Amour, Émotion, Drame

La Faiseuse d’étoiles

de Mélissa Da Costa
Poche – 7 juin 2023
Éditeur : Le Livre de Poche

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« Tu m’as appris une leçon essentielle aujourd’hui. Je croyais bien faire mais c’est toi qui as raison. On cherche toujours le bonheur loin de chez soi. On croit qu’il se trouve dans l’exotisme, de paysages différents, de senteurs nouvelles, de bâtiments imposants. Ce n’est pas toujours vrai, n’est-ce pas ? Parfois le bonheur, c’est juste être assis sur une butte tous les trois. »
À travers une histoire bouleversante, Mélissa Da Costa nous prouve une fois de plus que l’imagination n’a pas de limite, et qu’il n’existe pas de meilleur pouvoir que l’amour pour guérir les blessures les plus profondes.

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• Couv_2023-077_Da Costa Melissa - La faiseuse d'étoiles

 

Une fois l’histoire commencée, impossible de la lâcher…
Un récit qui m’a particulièrement ému, qui m’a touché étant moi-même papa, et même aujourd’hui papy.

Je m’étais souvent posé cette question lorsque mes enfants étaient petits, comment pourrais-je aborder avec eux le thème de la mort ou de la maladie, sans les traumatiser, ni les perturber…
Ou comment le mensonge peut protéger nos enfants de cette dure réalité ?

Mélissa, encore une fois, nous emmène dans un monde onirique de toute beauté. C’est plein de poésie, c’est tellement beau, je me suis laissé porter par cette histoire toute en douceur et tendresse, passant du sourire aux larmes…
Comment ne pas partager les sentiments d’Arthur, avec tout le mal que se donne sa maman pour le protéger. Les jeux, les histoires, parfois abracadabrantes, mais tellement justes. Un roman de vie qui nous ouvre vers la vie, la nature et l’infini.
Cela reste à un autre niveau, un roman très sérieux et très triste sur une maman malade…
Mais Mélissa a su ouvrir une petite fenêtre pleine de magie qui nous emporte loin, très loin avec elle, pour notre plus grand bonheur !

Un livre qui devrait figurer dans toutes nos bibliothèques…

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Extraits :

« Ça avait été une drôle de fin de journée. Papa était venu me chercher à l’école. Maman n’avait pas pu. Dehors, il pleuvait. J’avais bien pensé à laisser mes chaussures pleines de boue dans l’entrée, mais Papa ne m’avait pas félicité. Il ne remarquait jamais ce genre de détails, contrairement à Maman. »

« Les adultes marchaient toujours trop vite en promenade. Ils fonçaient tout droit sans rien regarder.
Ils ne faisaient pas d’arrêt devant les racines en forme de serpent pour s’interroger : était-ce un boa ou plutôt un anaconda ? Ils ne s’agenouillaient pas devant deux gendarmes reliés dos à dos en se demandant lequel pouvait bien être le mâle et lequel la femelle et surtout, surtout, pour essayer de deviner combien ils auraient d’enfants.
Et puis ils ne cherchaient pas à ramener à la maison la plus belle feuille d’arbre ou le caillou le plus doux. Ils marchaient comme ça, les mains dans les poches, la tête dans les soucis et de temps en temps, ils se retournaient en soupirant :
« Allez, Arthur, dépêche-toi un peu. »

« Maman et Papa allaient très souvent à la cabane sur pilotis quand ils étaient jeunes, avant que je ne sois dans le ventre de Maman. Maman restait ici de longues semaines, elle s’installait sur la terrasse qui surplombait le lac et elle dessinait. Il paraît qu’elle avait plein d’idées quand elle était assise ici, qu’elle se sentait heureuse comme seuls les rossignols peuvent l’être. »

« Avant de dormir, alors que Maman remontait la couverture sous mon menton, elle me demanda : “Qu’as-tu appris aujourd’hui ? Il faut apprendre quelque chose chaque jour. C’est pour cela qu’on est vivants : pour apprendre encore et encore, les couleurs, les plantes, les animaux, les saisons, les sentiments…”
Comme je ne répondais pas, elle m’embrassa sur le front et chuchota :
“Tu as appris l’existence des crabes vampires aujourd’hui.”
Je fourrai mon pouce dans ma bouche. Je réfléchis. “J’ai appris qu’on doit libérer les barques”, dis-je.
Maman sourit, caressa mon front.
“Exactement. Ce sera ta leçon du jour : personne ne doit vivre accroché à une chaîne. Ni les barques, ni les animaux, ni les humains.” »

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.
Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

“Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade” (2017), sorti en librairie sous le “Tout le bleu du ciel” (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

“Je revenais des autres” (2017), et “Les Lendemains” (2020), sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

“Les douleurs fantômes” (2022) est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/25/les-douleurs-fantomes/

Elle figure au palmarès du Figaro des auteurs français ayant le plus vendus de livres.

Drame, Noir, Polar, Suspense

Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire

de Pascal Alliot
Broché – avril 2023
Éditions : Lazare et Capucine

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Itinéraire sanglant et halluciné d’un jeune homme, meurtrier en série, qui séduit puis assassine sordidement des jeunes femmes rencontrées au hasard de son chemin, laissant à dessein une trace sanglante et macabre bien identifiable.
Il va pourtant tenter de revenir sur son enfance tourmentée, essayer d’échapper à ses démons, refaire sa vie, mais l’amour appelle inexorablement le sang.
Un juge va se lancer à sa poursuite et le retrouvera, quinze ans après, alors qu’il vit reclus dans un phare.
L’heure du jugement sonne enfin.
Ce magistrat n’a rien non plus d’un homme ordinaire…
Pourtant, justice doit être rendue. La foule gronde et appelle le sang. Mais non, cet assassin pas ordinaire ne mérite pas une peine ordinaire…

 

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Pascal Alliot signe avec Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire un premier roman assez troublant, intéressant et bien écrit, mais qui pour moi a manqué d’un petit quelque chose pour l’apprécier au mieux.

Le récit se déroule en France au milieu du 19ème siècle. Un tueur en série sévit régulièrement le long du canal de Beaulauris, mettant à mal l’efficacité de la police et du “pauvre” juge Mourrisseau, qui en fera son “affaire personnelle” et ce, durant plusieurs années. Il ne s’arrêtera pas avant de trouver celui qui se livre à ces horribles meurtres.

Au début de ma lecture j’ai été agréablement surpris par le style de l’auteur, une écriture élégante que j’ai même trouvé drôle parfois… et oui ! La thématique du récit est intrigante, mais j’ai trouvé la première partie lassante, trop longue et répétitive, j’ai fini, bien malheureusement, par m’ennuyer de cette succession de meurtres, tous plus ou moins semblables. Ce sont ainsi, dix jeunes femmes qui vont être assassinées les unes après les autres, de manière horrible…

Puis enfin, à partir du second chapitre, on en apprend un peu plus sur le tueur. Ses origines. Pourquoi autant de sauvagerie dans son mode de fonctionnement ? et surtout pourquoi tuer toutes ses jeunes femmes systématiquement ?

La suite du récit, incluant suspense et rebondissements va rattraper mon impression ressentie lors du premier chapitre.
Un livre qui se lit très vite, avec de très bonnes idées. J’essayerai quoiqu’il en soit, avec plaisir un autre roman de Pascal pour ne pas rester seulement, sur cet assassin pas ordinaire !

Je reste malgré tout certain que ce livre trouvera son public !

