend peu à peu goût à la vie.

De retour de ses premières vacances avec ses enfants, un drame vient bouleverser ce fragile équilibre. Il apprend avec effroi que deux de ses collègues, dont Laure, qui devait l’appeler durant ses congés, ont disparu mystérieusement alors qu’ils devaient rénover un vieux phare abandonné. Pourtant, personne ne les a jamais vus y entrer. Dès lors, Adel et trois autres collègues décident de partir à leur recherche… sans imaginer qu’ils s’apprêtent à franchir les portes de l’horreur. À partir de cet instant, je n’ai plus respiré de la même façon. Le phare devient un personnage à part entière, vivant, oppressant, presque conscient de la présence de ceux qui osent pénétrer entre ses murs. Chaque pierre semble dissimuler un cauchemar, chaque couloir une menace. J’ai véritablement ressenti cette montée d’angoisse. Plus d’une fois, je me suis surpris à regarder derrière mon épaule ou à interrompre ma lecture quelques secondes tant certaines scènes étaient dérangeantes. Âmes sensibles, vraiment, abstenez-vous.

J’ai également beaucoup apprécié les personnages, tous profondément humains. Adel m’a touché par sa sincérité, son désespoir et son courage…

La plume d’Arnaud est fluide, nerveuse et terriblement immersive. La tension grandit sans relâche jusqu’à un huis clos fantastique où la terreur devient presque palpable.

Pour un premier roman, je le trouve remarquable. La Tour de sélénite est un récit sombre, addictif et viscéralement inquiétant, qui prouve déjà tout le talent d’un auteur capable de transformer un simple phare en l’un des lieux les plus effrayants que j’aie visités… sans jamais quitter mon fauteuil.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je déposai ma valise et quelques cartons contenant le reste de ma vie dans un appartement vide. J’avais accepté ce poste de professeur de lettres à l’université privée de Lille par dépit, car mes maigres économies s’étaient envolées avec mon ex-femme. Quelques années auparavant, j’avais eu cette brillante idée de devenir écrivain. J’avais abandonné l’enseignement pour me consacrer à l’écriture.
Le premier livre m’avait valu une certaine notoriété dans le monde littéraire. Il s’inspirait des œuvres de Sir Arthur Conan Doyle, autant dans le style que dans la narration.
L’histoire mettait en scène un ancien Poilu qui revenait du front, et dont la femme était retrouvée assassinée peu après son retour. Ce roman connut immédiatement le succès et l’on me proposa même d’en faire un film. »

« — Il y a des zones d’ombre, murmura-t-elle, à la lisière de nos vies quotidiennes. Il existe des forces obscures que nous, pauvres êtres humains, nous sommes incapables de contrôler et même de comprendre…
Il y eut un long silence que seuls les bruits de la rue venaient combler. Elle termina son thé, et se leva d’un bond. Visiblement gênée par ses confidences, elle n’osait plus me regarder dans les yeux. Elle sécha ses larmes d’un revers de la main et me donna un baiser sur la joue. »

« — Ce phare est maudit…
Éric s’étrangla et explosa de rire.
— Je m’en doutai… je m’en doutai que le vieux allait nous sortir un truc pareil.
Je le fixai du regard et il comprit aussitôt qu’il devait se taire.
— Ne faites pas attention à lui, monsieur, vous pouvez être plus précis, s’il vous plaît ? Qu’est-ce qui vous dit que ce phare est maudit ?
— Il y a un peu plus de trente ans, commença le propriétaire, juste après la guerre en fait, l’île a trouvé un nouvel habitant. Un médecin…
L’Anglais, dont l’inquiétude se lisait sur le visage, l’interrompit :
— Quel mal y a-t-il à ça ? »

« Au bout d’une demi-heure, nous avions fait un passage assez grand pour qu’un homme puisse traverser.
Je pris mon courage à deux mains et le franchis le premier, éclairé par ma lampe-torche. L’odeur pestilentielle était beaucoup plus forte ici. La pièce, dont le sol était composé uniquement de terre de couleur sombre, était large d’au moins six mètres sur trois. Sur les murs ne restaient que les équerres en métal de plusieurs étagères. Le bois qu’elles soutenaient s’était probablement désagrégé avec le temps. À notre gauche était disposé un bureau en fer où un nombre incalculable de fioles, tubes à essai, bocaux à combustion, éprouvettes et bien d’autres instruments de chimie étaient posés çà et là. J’avançai prudemment quand soudain, mon corps refusa de faire un pas de plus. »

Né en 1980 dans le nord de la France, Arnaud Codeville est avant tout un passionné. Adolescent, il découvre le cinéma horrifique et comprend immédiatement que cet univers va prendre une place importante dans sa vie. Il aime avoir peur.

À 17 ans, Arnaud croise la route du jeu de rôle L’appel de Cthulhu. Il dévore dès lors les textes de H.P. Lovecraft, devient maître de jeu et écrit ses propres scénarios.

En 2015, il se lance dans l’écriture de son premier roman La tour de Sélénite. L’année suivante, il édite un second opus : 1974 qui sera élu « plume francophone » par les lecteurs d’Amazon puis primé par le site Plume libre dans la catégorie « nouvelle plume ».

En 2019, sort Parasite qui a été nommé au prestigieux Prix Masterton dont il a été finaliste.

En 2021, il publie Règne, son premier roman post-apocalyptique.

Émotion, Drame, Noir, Polar, Suspense, Thriller

Le Cercle

de Bernard Minier
Poche – Novembre 2013
Éditeur : Pocket

Pourquoi la mort s’acharne-t-elle sur Marsac, petite ville universitaire du Sud-Ouest ?
Une prof assassinée, un éleveur dévoré par ses propres chiens… et un mail énigmatique, peut-être signé par le plus retors des serial killers.
Confronté à un univers terrifiant de perversité sur les terres de son adolescence, le commandant Servaz va faire l’apprentissage de la peur, pour lui-même comme pour les siens.

« Bernard Minier persiste et signe. Après l’éclatant succès de son premier roman, Glacé,
le voilà qui confirme son talent avec Le Cercle. »
Le Figaro littéraire

« L’auteur mène son suspense de main de maître
et on ralentit sa lecture pour que le livre ne se termine pas. »
Version Femina

Après Glacé, lu il y a quelques semaines, j’avais hâte de retrouver le commandant Martin Servaz dans ce deuxième volet, Le Cercle, de la trilogie de Bernard Minier.
Et une nouvelle fois, dès les premières pages, je me suis retrouvé happé par une intrigue sombre et particulièrement inquiétante.

Dix-huit mois après les événements de Glacé, les blessures sont encore ouvertes et Julian Hirtmann, le terrible meurtrier évadé, est toujours en liberté. Il est devenu l’obsession de Martin Servaz, mais aussi celle d’Irène Ziegler, la jeune gendarme, désormais rétrogradée dans une gendarmerie rurale. Cette nouvelle enquête va ramener Martin à Marsac, là où il a vécu et étudié autrefois. Un retour dans son passé qui n’a rien d’anodin, puisque la femme qu’il a aimée jadis, Marianne, l’a appelé à l’aide. En effet son fils Hugo, suite à l’assassinat de l’une de ses institutrices devient rapidement le principal suspect, tandis que le nom de Hirtmann ressurgit une nouvelle fois.

J’ai beaucoup aimé cette façon qu’a Bernard de mêler l’enquête policière aux blessures personnelles de son personnage. Servaz m’a une nouvelle fois touché par son humanité. Fragile, tourmenté, parfois perdu, mais toujours debout.
J’ai également apprécié Margot, sa fille, elle-même étudiante à Marsac. Sa présence ajoute une dimension intime à cette histoire et permet de comprendre un peu mieux les failles de cet homme qui tente de concilier son métier et sa vie de père.

L’atmosphère m’a particulièrement marqué. L’auteur sait créer un environnement oppressant où chaque lieu semble cacher quelque chose. Les morts s’enchaînent, les mystères s’accumulent et je me suis rapidement demandé qui pouvait bien tirer les ficelles. J’avoue m’être parfois un peu perdu parmi les nombreux personnages et leurs trajectoires complexes. Mais cette densité participe aussi à la richesse de l’intrigue et m’a obligé à rester constamment attentif. J’ai beaucoup apprécié également les aspects médicaux et psychiatriques, expliqués avec suffisamment de clarté pour renforcer la crédibilité du récit sans alourdir l’ensemble.

Et puis il y a le suspense !
J’ai échafaudé de nombreuses hypothèses, cherché le, la ou les coupables, essayé de comprendre les liens entre les différents protagonistes… sans parvenir à tout anticiper.

Jusqu’aux dernières pages, Bernard entretient le doute et distille ses indices avec précision. La révélation finale m’a surpris, tout en me semblant parfaitement cohérente. Avec Le Cercle, j’ai retrouvé ce que j’avais aimé dans Glacé. Une intrigue sombre, une tension permanente et cette sensation désagréable que le danger peut surgir à tout moment. J’ai aimé aussi et surtout les phrases glissées par l’auteur ici et là, sur la Politique, La Religion, les manipulations diverses de ceux qui nous contrôle, et puis il y a la musique très présente dans tout le récit, la poésie aussi…

Un thriller intense et addictif qui m’a une nouvelle fois donné envie de poursuivre l’aventure avec Martin Servaz… et de découvrir jusqu’où Julian Hirtmann pourra encore l’entraîner.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Son esprit n’était qu’un cri.
Une plainte.
Dans sa tête, elle criait de désespoir, elle hurlait sa rage, sa souffrance, sa solitude… – tout ce qui, mois après mois, l’avait dépouillée de son humanité.
Elle suppliait aussi.
Pitié, pitié, pitié, pitié… laissez-moi sortir d’ici, je vous en supplie…
Dans sa tête, elle criait et elle suppliait et elle pleurait. Dans sa tête seulement : en réalité, aucun son ne sortait de sa gorge. Elle s’était réveillée quasi muette un beau matin. Muette… Elle qui avait toujours aimé s’exprimer, elle à qui les mots venaient si facilement, les mots et les rires… »

« Combien d’années ? Dix-neuf ? Vingt ? Elle l’avait rejeté hors de sa vie, elle était partie avec un autre et elle avait trouvé le moyen de faire retomber la faute sur lui. Il l’avait aimée, oh oui… Peut-être plus qu’aucune autre femme avant et après elle… Mais cela s’était passé dans un autre siècle, il y avait si longtemps… »

« — Vous n’aimez pas le sport à la télé ? le taquina Servaz.
— Du pain et des jeux. Rien de très nouveau. Au moins les gladiateurs mettaient-ils leur vie en jeu, ça avait tout de même une autre allure que ces gamins en short courant après un ballon. Le stade n’est que la version extralarge de la cour de récré. »

« — Vous vous intéressez aux religions ? demanda-t-il.
Winshaw sourit. Il but une gorgée, son œil brasillant malicieusement au dessus du verre.
— Elles sont fascinantes, non ? Les religions, je veux dire… Comment de tels mensonges peuvent aveugler autant de gens ?

