Adolescence, Émotion, Poésie

Dans tes yeux

de Yves Giombini
Broché – 7 mai 2023
Éditeur : Des livres et du Rêve

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Trente ans après s’être perdus de vue à la fin de l’école primaire, Agnès et Rémi se retrouvent à Grasse à l’occasion d’une réunion d’anciens élèves. Leur amitié amoureuse d’alors les submerge : toutes ces années d’absence et de silence se volatilisent instantanément. Ils faussent compagnie au groupe pour plonger dans les arcanes secrets du Musée International de la Parfumerie. S’émancipant du temps et de l’espace, ils réinventent les aventures citadines et stellaires de leur enfance. Ce nouveau voyage a-t-il ses propres limites ? Ou bien n’a-t-il jamais existé que dans l’instantané du regard échangé au moment précis de leurs retrouvailles ?

« Là où l’infini de l’espace recoupe l’infini du temps, on trouve un endroit précis
à un moment donné ; j’y suis souvent. »
Grégoire Lacroix

 

• Couv_2023-070_Giombini Yves - Dans tes yeux

 

Sans même le savoir, j’attendais cette histoire depuis plusieurs années…

Voilà le genre de livre qui m’inspire, que je relirai à mes petits-enfants afin qu’eux aussi aillent s’envoler avec Yves Giombini dans des endroits où le temps n’est plus, là où TOUS les Arts se retrouvent et se mélangent, là où la Musique joue jusqu’à l’infini.

Je ne connaissais pas Yves avant de recevoir ce livre il y a quelques jours. Je suis allé sur sa page FaceBook et j’ai rencontré un homme, un poète, un amoureux de la peinture, de la sculpture, de la musique, du théâtre, de l’Histoire (la belle Histoire… pas celle où les hommes s’entretuent), des sciences aussi et ouvert à tellement d’autres choses… J’ai eu l’impression qu’il avait déjà vécu plusieurs vie…

Dès le commencement de ma lecture, j’ai su.
J’ai su que l’ouvrage que j’avais entre les mains allait me secouer, me toucher, j’ai su très vite que je risquais d’arriver en retard à mon travail… Tant pis, je resterai plus tard ce soir !
Bouleversant.
Comment tellement de poésie, de beauté, d’amour, de rencontres improbables, de voyages, dans l’espace, dans le temps, ont-ils pu entrer dans aussi peu de pages ?
J’ai eu un mal fou à sélectionner des extraits tellement chaque phrase a son importance.
Il y a de la magie dans l’écriture d’Yves. Ce moment a été pour moi comme une parenthèse hors du temps, hors de tout… J’ai fini ma lecture dans un square où des enfants jouaient avec leur nounou, leur maman, et je les ai trouvé beaux, j’ai vu des oiseaux voler dans le ciel en me tournant autour, une guêpe s’est même posé sur mon bras, je n’ai pas eu peur.

“Dans tes yeux” a agrandi mon horizon, a ouvert beaucoup de choses en moi.
Vous l’avez compris, c’est un énorme coup de cœur…

Un roman indispensable.
Merci Yves, j’ai hâte de lire d’autres livres…

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Extraits :

« Te souviens-tu ?
Oui, trente ans, c’est long, c’est loin. Tu m’avais emportée dans ta détermination farouche. Nous nous étions affranchis nos heures terriennes amarrées à l’uniformité des jours. Nous avions franchi les frontières du temps, l’un à l’autre enlacés.
Passagers de l’instant, nous voulions l’éternité.
Oui, je me souviens… »

« II leur était indifférent de chercher à élucider le mystère de leurs voyages extraordinaires. Le jardin, l’école, le mûrier, le ciel, l’étoile, la musique, ils en faisaient leur miel. Ils avaient vécu leur rêve, rêvé leur désir, et leurs chairs comblées frissonnaient encore de leurs jouissances partagées.
Au-dessus d’eux, chevauchant une ultime gazelle, Marie-Jeanne s’évapora dans les limbes de leur mémoire réincarnée.
Et le ciel s’éteignit. »

« L’endroit était frais malgré la chaleur de l’été. Il régnait un silence paisible veiné de lointains bruits de moteurs, des paresses d’avions croisant dans un ciel qui restait à imaginer.
C’est le lot des caves de fuir la lumière. Celle-ci avait gardé prisonnière toute la froidure de l’hiver, ses pluies glaciales et ses neiges, ses frimas et ses vents. Ceux qui s’y engouffraient forçant les passages, devenaient bises sitôt franchies les grilles des soupiraux aux vitres brisées. Des radiateurs à pétrole, dont l’amère odeur de fioul imprégnait l’atmosphère, avaient été répartis dans différents recoins pour conjurer autant que faire se pouvait les morsures du froid. Des ampoules électriques nues pendaient au plafond. Des lampes rétro en pied posées à même le sol ou sur des meubles hétéroclites de brocante, proposaient un éclairage scénographique à la limite de l’étrange. »

« Les hommes font la guerre, certains font l’amour, les enfants rient ou pleurent, ici, on naît, là, on meurt, ailleurs et partout, on mange, on boit, on crie, on rêve, on crève, on espère, on pleure, on se désespère, on apprend, on oublie, on jubile, on attend… La planète est belle vue d’en haut, presque irréelle. Devant tant de beauté, on n’imagine pas le malheur. On ne le voit pas. Et parce qu’on ne le voit pas, il n’existe pas. » 

 

 

Niçois d’origine, Grassois d’adoption, enseignant et conseiller pédagogique à la retraite, Yves Giombini est un citoyen de la Terre et d’ailleurs, ses voyages ne sont pas uniquement géographiques ; ils se font aussi depuis toujours dans la compagnie des mots, passeports universels des émotions, via l’écriture dans plusieurs genres littéraires : romans, nouvelles, récits, poésies… ; mais aussi le théâtre, comme comédien, formateur, metteur en scène au Théâtre de La Nuit Blanche à Grasse, dont il est le président depuis 15 ans ; et la chanson : ses textes sont mis en musique par Patrick Massabo, et interprétés par le groupe Les Variants Deluxe, au style pop-rock. Parrain de la 2ème Nuit des Ecrivains (décembre 2018) sur Radio Agora Côte d’Azur, il anime régulièrement des ateliers d’écriture dans les librairies et les établissements scolaires, et des ateliers de lecture dans les écoles, les collèges, et avec le groupe des Poémiens de Châteauneuf (06).

Adolescence, Émotion, Drame, Polar

Désenchantées

de Marie Vareille
Broché – 17 mai 2022
Éditions : Charleston

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La disparition de Sarah Leroy, quinze ans, a bouleversé la petite bourgade de Bouville-sur-Mer et ému la France entière. Dans chaque foyer, chaque bistrot, on élaborait des hypothèses, mais ce qui est vraiment arrivé, personne ne l’a jamais su.

Vingt ans plus tard, Fanny revient sur les lieux de ce drame qui a marqué sa jeunesse. Et c’est tout un passé qu’elle avait préféré oublier qui resurgit… Car l’histoire de Sarah Leroy, c’est aussi un peu la sienne, et celle d’une bande de filles qui se faisaient appeler les « Désenchantées ». Une histoire qui a l’odeur des premières cigarettes et du chlore de la piscine municipale, des serments d’amitié et surtout, des plus lourds secrets.

Avec finesse et un vrai sens du suspense, Marie Vareille met à nu les rouages de l’amitié féminine dans un roman d’apprentissage captivant et rempli d’émotion.

« UNE FOIS DE PLUS, MARIE VAREILLE NOUS LIVRE UN ROMAN ABSOLUMENT INCROYABLE. CE RÉCIT EST BRILLANT, INTELLIGENT, ÉPATANT, PERCUTANT. »

 

• Couv_2023-038_Vareille Marie - Désenchantées

 

L’adolescence n’est-elle pas le moment de notre vie le plus compliqué à vivre ?
On se cherche, on s’invente surtout avant de finalement se trouver. Mais entre temps toutes les émotions ressenties qui viennent nous perturber au risque de nos perdre, ne sont-elles pas les premiers pas qui feront de nous des adultes ?