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Extraits :

« Marianne marchait tranquillement lorsqu’elle croisa le regard que posait sur elle ce jeune homme qui semblait si doux. Pas un homme de par ici, pensa Marianne. Il était beau et se tenait à une bonne quinzaine de mètres. Le coup de foudre fut immédiat. Elle ne put y résister. Comme un appel vers l’infini désir. Jules, c’était superbe, mais pour les choses du sexe, un bel amant étranger vaut plus que tout. Donc, à sa totale surprise, elle se donna très vite à lui, dans les hautes herbes. Elle ne sentit nullement la lame du couteau qui l’égorgea ni les multiples coups qui lui furent portés au ventre. La police en comptera vingt-sept un peu plus tard, lorsqu’ils découvrirent, horrifiés et pâles, le corps inerte et sanglant de la belle Marianne. »

« On retrouva le corps nu d’Apolline le 26 juin 1867.
Le visage avait été écrasé par une grosse et lourde pierre lancée à la volée, réduisant en bouillie ce visage d’une beauté remarquable. Il y avait un atroce « F » taillé sur trois centimètres d’épaisseur sur le bas du ventre de la jeune femme et vingt-sept coups de couteau portés avec une sauvagerie extrême. Comble de l’horreur, les deux seins découpés, posés près des genoux. Aucune rose dessinée cette fois ou déposée sur le corps. »

« La délicieuse jeune femme avait été égorgée avec un couteau de belle dimension, très hâtivement, vu la large et horrible plaie ouvrant sa gorge. Elle porte aussi la trace de vingt-sept coups de couteau en de multiples endroits sur son ventre. Ses deux seins avaient été découpés et déposés sur les côtés au niveau des genoux. Il y avait également cet atroce « F » taillé sur le bas-ventre de la jeune femme. Et cette rose, naturelle, posée sur son abdomen. Et, nouveau détail, deux baisers de sang déposés sur son sexe et ses lèvres, marquées de morsures. »

 

Archéologue céramologue, Pascal Alliot vit en Espagne, près de Barcelone.
« Journal ordinaire d’un assassin pas ordinaire » est son premier roman avec lequel il nous entraîne dans un imaginaire brutal, onirique, riche et haletant, nous faisant visiter les tréfonds de l’âme tourmentée d’un meurtrier.

Histoire, Roman

Jésus

La biographie non autorisée
de Patrick Banon
Broché – 17 janvier 2013
Éditions : Michel Lafon

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À 9 ans, Jésus avait déjà ressuscité un enfant, donné vie à des oiseaux d’argile et maudit un olivier qu’il avait desséché d’un geste. Pourtant, ces faits sont absents des textes canoniques du christianisme. Entre le IIIe et le VIe siècle, l’Église a établi la version officielle de la vie de Jésus selon les quatre Évangiles et les textes des apôtres. Mais soixante-dix textes, pour la plupart rédigés entre le IIe et le Ve siècle, ont été interdits de lecture, sous peine de mort ou de mutilation. Ce sont les évangiles apocryphes, qui retracent toute la vie de Jésus et de sa famille : la relation entre Marie et Joseph, l’histoire de Joseph, celle des parents de Marie, la virginité et la grossesse de Marie, la naissance de Jésus, son enfance, la fuite en Égypte, ses relations avec Judas et Marie de Magdala, etc. Autant d’écrits qui détiennent la même légitimité historique que les canons de l’Église, les complétant souvent, les contredisant parfois, mais offrant toujours un éclairage nouveau sur les événements marquants du destin de Jésus et sur le monde dans lequel il évolua. En Galilée, à Jérusalem, Jésus, Joseph, Marie, Anne, Joachim, Salomé prennent ici chair avec leurs qualités et leurs défauts, leurs doutes et leurs espoirs, leurs peurs, leur courage. Reflet de la pensée religieuse populaire, à la frontière entre folklore, mythologie et foi, cette biographie « non autorisée » écrite à la manière d’un roman dresse le portrait d’un monde chaotique, à la veille du changement de notre ère, et révèle, pour la première fois, la vie « censurée » de l’enfant qui devint Dieu.

 

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C’est un nouveau livre sur la religion et tout particulièrement sur la vie de Jésus, qui a éveillé la curiosité du lecteur que je suis…
Dès que j’ai lu son titre, c’est La biographie non autorisée qui a retenu toute mon attention.

J’avais déjà lu d’autres biographies, les évangiles aussi, mais de voir qu’un auteur avait rassemblé des textes “apocryphes”, et interdits par l’Église, je n’ai pas eu à réfléchir trop longtemps avant de l’acheter, d’autant que cela faisait un moment que j’en avais entendu parler. Le hasard fait bien les choses…

Patrick Banon a eu la très bonne idée de “romancer” tous ces écrits méconnus, et sourcés, donnant plus de vie à cette biographie, et dès le début, certains passages m’ont révélé une image très éloignée de Jésus, par rapport à celle que je pouvais avoir à l’esprit. C’est très intéressant, très instructif aussi. (Le glossaire et les sources accessibles à la fin du livre y sont forcément pour beaucoup.)
C’est bien écrit et très clair, mettant en exergue à la fois la nature humaine de Jésus et sa nature divine, et ce, dès son plus jeune âge. Nature divine qui parfois est très brutale, tel le Dieu de l’ancien testament, plus proche d’un Dieu vengeur que d’un Dieu d’amour. Je découvre donc un Jésus agressif, qui n’hésite pas à réclamer vengeance si besoin, à hausser le ton voire à lever la main. C’est surprenant par rapport à notre perception actuelle de l’homme, mais tellement compréhensible pour l’époque. J’ai découvert aussi de nouveaux rapports entre Jésus et Judas, désigné comme étant l’apôtre préféré de Jésus, son ami, celui qui lui a permis d’accéder à la place où il se trouve actuellement. Jésus n’est pas né dans une étable, mais dans une grotte. Il n’a jamais rejeté les femmes et Marie de Magdala était une “apôtre” à part entière, et plus encore…

Un livre surprenant, captivant même, que j’ai lu d’une traite, comprenant au fur et à mesure pourquoi l’interdiction de l’Église quant à sa diffusion.
Un livre fort passionnant qui éclaire d’une nouvelle “lumière” les nombreux personnages qui sont cités.
Merci Patrick, pour ce travail accompli, destiné aux plus curieux d’entre nous, dont je fais définitivement partie !

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Extraits :

« À sept ans, Jésus avait déjà ressuscité un enfant, donné vie à des oiseaux d’argile et maudit un olivier qu’il dessécha d’un geste ! La version officielle de sa vie, les quatre évangiles canoniques, ne mentionne pas ces épisodes, pourtant racontés dans les évangiles “apocryphes”, des textes écartés par l’Église, cachés et dont elle a longtemps interdit la lecture. »

« Par la faute d’Ève, les femmes sont condamnées à accoucher dans la douleur. Cela lui a été enseigné et répété. Les mères seraient coupables d’apporter à leurs nouveau-nés la mortalité promise aux bannis du Jardin d’Éden, lui a-t-on dit. Mais aujourd’hui, Zélémi découvre une situation extraordinaire : cette femme-là a accouché sans peine et sans épanchement de sang, comme si elle se trouvait encore dans le jardin de la Création, à l’instant où aucune faute n’était encore venue souiller l’humanité naissante. Telle Yokabed, la mère de Moise, Marie a accouché sans souffrance. »