« — Les gens votent, dit soudain la Baleine. Ils croient qu’ils décident… Ils n’ont aucun pouvoir de décision. Aucun. Parce qu’ils ne font que reconduire à l’infini la même caste, élection après élection, législature après législature. Le même petit groupe de gens qui décident de tout pour eux. Nous… Et quand je dis « nous », j’inclus nos adversaires politiques. Deux partis. Qui se partagent le pouvoir depuis cinquante ans. Qui font semblant de n’être d’accord sur rien alors qu’ils le sont sur presque tout… Cela fait cinquante ans que nous sommes les maîtres de ce pays et que nous vendons au bon peuple cette arnaque nommée « alternance ». Les cohabitations auraient dû lui mettre la puce à l’oreille : comment deux pouvoirs aux options radicalement opposées pourraient-ils cohabiter ? Mais non : il a continué à gober l’escroquerie comme si de rien n’était. Et nous, a profiter de ses largesses. »

« Il avait deviné un homme qui, comme lui, détestait la vulgarité des loisirs modernes, la stupidité consumériste des générations actuelles, la pauvreté de leurs centres d’intérêt et de leurs goûts, la platitude de leurs idées, leurs comportements moutonniers et leur incurable philistinisme. Un homme seul, aussi. Oh oui, ils se comprenaient, tous les deux. Même si Martin avait sans doute du mal à l’admettre. Ils étaient aussi proches que pourraient l’être deux vrais jumeaux séparés à la naissance. »

÷÷÷÷÷÷÷

Bernard Minier, né en 1960, originaire de Béziers, a grandi au pied des Pyrénées. Glacé (2011), son premier roman, a reçu le prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac et figure dans la liste des 100 meilleurs polars du Sunday Times depuis 1945. Le livre a été adapté en série télévisée en 2017 par Gaumont Télévision et M6 est disponible sur Netflix.

Glacé (2011, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
https://leressentidejeanpaul.com/2026/02/24/glace/
Le Cercle (2012),
N’éteins pas la lumière (2014),
Une putain d’histoire (2015, Prix du meilleur roman francophone du Festival Polar de Cognac),
Nuit (2017),
Sœurs (2018),
M, le bord de l’abîme (2019),
La Vallée (2020)
La Chasse (2021),
Lucia (2022),
Un œil dans la nuit (2023),
Les Effacées (2024).

En 2024 paraît également chez Pocket un recueil de nouvelles inédit, Les Chats et 14 histoires mystérieuses diaboliques cruelles.
Son dernier ouvrage, H, a paru en 2025. Bernard Minier est considéré aujourd’hui dans toute l’Europe comme l’un des maîtres du thriller.
Ses romans, traduits en 28 langues, sont tous publiés aux Éditions XO et repris chez Pocket.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Drame, Famille, Philosophique

La Passeuse d’histoires

de Sejal Badani
Broché – 9 septembre 2021
Éditeur : CHARLESTON

De l’Inde qui a vu naître ses parents, Jaya ne sait rien, ou presque. Mais alors que son corps semble lui refuser la maternité à laquelle elle aspire, Jaya ressent le besoin d’aller à la rencontre de ses origines.

Au cœur de la province du Madhya Pradesh l’attend Ravi, fidèle serviteur de sa grand-mère disparue et dépositaire de ses plus intimes secrets. Mariage arrangé, drames et amours impossibles… Jaya découvre, bouleversée, le destin tragique et hors du commun des deux générations de femmes qui l’ont précédée. C’est dans leur courage et leur résilience qu’elle puisera la force de trouver sa propre place dans le monde.

Loin des clichés d’une Inde de carte postale, Sejal Badani parvient à insuffler beauté et délicatesse au sein des tragédies les plus sombres.

« Une célébration de la littérature qui offre une voix à ceux qui en sont privés. »
New York Journal of Books

Je viens de terminer ce superbe roman le cœur lourd et la larme à l’œil…
Sejal Badani avec La Passeuse d’histoires m’a emporté avec son récit dans tout ce que j’aime. Un récit prenant et magnifique malgré les sujets qui s’enchainent tous plus graves les uns que les autres, mais à la fin, la vie, l’amour, la famille sont toujours là…

Tout a commencé par une couverture et un titre qui m’ont irrésistiblement attiré. Dès la première page, j’ai été happé par un récit d’une délicatesse rare, où les drames les plus profonds côtoient sans cesse l’amour, la famille et l’espoir. J’ai été emporté jusqu’au dernier mot transformant ma lecture en gros coup de cœur !

J’ai fait la connaissance de Jaya, une journaliste new-yorkaise d’origine indienne, bouleversée par trois fausses couches et un mariage qui s’effondre. Lorsqu’elle apprend que son grand-père maternel est mourant, elle décide de partir en Inde, sur les traces d’un passé qu’elle ignore presque totalement. Là-bas, Ravi, ancien serviteur et fidèle ami de sa grand-mère Amisha, lui ouvre les portes d’une mémoire longtemps enfouie. À travers sa voix naît une seconde histoire, celle d’Amisha, jeune fille mariée à quinze ans selon les traditions d’une Inde encore sous domination britannique.

J’ai été profondément touché par cette construction à plusieurs voix, qui fait dialoguer trois générations de femmes unies par les mêmes blessures, les mêmes rêves et une incroyable force de résilience. Amisha devient rapidement le cœur du roman, une femme privée de liberté, mais jamais de son imaginaire, elle trouve dans l’écriture un refuge et une manière de préserver son âme. Mais le personnage de Ravi est tout aussi magnifique. Intouchable dans une société régie par les castes, il incarne la fidélité, la gratitude et cette amitié inconditionnelle qui transcende les barrières sociales. Sa relation avec Amisha est d’une beauté bouleversante.

Sejal Badani dresse également un portrait fascinant de l’Inde d’autrefois, entre traditions ancestrales, domination coloniale, émergence de Gandhi et quête d’indépendance. Ce contexte historique enrichit le récit sans jamais étouffer l’émotion. La plume de l’autrice est élégante, sensible et profondément immersive. Chaque page semble rappeler que les histoires possèdent un pouvoir immense, celui de réparer les silences, de transmettre les mémoires et parfois même de changer une destinée.

La Passeuse d’histoires est un roman historique, une magnifique histoire d’amour et d’amitié, mais surtout un vibrant hommage aux femmes qui, malgré les interdits, ont trouvé dans les mots la plus belle des libertés.

Si vous ne l’avez pas lu, laissez-vous porter par cette merveille.
Elle a touché mon cœur… et je suis convaincu qu’elle saura toucher le vôtre.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« VINGT POUR CENT DES FEMMES font un jour une fausse couche. Parmi elles, quatre-vingts pour cent perdent leur bébé au cours du premier trimestre de grossesse. Les risques sont de douze pour cent à trente ans – une probabilité qui augmente avec l’âge.
Je peux réciter par cœur ces statistiques, et bien d’autres encore. J’ai lu tout ce qui était à ma portée, dès le jour où on a décidé d’avoir un enfant.
C’était il y a cinq ans. Depuis, j’ai passé un nombre incalculable d’heures à la bibliothèque et sur Internet, dans l’espoir de trouver une nouvelle étude, un nouveau médicament, qui multiplierait mes chances d’arriver à terme. Mais peu importent mes lectures, j’en viens toujours à la même conclusion : certains bébés naissent, d’autres pas. »

« J’AVAIS CINQ ANS QUAND J’AI SUPPLIÉ ma mère de m’offrir un chien. La race ou la taille n’avaient aucune importance : je voulais juste avoir un compagnon qui soit bien à moi, à aimer et à câliner. Trois jours après ma requête, ma mère m’a fait la surprise : un chiot en laisse m’attendait à la maison. C’était le bonheur. Je l’emmenais partout et il dormait dans mon lit. Quelques mois plus tard, il s’est enfui et nous ne l’avons pas retrouvé. Assise sur mon lit, j’ai pleuré pendant des heures sous les yeux de ma mère qui demeurait silencieuse, dans l’embrasure de ma chambre. Je me suis finalement endormie, épuisée de chagrin. Ce n’est qu’au matin que j’ai compris que pendant la nuit, elle avait tiré la couverture sur moi et avait éteint la lumière. Jamais elle ne m’a adressé un mot à propos de cette douloureuse perte. »

« QUAND J’AVAIS SEPT ANS, j’ai voulu apprendre à faire du vélo. Ma mère m’en a acheté un avec des roulettes, mais je les ai enlevées. Mes pieds
atteignaient à peine les pédales. Chaque jour, je montais dessus et chaque jour, je tombais. L’une de ces chutes a été particulièrement brutale, et j’ai récolté dix points de suture au front. Alors, Maman a enfermé mon vélo dans le garage. Quand nous en avons discuté, elle m’a laissé le choix entre abandonner ou attendre de grandir un peu pour réessayer. J’ai refusé de l’écouter et j’ai ressorti le vélo du garage en cachette. Le jour suivant, je me cassais le bras et m’ouvrais la lèvre en dévalant une pente. Elle a immédiatement offert mon vélo à l’un de nos voisins.
Quand j’ai exigé de savoir pourquoi, elle m’a répondu : “Jaya, parfois, c’est mieux de laisser tomber les choses qui nous font mal.” »

« — J’ai quinze ans. Mon mariage a déjà été arrangé.
Neema jeta un œil à l’horloge, puis à la porte, évitant le regard d’Amisha. Cette dernière, qui avait été mariée à quinze ans elle aussi, savait que les filles pouvaient être offertes à tout âge. Certaines familles pauvres échangeaient leur nouveau-né contre un sac de riz. Dans certains villages, on n’attendait pas que les filles aient quinze ans. Amisha se demanda si ces traditions changeraient au fil du temps. Mais personne, pas même les Britanniques, n’avait été capable de modifier les choses jusqu’à présent. »

Sejal Badani est une ancienne avocate qui écrit aujourd’hui à plein temps. Quand elle n’écrit pas, elle aime lire et voyager, avec Bruce Springsteen, Beyonce et Ed Sheeran en fond sonore. Elle vit actuellement sur la West Coast avec sa famille et leurs deux chiens.
Ses ouvrages font partie des listes bestsellers du USA Today, du Washington Post, du Wall Street Journal et d’Amazon Charts.