Marie Vareille, nous conte dans ce récit, cette vie tumultueuse que nous avons tous vécus. C’est avec pas mal de nostalgie que j’ai abordé certains passages, c’était comme du vécu, comme si j’avais remonté le temps et je me revoyais avec mes cheveux hirsutes, mes docs Martens, tout de noir vêtu au milieu de mes camarades… Il y a beaucoup de finesse dans ce récit. Beaucoup de gravité aussi.

2001.
Sarah Leroy disparaît. Tous ses proches seront interrogés et très vite un suspect sera arrêté.
2021.
Fanny, qui connaissait très bien Sarah Leroy, se voit confier une mission par sa patronne. Enquêter sur la disparition de celle qui fut sa meilleure amie…

Personnages attachants, énigme à rebondissements et très captivante, Marie Vareille entre à pas de velours dans le milieu du “Polar”.
C’est bien fait, rythmé, impossible de décrocher.
Roman d’amitié, de disputes, de déchirements et d’émotions… avec un final plein de surprise !
Merci Marie pour cette belle histoire…

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Extraits :

« Les gens qui t’expliquent qu’avant de mourir, tu vois défiler tes souvenirs ne sont clairement jamais mort. Moi, la seule chose que je vois défiler, c’est un faux plafond en liège, des néons blafards et des silhouettes en blouse qui me poussent à toute vitesse vers un ascenseur en hurlant des mots que je ne comprends pas. Des souvenirs, je n’en ai plus. On ne ressasse pas le passé quand on n’a pas d’avenir. »

« Angélique a de ce fait vécu une période un peu mystique, pendant laquelle elle accrochait des portraits de Thérèse d’Avilla au-dessus de son lit. Persuadée d’être élue par le Seigneur, elle s’affamait avec enthousiasme pendant le carême, s’astreignait à quatre bonnes actions et trois, Je vous salue Marie par jour et reversait scrupuleusement tout son argent de poche dans la panière de la quête. Un jour, au catéchisme, Angélique a évoqué son ambition de devenir prêtre. On lui a évidemment ri au nez et, effondrée d’apprendre qu’un pénis était indispensable à la bonne animation d’une messe, elle a sombré dans une déprime qui a sonné la fin de ses ambitions ecclésiastiques. »

« Il fallait être lisse comme le papier glacé d’un magazine féminin. Iris était aussi exigeante avec elle-même qu’avec les autres. Elle passait un temps infini à entretenir son corps, son visage, ses mains, ses pieds. Elle ne faisait jamais un écart – s’exposer au soleil, sans crème solaire, manger une chips ou manquer sa séance de footing quotidienne n’étaient pas des options. C’est à cause de gens comme Iris qu’on vit aujourd’hui dans un monde où l’on pense qu’il faut retoucher les photos de Penélope Cruz. »

« Leur professeur principal, M. Folley, leur avais recommandé de tenir un journal intime. M. Folley était connu pour avoir conseillé cet exercice à toutes les classes qu’il accueillait dans son cours de français depuis des années. L’écriture était, selon lui, un bon moyen d’ordonner nos pensées et nos émotions, et nous serions contents, plus tard, de redécouvrir des souvenirs d’enfance oubliés. J’ai toujours aimé, en ce qui me concerne, déverser dans ses carnets tous mes sentiments et mes rêves sans crainte du jugement d’autrui. Peut-être ne serais-je d’ailleurs pas capable d’écrire tout cela aujourd’hui si je n’avais pas affûté ma plume pendant des années dans ces carnets. »

 

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Son bestseller La Vie rêvée des chaussettes orphelines, traduit dans de nombreux pays, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires. Il a reçu le Prix des lectrices Charleston 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2022/06/08/la-vie-revee-des-chaussettes-orphelines/

Elle est également l’autrice, aux éditions Charleston, de Je peux très bien me passer de toi (Prix Confidentielles) et Ainsi gèlent les bulles de savon.

Adolescence, Émotion, Drame, Poésie

Le choix du père

de Véronique Villard
Broché – 28 septembre 2022
Éditions : Nombre 7

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En pleine pandémie, Flora, une adolescente de quinze ans, doit affronter une implacable réalité.
Sur une plage sétoise, Natacha, sa mère, lui dévoile l’inimaginable.
À l’issue de ce drame, Flora, oscillant entre espoir et désespoir, va tenter de survivre, tissant de nouvelles relations, renforçant ses liens existants.
Mais elle va aussi s’impliquer au sein de sa propre histoire, menant sa propre enquête.
Dans un tel contexte, aura-t-elle la force de sortir de l’impasse ?
Tandis que la mer déroule invariablement ses bleus, les personnages vont et viennent en quête d’une mémoire de l’émotion.

 

• Couv_2023-016_Villard Véronique - Le choix du père

 

Dès le début de ma lecture, je me suis rendu compte que je tenais entre mes mains un livre “différent”.
Lorsque je lis, habituellement, c’est moi qui donne le rythme de ma lecture et qui décide de mes poses.
Avec Le choix du père, impossible !
C’est l’auteure qui commande, et il a fallu que je m’adapte à son écriture. Véronique manie la langue française telle une experte avec énormément de poésie, sa poésie.
Alors j’ai tout repris depuis le début. Je ne voulais pas passer à côté de quoi que ce soit d’important…

Flora vit son adolescence à fleur de peau. La confession d’une mère peut tuer. Flora est soudain perdu et a besoin de se nicher au creux des bras de sa grand-mère, et va tout lui expliquer. Ensemble elles entreprendront les recherches nécessaires afin qu’elle retrouve un semblant d’équilibre, mais malheureusement le sort en aura décidé autrement…
Flora est très attachante, et le mystère nous tient tout le long du récit, mais ce n’est pas un simple récit.

Les mots que Véronique a posés sur ses pages, sont pesés, analysés. Aucune faute de style, la richesse du verbe est omniprésente. Ce ne sont que quelques mots posés sur le papier, me direz-vous ?
Effectivement, juste quelques mots. Quelques mots pour conter le beau, pour conter le laid. Quelques mots pour nous transmettre le plus doux des poisons, au plus mortel remède : c’est bien d’amour évidemment que l’on parle. L’amour !
Le cœur de Flora s’est vidé. Elle est perdue…

J’ai la grande chance de n’avoir à ce jour, rien lut de tel, et de le découvrir par le biais de la prose de Véronique.
Aucune chronique ne pourrait être à la hauteur de ce récit. On pourra ne pas aimer, moi, j’ai adoré me perdre dans ses phrases ni ordonnées, ni ordinaires, ne sachant à aucun moment où l’auteure veut nous mèner.
Roman décalé sur fond de pandémie ? Roman poétique qui cherche ses lecteurs ? Ou véritable chef d’œuvre ?
L’avenir nous le dira…
Dans tous les cas, Véronique a la force des mots et la beauté de l’écriture.

Je vous recommande vivement cet ouvrage pour lequel j’ai eu un gros coup de cœur, pour son style très personnel.