« – Je vous en supplie tous, jette tout à coup Zachée.
Faites sortir Jésus de votre village. Il ne devrait pas fouler cette terre. Faites-le sortir de ce monde ! Nous ne devrions pas le contempler. Moi-même, je quitte immédiatement Nazareth. Je n’aurai de répit que loin de sa vue. Cet enfant n’appartient pas au monde des vivants ! Tenez-vous loin de lui ! Qu’il soit bon ou mauvais, nous ne devons pas rester près de lui ! »

« Une rumeur effroyable se répand à travers Jérusalem. Non seulement Jésus le Nazaréen est ressuscité, mais il a ramené de la mort d’autres défunts. Les tombeaux se sont ouverts, libérant les corps inertes. Des morts, vivant à nouveau, déambulent dans la cité. Comme réveillés d’un long et profond sommeil, ils marchent d’un pas hésitant, le regard épouvanté par l’aube qui les a tirés par les pieds du monde souterrain. L’esprit chancelant, ils gardent le silence de peur que cette nouvelle vie ne soit qu’un mirage. De temps à autre, surpris par la vision d’un lieu aimé, ils laissent échapper des cris lugubres. De leurs yeux exorbités, ils dévorent les visages des êtres chers. Vieillis, ceux qui ne sont encore jamais morts regardent épouvantés ces revenants du monde souterrain mendier un peu d’amour. »

 

Patrick Banon est écrivain, essayiste et spécialiste des sciences des religions et systèmes de pensée. Il est l’auteur de nombreux romans biographies historiques, parmi lesquels Flavius Josèphe, un juif dans l’Empire romain, vendu à plus de 20 000 exemplaires et traduit dans plusieurs langues, Moïse, Bethsabée, Etemenanki, le secret de la tour de Babel, La Prophétesse oubliée… Chercheur associé à la chaire Management & Diversité de l’université de Paris Dauphine, Patrick Banon est aussi directeur de l’Institut des sciences de la diversité.

Émotion, Drame, Roman

Grand comme le monde

de Lou Valérie Vernet
Broché – 22 juin 2023
Éditions : M+

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Pour la première fois, il tourne le dos à la caravane, au bois, à tout ce qu’il connait. Il tourne le dos au père et il répète : Je pars. Qu’est-ce qu’il pourrait dire d’autre ? Je pars pour dire le poids du corps, la brûlure du silence, la solitude, l’inévitable et le devoir. Je pars pour dire en un mot ce que mille ne sauraient révéler. Pour ne pas user le peu de force qu’il lui reste et d’un geste de la main montrer au loin ce qu’il laisse en haussant les épaules…. Un silence à hauteur d’homme, tapi dans le coeur d’un enfant.

Ainsi débute l’histoire de Pepo. Une nuit de décembre, le père meurt. Commence alors pour l’enfant un long chemin d’apprentissage pour revenir au centre des hommes et de la Ville, celle qui, parait-il, avale la tête des gens. Tiraillé entre le besoin de vivre sa propre destinée et celui de ne pas trahir ses origines, il n’aura de cesse de faire des allers-retours entre sa vie d’enfant sauvage et son envie de retrouver une place dans le monde.

Une histoire forte, universelle, incarnée.
Véritable ode à la liberté et à la littérature.

 

• Couv_2023-074_Vernet Lou Valérie - Grand comme le monde

 

Je suis un peu sonné.
J’ouvre un œil. D’abord, le gauche, le droit suivra très vite.
Où suis-je ?
J’entends une respiration tout près de moi. Une personne qui a l’air assoupi. Je n’ose pas me retourner, mais j’ai bien peur de deviner…
Certains de mes souvenirs reviennent. Je me rappelle. Je sais pourquoi je suis là, dans cette chambre. Rigolo n’a pas eu autant de chance que moi… Je pense très fort à toi mon ami, mon seul ami.

Soudain des bruits dans le couloir. La respiration rassurante cesse soudain. Elle s’est réveillée. Elle. C’est forcément elle. Mais je ne suis pas encore prêt, mais alors pas du tout…

Le temps s’est suspendu.
Gilbert Cesbron disait, : “le bonheur, c’est quand le temps s’arrête.”
Aujourd’hui, je doute de sa phrase.
Je referme les yeux. Elle finira bien par partir… ensuite, j’aviserai…

Envie de disparaître…

Lou Valérie Vernet, signe ici, pour moi, son plus beau roman…

Très tôt, dans ma lecture, j’ai pris la main de Pepo afin qu’il m’emmène avec lui dans son aventure. Une aventure atypique où chacun de ses questionnements trouve un sens. Telle une plante, au moment où il en a le plus besoin, Pepo perd son tuteur, son père, son repaire…
Il a tout juste sept ans et devra se découvrir, lutter, s’accrocher à cette nouvelle vie, riche en émotions, qui lui tombe dessus.
Malgré la disparition de son père, il est toujours là, présent dans sa tête et dans son cœur, tel un phare qui le guide à travers les jours qui passent, à travers sa vie, mélange de certitudes et de trop nombreuses hésitations.

Un roman superbe qui aborde les questions de la vie. Lou ne triche pas. Tous les thèmes seront abordés, car pour pouvoir grandir, Pepo doit savoir. Savoir regarder, savoir comprendre et parfois savoir accepter.
Lou a suspendu le temps avec ce roman initiatique qui m’a envoûté, par son mélange de poésie, d’idéologie, de sagesse et de philosophie…
Coup de cœur magique !

“Vient Pepo ! Donne-moi ta main, et allons ensemble…”

Un grand merci à M+ éditions.

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Extraits :

« Douze heures plus tard, Elya regarde dormir Pepo, se demande s’il va se réveiller. Il n’a toujours pas bougé. Elle en est certaine, il a la même position qu’en s’écroulant sur son lit, recroquevillé sur lui, emmitouflé dans son blouson, tout habillé, son sac à dos dans les bras, serré contre lui. Comme un trésor auquel il s’accroche. Ou qu’il protège. Sorte de bouclier qui l’isole des autres, fait rempart. »

« Le père dirait sûrement que Pepo file un mauvais coton. Qu’une journée sans apprendre est une journée perdue. Qu’à ce train-là, il ne grandira jamais. Parce que si tu n’apprends rien, tu ne grandis pas. T’es juste une larve de plus qui se répand à la surface de la terre. Et que s’il continue, il va se fâcher tout rouge. Ah oui, les expressions du père, avoir une peur bleue, broyer du noir, voir la vie en rose, être blanc comme un linge, rire jaune, voir rouge, être vert de rage… »

« Le père qui était pourtant le sien n’a jamais permis qu’il l’appelle autrement. Aucun possessif n’était jamais rentré sur leur territoire. Que cette appartenance leste l’enfant d’une insupportable responsabilité ou d’un quelconque devoir pouvait le rendre hargneux. On vient au monde pour expérimenter la vie, Pepo, pas pour porter des fardeaux, encore moins ceux des autres. Ceux qui voudront te faire croire le contraire, fuis-les. Quoi que tu choisisses de faire, ne le fais jamais que par passion, envie, conviction. »

« Trois événements majeurs ont tout de même inscrit leur mémoire au-delà du quotidien. Comme des balises sur le chemin, des sortes de signes diront plus tard Carmen et Isabella. Car tout de même, qui peut grandir ainsi, sans jamais tenir la main de personne, juste là, posé au milieu d’eux. Pepo plus sauvage que ne l’était le père.
Plus solitaire et taiseux aussi. Présent, serviable, presque docile mais en retrait, à fleur de peau, constamment en alerte, sur le qui-vive. Jamais complètement serein, confiant, joyeux. Sans attachement autre que Rigolo. Sa seule source de chaleur, de souffle, de peau, de caresse, de mains et pattes tendues. »