Son deuxième roman, La Passeuse d’histoires, a déjà conquis plus d’un million de lecteurs dans le monde.

Émotion, Drame, Thriller psychologique

Entretien avec le Chaos

de David Belo
Broché – 13 août 2026
Éditeur : Éditions Taurnada

Et si l’univers de « Dexter » rencontrait celui de « Desperate Housewives » !

Bienvenue à Hossegor, dans un charmant petit quartier du bord de mer. Entre plages de sable fin, villas somptueuses et pins des Landes majestueux, ses habitants y vivent dans la bienveillance et la tranquillité.
L’arrivée inopinée d’une famille énigmatique va bousculer leurs habitudes. Amanda, Carole, Sylvie et Arlette vont apprendre à leurs dépens qu’il n’est pas toujours bon de fouiner dans la vie de ses voisins. Surtout lorsque ceux-ci font profil bas et tentent de passer inaperçus.
Chacun a ses secrets…

Sous le soleil et la chaleur du Sud-Ouest, guette une tempête au doux parfum de chaos…

J’ai découvert l’écriture de David Belo en 2024 avec “Mon ami Charly”, puis avec Le monde part en vrille et Papillon de nuit.
À chaque fois, je retrouve chez lui cette voix singulière, dérangeante et magnétique, qui ne ressemble à aucune autre dans ce registre.
Alors, lorsque les éditions Taurnada m’ont proposé Entretien avec le Chaos, je n’ai pas hésité une seconde.
Et j’ai bien fait !
Une fois encore, la plume de l’auteur m’a embarqué dans un quotidien en apparence parfaitement tranquille, avant d’y installer progressivement une tension psychologique qui ne m’a plus lâché.

À Hossegor, dans un quartier résidentiel entouré de pins et pas loin du bord de mer, tout semble paisible. Pourtant, l’arrivée de nouveaux voisins va rapidement perturber cet équilibre.
Face à ce mystérieux couple et à leur jeune garçon, les quatre femmes du quartier, Amanda, Carole, Sylvie et Arlette, observent, s’interrogent et interprètent. Ce « clan des divorcées » apporte une véritable dynamique au récit, chacune ayant sa personnalité, ses blessures, ses secrets et sa manière de regarder les autres. Je me suis bien sûr particulièrement attaché à Amanda, sensible, attentive et ce “côté” magique qui lui va si bien. Il faudra lire le livre pour comprendre… mais j’ai également apprécié Carole, plus impulsive, ainsi que Sylvie et Arlette, qui complètent avec beaucoup de justesse ce quatuor de femmes aussi crédibles et “fantaisistes”, qu’imparfaites.

J’ai aimé la façon dont l’auteur prend son temps. Ici, pas de précipitation. J’observe, je doute, je soupçonne et je cherche à comprendre. Les indices arrivent au compte-gouttes, les fausses pistes se multiplient et le malaise s’installe presque imperceptiblement. David joue avec les regards, les silences, les suppositions et cette curiosité parfois malsaine que l’on peut avoir pour la vie des autres. Plus j’avançais, plus une question revenait dans mon esprit. Qu’est-ce qui se cache réellement derrière cette apparente tranquillité ? Et surtout, quand tout va-t-il basculer ?

Il m’aura fallu atteindre la dernière partie pour que le chaos annoncé par le titre fasse véritablement irruption. Et quel chaos !

J’ai refermé ce thriller psychologique avec cette délicieuse sensation d’avoir été manipulé et surpris jusqu’aux dernières pages. David possède décidément un talent particulier pour faire naître l’inquiétude là où je pensais être en sécurité.
Entretien avec le Chaos est une lecture fluide, intelligente, addictive et profondément déstabilisante.

Merci aux éditions Taurnada pour ce voyage qui sera, je n’en doute pas, un vrai régal pour tous les amateurs du genre.

Et David… si Morgane n’a pas pu terminer sa lecture, je peux lui prêter Mon ami Charly. Il est encore en très bon état ! 😉

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Je veux une glace ! Glace ! Glace ! »
Capricieux, le petit garçon est en boucle à la manière d’un disque rayé. Il tape du pied, serre les poings et défie ses parents de lui refuser l’objet de sa convoitise.
Si ceux-ci n’abdiquent pas, il compte bien hurler, pleurer et se rouler dans le sable pour exprimer toute sa colère.
Son père, allongé sous le parasol, préfère laisser son épouse gérer la crise digne d’un incident diplomatique. Car, en cette belle journée du voyage organisé par le CE d’entreprise de sa femme, ils sont venus profiter de la plage sans un sou en poche.
Grossière erreur.
Il interviendra peut-être, si les choses dérapent ou si leurs voisins de serviettes commencent à murmurer et à les juger. En attendant, il dort. Du moins, il donne le change. Son épouse va forcément prendre les rênes. »

« Mon cœur frappe dans ma poitrine avec le punch d’un boxeur. Ma nuque et mon dos se trempent de sueurs. Ma respiration est haletante, mes poumons s’éreintent. Joues cramoisies et cheveux au vent, je n’ai plus le choix, je dois courir plus vite, plus loin, plus fort. Repousser mes limites pour sauver ma peau.
Car le sport est ma planche de salut, l’unique manière de couper le sifflet à mon cerveau, vider mon esprit, ne plus réfléchir et préserver ma santé mentale. C’est vital et viscéral.
Alors, chaque matin, je cours sur le sable humide. »

« Morgane souffre de déficience auditive depuis sa naissance. Ces nouveaux appareils de dernière génération lui ont facilité la vie d’une manière remarquable.
Même si ce n’est pas parfait, qu’il lui faut se concentrer pour distinguer au mieux les différents sons, ils lui permettent de communiquer davantage et d’améliorer son élocution. Sauf lorsqu’elle panique ou qu’elle est stressée, alors le naturel revient au galop et le langage des signes pallie ses défauts de prononciation. »

« En grimpant dans le bus, Morgane salue le chauffeur et se fige. Il est là ! Seul dans le fond, à demi masqué sous sa capuche et la tête contre la vitre. Habituelle-ment, elle s’installe à l’avant, au plus près de la porte.
Mais, aujourd’hui, elle hésite. Peut-elle s’asseoir à ses côtés et engager la conversation? En est-elle seulement capable ?
Elle remonte l’allée, ses lèvres sont pincées entre ses dents et ses mains agrippent chaque siège. Mille questions se bousculent dans son esprit. Il lui semblait bien plus facile de lui parler en classe, entourée des autres élèves et du professeur. Mais ici, l’intimité des places rapprochées lui tord l’estomac. Pourtant, il le faudra bien. Ils ont un devoir à faire ensemble.
Cinq mètres, déglutition de plus en plus difficile.
Trois mètres, picotement dans les jambes.
Un mètre… Zach bouge, se redresse et la regarde. »

David Belo est un peintre et décorateur en bâtiments depuis 1997… il est aujourd’hui artisan Spécialiste en décoration, entreprise BeloDeco (ancienne technique décorative : patine, imitation bois, imitation marbre, fresques etc…. )

Il a commencé la peinture sur tableau en janvier 2017. La passion du métier ainsi que ses connaissances lui permettent une bonne évolution dans le domaine de l’art. Peinture et photographie sont naturellement devenues sa façon de penser… vivre… Ses toiles sont réalisées avec des peintures de bâtiment, il joue avec les matières et les transparences de glacis à l’ancienne. (huile de lin – térébentine – pigments en poudre)

Il vit et travaille à Mogneville (France).

Passionné de films d’horreur, thrillers et adepte des livres audio, c’est à son tour d’inviter les lecteurs à frissonner au rythme de ses mots.

Auto-édition du recueil photographique des tableaux d’auteurs Portraits & mots d’écrivains (2020).

Représentation du tableau “Il était deux fois” de Franck THILLIEZ (2021), publié dans la version poche.

Mourir gentiment (2021), novella au format switch, Publié par Hugo Publishing sur Nextory.

OPATOMA, le fleuve aux mille morts (2023), aux éditions LBS, diffusion Dilisco, groupe Albin Michel. Parrainé et Bandeau sur couverture par Claire Favan, auteure.