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Extraits :

« C’est la fin des vacances estivales.
Flora qui vient de nager longuement le crawl s’apprête à regagner le bord de la plage. À quinze ans, elle possède le corps finement musclé d’une nageuse de compétition. Seulement, si elle a appris à se mouvoir dans l’eau depuis sa petite enfance, Flora n’a jamais été inscrite dans un club de natation. Malgré tout, en scrutant, les crawleurs expérimentés, elle a acquis un véritable savoir-faire, reproduisant leurs gestes à l’identique. »

« Le blues s’éteint, blues d’une jeune fille…
Confier sa tristesse au lointain, se hisser à l’endroit d’un possible. Parce que ressasser l’impensable ronge le mental, notamment celui d’une demoiselle qui se croyait à l’abri entre Natacha et Luc, pouvant ainsi définir la paix d’une famille, sa quiétude, presque…
Soudain, un moineau se pose sur le rebord du balcon, à côté d’une jardinière en métal vide. »

« En ce lundi brumeux, Flora attend l’autobus.
Seule sur le banc, elle appréhende l’arrivée d’un véhicule comble, sachant que le virus circule de nouveau. D’ailleurs, à ce sujet, le port du masque est-il redevenu obligatoire ?
Un soupir de regret se perd parmi ses tissus en guise de réponse. »

« Un peu avant le coucher du soleil, je m’installe à un vieux bureau d’écolier.
Dessus, une lampe en bois flotté, un carnet de notes ligné avec élastique et un stylo-bille bleu.
J’écris pour garder une trace de mes rires, une trace de cette douce folie, une trace de ce présent–éternité.
Je veux pouvoir me relire, me relire à tout jamais.
Ne jamais oublier ce qui m’a été donné.
Non que je veuille devenir écrivaine, et puis au fond, pourquoi pas ?
On écrit parfois pour exister autrement qu’au travers de la voix.
Mais aussi pour compenser une impossibilité à dire.
Plutôt que de souffrir d’un blocage psychologique.
Je ne t’apprends rien, je ne te surprends pas, je te confirme quelque chose.
Par contre, tu es la seule à qui je parle de ce qui me tient à cœur. »

« Le vide, le plein, un peu de tout, un grain de quelque chose.
Si bien qu’elles s’efforceront de veiller avant de dormir, lune au-dessus d’elles, rondeur possible.
Sur ce, Flora allumera sa micro-chaîne, aspirant à se laisser porter par une voix.
Benjamin Biolay ? Orelsan ?
Peut-être Arthur H chantant, « la boxeuse amoureuse » :
Regardez-la danser
Quand elle s’approche du ring
La boxeuse amoureuse
La boxeuse amoureuse… »

 

Véronique Villard, enseignante depuis trente ans, a participé à un stage de lectrice aux Éditions Ramsay. Elle a également suivi une formation de correction-réécriture avec Jean-Pierre Collignon, chef correcteur au journal Le Monde. Par la suite, elle a obtenu un DUDL, diplôme universitaire de didactique de langues, à la Sorbonne Nouvelle. Enfin, elle s’est engagée dans une formation en art-thérapie et a animé plusieurs ateliers d’écriture.

Sa deuxième passion est la peinture, à laquelle elle s’adonne depuis une vingtaine d’années, exposant régulièrement en galerie d’art. Le choix du père est son troisième roman.

Adolescence, Émotion, Témoignage

Destination Rock

Un rêve de musique et de liberté
de Serge Bertrand
Broché – 29 décembre 2021
Éditions : Le Lys Bleu

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« Je m’appelle Paul, je suis né à Marseille en 1953. J’ai une histoire à raconter, mon histoire, mais aussi le témoignage d’une époque avec sa philosophie et son état d’esprit. C’est le récit, plein d’émotions, de sentiments et de musique, d’une éducation sévère et rigide, de mes souffrances, de mes joies, de mes douleurs, de mes découvertes et des rencontres qui m’ont construit et permis de rester un enfant dans ma tête. »

 

• Couv_2023-014_Bertrand Serge - Destination Rock

 

Je découvre Serge Bertrand avec ce premier roman.
Tout d’abord, j’ai été très surpris par le début du récit. Je m’attendais vraiment à plonger de suite dans un univers musical quel qu’il soit. Et bien non !
C’est dans la jeunesse de Paul, né à Marseille en 1953 que Serge nous plonge…
La jeunesse familiale de Paul se déroule toute en difficulté. Son père est trop souvent absent, d’abord parce qu’il place son travail au-dessus de tout, même de sa famille, et aussi parce qu’il a une maîtresse. Sa mère est une femme dure, avec un système éducatif très rigide. Paul lui est un passionné, un rêveur, un garçon qui très vite sort du lot et se veut indépendant. Durant tout le récit, nous évoluons dans la tête du jeune garçon qui va se transformer en adolescent, avant de devenir un homme. Nous le suivrons à travers ses difficultés scolaires puis professionnelles, à travers de nombreux voyages dans le monde entier, à travers son parcours, à travers ses joies, ses peines de cœur, ses pensées aussi, sa passion pour la musique, et les filles qui très jeune ne le laisseront pas indifférent…

Je me suis très vite attaché à lui, à sa recherche de la liberté, malgré son mal-être. J’étais heureux en le voyant prendre de bonnes décisions et ainsi de le voir évoluer.
Paul va suivre son chemin de vérité en côtoyant ses premiers flirts qui lui permettent de sortir de son monde où il se sentait bien à l’étroit, il découvrira l’amour à travers une période où la liberté fourmillait dans tous les sens. Alors, Paul s’épanouit, Paul se découvre et prend confiance en lui. Le monde tel qu’il le connaissait ne lui plaisait pas… Il va donc se créer son propre monde avec ses propres règles !
Tolérance, sérénité, sagesse et passion. Paul est quelqu’un de bien…

La plume de Serge est touchante. Il le dit lui-même, c’est son histoire, mais c’est aussi le témoignage d’une époque révolue. J’ai ressenti entre les lignes, beaucoup d’émotion, de déchirements. Une partie de sa vie a beaucoup résonné en moi. Les conflits de famille, cette impression de ne jamais être à sa place. Le refus de rester dans le moule… L’envie d’en sortir.

Avec une écriture fluide et agréable, un style qui m’a porté de chapitre en chapitre jusqu’à la dernière page…
Coup de cœur, pour cette lecture empreinte de beaucoup de sensibilité, pour la vie de Paul hors du commun, pour le destin qu’il s’est choisi !

Une excellente découverte, encore un grand merci à mon amie Blandine Carron !

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Extraits :

« Je suis très vite intéressé par les textes de l’ancien et du Nouveau Testament. L’histoire de Moïse et de Jésus, passionnante, et toutes les valeurs morales qu’elle porte trouvent un écho en moi. Quand je lis les dix commandements, j’y trouve de la logique du bon sens et je me dis que si tout le monde respectait et appliquait ces préceptes moraux, nous vivrions tous en harmonie et en paix. J’aime particulièrement le message puissant de Jésus parlant de fraternité, de tolérance, de sérénité et de sagesse. »

« Paul, il est important que tu réalises tes rêves et tes passions. Trop de gens cachent derrière l’effigie du faux-cul, leur absence d’idées et de fantaisies. Ils s’enterrent dans le confort d’une vie médiocre, passent trop souvent à côté des choses merveilleuses sans le savoir. Profite tant que tu peux, vis intensément tes expériences, elles t’appartiennent. Personne ne pourra te les voler. Ne te préoccupe pas de ces personnes déshumanisées, ce ne sont que des marionnettes. Écoute ton cœur et suis ton chemin. »

« Le concert attaque. Le volume sonore est énorme. Chaque note me propulse en avant. Je ressens une impression de puissance. Ce moment dont j’ai tant en rêvé est arrivé, je le vis, il est là ! La peur que j’éprouve disparaît aussitôt comme neige au soleil. »

 

Après plusieurs décennies dans des services sanitaires, Serge Bertrand trouve de la motivation pour écrire son premier livre. Destination Rock propose un voyage à Marseille sur plusieurs générations à travers le personnage de Paul dont le parcours et les nombreuses péripéties de son aventure musicale sont mis en exergue.

Adolescence, Émotion, Histoire

L’Arpenteur de rêves

de Philippe Lemaire
Broché – 4 novembre 2021
Éditions : de Borée

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Une équipe de tournage dirigée par un des plus grands cinéastes des années 50 s’installe à Attigny dans les Ardennes pour réaliser en extérieur quelques-unes des séquences les plus importantes d’un film, L’Arpenteur de rêves, qui évoque la jeunesse de Rimbaud et ses amours tumultueuses avec Verlaine. Toute la vie du bourg, rythmée à la fois par les campagnes sucrières et le passage des péniches qui franchissent son écluse, va en être bouleversée comme le sera la vie monotone et solitaire de la jeune Clémence.