« Parce qu’au fond, le Pepo qui dort en chacun de nous, c’est une liberté d’être sans autre loi que la sienne, poussée dans ces retranchements, condamnée à une solitude définitive et même pour ainsi dire, crevant d’aberration, incapable de nouer du solide, du durable ou de rester dans un endroit, au risque de se faire absorber puis d’avoir à partir et désirant dans le même temps qu’une main plus légère et plus forte, une main comme celle d’Isabella, de toutes ces femmes plus grandes que des dieux le sauve, l’élève, lui fasse courir le risque du renoncement, de l’acceptation, des deuils accomplis, des peurs enfin rejetées, repoussées, terrassées. C’est une histoire qui ressemble à la sienne dans toutes les histoires du monde, en train de sécher sur le grand Arbre à Feuilles, qui n’épargne à personne le devoir d’éprouver au moins une fois le silence, la douleur, l’absence, l’impuissance alors même que la force du chaos nous propulse dans l’existence sans autre apparat que notre propre humanité.
Fragile et dérisoire. »

Lou Valérie Vernet signe ici, avec Grand comme le monde son tout premier roman. Auteure multicartes, elle a déjà publié trois thrillers, deux polars et sept autres livres passant du récit humoristique aux fragments de voyage, du Feel Good au spicilège poétique, du recueil de nouvelles au théâtre. Tous ses ouvrages confirment son talent à manier en virtuose l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme. Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.

Émotion, Humour, Noir, Polar, Suspense

Commandant François Chanel

36, quai des Orfèvres
de Pascal Marmet
Broché – 29 juin 2023
Éditions : M+

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Une enquête menée par un flic musicien, sur fond de sorcellerie et ayant pour décor les dessous d’une gare parisienne… Parmi les milliers de voyageurs, Laurent erre seul dans le hall de la gare de Lyon, l’air paumé. Il vient de rater son CAP boulangerie et sa mère l’a mis dehors. Samy, escroc à la grande gueule, le repère rapidement. Il a bien l’intention de profiter de la naïveté de ce gamin aux chaussures vertes et l’entraîne dans un cambriolage. L’appartement dans lequel ils pénètrent est une sorte d’antichambre du musée des Arts premiers et regorge de trésors africains. Mais ils tombent nez à nez avec la propriétaire et collectionneuse. Comme elle s’est blessée en tombant dans les escaliers, ils lui viennent en aide avant de s’enfuir. Pourtant, quelques heures plus tard, elle est retrouvée morte, abattue de cinq balles tirées à bout portant. Le commandant Chanel, chargé de l’enquête, s’enfonce alors dans l’étrange passé de cette victime, épouse d’un ex-préfet assassiné quai de Conti peu de temps auparavant. Un polar haletant sur fond de sorcellerie qui nous dévoile les coulisses de la gare de Lyon et nous ouvre les portes du célèbre 36 quai des Orfèvres.

 

• Couv_2023-073_Marmet Pascal - Commandant François Chanel

 

Une troisième enquête pour le “Commandant François Chanel”, et c’est toujours aussi passionnant !

Et je dirai même que pour moi, c’est la meilleure à ce jour, le fait de bien connaître maintenant les personnages principaux doit y être pour beaucoup.
Non content d’avoir déjà plusieurs personnages hors du commun dans ses récits, Pascal nous en propose d’autres. Deux jeunes stagiaires, intelligentes, malines et jolies… malgré la tendance “machiste” du commandant, ainsi que Laurent et Salomé qui vivent une sorte d’illumination dès que leurs regards se croisent. Que demander de plus ?

Albane de Saint Germain, riche collectionneuse d’art africain, entre autres, est assassinée à la suite d’un cambriolage qu’elle vient de subir.
Les deux jeunes cambrioleurs n’avaient pourtant pas l’air violents, au contraire… C’est plutôt elle qui me donnait l’impression d’être, une “étrange” femme !
Qu’a-t-il bien pu se passer pour qu’il y ait un tel revirement de situation ?

Nous voilà dans la nouvelle enquête de notre Commandant préféré !
Une enquête qui va nous plonger au sein de la Gare de Lyon, à travers ses couloirs et dédales, mais aussi dans le monde particulier et très fermé des collectionneurs de statuettes africaines. Et que se passera-t-il durant cette enquête ? Les hommes du 36, quai des Orfèvres apprennent qu’ils vont bientôt être “reconditionnés” dans de nouveaux locaux, rue du Bastion, dans le 17e arrondissement, un futur immeuble ultramoderne et ultra sécurisé de huit étages qui sera adossé au palais de Justice de Paris.

Une nouvelle fois, l’écriture de Pascal est parfaitement maîtrisée, captivante et j’ai même trouvé qu’il y avait un peu plus d’émotion dans cet opus très singulier. De nombreux rebondissements interviendront durant l’enquête qui était pourtant bien mal partie… Heureusement, le commandant, mais pas que, veille !

Un très bon polar mêlant action, suspense et une introduction très intéressante dans le milieu de la sorcellerie africaines et les rites anciens. Les dialogues sont truculents, et ils vont si bien au commandant que je ne m’en lasse pas !
De nouveau une belle découverte que je vous conseille…

Un grand merci aux Éditions M+, pour leur confiance renouvelée !

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Extraits :

« – Chers collègues, je profite de cet instant de convivialité pour vous informer de vive voix qu’il a été décidé que l’ensemble des services du 36 quai des Orfèvres et des personnels du Tribunal de Grande Instance déménagera dans le quartier des Batignolles. Aucune date n’a été avancée. Une note de service vous parviendra en temps voulu. Merci de votre attention. Je passe la parole à François Chanel qui se fait une immense joie de remplacer, au pied levé, notre président qui, rassurez-vous, va beaucoup mieux. »

« Une idée surgit. Il glissa autant de billets que son slip pouvait en contenir, fourra dans son sac à dos la statuette à la pierre bleue et le reste de liasses. Son bras s’immobilisa. Une seconde idée vint. Il conserva une petite liasse de billets dans la main et referma le panneau dissimulé dans la structure du bureau qui, au vu de la couche de poussière, ne semblait pas avoir été ouvert récemment.
En descendant l’étroit escalier, il vit la femme ramper péniblement en traînant ses jambes mortes. Elle s’accouda à une commode et tenta d’ouvrir un tiroir. Laurent vint à son secours et libéra le casier. À l’intérieur, il y avait une remarquable boite en cuir noir qu’il ouvrit pensant qu’elle y cherchait des médicaments. Il découvrit un imposant révolver dans une mousse qui avait pris sa forme. Il y avait aussi deux chargeurs, dix balles et un long tube noir.
La femme scintillante au regard bleu océan le fixa. Elle ressemblait à sa mère, mais en bien plus admirable. »

« Après 60 ans, on a irréversiblement la gueule qu’on mérite. La gentillesse s’y lit tout comme la méchanceté. Tous les vices finissent par se feuilleter sur nos rides. Tout se paie, tout remonte à la surface dans un tribunal invisible où sont dénoncés nos entorses, nos travers et nos peines. Et ce préfet avait acquis une “gueule” de moine tibétain.
Pour Chanel, les modifications d’un visage étaient devenues livre ouvert, et il allait sans hésiter dans la profondeur de la peau de l’autre au premier coup d’œil. »

« “Je ma pelle Milène, étoi réponmoa ?”
Comment faire autrement que sourire à cette jolie invitation à tisser un lien. Elle avait les yeux vert pacifique des naîfs, deux couettes rigolotes et la bouche des têtus.
Sous le mot, il écrivit : « Je m’appelle François »
Et elle enchaîna ses questions sans détour :
“alor, gevéteraconté esétou jété au CP éje vé alé au CM1. Tufécoi come métié ?”
“Je suis policier. Et toi, tu veux faire quel métier plus tard”
“Moi, jeveupa courire derièr les méchan, sé trofatigan. Jepréfaire désinatrisse degâto o chocola ou marchende defleur, mai que derose quipic».
Ils finirent par jouer au jeu des sept familles. Bien entendu, Chanel perdit cinq parties sur huit.
Chanel adorait les trains parce qu’avec la SNCF, tout était possible. »

 

Pascal Marmet, est écrivain, romancier, chroniqueur radio.

