Amour, Émotion, Drame, Historique

Sous le regard de l’aigle

UNE HISTOIRE DE COURAGE AU TEMPS DES KIOWAS
de Jacquie Béal
Broché – 29 octobre 2025
Éditions : Éditions complicités

Première moitié du XIXe siècle, au cœur des Grandes Plaines d’Amérique. Petite Plume, une jeune fille de la nation kiowa, est capturée lors d’un raid tribal. Arrachée à sa culture d’origine, elle est recueillie par une famille cheyenne et confrontée à un monde régi par d’autres rites, d’autres codes, d’autres douleurs.

Entre apprentissage de la survie, éveil à l’amour et transmission des traditions amérindiennes, elle forge peu à peu sa propre voie, portée par la sagesse des anciens et les visions qui jalonnent la piste rouge de son destin.

Roman historique et initiatique, Sous le regard de l’aigle explore avec justesse et sensibilité la quête d’identité d’une héroïne en lutte entre deux cultures, deux mémoires, deux peuples.

Je viens de refermer Sous le regard de l’aigle, le dernier roman de Jacquie Béal, une auteure que j’ai découvert avec De sang et d’encre en 2024, puis à travers La dame d’Aquitaine, Le temps de l’insoumise et L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac. À chaque lecture, je retrouve cette plume fluide, précise, terriblement addictive, qui sait mêler histoire, émotion et personnages féminins puissants.

Avec ce nouveau roman, j’ai pourtant été surpris. Très vite, j’ai compris que j’entrais dans un univers différent, tant par les lieux que par les images qu’il a fait naître en moi. Une fois encore, Jacquie m’a happé, m’emmenant loin, très loin, au cœur d’un monde rude, magnifique et profondément humain.

Petite Plume est une héroïne stupéfiante. Une femme dans un monde d’hommes, forgée par la violence et la perte, mais jamais brisée. Élevée enfant parmi les Kiowas, elle voit sa famille exterminée par les Osages avant d’être capturée par les Cheyennes. Dès lors, elle doit apprendre à survivre autrement, à comprendre une nouvelle culture, à respecter des traditions qui ne sont pas les siennes, tout en restant fidèle à ses racines. J’ai été profondément touché par sa force, sa fougue, sa capacité à se reconstruire sans renier ce qu’elle est.

Au fil des pages, j’ai suivi son apprentissage, sa vie au sein de sa nouvelle famille, ses doutes, ses joies, ses peines, ses élans amoureux aussi. Petite Plume grandit, devient Femme-Plume, et se retrouve face à une question essentielle, à quel peuple appartient-elle désormais ? Kiowa ou Cheyenne ? Cette quête d’identité, intime et universelle, donne au récit une puissance émotionnelle remarquable.

Jacquie signe ici un magnifique roman historique et initiatique. La reconstitution du monde des Kiowas et des Cheyennes est précise, documentée, vibrante. Les rites, les coutumes, la sagesse des anciens, les visions mystérieuses donnent au récit une profondeur rare. J’ai refermé ce livre marqué, le cœur encore habité par ces peuples amérindiens et leur histoire douloureuse.

Un roman passionnant, prenant, écrit avec respect et sensibilité. À lire sans hésitation.

Merci Jacquie, pour ta confiance renouvelée, pour ce voyage intense au cœur de l’Histoire et pour ce bel hommage à des peuples qui ont tant souffert…

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Extraits :

« Femme-Plume naquit dans la « Lune de l’herbe qui reverdit », quand le soleil réchauffe la terre, et c’est certainement ce qui la sauva, car elle naquit beaucoup plus tôt que prévu. Elle était si petite qu’on l’appela ”Petite Plume“ et sa grand-mère, la mère de Feuille de Saule, a toujours pensé que si elle avait résisté, c’était parce qu’elle avait choisi de naître pendant cette lune que les Hommes Blancs appellent ”Printemps“, quand il fait déjà assez chaud dans la prairie, mais ni trop chaud ni trop froid. En effet, les Kiowas n’ont jamais vu survivre un de ces enfants nés avant leur terme, et qui naissent pendant le plein hiver, quand la neige paralyse tout le pays, ou au cœur de l’été, quand la chaleur étouffe et que l’air ne rafraîchit plus rien. »