 

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L’Arpenteur de rêves, se déroule dans les Ardennes…

Clémence, jeune fille attachante de dix-sept ans, rêve d’amour et d’une vie meilleure, en effet, jusqu’à présent elle n’a pas eu une vie franchement facile. Très tôt abandonnée par son père qu’elle n’a jamais revu, une mère qui agit comme si elle n’existait pas, elle vit son quotidien comme un jour sans fin. Elle trouve un travail comme serveuse au village, au “Bar de l’Écluse”, et là encore les rapports avec sa patronne, Léonie Franquin, sont difficiles et conflictuels, mais elle s’accroche à ce poste sans intérêt qui lui donne quand même un soupçon de liberté.
Un jour, sa patronne l’informe qu’elle va devoir partir quelques jours voir sa sœur, et qu’elle la laisse le soin de tenir le bar durant son absence. Mais quelle fut sa surprise en voyant arriver le lendemain, Julieta, qu’elle connaît de vue et qui n’est pas vraiment son amie, qui lui explique qu’elles vont travailler ensemble, pendant l’absence de Franquin !
Encore une fois, son rêve de liberté s’évanouit…
Mais, petit à petit, la roue de la vie semble tourner, avec “Rimbaud” et “Verlaine”, elle en oubliera même la monotonie de sa vie !

Encore une fois, l’écriture fluide et réaliste de Philippe Lemaire fonctionne. On remonte le temps avec une telle évidence, j’ai tout de suite été immergé dans ce petit village durant les années 50 qui se remet à peine de la dernière Guerre. L’atmosphère est fort bien ressentie, la vie difficile des habitants, les commérages, la médisance, un climat dur où rares sont les distractions.
Mais la magie du cinéma arrive bientôt…

Après avoir lu, La forêt des violons et Le miroir aux mirages, même si j’ai aimé L’Arpenteur de rêves, je l’ai quand trouvé, en dessous des deux autres, mais cela reste un avis personnel et je continuerai à lire ses autres romans avec plaisir…

Merci à Virginie pour cette lecture…

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Extraits :

« La jolie Clémence Fourquet avait des rêves plein les mollets. Chaque coup de pédale la grisait en la propulsant dans une liberté imaginaire. La même chanson se répétait chaque matin. L’idée même de liberté est un alcool qui enivre quand on a tout juste dix-sept ans. Son rêve ? Un truc tout simple. Un matin, elle se lèverait, rassemblerait tout son fourbi dans une valise, y compris sa trousse de maquillage qui avait rendu sa mère furieuse, et salut la compagnie ! »

« Les péniches, qui s’arrêtaient transportaient aussi dans leurs cales, outre le charbon, le sable ou le blé, des paysages lointains qui provoquaient en elle une envie irrésistible d’évasion. C’étaient autant de cerfs-volants colorés qui se mettaient à tournoyer dans sa tête. Elle fut presque jalouse du nourrisson qui continuait de téter et qui les découvrirait bientôt sans se rendre compte de sa chance. Il allait traverser de grandes villes, s’arrêter dans d’autres ports, connaître d’autres gens, tandis qu’elle, elle resterait enfermée entre les quatre murs de son horizon, de champs, de bois et d’abreuvoirs à vaches. »

« Clémence aurait aimé éprouver davantage d’émotion en apprenant la mort de cet inconnu qui était son père. Cette page de sa vie qui se tournait la laissait indifférente, un peu comme si cette mort de la concernait que de loin. Pourtant, combien de fois avait-elle espéré le voir apparaître souriant et volubile avec, comme une fleur accrochée à la boutonnière, le récit d’un voyage lointain ? Ou d’un exploit qui aurait sidéré le monde. »

 

Philippe Lemaire a longtemps été journaliste, présentateur du journal télévisé de France 3 Rhône-Alpes Auvergne.

Auteur de chansons et réalisateur de films documentaires, il se fait remarquer dès son premier livre Les Vendanges de Lison (2003).

Il se consacre aujourd’hui à l’écriture. Il a notamment publié La Mélancolie du renard (2015), son son neuvième roman, L’Enfant des silences (2013) et Rue de la côte-chaude (2011). Il prouve une fois de plus son talent dans La Forêt des violons, son seizième roman.

Ardennais, Il vit en Rhône-Alpes depuis de longues années.

Les racines de Philippe Lemaire, justement, ce sont les Ardennes.
« Quand je reviens à Saint-Laurent, je ressens les choses différemment, je me sens heureux, simplement. C’est difficile à expliquer, c’est un peu comme si j’avais les ombres de mes grands-parents à mes côtés. »

Le cheval de bataille de l’écrivain, c’est aussi d’essayer de convaincre que la lecture, c’est indispensable. « Lire, c’est fondamental, explique-t-il. Cela permet de s’évader, de réfléchir, de structurer sa vie. »
Philippe Lemaire s’est mis à la lecture lorsqu’il avait six ans. « Ma grand-mère lisait des romans photos, ça a été mon premier vrai contact avec les livres. Et puis j’ai rencontré un professeur de Français en quatrième, qui écrivait des pièces de théâtre, et les choses se sont enchaînées. »
L’auteur ardennais met aussi, et surtout, de sa vie dans ses romans. « L’écriture traduit une émotion. Si j’angoisse, le lecteur s’en rendra compte. Si je suis tendu, heureux, cela se verra. Toute ma vie j’ai écris, je serais incapable de m’arrêter. Je pourrais même écrire s’il le fallait des modes d’emploi. C’est mon métier, c’est comme si j’étais artisan ou même employé, c’est comme ça. »
Et Philippe Lemaire a choisi son style. « J’écris des romans aux personnages simples. Je n’aime pas les romans “coffre-fort” où les lecteurs doivent chercher des combinaisons compliquées », précise-t-il.

Adolescence, Émotion, Histoire vraie, Témoignage

La dame de Pa Co Ja

de Elsa Morienval
Broché – 14 novembre 2022
Éditions : Nombre 7

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Intriguée par le personnage qu’était Germaine, sa grand-mère, Elsa Morienval entame des recherches pour découvrir les raisons derrière son masque d’indifférence, ses « attitudes de vieille bourgeoise déchue ».

Diplômée, employée et mariée, la jeune femme a un destin tout tracé. Cependant, avec la fin des années folles arrive la Crise de 1929. L’entreprise de son mari fait faillite, leur statut social dégringole. Germaine et sa famille devront faire face à de nombreuses épreuves, à commencer par rembourser les dettes accumulées.

Avec La dame de Pa Co Ja, explorez les réalités du quotidien d’une femme au début du XXème siècle.

 

• Couv_2023-010_Morienval Elsa - La dame de Pa Co Ja

 

Qui était Germaine ?
Voilà la question que se pose Elsa Morienval, concernant sa grand-mère, femme énigmatique aux nombreux secrets. Au fil des chapitres Elsa va nous offrir une partie de son enfance, une partie de sa vie. Petit à petit, elle va dessiner le visage de celle qui aura passé sa vie à essayer de conserver le statut bourgeois qu’elle avait a sa naissance, mais la vie, ainsi que certains mauvais choix de sa part en auront décidé autrement…

C’est un récit dur et émouvant où malheureusement l’amour n’est que très peu présent. Au fur et à mesure où les années passent, les membres de la famille tissent des liens d’obligations, plus que des liens de filiations. Tout est très compliqué, les non-dits, les erreurs qui sont commises par plusieurs générations, créées des tensions où le pardon n’est que rarement accepté. J’imagine difficilement le courage qu’il aura fallu à l’auteure, pour rassembler tous ces éléments et rédiger cette exploration personnelle au sein même de sa famille. C’est très intime, mais Elsa l’aborde avec toute sa sincérité.

J’ai été touché, pas ce récit souvent triste. On traverse des guerres, des crises, économiques et autres, des décès, mais c’est bien la vie qui mène cette histoire riche et très visuelle, comme une parenthèse posée en plein XXe siècle.

Une lecture agréable et lente qui par résonance m’a fait remonter certains de mes propres souvenirs familiaux…

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Extraits :

« C’est un jour particulier. Nous partons à l’enterrement de ma grand-mère maternelle.