Après ses études, par rapport à sa famille, il a choisi la voie des affaires. Il a dirigé une entreprise pendant de nombreuses années. Propriétaire d’un hôtel à Nice, il a conjugué sa passion pour l’écriture à son métier d’hôtelier.

Aujourd’hui, il est écrivain à part entière, chronique des auteurs sur une radio Fm (Agora côte d’azur) et organise des rencontres littéraires avec des invités de marque.

Le roman du parfum (2012) a été récompensé par la critique et honoré par un Prix littéraire, le prix spécial du Jury Albayane 2013.

Tiré à quatre épingles (2015), un polar avec dans le rôle principal le commandant Chanel, a obtenu le Prix Cœur de France 2016.

Exécution (2022), où l’on retrouve le commandant Chanel dans une nouvelle enquête.
https://leressentidejeanpaul.com/2023/01/24/execution/

Il vit depuis 2016 à Cagnes-sur-Mer où il se consacre à l’écriture d’une série policière avec un héros récurrent, le commandant François Chanel qui officie au 36, quai des Orfèvres à Paris. Cette série est une fiction, inspirée de faits réels.

Émotion

Héloïse*

Les fleurs du sérail
de Élisa Sebbel
Broché – 26 mai 2023
Éditeur : Jeanne & Juliette
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1809. Les guerres napoléoniennes font rage. Alors qu’ils croyaient être rapatriés en France, 5000 prisonniers se retrouvent captifs sur l’îlot de Cabrera, dans les Baléares. Pour survivre, un maigre filet d’eau douce, des rations insuffisantes, des abris précaires qu’il leur faut bâtir eux-mêmes. 21 femmes les accompagnent, parmi lesquelles Héloïse, vivandière de 18 ans dont le mari a succombé en mer, emportant avec lui l’insouciance et la légèreté de la jeune femme.
Si la guerre avait déjà meurtri les hommes, le désespoir leur fait bientôt perdre la raison. Par chance, Henri, chirurgien de l’armée, se prend d’affection pour Héloïse. Entre privations, épidémies et tempêtes, les morts s’accumulent, l’espoir s’amenuise, et Héloïse ne songe qu’à se libérer enfin de cet enfer – jusqu’à ce nouvel arrivage de prisonniers et de Louis qui fait tout chavirer.
À force de ténacité, la jeune femme parviendra-t-elle à se sauver ? Car si l’amour est une captivité volontaire, la mer l’a déjà faite prisonnière…

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Les fleurs du sérail est la suite directe de La Prisonnière de la mer.

Pas besoin de l’avoir lu pour comprendre cette nouvelle aventure qui peut se lire de manière indépendante, mais je vous le conseille tout de même pour “l’aura” du personnage principal “Héloïse”.

Héloïse et son compagnon, Louis, sont enfin libres. Ils sont parvenus à s’échapper de leur geôle de Cabrera, avec plusieurs autres prisonniers, ils vont naviguer ainsi durant 5 jours jusqu’à leur naufrage sur les côtes africaines. Héloïse et ses compagnons vont être accueillis par le sultan d’Alger, qui très vite promet d’organiser leur rapatriement vers la France. En contrepartie, pour respecter leurs règles locales, il ordonne à Héloïse d’aller durant ce laps de temps dans son harem, en attendant leur départ. La jeune femme sera arrachée à son compagnon, et sera rebaptisée Aley, et très vite devient même une concubine du sultan. Elle sera forcée de se plier aux règles, et devra s’initier à la langue locale et à différents rites ayant cours dans le harem, alors qu’elle ne rêve que de s’enfuir et de retrouver sa liberté.
Héloïse va vivre les rivalités entre femmes, les jalousies, les pièges. Le but ultime pour elles étant d’avoir un fils du pacha et de devenir ainsi, la Préférée. Alors Héloïse se soumet, apprend la docilité, et ferme les yeux lorsqu’elle doit passer la nuit avec le sultan, pour son seul plaisir.

Comme dans son premier roman, Elisa Sebbel dépeint comme si on y était, la vie d’une femme dans un harem, au XIXe siècle, à Alger.
Ce roman est superbement construit, malgré le fait de savoir que ce roman est de la fiction, je ne doute pas des recherches qu’Élisa a faites sur les harems, et la vie des femmes a cette époque, dans un lieu où les hommes dominent. Rien n’est laissé au hasard et on apprend énormément des choses, sur ses femmes qui vivent entre elles, qui subissent et restent malgré tout les prisonnières d’un homme qui profite d’elles pour son seul plaisir.

La vie d’Héloïse est dure et compliquée… Puis elle apprend que les hommes ont quitté Alger pour retourner en France. Comment va-t-elle arriver à se sortir de ce piège qui s’est refermé sur elle ?

Une très belle histoire avec une narration intimiste qui m’a donné l’impression d’être proche des personnages et de vivre pleinement avec eux cette aventure…
J’attends la suite, prévue pour 2024, avec impatience !

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Extraits :

« Suis-je revenue une seule fois sur cette décision-là ?
Non, jamais. Ni les marches interminables de Bayonne en Andalousie, ni les fusillades, ni les carnages à tout croisement, ni le gel, ni la pluie, ni la chaleur insupportable, ni la nourriture qui diminuait, ne pouvaient dissiper le bonheur de partager chaque instant avec lui : chaque baiser le soir sous le bivouac, chaque regard apeuré le matin des combats, chaque effleurement des doigts quand je lui tendais une tasse d’eau-de-vie pendant les batailles. Le simple son de sa voix suffisait à me faire supporter les engelures, la toux continuelle, la fatigue, les puces, les poux. J’étais devenue vivandière, la seule fonction autorisée dans l’armée avec celle de blanchisseuse. »

« Dans le village, on nous avait surnommés les Armandises, quand l’un apparaissait, l’autre n’était pas loin. À sa mort, j’avais été amputée. Comment continuer à vivre sans ma moitié ? Je m’étais promis de ne plus m’attacher à personne.
Le prix de la perte était trop dur à payer. Henri s’avérait le compagnon idéal, un partenaire pour me protéger, sans l’aliénation des sentiments. »

« Le plus dur était le silence absolu. Était-ce le jour ? Était-ce la nuit ? En collant mon œil contre la fente sous la porte, je pouvais parfois distinguer un trait de lumière au loin. On s’habitue à l’obscurité. On ne s’habitue pas au silence. Il fait naître en nous les bruits les plus affreux, ceux des démons enfouis au plus profond de soi. Le roulement des tambours, le sifflement incessant des balles, la détonation sourde des canons, les sabots des chevaux au galop martelant le sol dur, puis le tintement strident des épées et le hurlement des hommes blessés. »