Le monde part en vrille (2023), Nouvelle au format numérique aux éditions Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/17/le-monde-part-en-vrille/

MON AMI CHARLY (2024), édition Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2024/05/15/mon-ami-charly/

Papillon de nuit (2025), édition Taurnada.
https://leressentidejeanpaul.com/2025/05/15/papillon-de-nuit/

Émotion, Psychologie, Sciences, Suspense, Thriller

Les éveillés

de Nathalie Hug et Jérôme Camut
Poche – 10 mars 2010
Éditeur : Le Livre de Poche

Infirmière dans un centre pour polytraumatisés, Élise souffre depuis des mois d’insomnie. Dans le service, les gens racontent qu’elle a le don de réveiller les comateux. Cela semble impossible… et pourtant. Élise a ranimé Stanislas Opalikha. Lorsqu’elle est enlevée par ce redoutable assassin, c’est un inconnu guidé par d’effrayantes visions qui va retrouver leurs traces. Un terrible compte à rebours commence alors, suscitant des questions aussi redoutées que fascinantes. Qui sont les éveillés, ces femmes et ces hommes dont les origines semblent remonter à la nuit des temps ?
Un conte initiatique, entre rêve et réalité…

Encore un roman qui dormait depuis trop longtemps dans ma PAL…
Avec plus de 400 livres qui attendent d’être lus, le choix devient parfois un véritable casse-tête. Alors, de temps en temps, je laisse simplement mon intuition décider. Et avant-hier, ce sont Les Éveillés, de Jérôme Camut et Nathalie Hug, qui ont fait davantage de bruit que tous les autres.
Hasard ou coïncidence ? Je ne crois pas. Car cette lecture a fortement résonné en moi.

Dès les premières pages, j’ai été plongé dans l’univers des personnes plongées dans le coma, aux côtés d’Élise, une jeune infirmière entièrement dévouée à ses patients. Elle possède un don étonnant. Elle parvient à ramener certains d’entre eux vers le monde des vivants. Mais ce pouvoir a un prix, et Élise est épuisée, presque au bord de la rupture.
Parmi ceux qu’elle a réveillés se trouve Stanislas Opalikha, un homme aussi charismatique qu’inquiétant, connu sous le surnom de « l’Embaumeur ». Tueur en série, il développe rapidement une obsession pour Élise, qu’il considère comme une apparition presque angélique.
Puis Élise disparaît…

À partir de cet instant, je me suis retrouvé embarqué dans une enquête aux multiples ramifications. Salah, qui affirme avoir aperçu Élise dans cet étrange état entre le coma et l’éveil, cherche à la retrouver. Pierre, lui, découvre que sa mère malade lui a caché un lourd secret concernant ses origines. Lui aussi souffre d’insomnies et commence à avoir des visions qui vont l’entraîner sur une piste inattendue.

J’ai découvert une intrigue incroyablement ambitieuse, qui mélange thriller psychologique, thriller scientifique, fantastique, ésotérisme, histoire et recherches archéologiques. Les auteurs prennent le risque de croiser des univers qui pourraient sembler incompatibles et, pourtant, l’ensemble fonctionne remarquablement bien. J’ai particulièrement apprécié cette dimension scientifique, même si elle demande parfois de s’accrocher pour suivre les différentes informations et les nombreux protagonistes. Personnellement, j’ai adoré cette richesse qui donne au récit une véritable profondeur.
Au fil des pages, les secrets se dévoilent, les mystères s’accumulent et les rebondissements m’ont entraîné toujours plus loin. J’ai découvert des maladies génétiques rares, des neurologues, des médiums, des grottes remplies de squelettes médiévaux, des médaillons mystérieux et des éléments historiques qui viennent encore épaissir le mystère.
Mais derrière toute cette noirceur, j’ai surtout retrouvé une profonde humanité. Celle qui cherche à comprendre, à soigner, à guérir et parfois simplement à libérer l’autre de sa souffrance.

La plume des deux auteurs est fluide, les chapitres courts donnent un rythme efficace et les différents univers s’entremêlent progressivement.
“Les Éveillés” est pour moi un thriller hors normes, aussi mystique que scientifique, aussi sombre qu’humain, qui m’a constamment surpris.
Alors oui, il faut parfois s’accrocher. Mais quelle aventure !
Et finalement, je comprends pourquoi ce livre avait crié plus fort que les autres dans ma bibliothèque.
Il fallait simplement que je l’écoute.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Comment comprendre cet état intermédiaire entre l’être et le non-être ?
Comment se figurer l’existence sans la conscience ?
Un homme vivait cette impossibilité depuis près d’un an.
Allongé sur un lit étroit, nourri par voie parentérale, branché à un respirateur, changé, lavé, rasé par un personnel attentif, il ne donnait aucun signe d’amélioration. Sans mieux aller, l’état végétatif dans lequel il errait risquait de durer. Indéfiniment.
Et pourtant, sa conscience devait bien subsister.
Certes, elle pouvait se perdre, mais pas disparaître.
Elle était là, tapie quelque part, coincée semblait-il parmi des dizaines de milliards de connexions neuronales. Dans l’impossibilité de se manifester.
Un corps allongé des mois durant, singeant le sommeil ou la mort, sempiternelle pantomime du vivant endormi, inutile à lui-même et aux autres.
Inutile… »

« — Vous avez accompli un excellent travail, Élise. Vous savez bien que personne ne peut affirmer aujourd’hui si elle se réveillera, ni dans quel état.
— C’est trop dur, laissa échapper la jeune femme en s’approchant du médecin assis sur un coin de table. Je ne sais pas si je pourrai supporter cela encore long-temps. Je suis fatiguée.
Le professeur Jacques Mariani lui lança un sourire attendri.
— Prenez un peu de repos, vous avez veillé cette femme pendant des jours. À ce rythme, vous allez vous écrouler. Et l’unité ne saurait se passer de vos services. Élise se laissa tomber sur une chaise. Elle posa la tête entre ses mains et laissa errer son regard sur les inscriptions qui barraient le tableau.
— Salah, Robert, Bénédicte et Jean-Paul. Sans parler du petit Vincent… Tous là, entre la vie et la mort… plus près de la mort que de la vie. »

« Salah ouvrit les yeux.
Et elle comprit qu’elle venait de faire un premier acte volontaire. Sa vision encore trouble lui donna un aperçu déformé de sa chambre. Elle semblait vaste, les murs clairs. La fenêtre se trouvait certainement sur sa gauche. De là provenait une lueur plus vive.
Salah cligna plusieurs fois des paupières.
La fréquence sonore du moniteur cardiaque accélérait. »

« Quand trois heures sonnèrent à la pendule franc-comtoise, Pierre crut son tourment sur le point de s’achever. Il sentit ses paupières se charger de plomb et bâilla sans discontinuer. Il s’avança lentement jusqu’au premier fauteuil de peur de chasser le sommeil par un mouvement subit et se roula comme il put, calant ses longues jambes sur l’accoudoir mate-lassé. Puis il ferma les yeux et attendit. »

Née en 1970 à Nancy, Nathalie Hug a publié depuis 2006 quinze thrillers avec son mari Jérôme Camut dont la tétralogie W3 (Prix des Lecteurs du Livre de Poche en 2014 pour le premier tome Le Sourire des pendus) et celle des Voies de l’Ombre. Elle est également l’autrice, en solo, de L’Enfant-rien, La Demoiselle des Tic-Tac, 1, rue des Petits-Pas et Comme un enchantement. Nathalie Hug a reçu le prix Coup de cœur de la Griffe Noire (St Maur Les Fossés) pour l’ensemble de son œuvre.

Jérôme Camut et Nathalie Hug, respectivement nés en 1968 et 1970, se rencontrent fin 2004 à travers Malhorne de J. Camut, la série culte qui a renouvelé le fantastique. La magie opère immédiatement. Depuis, ils se sont mariés et consacrent leur vie à l’écriture à quatre mains.

Amour, Émotion, Bouffée d'oxygène, Poésie

La Dixième Muse

de Alexandra Koszelyk
Broché – 15 janvier 2021
Éditions : Aux Forges de Vulcain

Au cimetière du Père Lachaise, des racines ont engorgé les canalisations. Alors qu’il assiste aux travaux, Florent s’égare dans les allées silencieuses et découvre la tombe de Guillaume Apollinaire. En guise de souvenir, le jeune homme rapporte chez lui un mystérieux morceau de bois. Naît alors dans son cœur une passion dévorante pour le poète de la modernité. Entre rêveries, égarements et hallucinations vont défiler les muses du poète et les souvenirs d’une divinité oubliée : Florent doit-il accepter sa folie, ou croire en l’inconcevable ? Dans cet hommage à la poésie et à la nature, Alexandra Koszelyk nous entraîne dans une fable écologique, un conte gothique, une histoire d’amours. Et nous pose cette question : que reste-il de magique dans notre monde ?

La Dixième Muse est le troisième roman d’Alexandra Koszelyk que je découvre, et une fois encore, j’ai été profondément touché par la sensibilité de son écriture. À chaque lecture, je retrouve cette plume singulière, à la fois poétique, lumineuse et d’une remarquable finesse psychologique, elle manie la langue française avec une beaucoup d’élégance.

Tout commence lorsque Florent découvre par hasard la tombe de Guillaume Apollinaire. Cet instant fait basculer son existence. Des visions l’assaillent et le plongent dans la vie du poète, de ses amours, de ses amitiés et de ses blessures. Peu à peu, Florent se laisse envahir par cette présence mystérieuse, jusqu’à consacrer tout son temps à comprendre celui qu’il considèrera dès lors presque comme un frère d’âme.

J’ai aimé la construction du roman, qui multiplie les points de vue et fait revivre Apollinaire à travers ceux qui l’ont aimé, admiré ou accompagné, de Picasso à ses muses. Cette galerie de voix compose une fresque d’une grande richesse où la poésie dialogue régulièrement avec l’Histoire.
Mais Alexandra va beaucoup plus loin. Elle imagine une dixième muse, Gaia, incarnation de la nature, des arbres et du vivant. Cette présence discrète mais essentielle apporte une dimension presque mystique au récit et rappelle combien notre lien avec le monde naturel est précieux. J’ai été séduit par cette fiction audacieuse où le réel côtoie le rêve, où le fantastique s’invite avec délicatesse sans jamais rompre l’équilibre du récit. Chaque page semble flotter entre mémoire, imaginaire et contemplation.