« Les légendes annonçaient la venue d’un grand chef qui aiderait les Kiowas à lutter contre un ennemi terrible. Ourson et Petite Hache, comme tous les garçons de la tribu, rêvaient de devenir ce chef. Ce que Petite Plume n’osa jamais leur avouer, pour ne pas les voir éclater de rire, c’est qu’elle espérait bien, elle aussi, incarner un jour ce grand guerrier ! »

« Ce qui attendait Petite Plume derrière ces rochers ne sortira jamais de sa mémoire. L’horreur est entrée dans sa vie le jour où elle a dû découvrir la frayeur insoutenable qui déformait le visage de Feuille de Saule. Elle n’oubliera jamais les yeux grands ouverts de sa mère et ses doigts crispés sur sa tunique ! »

« Petite Plume comprit qu’elle devait partir et marcher dans la direction du ciel flamboyant. Des chants de guerre et de victoire emplirent sa poitrine. En suivant la piste du Soleil, elle trouverait les Osages, tueurs d’enfants, elle ramènerait le Tai-Me dans son village! Alors, le Vrai Peuple ferait résonner les tambours, le crieur ferait le tour du camp pour annoncer le retour de Petite Plume – la fille de Loup qui Boite ! Tous chanteraient ses louanges et l’appelleraient ”Fille Chef“ ou ”Fille-Guerrier“ ! »

Agrégée de Lettres et enseignante, Jacquie Béal se consacre à l’écriture. Elle vit en Périgord où se situe l’action de ses romans, notamment La dame d’Aquitaine et Le Temps de l’insoumise. Amoureuse du langage et de l’Histoire, grande et petite, elle fait vivre ses personnages dans l’atmosphère des siècles passés.

Facebook: @jacquiebeal

Le temps de l’insoumise (2018)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/12/07/le-temps-de-linsoumise/

De sang et d’encre (2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/08/05/de-sang-et-dencre/

La dame d’Aquitaine (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2024/10/18/la-dame-daquitaine/

L’incroyable destin d’Aubeline de Lambersac (2024)
https://leressentidejeanpaul.com/2025/02/05/lincroyable-destin-daubeline-de-lambersac/

Adolescence, Émotion, Histoire

Les Promesses orphelines

de Gilles Marchand
Broché – Grand livre, 22 août 2025
Éditions : AUX FORGES DE VULCAIN

On racontait qu’on allait marcher sur la Lune, on disait qu’en l’an 2000 on se déplacerait en voiture volante. On parlait d’un Aérotrain capable de battre tous les records de vitesse.

Mais comment participer à tout ça quand on vit, comme Gino, au fin fond d’un village de l’Orléanais, quand le bulletin scolaire est en berne, quand on se demande comment séduire Roxane, la fille entrevue au bal du village des années plus tôt ?

Gilles Marchand, fidèle à ses personnages toujours en décalage, nous offre une traversée poétique des Trente glorieuses par un jeune idéaliste, la tête pleine de rêves plus grands que lui, acteur à sa manière d’un monde en accélération où le bonheur pour tous semblait à portée de main.

J’ai refermé Les Promesses orphelines avec un sentiment doux-amer, celui que laissent les romans qui ne bouleversent pas totalement, mais qui savent toucher juste, par éclats. Gilles Marchand raconte ici une vie ordinaire, mais il le fait avec une voix singulière, presque poétique, toujours empreinte de délicatesse. Ce n’est pas un roman qui emporte d’un seul souffle, plutôt un texte qui se révèle par fragments, par moments suspendus, par phrases qui s’attardaient en moi.

Gino est jeune, Gino rêve. Peut-être trop. Il vit dans un village de l’Orléanais, loin de Paris, loin des astres et des promesses qu’ils incarnent. Trop loin du monde pour lui, mais jamais trop loin de l’espoir. Il regarde le ciel, le progrès, les machines, les fusées, l’Aérotrain, et tout ce qui annonce un avenir possible, presque magique. Entre promesses de progrès et rêves démesurés, Gino va s’accrocher à son rêve ou malgré les grandes tristesses et les bonheurs lumineux, il va petit à petit tracer une voie vers sa destinée.