« Je me réveillai ce matin-là avant tout le monde. La nuit avait été si agitée que même nos esclaves dormaient encore. Il avait cessé de pleuvoir. En ce tout début de décembre, la fraîcheur matinale piquait la chair. Je me saisis d’une couverture en cachemire et descendis dans la cour vide et silencieuse, salie par la tempête et les feuilles boueuses de jasmin que le vent avait emportées. Le ciel s’offrait à moi dans son cadre bien carré tel le tableau d’un grand peintre. L’horizon infini m’était désormais interdit. Les nuages gris s’étaient éparpillés et laissaient entrevoir des coups de pinceau bleu sombre. Peu à peu, ils s’embrasaient, mêlant le rose à l’orange doré d’une main féerique… Comme chaque jour, le monde renaissait. Comme chaque jour, la vie reprenait. La lumière éclaboussait l’ombre. Rien n’était immuable, tout changeait. »

 

Docteur en littérature française, Elisa Sebbel enseigne dans une université espagnole et vit à Majorque. Découvert dans le cadre du Mazarine Book Day 2018, pour lequel il a reçu la « mention spéciale du jury », son premier roman, La Prisonnière de la mer, dévoile un drame oublié de notre histoire.

La prisonnière de la mer

Émotion, Drame, Frisson horreur, Suspense

Psylence

de Jean-Marc Dhainaut
Poche – 6 juillet 2023
Éditions : Taurnada Éditions

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Clara en est certaine : elle a vu quelqu’un dans leur chambre… Elle a essayé de prévenir son mari. Mais il ne l’a pas écoutée. Il aurait pourtant dû… Lui, comme toute la famille. Lorsque Meghan Grayford, journaliste passionnée en phénomènes étranges, s’empare de cette histoire, elle ne réalise pas encore l’horreur qui la guette. Pourquoi cet acharnement ? Pourquoi s’en prendre à ces braves gens ? Et, surtout, comment arrêter le mal en personne lorsqu’il vous montre du doigt ? Vous, le prochain sur sa liste…

 

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Quel plaisir de retrouver Meghan Grayford, que j’avais découverte dans Brocélia, Janis son ami d’enfance, ainsi que Mina et Alan, experts en recherches paranormales.

Dès les premières pages Jean-Marc Dhainaut, frappe très fort, et je me suis vite rendu compte que le livre risquait d’être “plus dur, plus violent” aussi, que ses précédents romans.
Je ne me suis pas trompé !

Clara Perec est une vieille dame qui a eu un passé assez mouvementé.
Une nuit, elle se réveille en sursaut et aperçoit une silhouette vêtue de rouge, sur son mari qui tente de l’étrangler. Elle allume la lumière et la forme étrange disparaît… Le lendemain, elle reçoit du monde pour fêter ses 77 ans. Dans une discussion avec sa famille, elle glisse son étrange réveil de la nuit passée au cours du repas. On a du mal à la prendre au sérieux, certains doute même de sa santé mentale… La journée suit son cours jusqu’à une soirée agréable et tardive. Le matin suivant, Clara trouve son mari mort dans le lit conjugal. Il a été assassiné. Sa mâchoire a été disloquée, et pire, il a été étouffé avec ses oreilles qui ont été sectionnées…
Le jour d’après, c’est un autre membre de la famille qui est tué, puis très vite un troisième toujours de la même façon aussi affreuse !

Mais qui peut en vouloir à ce point à la famille Perec ?

Voilà une nouvelle enquête pour Meghan, mais cette fois-ci, malgré l’aide qu’elle aura de ses amis, se sera, à ses risques et périls…

Un récit avec une intrigue qui s’avère très addictive et captivante. Rapidement, le ton est donné et ne ralentira pas jusqu’au bout du récit.
Angoissant, avec plusieurs apparitions de spectres et de fantômes, des tortures et de l’hémoglobine, même une petite fille perdue qui recherche dans la nuit sa maman. Tout est parfaitement dosé, chaque élément qui parait au départ incongru, trouvera le long du récit, son explication. Jean-Marc a affûté ses mots et ne nous laisse aucun répit, cela en devient même immersif… Mais n’est-ce pas ce qu’on lui demande ?

Un très bon thriller fantastique que je recommande à tous les fans du genre !

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Extraits :

« Comment aurait-elle pu se coucher, poser la tête sur l’oreiller en fixant cette place occupée par Gwendal durant un demi-siècle à ses côtés ? Un demi-siècle d’amour fort, d’amour tendre. Comment affronter, là, à quelques centimètres de son visage, cette vision d’horreur à jamais gravée dans son esprit, et espérer pouvoir fermer les yeux ? D’ailleurs, plus personne n’entrait dans cette pièce. Sa décision était déjà prise : elle vendrait rapidement la maison. »

« Ouelque chose se trouvait là, avec elle, et l’observait. Elle trébucha sur une marche. Un son, un seul, résonna dans la maison : celui du “tchac ! tchac !” du sécateur qu’elle voyait scintiller dans la pénombre, là, dans la main d’un homme glissant vers elle, lentement. Une main ferme, forte, qui écrasait inlassablement les poignées de l’outil. Elle ne discernait pas son visage, et ses membres se distinguaient à peine de son habit sombre. »

« Il fit soudain si froid que du givre recouvrit les vitraux. Jamais Meghan n’avait observé de chute aussi brutale de la température dans un lieu potentiellement hanté. Hanté ? L’était-il ? Qu’en aurait pensé Alan Lambin à cet instant précis, s’il avait été là ?
Clara se mit d’un coup à se débattre. Des griffes venaient de lui lacérer les bras et le dos, et les lanières de sa chemise d’hôpital avaient été arrachées. »

« Ce qui l’étonnait toujours, après toutes ses années d’exploration, c’était cet incroyable sentiment de tristesse qu’elle éprouvait dans une maison abandonnée. Il s’y trouvait souvent les souvenirs d’une vie, tels que des photos en noir et blanc d’enfants ou d’adultes. Un bibelot posé sur la télévision, cadeau d’un être cher ? Quand ? Pour quelle occasion ? Un objet désormais oublié, recouvert de poussière. Pouvons-nous imaginer que, un jour, notre intérieur (notre décoration, l’intimité de notre foyer) devienne la proie des ravages du temps ou le sujet d’intérêt d’explorateurs urbains ? »

 

 

Jean-Marc Dhainaut est né dans le Nord de la France en 1973, au milieu des terrils et des chevalements. L’envie d’écrire ne lui est pas venue par hasard, mais par instinct. Fasciné depuis son enfance par le génie de Rod Serling et sa série La Quatrième Dimension, il chemine naturellement dans l’écriture d’histoires mystérieuses, surprenantes, surnaturelles et chargées d’émotions. Son imagination se perd dans les méandres du temps, de l’Histoire et des légendes. Il vit toujours dans le Nord, loin d’oublier les valeurs que sa famille lui a transmises.

Brocélia
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/07/brocelia/

L’Œil du chaos
https://leressentidejeanpaul.com/2023/02/13/loeil-du-chaos/

La maison bleu horizon
https://leressentidejeanpaul.com/2023/04/13/la-maison-bleu-horizon/

Adolescence, Émotion, Poésie

Dans tes yeux

de Yves Giombini
Broché – 7 mai 2023
Éditeur : Des livres et du Rêve

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Trente ans après s’être perdus de vue à la fin de l’école primaire, Agnès et Rémi se retrouvent à Grasse à l’occasion d’une réunion d’anciens élèves. Leur amitié amoureuse d’alors les submerge : toutes ces années d’absence et de silence se volatilisent instantanément. Ils faussent compagnie au groupe pour plonger dans les arcanes secrets du Musée International de la Parfumerie. S’émancipant du temps et de l’espace, ils réinventent les aventures citadines et stellaires de leur enfance. Ce nouveau voyage a-t-il ses propres limites ? Ou bien n’a-t-il jamais existé que dans l’instantané du regard échangé au moment précis de leurs retrouvailles ?