L’autrice rend également un magnifique hommage à l’œuvre d’Apollinaire. Ses poèmes, ses amours, son parcours militaire et son amitié avec Pablo Picasso ou Henri Rousseau prennent ici une résonance nouvelle, portée par une écriture d’une rare musicalité.
L’épilogue m’a surpris autant qu’il m’a ému et il referme ce voyage avec une infinie douceur…

La Dixième Muse est bien plus qu’un roman. C’est une ode à la poésie, à l’amour, à la création et à la nature. Une lecture envoûtante qui invite à ralentir, à contempler et à accepter de se laisser porter par la beauté des mots. J’en ressors émerveillé, avec cette sensation d’avoir voyagé dans un monde où la littérature, la mémoire et le vivant ne ferait plus qu’un.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Alors seulement on la voit, on prend conscience de son éclat. Elle, la taiseuse qu’on délaisse ou abandonne, crie ses invisibles appeaux. C’est l’heure de sa revanche, de sa révélation. Il est des naissances qui mettent une vie à se réaliser, il lui aura fallu quelques millénaires pour appréhender qui elle était. Mais elle est bien là. La Nature vibre et apporte aux hommes son abondance. Chaque arbre de chaque rue de chaque pays sur chaque continent porte ses fruits, fier et triomphant, comme ces mères qui offrent leur sein à leur enfant. Ils attendent qu’on cueille leurs fruits juteux, et leurs branches, alourdies de ces réussites, tombent et forment au sol un tapis nourricier. Les hommes se penchent, acclament cette terre, mais maintiennent dans leurs yeux la surprise de ce spectacle en plein hiver. »

« L’année précédente, sans arrêter de travailler, j’avais obtenu mon agrégation d’allemand. Quand Louise et moi avions regardé les résultats, ma compagne avait été la première à exploser de joie, elle avait poussé un cri guttural, de soulagement, qui en disait long après cette année entre parenthèses.
C’était rare qu’elle manifeste ainsi ses émotions, elle était de ces personnes introverties qui mesurent chacune de leurs paroles. Au début de notre relation, cela m’avait interpellé – je pensais qu’il n’y avait que mon père pour être aussi fort à ce jeu-là, puis je m’y étais fait. »

« Au même moment, près de la cheminée, Pablo, en train de bourrer sa pipe, a relevé la tête. Henri a continué, en chuchotant presque :
« Il m’a fallu cinquante ans pour apprendre à dessiner comme un enfant. Crois-moi, un jour, notre talent sera compris. C’est pour cette raison que je veux vous immortaliser, Marie et toi. Le poète et sa muse, par-delà les temps. »
Pablo a plissé les yeux, Gui a soufflé, puis s’est mis
à rire.
« S’il n’y a que ça pour te faire plaisir ! Commençons demain ! »
Il m’a cherchée du regard, j’ai acquiescé d’un sourire. »

« Avant ton réveil, tu murmurais des paroles indistinctes. J’ai seulement compris “café de Flore”, répété plusieurs fois. Le garçon de café a dit aux pompiers que tu sortais de ce restaurant quand le vélo t’a percuté. Tu y as oublié quelque chose, tu veux que j’y aille ? »
Les idées s’entassaient dans ma tête sans réelle logique; dans mon esprit, je venais tout juste de quitter un atelier de peinture. À chaque inspiration, je sentais encore les effluves de gouache emplir mes narines, et dans mes oreilles résonnait la voix d’une Marie. »

« Un auteur n’est rien sans un texte, et un texte n’est rien sans un lecteur ; c’est lui qui le tire des abîmes, qui lui permet de métamorphoser l’encre noire et sèche en un univers luxuriant ; l’imaginaire du lecteur permet à ces êtres de papier de grandir, de prendre leur souffle, de faire leurs premiers pas balbutiants. C’est un nuancier-éventail qui tire ses couleurs de chaque page que le lecteur tourne, et plus il grandit, plus il prend de nouvelles teintes, propres à chacune des individualités qui le traversent. C’est le pouls du lecteur qui imprime aux personnages leurs battements de cœur, ce sont leurs yeux qui distillent dans l’iris des protagonistes la braise essentielle. »

Alexandra Koszelyk est née en 1976 à Caen. Ayant vécu dans son enfance dans une commune située près de Caen (Normandie), elle mène dans cette ville ses études secondaires et supérieures.
Aujourd’hui elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien, tout en se consacrant à l’écriture. Elle est lauréate de plusieurs prix comme le prix Vleel 2022, ou le Prix Totem des lycéens 2020.

Chez Alexandra Koszelyk, le surnaturel s’invite dans les grands et les petits drames de l’Histoire, avec des romans « sidérant de poésie et d’actualité ». Cette écrivaine a baigné dans la culture ukrainienne héritée de ses grands-parents, émigrés en France dans les années 1930 (venant de la région de Galicie).

C’est aussi une blogueuse littéraire.
Sur son blog “Bric à Book”, elle organise chaque semaine des ateliers d’écriture.

À crier dans les ruines, 2019.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/02/22/a-crier-dans-les-ruines/

La Dixième Muse, 2021

Le Sanctuaire d’Emona, 2022

L’Archiviste, 2022

Pages volées, 2024
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/03/pages-volees/

Adolescence, Émotion, Drame, Psychologie

La mauvaise rencontre

de Philippe Grimbert
Poche – 1 septembre 2010
Éditions : Le Livre de Poche

Rien n’aurait dû séparer les deux garçons, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer.
P. G.

Par l’auteur d’Un secret.

Un beau et grand récit de l’intime. Appelé à devenir un classique du genre.
Serge Bressan, Le Quotidien.

Philippe Grimbert […] publie aujourd’hui La Mauvaise Rencontre l’histoire d’une amitié passionnelle dans laquelle on retrouve toute sa délicatesse.
Pascale Frey, Elle.

Au fond, on dirait Stefan Zweig qui aurait suivi les cours de Lacan.
Grégoire Leménager, Nouvel Observateur.

Après avoir lu Un Secret il y a quelques années, j’étais curieux de lire un autre roman de Philippe Grimbert.
J’ai eu l’occasion de trouver hier chez une amie La mauvaise rencontre et je me suis lancé. C’est un roman profondément humain qui interroge la nature de l’amitié, le poids de nos choix et la part de responsabilité que nous portons dans la vie des êtres que nous aimons.

Dès les premières pages, j’ai senti qu’un drame se préparait. Cette impression ne m’a plus quitté, tant Philippe Grimbert installe une tension discrète mais constante, comme un voile qui se soulève lentement jusqu’à une révélation bouleversante.

À travers les souvenirs de Loup, le narrateur, je découvre une amitié née dans l’enfance, profonde, fusionnelle, mais peu à peu gagnée par une emprise inquiétante. En remontant le fil de sa mémoire, il évoque Mando, son ami de toujours, mais aussi Nine, cette femme qu’il considère comme une seconde mère, et Gaby, fidèle présence de son entourage. Tous participent à ce puzzle où les non-dits, les promesses oubliées et les regrets prennent une place essentielle.

J’ai été particulièrement touché par la finesse psychologique de ce récit. Philippe ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il préfère explorer les failles de l’âme humaine, les mécanismes de la culpabilité et cette facilité que nous avons parfois à détourner le regard lorsque les signes du mal-être apparaissent.
Au fil des chapitres, l’inquiétude grandit. L’amitié, si belle en apparence, révèle peu à peu son visage le plus sombre. Mando consigne tout dans un journal, comme s’il voulait préserver chaque instant d’un lien devenu indispensable, presque étouffant. On sent qu’un engrenage est en marche et qu’il sera bientôt impossible de revenir en arrière.

Je me suis souvent interrogé sur la responsabilité de Loup. Aurait-il pu agir autrement ? Était-il réellement capable de voir ce qui se jouait sous ses yeux ? Le roman ne délivre jamais de réponse définitive, et c’est précisément ce qui lui donne toute sa force.

La plume de Philippe est élégante, sensible et d’une grande délicatesse. Elle laisse les émotions s’installer sans jamais les souligner avec excès. Jusqu’à un final d’une intensité remarquable, où tout prend enfin son sens.

Une lecture subtile, et émouvante que je vous conseille…

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Il n’y a pas eu de filles dans cette histoire. Juste deux garçons et ça n’a pas été plus simple pour autant. Bien sûr, les années passant, une ou deux beautés y ont fait leur apparition, trois petits tours et puis s’en sont allées. Elles ont pris le bras de l’un, la bouche de l’autre, mais cela est resté une histoire de garçons. Rien n’aurait dû les séparer, croix de bois croix de fer, à la vie à la mort. Il n’y a pas eu de rivalités imbéciles, c’est autre chose qui les a déchirés, quelque chose qui était là depuis le début, mais que personne ne pouvait encore imaginer. »

« Disparaître, voilà à quoi j’aimais jouer, de retour du collège, au moment où je me retrouvais devant la porte cochère de mon immeuble. J’avais un rituel : jeter un bref coup d’œil alentour, pousser le battant le plus rapidement possible et me glisser comme un voleur dans la pénombre du hall. Je m’imaginais alors dans une dimension parallèle, un autre monde laissant loin derrière lui le va-et-vient des passants, la fièvre de la circulation. Tout le confirmait, la fraîcheur des murs, le moelleux du tapis d’escalier, l’élévation enfin, qui me conduisait aux portes de mon domaine. Une fois à l’abri chez moi, il ne me restait plus qu’à compter, trois, trois fois trois, trois fois trois fois trois – un autre de mes rituels – et tout s’apaisait, jusqu’au lendemain. »

« Mando, mon meilleur ami. Mando l’intransigeant avec qui je partage tout, depuis les premiers jeux au Parc. Mando qui ne me laisse jamais m’éloigner des idéaux que nous nous sommes fixés, qui pointe mes faiblesses et dont je crains le jugement.
Mando et sa force, sur laquelle je m’appuie quand, si souvent, le courage me manque. »

« Adolescents, nous nous sommes enflammés pour la littérature fantastique et nous avons scellé ce pacte enthousiaste : le premier de nous deux qui passe de l’autre côté se débrouille pour faire signe à celui qui reste. Beaucoup se le sont promis, mais nous c’est autre chose. »

Philippe Grimbert est un auteur et psychologue français.