Alors que mon père et moi faisons la vaisselle du matin, la sonnerie du téléphone gris à cadran retentit dans l’entrée de l’appartement. Sans réfléchir, je me souviens avoir dit à mes parents : ça y est, c’est Lucien, il est mort. Ma mère décroche l’appareil. En effet, Lucien, le frère de ma grand-mère vient de mourir. Mon grand-oncle était dans le coma depuis des semaines, mais il a visiblement choisi de disparaître le jour de l’enterrement de sa sœur. »

« Germaine avait cinq ans quand ses parents ont divorcé, le mariage a duré dix ans. Elle n’en parlait jamais. D’ailleurs, elle ne parlait jamais de sa jeunesse. Elle n’a jamais évoqué l’alcoolisme de son père, elle était trop jeune, probablement. De son enfance, on ne sait pas grand-chose sinon qu’elle a toujours aimé les animaux. Elle avait même acquis un petit singe, où, à quelle occasion, nul ne le sait. Elle a été réglée (formée, comme on dit…) très jeune, à l’âge de neuf ans. Elle a cru qu’elle allait mourir. Les mères ne disaient rien à leurs filles, elles découvraient seules, ce ruissellement, de sang entre les cuisses. Cela ne se disait pas, et encore moins dans le milieu bourgeois. »

« Alors que les pantalons à pattes d’éléphant, et que les couleurs orange et vert pétant, régnaient en maître, que Valéry Giscard d’Estaing devenait président de la République, beaucoup d’événements heureux et malheureux se sont déroulés dans notre famille. »

 

Elsa Morienval est née en Seine Saint-Denis, angliciste de formation, intéressée par le monde anglophone, elle est enseignante.

Elle a écrit des nouvelles et a publié dans une revue littéraire.

Elle signe Échappée en Ulster chez Nombre7 en 2020

https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/12/echappee-en-ulster/

et sa traduction en anglais My Ulster haven en 2022 chez le même éditeur.

Adolescence, Émotion, Drame, Suspense

Il faut beaucoup aimer les gens

de Solène Bakowski
Broché – 5 mai 2022
Éditions : PLON

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À quoi tient la vie ? À nos liens invisibles.
Nous, inconnus, sommes raccordés sans le savoir.
Nos existences se percutent en silence.

Après un séjour en prison, Eddy Alune, 31 ans, est devenu veilleur de nuit, un métier qui lui permet d’échapper aux gens et aux ennuis. Il vient de perdre son père. En vidant l’appartement de son enfance, il retrouve des effets personnels qu’il a volés, vingt ans plus tôt, à proximité d’une SDF morte dans la rue. Poussé par la culpabilité, il décide de rendre à cette femme l’histoire qui lui a été confisquée.
Une enquête commence, dans laquelle Eddy se lance magnétophone à la main, pour ne rien oublier. De rencontre en rencontre surgissent plus que des souvenirs. Des liens nouveaux se tissent et la mémoire, ravivée par Eddy, va bouleverser bien des vies.

Il faut beaucoup aimer les gens trace le parcours d’un homme ordinaire qui, voulant réparer ses fautes, se trouve réparé par les autres. Ce roman pudique et profondément humain dessine les contours extraordinaires des visages qui font notre quotidien.

 

• Couv_089_Bakowski Solène - Il faut beaucoup aimer les gens

 

J’attendais un roman dans cet esprit depuis un moment… et le voilà.
Un roman sur les gens, ceux que l’on croise tous les jours, que l’on ne voit même plus, des invisibles, à peine un bonjour, rarement un sourire…
Il y a quatre ans, j’ai eu des soucis de santé, et soudain, je les ai vus. Ils m’ont permis de m’accrocher, de lutter, de ne plus me plaindre…
Alors, je les regarde, je leur souris et mon premier mot du matin est régulièrement le “Bonjour” que je leur souhaite…

Solène a écrit un roman magnifique… J’ai eu très vite plein de fourmis qui courraient sur mes doigts, le long de mon dos, jusque dans ma tête pendant ma lecture.
Solène a éclairé de sa lumière, le destin de ceux dont on ne parle pas et qui font pourtant partie de notre quotidien, les invisibles, ces êtres perdus qui vivent cachés dans l’ombre.

Eddy n’a pas eu une vie simple. Enfance compliquée, adolescence perturbée. Il n’a pas été un bon fils et a honte d’avoir déçu son père. Aujourd’hui après avoir purgé une peine de prison, il est veilleur de nuit dans un parking, et tous les soirs, et ce depuis ses “années cellules”, il écoute une émission à la radio présentée par “Luciole” jusqu’au petit matin. Il écoute les gens qui parlent de leurs problèmes, de leur envie de mourir, ceux qui veulent tout plaquer, ceux qui sont perdus, ceux qui n’en peuvent plus…
Mais Eddy lui aussi, vit avec un secret dans son cœur depuis qu’il est enfant, et aujourd’hui, il culpabilise et a besoin de faire quelque chose afin de se dédouaner.
Un matin, alors qu’il se rendait à l’école, il a failli tomber sur une SDF cachée dans un coin, elle était décédée. Eddy appelle très vite les secours, mais ne peut s’empêcher de voler une photo à la pauvre défunte.
Des années plus tard cette photo pèse de plus en plus dans son cœur.

À l’aide d’un magnétophone et de trois cassettes, pour ne rien oublier, Eddy va ainsi remonter le cours du temps et essayer de redonner une identité à celle qui n’avait jamais été identifiée depuis son décès… Lui rendre son nom, lui rendre sa vie.
Il va ainsi petit à petit accumuler “sa rédemption”, qu’il va transmettra à Luciole, la voix de la radio qui l’apaise et rassure les gens comme lui, toutes les nuits, sa lueur dans l’obscurité, mais tout va prendre un chemin différent de ce qu’il escomptait, tout va aller beaucoup plus loin, tellement plus fort…

Je termine ce roman bouleversé.
Cette histoire, je ne l’ai pas lue.
Cette histoire, c’est Solène qui me l’a chuchoté directement à l’oreille. C’était beau, j’étais bien… entouré de Rosa, d’Eddy, de Diane, d’Amalia, de Patrick et tous les autres… Enfin unis comme une grande famille.

Un roman magnifique qui m’a chargé d’émotions, un roman coup de cœur que je vais partager autour de moi, un roman tendre, poignant et triste, car c’est souvent comme ça que les souvenirs sont.

J’ai été Eddy, nous avons tous été Eddy à un moment de notre vie.
Solène, nous montre le chemin.
Il ne tient qu’à nous de voir le verre à moitié plein, de tendre la main lorsque c’est nécessaire, de regarder et de dire bonjour, de sourire…
“Il faut beaucoup aimer les gens”.
Et dire que tout était déjà dans le titre…

Énorme coup de cœur pour ce roman sensible, plein de pudeur et d’humanité.
Je me dois aussi, où que tu sois, de te remercier, Joseph B pour son ton interaction…

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Extraits :

« Eddy, naufragé sur son radeau, se cramponnait à des maximes maison, du style « Un jour de plus en moins » ou « Tout jour débuté tire vers la fin », pour se motiver à aller au collège.
Il fila vers sa chambre, attrapa son sac lesté de manuels inutiles qu’il devait apporter sous peine de se retrouver coller et fit halte dans le couloir. Sur la commode traînait le chèque de la cantine. Le délai de paiement était dépassé depuis trois semaines. Son père avait attendu son salaire. Mais l’intendant, la veille, l’avait prévenu. Déboulant en plein cours, il avait asséné à tue-tête : « Monsieur Alune, si vous ne payez pas cette semaine, nous ne pourrons plus vous accueillir. En cas de difficultés, vos parents doivent se rapprocher de l’assistance sociale. » Les rires de ses camarades avaient jailli en fontaine : « Alune, tête de lune qu’a pas une thune ! », « Eddy, tes baskets sont toutes pourries ! ». »