« Là où l’infini de l’espace recoupe l’infini du temps, on trouve un endroit précis
à un moment donné ; j’y suis souvent. »
Grégoire Lacroix

 

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Sans même le savoir, j’attendais cette histoire depuis plusieurs années…

Voilà le genre de livre qui m’inspire, que je relirai à mes petits-enfants afin qu’eux aussi aillent s’envoler avec Yves Giombini dans des endroits où le temps n’est plus, là où TOUS les Arts se retrouvent et se mélangent, là où la Musique joue jusqu’à l’infini.

Je ne connaissais pas Yves avant de recevoir ce livre il y a quelques jours. Je suis allé sur sa page FaceBook et j’ai rencontré un homme, un poète, un amoureux de la peinture, de la sculpture, de la musique, du théâtre, de l’Histoire (la belle Histoire… pas celle où les hommes s’entretuent), des sciences aussi et ouvert à tellement d’autres choses… J’ai eu l’impression qu’il avait déjà vécu plusieurs vie…

Dès le commencement de ma lecture, j’ai su.
J’ai su que l’ouvrage que j’avais entre les mains allait me secouer, me toucher, j’ai su très vite que je risquais d’arriver en retard à mon travail… Tant pis, je resterai plus tard ce soir !
Bouleversant.
Comment tellement de poésie, de beauté, d’amour, de rencontres improbables, de voyages, dans l’espace, dans le temps, ont-ils pu entrer dans aussi peu de pages ?
J’ai eu un mal fou à sélectionner des extraits tellement chaque phrase a son importance.
Il y a de la magie dans l’écriture d’Yves. Ce moment a été pour moi comme une parenthèse hors du temps, hors de tout… J’ai fini ma lecture dans un square où des enfants jouaient avec leur nounou, leur maman, et je les ai trouvé beaux, j’ai vu des oiseaux voler dans le ciel en me tournant autour, une guêpe s’est même posé sur mon bras, je n’ai pas eu peur.

“Dans tes yeux” a agrandi mon horizon, a ouvert beaucoup de choses en moi.
Vous l’avez compris, c’est un énorme coup de cœur…

Un roman indispensable.
Merci Yves, j’ai hâte de lire d’autres livres…

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Extraits :

« Te souviens-tu ?
Oui, trente ans, c’est long, c’est loin. Tu m’avais emportée dans ta détermination farouche. Nous nous étions affranchis nos heures terriennes amarrées à l’uniformité des jours. Nous avions franchi les frontières du temps, l’un à l’autre enlacés.
Passagers de l’instant, nous voulions l’éternité.
Oui, je me souviens… »

« II leur était indifférent de chercher à élucider le mystère de leurs voyages extraordinaires. Le jardin, l’école, le mûrier, le ciel, l’étoile, la musique, ils en faisaient leur miel. Ils avaient vécu leur rêve, rêvé leur désir, et leurs chairs comblées frissonnaient encore de leurs jouissances partagées.
Au-dessus d’eux, chevauchant une ultime gazelle, Marie-Jeanne s’évapora dans les limbes de leur mémoire réincarnée.
Et le ciel s’éteignit. »

« L’endroit était frais malgré la chaleur de l’été. Il régnait un silence paisible veiné de lointains bruits de moteurs, des paresses d’avions croisant dans un ciel qui restait à imaginer.
C’est le lot des caves de fuir la lumière. Celle-ci avait gardé prisonnière toute la froidure de l’hiver, ses pluies glaciales et ses neiges, ses frimas et ses vents. Ceux qui s’y engouffraient forçant les passages, devenaient bises sitôt franchies les grilles des soupiraux aux vitres brisées. Des radiateurs à pétrole, dont l’amère odeur de fioul imprégnait l’atmosphère, avaient été répartis dans différents recoins pour conjurer autant que faire se pouvait les morsures du froid. Des ampoules électriques nues pendaient au plafond. Des lampes rétro en pied posées à même le sol ou sur des meubles hétéroclites de brocante, proposaient un éclairage scénographique à la limite de l’étrange. »

« Les hommes font la guerre, certains font l’amour, les enfants rient ou pleurent, ici, on naît, là, on meurt, ailleurs et partout, on mange, on boit, on crie, on rêve, on crève, on espère, on pleure, on se désespère, on apprend, on oublie, on jubile, on attend… La planète est belle vue d’en haut, presque irréelle. Devant tant de beauté, on n’imagine pas le malheur. On ne le voit pas. Et parce qu’on ne le voit pas, il n’existe pas. » 

 

 

Niçois d’origine, Grassois d’adoption, enseignant et conseiller pédagogique à la retraite, Yves Giombini est un citoyen de la Terre et d’ailleurs, ses voyages ne sont pas uniquement géographiques ; ils se font aussi depuis toujours dans la compagnie des mots, passeports universels des émotions, via l’écriture dans plusieurs genres littéraires : romans, nouvelles, récits, poésies… ; mais aussi le théâtre, comme comédien, formateur, metteur en scène au Théâtre de La Nuit Blanche à Grasse, dont il est le président depuis 15 ans ; et la chanson : ses textes sont mis en musique par Patrick Massabo, et interprétés par le groupe Les Variants Deluxe, au style pop-rock. Parrain de la 2ème Nuit des Ecrivains (décembre 2018) sur Radio Agora Côte d’Azur, il anime régulièrement des ateliers d’écriture dans les librairies et les établissements scolaires, et des ateliers de lecture dans les écoles, les collèges, et avec le groupe des Poémiens de Châteauneuf (06).

Émotion, Drame, Suspense, Thriller

Je suis le feu

de Max Monnehay
Poche – 14 avril 2023
Éditeur : Points

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La Rochelle, mois de juillet. Des mères assassinées en présence de leurs fils que le tueur a pourtant préservés de l’horrible spectacle. Des flics dépassés. Et Victor Caranne, psychologue carcéral à la prison de l’île de Ré, lancé dans une traque qui ne laissera personne indemne. Un héros hanté, un tueur de l’ombre et un suspense impeccable : Max Monnehay est la nouvelle voix du polar.

« Un livre qui vous embarque souffle coupé dans un autre univers. »
Libération

 

• Couv_2023-069_Monnehay Max - Je suis le feu

 

Je suis le feu, se déroule juste après Somb !

Bien que chacun des deux livres puisse se lire indépendamment l’un de l’autre, je vous conseillerai quand même de lire “Somb” avant, pour une meilleure fluidité de compréhension et ne serait-ce que le plaisir de la première rencontre avec Victor Caranne.

Plusieurs femmes sont retrouvées égorgées suivant le même modus operandi.
Ce coup-ci, Victor Caranne, psychologue dans le milieu carcéral, est appelé à la rescousse par le commissaire Baccaro et son équipe pour dresser le profil du tueur en série.
Une histoire sordide et violente où un tueur se cherche, en essayant de trouver une libération en assassinant des mères devant leurs fils.
Un grand suspense sera maintenu du début à la fin du récit et Victor va de nouveau s’impliquer personnellement afin d’aider la Police…

Max Monnehay maîtrise à nouveau l’aspect psychologique de tous les personnages, je suis même allé jusqu’à avoir de l’empathie pour le tueur, je l’ai compris et compatis avec sa souffrance, sans aucunement valider ses choix. C’est le gros “plus” de ses récits. Ce coup-ci, Max n’a pas hésité à glisser par-ci par-là quelques traits d’humour qui m’ont bien fait sourire, malgré le sujet traité, très sombre, elle s’en donne à cœur joie, à tous les niveaux et cela se ressens dans son écriture.
Comme dans le premier récit, de nombreux rebondissements sont égrainés tout le long du récit et le twist final… Wahou !