Après des études de psychologie, Philippe Grimbert a passé une dizaine d’années en analyse chez un lacanien, avant d’ouvrir son propre cabinet. Il travaille aussi dans deux instituts médico-éducatifs, à Asnières et à Saint-Cloud, auprès d’adolescents autistes ou psychotiques.

Passionné de musique, de danse et d’informatique, il a publié divers essais, dont « Psychanalyse de la chanson » (Belles Lettres, 1996) et « Pas de fumée sans Freud » (Armand Colin, 1999).

Il est aussi l’auteur de romans,
La fille de l’être (1998),
La petite robe de Paul (2001),
Un secret (2004) qui fut adapté au cinéma (avec Patrick Bruel et Cécile de France dans les rôles principaux) et qui fut récompensé par le prix Goncourt des lycéens 2004, le prix des Lectrices de Elle et le prix Wizo en 2005,
https://leressentidejeanpaul.com/2024/07/04/un-secret/
La mauvaise rencontre (2009),
Un garçon singulier (2011),
Nom de dieu ! (2014),
Rudik, l’autre Noureev (2015).

Amour, Émotion, Histoire, Suspense

Gravé dans le sable

de Michel Bussi
Broché – 15 juin 2017
Éditeur : Presses de la Cité

“Ce qui importait pour elle, c’est que Lucky ne soit pas mort comme un autre sur cette plage. Cette mort, il l’avait décidée, il l’avait voulue. Lucky n’avait pas fait la guerre, il avait joué.”

Quel est le prix d’une vie ?
Quand on s’appelle Lucky, qu’on a la chance du diable, alors peut-être la mort n’est-elle qu’un défi. Un jeu. Ils étaient cent quatre-vingt-huit soldats sur la péniche en ce jour de juin 1944. Et Lucky a misé sa vie contre une hypothétique fortune.
Alice, sa fiancée, sublime et résolue, n’a plus rien à perdre lorsque vingt ans plus tard, elle apprend l’incroyable pacte conclu par Lucky quelques heures avant le Débarquement.
De la Normandie aux Etats-Unis, elle se lance à la quête de la vérité et des témoins… au risque de réveiller les démons du passé.

2007, prix Sang d’encre de la ville de Vienne (Isère)
2008, prix littéraire du premier roman policier de la ville de Lens (Pas-de-Calais)
2008, prix littéraire lycéen de la ville de Caen
2008, prix Octave Mirbeau de la ville de Trévières
2008, prix des lecteurs Ancres noires de la ville du Havre

J’aime les romans où la grande Histoire se mêle au destin de personnages ordinaires. Avec Gravé dans le sable, Michel Bussi m’a offert exactement cela. Une aventure captivante qui prend naissance au cœur du Débarquement de 1944 avant de traverser les décennies et les continents.

Des plages ensanglantées d’Omaha Beach jusqu’aux rues de Washington, en passant par une Normandie rurale profondément attachante, je me suis laissé entraîner dans une intrigue où chaque détail semble avoir son importance. L’auteur joue avec le temps, les souvenirs et les destins croisés avec une remarquable maîtrise.

Très vite, j’ai cru avoir compris où il voulait m’emmener. À peine un tiers du roman parcouru, je pensais déjà tenir la clé de l’énigme. Mais c’était sans compter sur le talent de Michel Bussi, qui adore brouiller les pistes et renverser toutes les certitudes de son lecteur. À chaque révélation succède une nouvelle question, et l’histoire repart avec encore plus de force. J’ai particulièrement aimé cette façon de mêler fiction et contexte historique. Sans prétendre raconter la vérité, le roman s’appuie sur des événements bien réels et leur donne une dimension profondément humaine. On sent que derrière chaque page pourrait se cacher une histoire ayant réellement existé.

Les personnages m’ont beaucoup touché. Leurs blessures, leurs espoirs, leurs fidélités et leurs failles les rendent profondément attachants. Même ceux qui semblent les plus sombres ne se résument jamais à un simple rôle de méchant. Chacun possède sa part d’ombre, mais aussi sa vérité.

La plume de Michel Bussi est fluide, élégante et terriblement efficace. Les chapitres s’enchaînent avec naturel et rendent la lecture particulièrement addictive. Impossible de refermer le livre sans vouloir connaître la suite. J’ai également apprécié la touche de romantisme qui traverse discrètement le récit. Elle apporte beaucoup d’émotion sans jamais prendre le pas sur le suspense.

Au fil des pages, j’ai douté, espéré, changé plusieurs fois d’avis, réclamé justice pour certains personnages… avant de me laisser surprendre une dernière fois par un dénouement surprenant mais parfaitement maîtrisé.

Avec ce premier roman, publié à l’origine sous le titre Omaha Crimes, Michel Bussi démontrait déjà tout ce qui fera ensuite sa réputation. L’art de construire des intrigues redoutables et de faire vaciller nos certitudes jusqu’à la dernière page.

J’ai refermé ce livre avec la sensation d’avoir vécu une formidable aventure humaine, où les blessures du passé continuent de façonner les destins.
Un roman passionnant, émouvant et remarquablement construit, que je ne peux que vous recommander. Un très agréable moment de lecture.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« La péniche ouvrit son ventre. Les cent quatre-vingt-huit rangers plongèrent dans l’eau froide puis se dispersèrent rapidement. Vus du haut de la Pointe-Guillaume, ils n’étaient guère plus grands que des fourmis sur une nappe froissée.
Difficiles à viser.
Lucky Marry parvint le premier sur la plage, à peine essoufflé. Il s’allongea dans le sable humide, protégé par un petit bloc de granit et la lourde caisse d’explosifs qu’il posa devant lui. Il entendit des bruits de pas rapides dans son dos et un souffle court. Ralph Finn se jeta lui aussi derrière l’abri de fortune.
Vivant ! »

« La Pointe-Guillaume se présentait comme un piton rocheux dominant la falaise normande, coiffé d’un blockhaus et hérissé de canons ; elle était considérée par les stratèges comme l’un des sites les plus importants de l’opération Overlord. Dans la péniche s’entassaient donc cent quatre-vingt-sept jeunes volontaires américains enthousiastes, pétant de santé à grimper et redescendre depuis un mois les falaises anglaises, facilement maintenant, ayant désormais la main ferme, sans vertige, bruyants le soir au bar, buvant et riant, fiers et confiants, en eux, en leur étoile, dans les étoiles de ce drapeau protecteur qu’ils devaient aller planter en haut de la Pointe-Guillaume. »

« Toute la journée du 6 juin 1944, Lison Munier et ses parents restèrent dans la cave de leur petite maison de pierre au centre de Château-le-Diable. Toute la jour-née, il était tombé des bombes. Lison, dans sa cave, avait la même sensation que les dimanches de pluie, quand elle était petite, quand elle n’avait pas le droit de sortir alors que tous les autres jouaient dehors. Le soir, on entendit les bombes s’éloigner, comme un orage qui passe. Lison, son père et sa mère sortirent regarder le ciel, juste devant chez eux. Ils étaient les premiers du village à s’aventurer dehors, ils avaient dû céder à l’impatience de Lison. »

« — Je suis le lieutenant Dean. Je dirigeais le commando rangers qui a mené l’assaut. J’ai reçu votre courrier. Je suis désolé, pour Lucky. Je comprends que vous soyez venue, je crois qu’il faut se rendre ici pour comprendre. De là-bas, des Etats-Unis, on ne peut pas imaginer, il faut venir ici sentir la mort et la poussière. Si vous en avez le courage, accompagnez-moi jusqu’à la plage, vous comprendrez encore mieux.
Alice monta dans la Jeep à côté du lieutenant.
— Je…
Alice hésita à utiliser le présent. Finalement, elle l’utilisa tout de même :
— Je n’arrive pas à croire à la mort de Lucky. »

Michel Bussi naît le 29 avril 1965 à Louviers. Dès ses 6 ans, il s’amuse à inventer des jeux de mots et des histoires. Plus tard, il dévore les romans policiers pour adolescents, comme Le Club des cinq ou Alice.

À 18 ans, il entame des études de géographie à l’université de Rouen et se spécialise dans la géographie électorale. Dans les années 1990, il devient lui-même professeur de géographie à l’université et dirige jusqu’en 2016 un laboratoire de recherche du CNRS. Éminent politologue, il est régulièrement sollicité par les médias.

Auteur polyvalent et ne se limite pas à l’écriture de polars. Passer du thriller au roman d’amour ne le dérange pas. Au contraire, en explorant d’autres formes d’écriture, que ce soit en BD ou à l’écran, l’auteur aime raconter d’autres histoires. Michel Bussi a notamment écrit N.E.O une quadrilogie pour adolescent qui décrit un monde au bord de l’implosion le jour où les adultes ont subitement disparu. L’auteur a également adapté certains de ses romans en BD, à l’instar de : Nymphéas Noirs (2019), Gravé dans le sable (2020) et Un avion sans elle (2021).

Les romans de Michel Bussi font chaque année parler d’eux. Un avion sans elle vend ainsi plus de 800 000 exemplaires en France et obtient les prix Maison de la Presse et celui du meilleur polar francophone en 2012. Ne lâche pas ma main est finaliste du grand prix de littérature policière, tandis que N’oublier jamais remporte le prix du talent littéraire normand en 2016. Maman a tort, Le temps est assassin et On la trouvait plutôt jolie sorti en 2017 continuent sur la même voie.