Nous sommes dans les années 50, au sortir de la guerre, dans cette période étrange où la bienveillance côtoie l’accélération du monde. Les Trente Glorieuses défilent, la musique change, les corps s’émancipent, la mode, les coiffures aussi. Tout semble soudain possible et promet un nouveau bonheur pour tous. Gino traverse cette époque sans être un héros, mais avec une humanité touchante. Puis il y a Roxane. Le premier amour. L’évidence, l’innocence, l’idée d’une vie entière à deux. Et comme souvent, la réalité frappe, sans prévenir. Les rêves se fissurent, la vie le heurte de plein fouet et tout ne se déroulera pas comme prévu.

J’ai aimé la beauté des mots, Gilles comme dans ses autres romans conserve un style très personnel qui enveloppe ses personnages. C’est un beau roman, mais il y a ici, une propension à voir le bien, le beau, plutôt que le réel… Il m’a manqué un pas de plus, une aspérité, une faille plus franche. Et parfois, une gêne aussi, quand certaines réclames s’invitent brutalement dans le récit, comme une coupure publicitaire en plein film, me freinant dans mon élan de lecture.
Dommage…

J’attendrai avec impatience ton prochain ouvrage…

Merci pour cette belle soirée passée en ta compagnie au Cercle Littéraire du Château de l’Hermitage !

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Extraits :

« Qu’est-ce qui fait une vie réussie ? Succès professionnel ? Succès amoureux ? Succès familial ?
Amical ? Social ? Moral ?
J’ai longtemps cru que c’était une espèce de combinaison de tout cela. Une belle vie professionnelle et une famille aimante et souriante. Des pâtes dans l’assiette et un enfant dans le landau.
À l’adolescence, je me suis dit qu’une vie réussie était une vie qui changeait le monde ou, du moins, qui participait au progrès. C’était au siècle dernier, c’était après les guerres mondiales. Dans ces années où on priait le ciel pour que ça reste de l’histoire ancienne et où on lisait les journaux pour vérifier si la guerre froide n’avait pas pris quelques degrés. »

« C’est là que j’ai entendu pour la première fois sa voix. Elle n’était pas assortie à son regard. Ni même à son attitude. C’était presque une voix d’adulte avec un drôle d’accent venu d’un endroit inconnu. C’était comme s’il avait mis plein de vieux dans sa gorge et qu’il les laissait parler à sa place. Il a commencé à me raconter avec son drôle de débit, comme s’il reprenait sa respiration à chaque tronçon de phrase, comme s’il avait peur que la fin lui échappe. »

« La Vieille tante avait toujours été là, dans les parages. Ils pouvaient ne pas la voir pendant des semaines, et un soir elle apparaissait, une bouteille de vin sous le bras et un livre qu’il fallait absolument lire dans la main. Elle était toujours de bonne humeur. “‘Ma foi, je n’ai jamais eu goût à imposer ma mauvaise humeur à qui que ce soit.” »

« “Encore dans la lune, Gino ?”
Je ne l’avais pas entendue arriver. Ma mère s’est assise sur mon lit. Elle me répétait que j’étais son petit rêveur. Exactement ce que l’on me reprochait au collège, sauf qu’elle le disait avec un sourire.
Je n’osais pas lui expliquer que je n’étais pas dans la lune mais plutôt dans les nuages. Et que papa l’embrassait. »

Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux. Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent. Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les “Talents à suivre” par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants “Libr’à Nous” en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

Des mirages plein les poches
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/05/des-mirages-plein-les-poches-de-gilles-marchand/

Un funambule sur le sable
https://leressentidejeanpaul.com/2019/01/14/un-funambule-sur-le-sable-de-gilles-marchand/

Une bouche sans personne
https://leressentidejeanpaul.com/2020/04/26/une-bouche-sans-personne/

Le soldat désaccordé
https://leressentidejeanpaul.com/2022/12/12/le-soldat-desaccorde/

Requiem pour une apache
https://leressentidejeanpaul.com/2023/09/02/requiem-pour-une-apache/

Émotion, Drame, Folie, Polar, Terroir, Violence

La loi des oubliés

Chasse ouverte dans le bassin minier
de Éric Dupuis
Broché – 4 septembre 2025
Éditeur : Aubane éditions