« Savez-vous qu’il faut environ un siècle pour que le souvenir d’une personne disparaisse tout à fait ? C’est à la fois triste et rassurant de se dire que tout finit par passer, n’est-ce pas ? Un monde sans le souvenir de ma femme, j’ai quand même du mal à m’y résoudre. Enfin… Savez-vous de quoi Rosa est morte ?
– Mort naturelle, d’après le rapport. Le cœur peut-être. »

« Enfin bref, le soir où Rosa est arrivée, il pleuvait comme vache qui pisse. Elle est entrée avec son air triste, sa robe noire et un sac en plastique. Elle s’est attablée près de la vitrine, a commandé une tisane et est restée longtemps, immobile, à contempler la rue dégouliner derrière le carreau. »

« – Vous avez intégré l’école tout de suite en arrivant ?
– Dès l’entrée, oui, en sixième. Au début, ce n’était pas évident, mais je me suis accrochée. J’avais la rage d’appréhender le monde qui nous tenait à l’écart, alors je passais mes nuits à apprendre des listes de vocabulaire, je dévorais tout ce que je trouvais, de l’énumération des ingrédients sur la boîte de biscuits aux romans d’Albert Cohen.
– Votre bibliothèque est bien remplie…
– Dire que la littérature m’a sauvée peut paraître très romantique, pourtant, c’est vrai. Je lui dois beaucoup. »

 

 

Née à Paris en 1981 à Paris, je suis l’auteur de “Parfois on tombe” (éditions Favre, janvier 2014, lauréat du Prix de la Chapelle-Montreuil 2015), “Un sac” (éditions Milady/Bragelonne, 2017), “Chaînes” (auto-édition, juin 2015), “Une bonne intention” (éditions Bragelonne, 2018, prix des Géants du Polar), “Avec elle/sans elle” (en collaboration avec Amélie Antoine, éditions Michel Lafon, 2018), “Miracle” (éditions Cosmopolis, 2019), “Rue du Rendez-Vous” (Plon, 2021), “Il faut beaucoup aimer les gens” (Plon, 2022) finaliste du Prix Maison de la Presse 2022.

J’aime créer des personnages alambiqués animés d’une “folie douce” à la limite de la normalité et mettre en scène les points de rupture, ces moments qui semblent anodins et au cours desquels, pourtant, tout bascule. Il faut dire que les démons se plaisent à s’immiscer dans notre quotidien sans crier gare. Et ces monstres du commun, je suis persuadée que la littérature peut les attraper.

J’espère que mon univers vous plaira. Je suis évidemment ravie de l’intérêt que vous me portez en naviguant sur cette page et je fais le voeu de vous garder longtemps à mes côtés.

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Au plaisir de vous lire et d’échanger avec vous !

Adolescence, Émotion, Drame

La dérobée

de Sophie de Baere
Broché – 13 avril 2018
Éditions : ANNE CARRIERE

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Alors que Claire mène une existence morne mais tranquille avec son mari, elle tombe sur Antoine, son amour de jeunesse. Claire travaille comme responsable de caisse sur une aire de l’autoroute A8 et croit n’avoir plus grand-chose à partager avec Antoine, photographe reconnu et marié à une fille de diplomate. Mais l’irruption inattendue d’Antoine qui va user de tous les stratagèmes pour rétablir une relation avec elle, oblige Claire à interroger son existence du moment et à fouiller les drames du passé… qui saisit peu à peu qui elle est et ce qu’elle souhaite vraiment.

 

• Couv_085_De Baere Sophie - La dérobée

 

Je suis entré dans le monde de Sophie de Baere, en commençant par la fin… Ou plutôt, en lisant ses romans dans le désordre.
J’ai d’abord lu “Les ailes collées” puis “Les corps conjugaux”. Deux romans qui m’avaient retourné.
Je ne pouvais pas rester comme ça, j’ai donc fait un “détour” par son premier roman !

Passionnant !
J’ai retrouvé son écriture, sensible, poétique, forte et émouvante.

Ce qui aurait pu être une histoire ordinaire, ne l’est plus, dès lors que Sophie la raconte. Elle met en place pièce après pièce, ses idées telle une virtuose, et le lecteur n’à plus qu’a se laisser porter par ce récit qui monte crescendo et finit en apothéose.
Roman d’amour, drame, thriller ?
Qu’importe, Sophie nous mène par le bout du nez.

Elle s’appelle Claire.
Elle est mariée à François.
Son destin bascule quand Antoine, son amour de jeunesse, emménage dans le même immeuble qu’elle…

Qui n’a pas en tête les souvenirs d’un amour de jeunesse ?

Déjà dès son premier roman, Sophie nous démontrait sa maîtrise dans l’écriture.
Auteure à lire absolument…

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Extraits :

« L’embrasure de la porte cochère, son sourire gêné et ma gorge sèche, si sèche. Les mots aussi. Ceux qui remontent le long de ma poitrine, mais qui restent suspendus au creux de mon cou, indécis. Et puis ce corps de plâtre qui tremble et s’émiette seconde après seconde sur le sol, ce corps soudain trop lourd pour moi.
Ses yeux jaunes, son visage de couteau, son air suffisant : je suis repartie trente ans en arrière. Une seule idée en tête. Fuir. Disparaître. »

« Antoine et moi n’étions que des gosses qui jouaient à devenir des grands. Malgré ses airs et son allure de petit homme, il n’avait que quelques mois de plus que moi et, du haut de ses quinze ans à peine, il n’inspirait qu’à pédaler et à mordre le vent dans des courses éternelles. Nous nous étions trouvés. »

« J’aimais beaucoup la chambre d’Antoine. Des rideaux semi-occultants y laissaient s’infiltrer une douce lumière qui faisait voler dans les airs de petites poussières duveteuses. Des piles de livres s’amoncelaient sur un parquet de chêne brut qui craquait sous les pas et un grand lit gigogne jouxtait un immense pupitre datant – m’avait assuré Antoine – du début du siècle. »

« J’ai ouvert les yeux et ils ont pénétré les siens. Mon soutien-gorge dégrafé, Antoine a goûté mes seins, l’un après l’autre. De manière de plus en plus appuyée. De manière urgente. Forcenée. »

« En octobre 1987, j’avais fait un malaise dans la cour du lycée. L’infirmière avait appelé ma mère, qui m’avait ensuite amené chez le médecin de famille. J’étais enceinte de deux mois. L’avortement a été programmé pour la semaine suivante.
Antoine n’a répondu ni à mes coups de téléphone ni à mon courrier. Mon père a décrété qu’il allait lui couper les couilles et, du matin au soir, ma mère a longuement épousseté les meubles en pleurant. »

 

 

Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir habité à Reims puis à Sydney, elle s’est installée comme enseignante près de Nice. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises. Elle a publié en 2018 son premier roman, La Dérobée puis Les Corps conjugaux en 2020 et Les Ailes collées en 2022.

Les ailes collées
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/20/les-ailes-collees/

Les corps conjugaux
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/29/les-corps-conjugaux/

Adolescence, Émotion, Psychologie

Témoin de Rien

de Tom Noti
Relié – 13 septembre 2022
Éditions : La Trace

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Je suis un clébard.
Je frôle les jambes et me fais houspiller.
J’erre en silence autour de la maison.
J’observe.
J’entends les bruits, j’entends les cris.
Je redoute les colères.
C’est l’histoire du destin croisé de deux soeurs qui ont grandi ensemble dans une famille nombreuse et en apparence unie.
Une fois mariées, c’est un peu contraintes qu’elles se retrouvent pour vivre côte à côte sur un terrain cédé par leur père.
Gaétane et Jeanne sont deux filles de l’après-guerre aussi opposées qu’inséparables. Leurs existences sont liées dans les joies, les tristesses, les victoires, les défaites, les petits et grands malheurs.
C’est l’histoire de deux trajectoires parallèles mais liées. Les vies imbriquées de chacun des membres de ces deux familles défileront sous l’oeil d’un témoin un peu particulier.
Est-ce une bonne idée d’enchaîner à ce point des caractères, des parcours, des vies si différentes ?