Émotion, Drame, Psychologie, Suspense, Thriller

La nuit n’est jamais complète

de Niko Tackian
Broché – 17 mai 2023
Éditeur : Calmann-Lévy

UN HUIS CLOS SUFFOCANT À CIEL OUVERT

Un désert de rocaille écrasé par le soleil. La route à perte de vue. Arielle et Jimmy parcourent le bitume de ce paysage hostile au volant de leur vieille Ford, vers une destination mystérieuse. Mais quand le père et la fille tombent sur un barrage de police et sont obligés de passer la nuit sur place, tout dérape…
Ils se réveillent abandonnés, naufragés de l’asphalte, avec trois autres rescapés. À quelques kilomètres de là, deux immenses tours métalliques se dressent, cadavres rongés par la rouille et le temps. Quelques maisons en tôle froissée se serrent pour se protéger du vent. Cette mine désaffectée sera leur refuge. Ou leur pire cauchemar… Car sont-ils vraiment seuls ?

(Re)Découvrez La nuit n’est jamais complète, un thriller terrifiant et addictif !
Écriture visuelle, scénario ficelé à la perfection, final déstabilisant : tout ce qui fait la force de Niko Tackian est déjà présent dans ce texte enfin réédité et accompagné d’une préface inédite de l’auteur.

Une lecture en apnée dont vous ne sortirez pas indemnes !

J’ai eu l’occasion de rencontrer Niko Tackian, un sacré personnage au regard impressionnant ! Je voulais lire ce roman… En me le dédicaçant, il m’avait simplement écrit : « Bonne lecture… et bonne chance. » Sur le moment, j’avais souri. Une fois le livre refermé, j’ai compris toute la portée de ces mots.

Vous le savez, je suis particulièrement sensible aux ambiances, et La nuit n’est jamais complète m’a littéralement happé. Dès les premières pages, je me suis senti désorienté, perdu au milieu d’un désert brûlant où chaque certitude semblait s’effondrer. Et c’est précisément cette sensation que j’ai adorée. Tout commence comme un simple voyage qui tourne au cauchemar. Jimmy et sa fille Arielle se retrouvent bloqués avec trois inconnus sur une route coupée, avant de s’enfoncer dans un décor aussi fascinant qu’oppressant. Un village minier abandonné, un silence inquiétant, des papillons noirs dessinés sur les murs, des phénomènes inexplicables… Niko Tackian construit un véritable piège psychologique dont il devient impossible de s’échapper.

J’ai eu l’impression de voir un film tant les scènes défilaient avec une force visuelle incroyable. La chaleur écrasante, les nuits étouffantes, la peur omniprésente et cette impression constante d’être observé créent une tension qui ne retombe jamais. À plusieurs reprises, j’ai élaboré des théories, imaginé mille explications… pour finalement me tromper à chaque fois. Ce que j’aime profondément chez cet auteur, c’est sa capacité à nous faire croire au fantastique avant d’offrir une explication rationnelle, toujours intelligente et parfaitement amenée. Mais derrière ce thriller d’une redoutable efficacité se cache aussi une véritable réflexion sur les blessures humaines, la mémoire, les liens familiaux et la manière dont notre esprit affronte les traumatismes. La relation entre Jimmy et Arielle m’a particulièrement touché, apportant une belle dose d’émotion au cœur de cette descente dans l’inconnu.

La plume de Niko est à la fois incisive, immersive et profondément humaine. Même lorsqu’il nous entraîne dans les ténèbres, il laisse toujours filtrer une fragile lumière d’espoir.
J’ai refermé ce roman avec le sentiment d’avoir traversé une expérience autant psychologique qu’émotionnelle.

Un thriller brillant, oppressant, impossible à lâcher, qui prouve une nouvelle fois le talent de l’auteur pour manipuler nos certitudes sans jamais perdre de vue l’essentiel : l’humain.
Une lecture que je vous conseille… Faites comme moi, lisez-le de préférence en pleine nuit.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Ruta n° 33. C’est ce qu’Arielle eut le temps d’apercevoir sur le petit panneau à moitié dissimulé par la poussière de la piste. Jimmy conduisait depuis trois heures, sans interruption, au milieu de ce paysage quasi désertique. Le bitume, rongé par le soleil, lézardait entre d’immenses champs de pierres grises et noires, encadrés de montagnes ciselées comme des dents de requin. À peine apercevait-on çà et là quelques clôtures en schiste qui délimitaient d’improbables propriétés et formaient avec les moutons et les chèvres sauvages le seul signe de vie depuis leur départ. Arielle savait qu’ils devaient se rendre dans cette ville, même si elle n’avait pas compris l’urgence avec laquelle son père l’avait pressée de faire ses valises. Maintenant ils étaient embarqués tous les deux dans ce voyage et elle pouvait ressentir à quel point il semblait important pour Jimmy. Il avait les mains crispées sur le volant, le regard tendu vers l’horizon et sa jambe droite bougeait légèrement en signe de
nervosité.
— Tout va bien aller, papa, dit-elle, en lui posant une main sur l’épaule. »

« Le café avait un goût huileux et une amertume désagréable. Jimmy observait sa fille qui s’était éloignée de quelques pas pour jeter le contenu de sa tasse sur le sable. À dix-sept ans, elle était presque devenue une femme. Toute en jambes dans son short en jean, elle portait un débardeur jaune sur lequel on pouvait lire « Go Tigers Go ». Ses cheveux noirs coupés court et sa silhouette de danseuse lui rappelaient sa femme. Il n’arrivait pas à se résoudre à l’appeler ex-femme, même si la maladie l’avait emportée depuis près de dix ans. Jimmy ne croyait pas vraiment à la mort. Il pensait que les esprits continuaient à vivre quelque part, tant que leur âme n’avait pas réussi à trouver le repos. Ses parents avaient beau avoir lutté bec et ongles pour lui donner une bonne éducation catholique, il n’avait jamais usé les bancs de l’église. Et pourtant, très tôt dans sa vie, il avait développé une sorte de dialogue intérieur. Dialogue avec qui ? Dieu, son inconscient, il ne savait pas. »

« Une chose était sûre, ce flic les avait abandonnés à leur sort. Ils ne pouvaient plus compter que sur eux. Pourtant, Victor n’arrivait toujours pas à l’admettre.
— Peut-être qu’on devrait attendre ici. Le flic va revenir, c’est pas possible qu’il nous laisse seuls toute une journée.
Jimmy se retourna vers lui et prit ce ton paternaliste qu’il utilisait chaque fois qu’il fallait convaincre un auditoire. Ça rappelait à Arielle les fréquentes disputes entre ses parents dont elle avait été témoin. »

« Comment est-elle arrivée là ? fut la première question qui lui vint à l’esprit. C’est alors qu’il sentit une présence sur sa droite. Une grande femme aux longs cheveux bruns portant une robe blanche se tenait debout à quelques mètres de lui et fixait l’horizon. Elisabeth avait un visage allongé et légèrement ovale. Ses traits fins formaient une symétrie parfaite, mis à part la partie gauche de sa bouche qui remontait légèrement, lui donnant un petit air moqueur que Jimmy avait toujours adoré et qu’elle avait transmis à sa fille.
— Je rêve, dit-il à son intention. »

Nicolas Tackian ou Niko Tackian est un scénariste, réalisateur et romancier français.

De l’écriture à la réalisation, il s’exprime avec le même engouement au cinéma, en bande dessinée, à la télévision et dans les jeux vidéo.

Il a été journaliste et rédacteur en chef de différents magazines de presse avant de devenir scénariste. Il devient auteur de bande dessinée et signe son premier projet aux éditions Semic, avant de rejoindre l’équipe de Soleil Productions avec laquelle il va signer plus de 30 albums.

Thriller ésotérique, science fiction, dark fantasy, anticipation, polar, fantastique sont autant d’univers qu’il aime explorer en BD (« Kookaburra Universe« , « Le Syndrome de Caïn« , « L’Anatomiste« , « Orks« , « La Compagnie des Lames« , « Corpus Hermeticum« …).

Il devient également scénariste pour la télévision et signe plusieurs dizaines de téléfilms avant de créer avec Franck Thilliez, en 2015, la série « Alex Hugo » pour France 2 dont il continue d’assurer une partie des scenario.

En 2008, il écrit et réalise son premier film « Azad« , primé dans de nombreux festivals à travers le monde.

Après une minutieuse enquête sur le phénomène de la mort imminente, il écrit « Quelque part avant l’enfer » (2015), son premier roman et obtient le prix des lecteurs au festival polar de Cognac 2015.
Suivra « La nuit n’est jamais complète » en 2016 (lauréat du prix du polar lycéen d’Aubusson 2018) puis il change d’éditeur et publie « Toxique » (2017), puis « Fantazmë » (2018) et « Celle qui pleurait sous l’eau (2020), une trilogie introduisant le personnage de Tomar Khan, commandant à la brigade criminelle parisienne.
En 2019 son thriller « Avalanche Hôtel » obtient de nombreux prix, dont le célèbre « prix de la ligue de l’imaginaire« , qu’il intègre la même année rejoignant des auteurs à succès tels que Bernard Minier, Bernard Werber, Olivier Norek, Maxim Chattam et son camarade Franck Thilliez.
En 2021, il publie « Solitudes » aux éditions Calmann-Levy.

Page Facebook : https://www.facebook.com/niko.tackian.auteur/

Amour, Émotion, Drame, Famille, Frisson horreur, Histoire vraie, Violence

Les Mutilées

de Vincent Villa
Broché – 9 juin 2026
Éditeur : auto-édition

Léa, sept ans, appelle soudain sa mère au secours dans l’eau de son bain en lui avouant l’horreur qu’elle subit : son père, Maxence, lui « gratte la zézette ». Pour Émilie, séparée de cet homme qu’elle a fui avec sa fille, débute alors un cauchemar au long cours. Indifférent à la souffrance de Léa, le système cogne sur Émilie autant qu’il caresse Maxence, s’acharnant sur la protectrice pour mieux protéger le violeur. L’amour maternel, l’arme des plus poignants combats, même les plus désespérés, lui permettra-t-il de sauver l’être le plus cher à ses yeux ?