En 1986, après 18 ans de carrière à Paris, l’inspecteur de police Pierre Sénéchal revient dans le Pas-de-Calais, sa région natale. Sa première mission consiste à escorter Carrel, l’écorcheur du bassin minier, un criminel condamné en 1970 qui vient d’obtenir une libération conditionnelle. Cette décision judiciaire suscite l’émoi des familles car, parmi les victimes, deux jeunes filles du coron sont toujours considérées disparues. Connaissant l’une d’elles, sœur de son premier amour, Pierre décide de réétudier le dossier dans l’espoir de faire rouvrir l’enquête. À cet instant, l’inspecteur est propulsé dans un engrenage infernal, vengeance, trahison, et misère sociale vont peupler son quotidien. Confronté à l’omerta et aux exactions d’une bande de jeunes loubards qui ralentissent ses investigations, Sénéchal réalise que ces oubliés du coron ne répondent qu’à une seule loi, la leur…

Dès les premières pages de « La loi des oubliés » d’Éric Dupuis, j’ai été happé, littéralement. Ce roman m’a tenu en haleine du début à la fin, au point de m’être souvent surpris à repousser le moment de le refermer. Le suspense est redoutablement efficace, porté jusqu’à un dénouement que je n’ai absolument pas vu venir. Mais au-delà de l’enquête, c’est surtout l’atmosphère qui m’a marqué. Ce climat lourd, âpre, profondément ancré dans un territoire, comme je les aime tant.

Éric possède ce talent rare de faire vivre une région. Ici, le Pas-de-Calais des années 80, ses corons, ses gueules noires, la misère sociale, les mines qui ferment les unes après les autres et laissent derrière elles des vies brisées. Tout respire le réel. On sent la pauvreté, la résignation, les rancœurs accumulées, les silences trop lourds. Le décor est sombre, aussi noir que le charbon, et sert à merveille une intrigue faite de mensonges, de trahisons, de vengeance et de meurtres. J’ai adoré cette immersion totale, viscérale, écrite avec les tripes autant qu’avec les mots.

L’histoire suit Pierre Sénéchal, inspecteur revenu dans sa région natale après dix-huit ans de carrière parisienne. Un retour aux sources qui n’a rien de paisible. Il est hanté par son passé, par des disparitions de jeunes filles jamais élucidées, par des souvenirs douloureux qui resurgissent à chaque coin de rue. Ce retour agit comme une quête de vérité, peut-être aussi comme une tentative de rédemption. Et les révélations qui émergent sont fracassantes, cruelles, n’épargnant personne… pas même lui.

J’ai été rapidement pris par le rythme du récit. Les dialogues sont percutants, les scènes s’enchaînent avec une fluidité qui m’a souvent donné l’impression de regarder une série noire particulièrement réussie. Les personnages sont profondément humains, attachants dans leurs failles, et l’expérience policière d’Éric apporte un réalisme saisissant aux investigations, tout en brouillant sans cesse les pistes.

La loi des oubliés est pour moi une réussite totale. Ce roman réunit tout ce que j’aime, un terroir fort, une intrigue solide, des personnages incarnés et une charge émotionnelle puissante. Peut-être même, oserai-je le dire, le meilleur roman de l’auteur.
Un livre marquant à lire absolument…

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Extraits :

« La grande silhouette du numéro 8923 réintégra sa cellule. Georges Carrel n’était plus que l’ombre de lui-même. Lui, charpenté comme une armoire à glace lors de son arrivée, flottait dans ses vêtements. Son visage émacié, diaphane et les sillons de ses joues creusées laissaient à penser que sa dernière heure était arrivée. Une fois la porte fermée et le bruit sinistre de la serrure entendu, il s’allongea sur le lit, glissa ses mains croisées sous sa nuque et fixa le ciel azur partiellement masqué par les barreaux de la fenêtre. Une belle journée s’annonçait, Georges était aux anges. Soulagé d’avoir appris la bonne nouvelle : la commission venait d’accepter sa demande de libération conditionnelle. »

« Il ne regrettait rien, absolument rien. Aucun de ses actes abominables… bien au contraire. À chaque fois que l’un d’eux lui revenait en mémoire, il en éprouvait une satisfaction personnelle, un plaisir immense. D’ailleurs il avait conservé un bijou de chacune de ses victimes. Le fait de les ressortir, de les toucher, lui procurait une sensation inextricable, une jouissance extrême… »