Cette suite pour moi confirme le fait que Max Monnehay risque de me faire passer encore de nombreuses heures de plaisir…

On dit régulièrement, “Jamais deux sans trois”.
Alors peut-être un troisième tome aux aventures de Victor ?

Dans tous les cas, un grand merci Max de nous emmener dans ton monde !

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Extraits :

« Bonjour, Rémi. Je m’appelle Victor.
L’enfant leva les yeux, puis les baissa immédiatement, comme si on l’avait pris en faute. Il paraissait minuscule, assis dans le grand siège en cuir noir.
Caranne referme la porte de la pièce rectangulaire, qui lui semblait encore plus encombrée que dans ses souvenirs.
Il avait demandé à Baccaro s’il pouvait interroger le gosse dans son bureau, les salles d’interrogatoire étant capable de filer le bourdon, un benêt sous Prozac. »

« Au moins, sa vie à lui n’avait rien eu de banal. La douleur, pensa-t-il, exclut d’emblée la monotonie. Une citation de Schopenhauer lui revint en mémoire : La vie oscille, comme un pendule, de la souffrance à l’ennui. Dans son cas, le pendule est resté bloqué d’un côté. »

« Un sanglot mangea le dernier mot de sa phrase, et elle monta les mains à son visage, incapable de retenir ses larmes.
“Viens là, ma poulette.” Il lui caressa longuement les cheveux. “Si vous autres imbéciles romantiques n’existiez pas, les histoires d’amour qu’on raconterait à nos enfants ressembleraient à des bilans comptables.” »

« Une belle femme brune, la poitrine dénudée et le regard tourné vers le hors-champ gauche, maintenait fermement ses deux enfants. Elle serrait le poing sur le manche d’une dague, seul élément vertical de l’œuvre. L’arme, acérée et menaçante, contrastait fortement avec les innocentes rondeurs enfantines à la peau de porcelaine.
Caranne fit un pas vers le tableau.
Fixa Médée.
L’ombre qui masquait son regard lui apparut comme la rage aveugle, qui allait la pousser à commettre le plus inconcevable des crimes.
L’infanticide. » 

 

 

Née en 1980 à Beauvais, Max Monnehay est l’auteure de Corpus Christine (Albin Michel, Prix du Premier Roman 2006), et de Géographie de la Bêtise (Le Seuil, 2012). Somb, thriller psychologique de haute volée, est son premier polar, couronné par le Prix Transfuge 2020 Meilleur espoir polar et par le Prix Sang pour Sang Polar.

Drame, Folie, Noir, Psychologie, Thriller

Somb

de Max Monnehay
Poche – 11 mars 2022
Éditeur : Points

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Victor Caranne est psychologue en milieu carcéral. Chaque jour, il emprunte à moto le pont qui relie le continent à l’île de Ré pour rejoindre la Citadelle, fortification reconvertie en prison. Chaque jour, il écoute des détenus lui confier des crimes atroces. Mais c’est la découverte d’un cadavre sur une plage proche de chez lui qui va provoquer une totale déflagration dans sa vie. Car il connaissait bien la victime, Julia, l’épouse de son meilleur ami, Jonas Somb.

« Max Monnehay est une auteure française avec laquelle le milieu du noir va devoir compter… »
Libération

 

• Couv_2023-68_Monnehay Max - Somb

 

Cela faisait un moment que je voulais découvrir la plume de Max Monnehay, voilà, c’est fait !

Ce n’est pas son premier roman, mais c’est son premier Polar. Personnellement, même s’il y a une enquête une bonne partie du roman, je ne l’ai pas lu comme un polar, mais plutôt comme le mélange d’un bon roman noir et d’un thriller psychologique. C’est l’intrigue et surtout les personnages, véritable point fort du roman qui m’ont happés. L’auteure a créé des personnages de tous les jours, avec leurs failles, leurs défauts, leurs egos, les rendant presque vivants à mes yeux. La sensibilité qu’elle leur donne dans ce récit est très importante. C’est extrêmement bien écrit, phrases courtes, incisives, d’une grande efficacité, avec beaucoup de psychologie aussi.

Victor, psychologue dans le milieu carcéral, est un homme tourmenté. Un événement lié à son passé l’a plongé dans un certain mutisme depuis son enfance. Mais, à la mort de Julia, c’est tout son monde qui s’écroule…

Max, n’a rien à envier à ses collègues du Noir.
Le récit m’a tenu en haleine jusqu’au bout sans en deviner la fin et de plus avec un dernier rebondissement que je n’ai pas vu venir du tout, complètement inattendu !

Un livre pour les amateurs de suspens, pour ceux qui aiment les belles histoires tristes, et les “plumes” originales et racées. Une écriture prenante et addictive, avec beaucoup d’intelligence, un sans-faute pour moi !
À lire…

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Extraits :

« Le bruit des portes métalliques qui claquent, les couloirs qui n’en finissent pas, le visage fermé des gardiens ont depuis le premier jour le même effet sur moi : une combinaison assez désopilante d’angoisse et d’ennui.
Je n’ai pas mis plus de quelques jours à comprendre que ce paradoxe était la chose la mieux partagée entre ses murs. Personnel et détenus confondus. C’est un cocktail qui, mal dosé, peut facilement conduire à la violence – contre les autres ou contre soi-même. »

« Je passai une heure assis dans la cuisine, dans un état de sidération totale, les yeux posés sur le mug de Julia, resté sur la table. Une trace de rouge à lèvres dessinait un croissant de lune rose sur son bord. Les images de nos dernières heures ensemble tournaient en boucle dans ma tête, une torture à laquelle j’étais impuissant à mettre un terme. Lorsque mon téléphone sonna dans la poche de mon jean, je touchai mon visage et réalisai que je pleurais. Silencieusement. Les yeux fermés. »

« Nous étions attablés au Café de la Paix, à deux pas de l’appartement. C’était un établissement au décor Belle Époque dont les lustres monumentaux jetaient sur toute chose, une lumière sépia, leur allouant une aura nostalgique. Maddie me regarda, attrapa la viennoiserie qu’elle tripotait du bout des doigts depuis cinq minutes, dénuda une double rangée de dents blanches, parfaites, et, sans me lâcher des yeux, les y planta façon gueule de fauve dans cuisse de gazelle. »

« Elle avait toujours cette chevelure rousse, ondulée et bandante, coulant comme de la lave en fusion sur ses épaules. Une paire de lunettes à monture noire épaisse ne parvenait pas à ôter son pouvoir au regard émeraude, profond, qui m’avait mis à genoux un quart de siècle auparavant. » 

 

 

Née en 1980 à Beauvais, Max Monnehay est l’auteure de Corpus Christine (Albin Michel, Prix du Premier Roman 2006), et de Géographie de la Bêtise (Le Seuil, 2012). Somb, thriller psychologique de haute volée, est son premier polar, couronné par le Prix Transfuge 2020 Meilleur espoir polar et par le Prix Sang pour Sang Polar.