Journaliste et auteur, Vincent Villa, déjà six thrillers dans son sillage créatif, signe là son premier roman noir, entre intrigue fictionnelle et réalité documentaire, sur le sujet révoltant des mères désenfantées.

Avant toute chose, je tenais à remercier Vincent Villa pour la confiance qu’il m’a accordée en me confiant la réalisation de la couverture de « Les Mutilées ». C’est un projet qui m’a profondément touché, mais je n’imaginais pas, en ouvrant ce livre, à quel point son contenu allait me bouleverser.
Durant ma lecture, j’ai eu beaucoup de mal à le considérer comme un simple roman tant le sujet abordé est grave, documenté et profondément humain. À chaque chapitre, j’ai senti le travail de recherche de l’auteur, sa volonté de comprendre avant de raconter, mais surtout de donner une voix à celles et ceux qui peinent parfois à être entendus.

Tout commence lorsque Léa, sept ans, révèle à sa mère, Émilie, les violences sexuelles qu’elle subirait lors des visites chez son père. Dès cet instant, la vie de cette mère bascule dans un combat dont elle ne mesure pas encore l’ampleur. Elle pense protéger son enfant. Elle va pourtant se retrouver confrontée à une mécanique judiciaire et institutionnelle qui la pousse progressivement dans ses retranchements. J’ai ressenti beaucoup de colère, des envies de tuer aussi, puis une immense détresse en suivant son parcours. Vincent ne cherche jamais l’effet spectaculaire. Il montre, avec une grande sobriété, l’usure psychologique d’une femme qui s’effondre peu à peu sans jamais renoncer à défendre sa fille. L’écriture est incisive, rythmée, parfois presque poétique, mais cette beauté de la langue ne fait que renforcer la violence de ce qui est raconté. Le suspense, les rebondissements et la construction du récit rendent la lecture impossible à interrompre. J’avais constamment besoin de connaître la suite, tout en redoutant ce que j’allais découvrir.
Ce qui m’a le plus marqué reste cette réflexion sur la difficulté, pour certaines victimes, de faire entendre leur parole. Le roman met en scène des mécanismes institutionnels qui interrogent profondément et qui nourrissent une véritable réflexion sur la manière dont sont vécues certaines procédures judiciaires.

J’ai également été très sensible à la force du lien entre une mère et son enfant. Cet instinct de protection traverse tout le récit et donne à Émilie une puissance émotionnelle remarquable malgré son épuisement.

« Les Mutilées » est un roman noir, mais c’est aussi un texte profondément humain. Un livre qui dérange, qui secoue, qui révolte et qui pousse le lecteur à réfléchir bien au-delà de son intrigue.
J’ai refermé ce roman avec une émotion immense, le cœur lourd, mais convaincu d’avoir lu un ouvrage important.

Merci Vincent pour ta confiance. Je suis profondément fier d’avoir participé, à ma manière, à cette aventure…
Ton roman mérite d’être lu, partagé et discuté. Parce que certaines histoires dépassent la fiction et qu’elles nous obligent, tout simplement, à ne plus détourner le regard.

÷÷÷÷÷÷÷

Extraits :

« Elle assécha ces sanglots belliqueux d’un violent revers de manche. Ce n’était pas le moment d’abandonner à ses émotions la conduite, risquée, de ses actes, qui la propulseraient encore plus loin sur les chemins de l’illégalité. Une perspective assumée depuis qu’elle avait hâté l’heure de coincer leur existence dans quelques bagages, de la compresser, de la ratatiner, d’en emporter l’essentiel en réduisant le reste à une infinité d’insignifiances. Léa – de grands yeux sombres qui pataugeaient dans l’étendue sans fin de son chagrin – n’avait cure de ce sacrifice maternel orienté vers une quête ultime qui transcendait toutes les autres : apparier de nouveau le quotidien de sa fille avec l’allégresse, la légèreté, si du moins son trauma l’autorisait un jour à prétendre à ces douceurs que tout enfant de son âge devait revendiquer. »

« — Vous ne pouvez pas nier, maître, que les deux paroles s’opposent et que dans ces situations antagonistes, coutumièrement, il est compliqué de se forger un avis clair.
— Celui exprimé au printemps 2022 était le bon. Ma cliente avait été littéralement chassée par monsieur du domicile familial dans un climat très tendu, prémices de violences conjugales.
Bardés de douleur, les yeux d’Émilie lançaient des appels au secours silencieux, SOS écrits avec le cœur: la gifle, la gifle, la gifle!
— Y a-t-il eu un dépôt de plainte, à tout le moins de main courante, maître?
— Non, monsieur le juge.
— Très bien. Si chacun en a terminé avec ses arguments, l’audience est finie. Vous recevrez le délibéré dans un mois environ.
Sans aucun délai, Maxence tourna vers elle un visage dur fardé d’une assurance tranquille, comme habité par la certitude ostensible de triompher: ses pouces levés, provocateurs, célébraient déjà sa victoire écrasante. »

« — Tu veux te cacher à ton tour, Zoé ? demanda Jeanne en lui tendant un paquet de crocodiles, friandises molles, colorées et évidemment très sucrées, qu’elle avait largement contribué à décimer.
La question a priori inoffensive déclencha une rafale de pleurs ! La terreur soudaine, irrépressible, semblait ressusciter un trauma au sein du cerveau de Zoé, activer les zones les plus sensibles de sa mémoire !
Mylène jaillit et devança l’adulte inquiète pour prodiguer un réconfort morcelé en une étreinte et quelques bisous, baume tendre sur blessure à vif. La voix de Judith perça les pensées bouleversées de Jeanne, dans lesquelles s’entrechoquaient les échos d’une souffrance tenace.
— On dirait qu’elles se sont reconnues, jugea la nouvelle arrivante.
— Ce sont des sœurs de douleur… Elles doivent se reconstruire, à des degrés divers. D’où le surnom de l’endroit qui nous accueille, l’Atelier des cœurs brisés ?
Une lueur sombre traversa le regard clair de Judith, fila dans un ciel bleu bordé de mélancolie. »

« — Je sais que je prends le risque d’être sanctionnée pour ce que je dis. Mon avocate m’a mise en garde plusieurs fois. Parler doit être bien plus grave que violer, aux yeux des juges. D’après elle, quand un papa passe très bien avec son avocat qui sait parfaitement le défendre, c’est plus facile de se dire que c’est lui qui incarne la société française et pas l’hystérique en train de hurler qu’on lui vole son enfant, qui se répand dans la presse et sur les réseaux sociaux, fait des vidéos, écrit au ministre de la Justice puis au président de la République, ou encore à la première dame de France. Bref, qui ne sait plus quoi faire, alors qu’elle n’est pas une mère protectrice, mais une mère empêchée de protéger son enfant!
On ne me fera pas taire pour autant. Vous entendez ? On ne me fera pas taire ! Je n’accable pas ces mères qui font un compromis et acceptent ce qu’il se passe pour continuer à recevoir leur enfant chez elle, mais c’est au-dessus de mes forces, me concernant ! »

Spécialiste du ballon rond à France Football puis à L’Equipe, Vincent Villa est attiré par l’écriture romanesque depuis longtemps. Mais ce journaliste sportif attend 2017 pour enfin céder à ses envies de saisir la plume dans le but d’écrire des fictions plutôt que d’informer, même si les deux ne sont pas incompatibles. Depuis des années, les polars comme les thrillers accaparent ses moments de lecture et c’est à ce moment-là que s’engager sur le chemin de la littérature noire devient une lumineuse évidence à ses yeux.

Une année plus tard nait son tout premier roman, “Je mangerai ton cœur« . Tour à tour sombre, romantique, haletant, journalistique, ce thriller attire l’attention des défricheurs de talent chez France Loisirs. Fin 2019, il rejoint les nouveaux auteurs des “Editions du 123. » En 2020, ce titre est lauréat du prix du salon du livre du Pays Noir, à Charleroi.

Mais un second roman est déjà prêt, et édité à peine quelques mois plus tard. À travers “PARADICTION« , paru au printemps 2021, la plume devient davantage sombre et tortueuse, trempée dans le machiavélisme et l’obscurité des âmes. Son troisième thriller, « #JE SUIS LILLY« , renoue avec une thématique chère à cet écrivain sensible, les violence faites aux femmes, en même temps qu’avec la noirceur vengeresse et les rebonds macabres, en arrière-plan de l’insoutenable résignation pour un fait divers tragique : un meurtre, un féminicide.

Écrivain à la plume percutante et inspirée de questions sociétales ancrées dans l’actualité, Vincent Villa aime l’écheveau conflictuel de la conscience, aux confins de la moralité et des pulsions primaires, et les intrigues entrelacées libèrent la tension du dénouement, comme l’achèvement complexe d’un puzzle littéraire. Une manière de concevoir ses histoires récompensée en 2023 lorsque son quatrième ouvrage, “ADHaine« , remporte le prix des salons Loiret Crimes et Noires Sœurs.

Le suivant, « Le cimetière des enfants perdus« , lui permet pour la première fois de remettre en scène des personnages d’un livre précédent, « #JE SUIS LILLY« . Axé sur la pédocriminalité, ce nouveau roman dénonce ce fléau sans verser dans la glauque. Dans sa double volonté de divertir et de dénoncer, Vincent Villa cherche en permanence un équilibre très subtil à trouver, tant l’écriture est sans filet. Une volonté confirmée avec « ANIMAL LECTER« , son sixième thriller, consacré aux animaux, avant une incursion dans le roman noir. Sa nouveauté, en effet, porte sur le scandale des mères désenfantées et l’inceste : un cri du cœur et de colère poussé à travers « Les Mutilées« .