 

• Couv_077_Noti Tom - Témoin de rien

 

“Témoin de Rien”, c’est l’histoire de plusieurs fissures qui petit à petit vont mettre à mal l’équilibre d’une famille. C’est un décès arrivé beaucoup trop tôt qui de fil en aiguille entraînera les parents au bord du précipice.
C’est un couple qui s’oublie et ne se reconnait plus. C’est le temps qui passe. Le temps qui efface les sourires qui étaient quotidiens. C’est le malheur qui trouve sa place, qui s’installe et bouge ses pions dans n’importe quel sens tant qu’il y trouve son plaisir !

Parler des livres de Tom Noti, c’est s’obliger à prendre de la hauteur, du recul pour ne pas être trop impacté par les sujets qu’il développe !

Après “𝗘𝗹𝗹𝗲𝘀 𝗺’𝗮𝘁𝘁𝗲𝗻𝗱𝗮𝗶𝗲𝗻𝘁…”, “𝗡𝗼𝘀 𝘀𝗶𝗹𝗲𝗻𝗰𝗲𝘀 𝗻𝗲 𝘀𝗼𝗻𝘁 𝗽𝗮𝘀 𝗱𝗲𝘀 𝗰𝗵𝗮𝗻𝘀𝗼𝗻𝘀 𝗱’𝗮𝗺𝗼𝘂𝗿”, Tom Noti continue à me surprendre avec “Témoin de Rien”…
Un roman qui prend au cœur, un roman qui prend aux tripes, avec de belles images, mais aussi beaucoup d’autres beaucoup plus sombres, mais toujours avec le ressenti du plaisir de son écriture, toujours avec sa poésie.
Je n’ai pas pu ne pas être touché… Certaines images que je recevais durant ma lecture entraient en collision avec d’autres qui m’ont fait revenir vers ma petite enfance, avec une vision aujourd’hui plus sereine et un état d’esprit, qui entre temps, a vécu pas loin de cinquante ans, alors forcément, je n’appréhende plus les choses de la même façon.
Qui a-t-il de pire que tous ces silences qui résonnent au sein des relations familiales dès qu’il y a une fracture quelconque ? Puis viennent les rancœurs qui s’installent et finissent par prendre toute la place au milieu d’un couple, dans une famille au départ aimante…

Prenez l’orgueil du patriarcat, la méchanceté qui souvent va avec, les malheurs que tout cela entraine et vous aurez une petite idée des sentiments qui ses dégagent de ce superbe récit.
Depuis son premier roman, j’ai une certaine fascination pour l’écriture de Tom Noti. Avec “Témoin de Rien”, j’ai eu l’impression de recevoir à plusieurs reprises des uppercuts en pleine face.
Tom Noti ne joue plus. Il a pris sa place dans la cour des grands. Il montre du doigt les excès, les dérapages avec une sincérité pure, avec sa générosité, nous obligeant alors à une sorte d’introspection.
Et moi ? Qui suis-je ? Comment suis-je dans mon rôle de père ? Dans mon rôle de mari ? Suis-je suffisamment présent ? Suis-je vraiment à l’écoute ?
Tom Noti c’est un peu ça. Il a l’art de poser un miroir qui ne reflète pas seulement les personnages de sont récit. Il oblige les lecteurs à vivre et à ressentir toutes les émotions qu’il a parfaitement maitrisées, définies et mises en place… Et ce ne sont pas mes larmes qui vont me contredire…

Coup de poing, qui s’est transformé petit à petit en un gros coup de cœur !
Magnifique, délicat et tellement vrai…

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Extraits :

« Dans la petite maison, il y a un landau.
Dans le landau, le bébé dort, un peu protégé du soleil par la capote bleu marine. On dirait un vieux landau anglais avec ses grosses roues délicates, mais ici, rien est anglais, rien n’est distingué. Tout respire la friture, la javel et le café. Tout respire le soleil, la sueur qui colle, la terre qui se désagrège et la mécanique graisseuse..
Entre les roues du landau, le chien est couché. Il à l’air assoupi lui aussi, mais il veille. C’est un chien de garde, une race imposante. Il est encore jeune, mais il semble porter en lui des décennies de quiétude et de force. Il veille. Il est conscient de son rôle. Le cri des milices alourdit son âme et le sang des loups coule dans ses veines. Personne n’approchera du landeau. Il perçoit le petit être bouger dans son sommeil. Il le sent qui grogne et s’agite au-dessus de ta tête. Alors il pousse un soupir pour souffler sur les rêves flous de l’enfant et le monde s’apaise. »

« … Il ne voulait pas que sa fille s’exhibe en tenue de sport et que des hommes se rincent l’œil sur ses cuisses et s’imaginent, ne serait-ce que s’imaginent, des « choses » concernant la petite. Cest remugles d’idées sombres que la vase masculine laissait s’échapper parfois, ces mots crus qui venaient flotter sur les vapeurs d’alcool et d’inhibition collégiale des mêles entre eux. Alors NON, ce sera NON pour la gymnastique ! Et lorsque Gaétane insistait, il lui disait qu’elle était insupportable, qu’il aurait mieux fait d’acheter une vache plutôt que d’avoir une enfant comme elle. Au moins une vache donnait du lait alors qu’elle, sa propre fille, ne rapportait que des problèmes. »

« Il n’était pas de ceux qui se contentent des poussières qu’on lui aurait laissées. Simon avait une revanche à prendre sur sa vie, sur son enfance. L’antagonisme avec l’attitude des frères de Jeanne était criant. Eux avaient abusé du confort matériel puis du petit statut social de leur père qui les avait aidés, tous sans exception, à se caser dans des emplois « stables » dans les usines alentours, à la commune, dans des administrations. Des emplois où l’on s’oublie pour profiter d’autres avantages que l’on pourrait grappiller de-ci de-là. Contrairement à Simon, les autres n’avaient fait qu’utiliser les opportunités de cette famille, que récolter quelques miettes de passe-droits et des quintaux de nourriture. »

« J’ai entendu les objets ramassés, sa voiture démarrer.
J’ai entendu sa mère pleurer et supplier.
Une mère qui perdait son enfant.
Encore.
Il n’y a pas eu d’au revoir.
Pas d’au revoir, ni d’adieu. Il y a eu seulement le silence du vide.
Un silence effrayant.
Et moi, je me disais que tout ce silence allait écraser Caroline comme j’avais failli être écrasé, moi.
On devrait se sauver, elle et moi, de ces écrasements.
Parce qu’on aurait toujours peur désormais que la vie fasse tomber des trucs lourds sur nous.
Des trucs dont on ne pourrait pas supporter le poids, avec nos épaules de miel. »

 

 

Tom NOTI est grenoblois et le dernier d’une famille d’origine italienne. Il a baigné dans le bruit des conversations, les cris, les rires et les odeurs de cuisine. Il aime passionnément le basket-ball et la lecture et ne peut vivre sans la musique et le cinéma. Il dit de lui même qu’il est solitaire, dilettante, trop émotif, désorganisé, toujours à l’ouest… et c’est vrai ! Il devient instituteur et reste vivre près de Grenoble. Il aime cette ville où chaque rue se prolonge par une montagne. C’est de là qu’il écrit, face aux sommets découpés du Trièves.

“La littérature est une fuite.
J’ai fui l’ennui de l’enfance en lisant, j’ai fui la réalité en lisant, j’ai fui la peur, le terne de l’existence, la cruelle lumière sociale en lisant.
Je fuis toujours en marchant dans les pas des auteurs que j’aime, en empruntant leurs mots que je ne saurais prononcer et leur courage de vivre ce que je n’ose pas vivre.
Je m’exile dans leurs voyages sans la lourdeur de mes bagages.
Je frémis des vents qu’ils affrontent et dont je me calfeutre.

Alors oui, la littérature est une couverture de survie en cette période de repli, d’angoisse
et de suspicion. Je m’y replie, je m’y enterre et comme toujours, elle me permet de respirer.

Je n’ignore pas la douceur d’un pendant, béat et peut-être effrayamment inconscient.
Je n’ignore l’espoir d’un APRÈS, ce petit mot anodin, écrit en majuscules tout à coup,
sur tellement de lignes.

Je n’ignore pas que certains écrits pourraient m’apporter quelques éclairages
sur ce que vivent ces autres qui se disent à l’unisson pour une fois.

Je n’ignore pas les journaux nombrilistes qui se prétendent universels et les regrets
et les hontes parfois, que ces « modes d’emploi opportunistes » génèreront plus tard.

Mais ce que je préfère dans la littérature, ce sont les lumières d’un ailleurs,
d’un autrement.”

Adolescence, Émotion, Cercle littéraire, Drame

Dahlia

de Delphine Bertholon
Broché – 17 mars 2021
Éditions : Flammarion

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Début des années 1990, dans le sud de la France. Lettie, quatorze ans, vit avec sa mère dans un mobile home et brûle secrètement d’être quelqu’un d’autre. Quand survient Dahlia, une fille un peu étrange, une ardente amitié se noue entre ces adolescentes que tout semble opposer. Dahlia a deux jeunes frères, des parents généreux, et Lettie voit dans le père de son amie l’homme idéal, celui qui lui a toujours manqué. Chacune envie l’autre ; qui sa tranquillité, qui sa famille joyeuse. Mais le jour où Dahlia lui confie un secret inavouable, Lettie ne parvient pas à le garder. La famille de son amie vole en éclats. Au milieu du chaos, le doute : et si Dahlia avait menti ?

Delphine Bertholon explore le lien ambigu entre adolescence et vérité, et les frontières floues qui nous séparent du passé.

 

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Un roman touchant et captivant avec beaucoup de finesse envers toute une adolescente qui cherche sa place.
L’adolescence est pour moi la période la plus compliquée de notre vie, tout est possible.
Le pire comme le meilleur…

Delphine Bertholon nous propose avec “Dahlia”, une histoire qui m’a fait me poser pas mal de question !
Delphine bouscule et égratigne la notion de “la famille” qui est malmenée pendant tout ce roman.

Nous sommes dans les années 90. Entre Dahlia et Lettie, qui ont 14 ans, naît une amitié toute en fragilité. De conditions très différentes, elles apprennent petit à petit à se connaître.
Dahlia vit chez ses parents avec ses deux petits frères qui sont jumeaux, avec qui elle partage sa chambre. Sa maman ne travaille pas, son père est chauffeur routier.
Lettie vit avec sa mère dans un mobile-home, elle travaille dans les services sociaux. Elle n’a pas de papa. Elle ne l’a jamais vu, elle ne sait rien de lui. Sujet tabou pour la maman…

Dahlia étouffe dans un univers clos alors que Lettie représente une certaine liberté et a les faveurs des élèves de la classe.

Un jour Dahlia raconte un secret très important à Lettie, “son secret”, en lui faisait jurer de ne jamais le raconter à qui que ce soit… Mais ce secret va peser sur la conscience de Lettie qui ne tiendra pas. Elle finira par en parler à sa mère, qui se fera un devoir elle-même de le raconter à qui de droit, déclenchant ainsi un processus judiciaire ! Dès lors, une machine infernale démarre au grand désespoir de Dahlia…
Cette amitié naissante entre les deux jeunes filles, dès lors va s’écrouler et la famille de Dahlia va littéralement voler en éclats…

Delphine Bertholon interroge sur toutes les difficultés vécues par une adolescente qui arrive dans un nouvel environnement, nouvelle classe, constituée d’amitiés fragiles, de mensonges et de jalousies. Elle doit trouver sa place, mais tous les cercles d’amitiés sont déjà définis.
Dahlia, a du mal à s’intégrer et lorsque Nettie la remarque enfin, il faut absolument qu’elle arrive à la captiver, elle doit se faire remarquer…

Le sujet est bien mené, intéressant, mais pas suffisamment “fort” pour moi.
Je ne voudrai rien dévoiler à ceux qui ne l’ont pas encore lu, mais je pense que les réactions des divers personnages ne sont pas à la mesure de tous les préjudices vécus.

Par contre la fin du roman, les retrouvailles entre Dahlia et Nettie adultes, m’ont parus très intéressantes d’un point de vue psychologique.
Mon Ressenti reste un avis personnel, et cela ne m’empêchera pas de lire un autre roman de Delphine lorsque l’occasion se représentera.
C’est une belle histoire, avec beaucoup de sensibilité et la construction de l’écriture est plutôt agréable.
J’ai passé un bon moment, mais… Il m’a manqué un petit quelque chose !

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Extraits :

« La première fois que je m’aperçus de l’existence de Dahlia, c’était au début de mon année de troisième, au retour des vacances de la Toussaint. Je venais d’avoir quatorze ans le 2 novembre. Je suis née le jour des Morts et c’était l’une des choses que ma mère aimait répéter, par jeu ; devenu adulte, je le répète à mon tour. J’ai fini par aimer, je crois, cette façon d’oxymore, comme si cela me donnait une touche d’originalité. Dahlia était dans ma classe depuis la rentrée, mais je ne l’avais pas remarquée jusqu’alors. Elle était encore ce que je fus longtemps : une invisible. »

« Le soir tombe derrière les vitres étincelantes. Le ciel est gris et rosissant par-delà les toits en zinc, les antennes râteaux, l’ocre minérale des tubes de cheminée. À la radio, les millionnaires promettent des fortunes pour reconstruire Notre-Dame, tandis que le périmètre est pollué au plomb, ce que le grand public apprendra plus tard – trop tard, comme souvent. »

« Je n’ai jamais compris pourquoi Annie, qui avait enfanté à dix-huit ans, était pudique et ce point. Les essayages de maillots, c’était comme les scènes coquines dans les films. La sexualité, je crois, lui faisait peur. Elle m’a transmis une partie de cette peur, de manière nébuleuse. Toute ma vie de jeune fille, puis de femme, j’ai alterné par des phases entre deux extrêmes : la putain et la nonne. Deux catégories qui, sauf miracle, enfantent rarement et ne se marient jamais. Mina est un miracle engendré par une putain de nonne, mais, par chance, son père est coureur de jupons, dragueur invétéré gentleman à ses heures, ce qui devrait offrir à cette enfant un certain équilibre, précaire peut-être, mais qu’importe. »

« Lettie,
Il fallait que la colère descende. Elle est toujours là, mais j’avais besoin de te raconter ce qui m’arrive. Après ce dimanche, j’ai essayé de te téléphoner toute la semaine, mais tu n’étais jamais là, ou tu faisais semblant, ce qui est probable (et parfaitement dégueulasse). Si j’avais pu te parler, tout serait différent…
Tu avais promis. Je croyais que tu étais mon amie, que ta parole valait quelque chose. Mais rien ne vaut, jamais, je m’en rends compte. IL n’y a que dans les romans que les amitiés sont vraies.
Tu me dégoûtes, Lettie
Comment as-tu pu répéter ÇA ? »

 

 

Delphine Bertholon naît à Lyon et écrit depuis l’âge de six ans, âge auquel elle remporte un modeste concours de poésie. Après des études de lettres, elle se destine au professorat, mais y renonce pour se consacrer à l’écriture. Dans la vingtaine, elle commence à publier ses premiers romans, la plupart publiés aux éditions Jean-Claude Lattès, tel que “Twist, journal d’une jeune fille kidnappée”. Elle écrit également des scénarios pour la télévision, comme “Yes We Can”, afin de vivre plus confortablement de sa plume.

En juillet 2018, elle signe une tribune dans ActuaLitté où elle revient sur son parcours afin de témoigner de la précarité de sa vie d’écrivaine. Elle est attirée par les romans de Stephen King. Elle se joint ainsi au mouvement de contestation sociale #PayeTonAuteur et #AuteursEnColere et aux revendications de la Ligue des auteurs professionnels.
Elle est notamment l’auteure du très remarqué “Grâce” et, plus récemment, de “Coeur-Naufrage”.