« L’heure du bilan avait sonné après ses seize années passées au placard. Une épreuve si terrible que Carrel comptait profiter un maximum de sa liberté recouvrée dès le 13 septembre prochain. Et malgré les recommandations explicites de son psychiatre, il savait d’ores et déjà qu’il recommencerait ses actes criminels. Ce besoin était viscéral, ancré au plus profond de son être. Il gardait en mémoire ses erreurs de débutant l’ayant conduit en taule, à commencer par son empressement et l’émulation de ses premières agressions qui lui en avaient fait oublier les fondamentaux. Le manque de préparation, l’absence de gants, l’agitation et le pire de tout, la perte de son arme… »

Né dans les années 1960 à Courrières dans le Pas-de-Calais, Éric Dupuis poursuit ses études secondaires à Lens avant d’incorporer le premier contingent de policiers auxiliaires en octobre 1986, puis de devenir gardien de la paix en 1987. Après plusieurs années sur la voie publique et trente ans de carrière dans la police nationale en région parisienne, il devient major-instructeur. En tant que formateur en sécurité intérieure, il enseigne aujourd’hui activités physiques et professionnelles : tir, auto-défense et techniques de sécurité en intervention. Il est également passionné par les arts martiaux et notamment par le krav maga, une discipline d’auto-défense qu’il pratique et enseigne en tant que 4e dan. Dans le cadre de son travail d’acteur et de conseiller technique pour le cinéma et les séries télévisées, il se lance dans l’écriture et propose ses récits. Après Aussi noir que le charbon, il publie un autre polar se déroulant dans le bassin minier : Devoir de mémoire. Un retour aux sources, en quelque sorte…

Aussi noir que le charbon
https://leressentidejeanpaul.com/2019/02/19/aussi-noir-que-le-charbon-de-eric-dupuis/

Devoir de mémoire
https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/27/devoir-de-memoire/

La Catalane
https://leressentidejeanpaul.com/2024/09/07/la-catalane/

Polar, Suspense, Thriller historique

La conspiration Hoover

de Steve Berry,
Broché – 11 octobre 2018
Éditeur : Cherche Midi

De conspirations occultes en révélations explosives :
Cotton Malone défie l’histoire officielle !

2000. Officier de marine, Cotton Malone est recruté par le ministère de la Justice pour récupérer au fond des mers une pièce de collection extrêmement rare. Celle-ci doit servir de monnaie d’échange pour obtenir d’un ancien opérationnel de la CIA des dossiers secrets relatifs aux agissements occultes du FBI dans les années 1960.

    Alors que se dessine l’implication d’une branche clandestine du FBI dans un assassinat qui, en 1968, a bouleversé l’histoire, Malone est engagé dans une quête périlleuse, semée d’intrigues et de complots. Au centre de la toile, la figure d’Edgar J. Hoover, dont les secrets sont aussi nombreux qu’inavouables.

    Dans cette douzième aventure, Cotton Malone se remémore la création de la division Magellan, branche secrète du ministère de la Justice, et sa première enquête au sein de celle-ci. Les nombreux fans de Steve Berry ne seront pas déçus !

    Avec La Conspiration Hoover, Steve Berry, une fois encore, a réussi à m’embarquer dans une intrigue aussi dense que captivante.
    Dès les premières pages, je me suis laissé happer par ce récit où l’Histoire réelle sert de socle à une mécanique romanesque redoutablement efficace.

    L’auteur s’appuie ici sur un événement majeur et tragique. L’assassinat du leader noir pacifiste, Martin Luther King, survenu il y a un peu plus de cinquante ans aux États-Unis. Un fait historique lourd de sens, encore aujourd’hui chargé d’ombres et de questions. L’auteur s’en empare avec intelligence pour bâtir un thriller solide, nerveux, au rythme soutenu, où les scènes s’enchaînent avec une fluidité presque cinématographique.

    Ce roman marque aussi une différence notable avec les précédents. La narration se concentre sur un Cotton Malone à ses débuts, bien avant les missions que nous lui connaissons. On le découvre intégré, le temps d’une opération, aux rangs de la CIA, tandis que se dessine en filigrane la genèse de l’unité Magellan. Le FBI, Hoover, la lutte pour les droits civiques… tout converge vers une toile complexe faite de secrets, de manipulations et de zones grises.

    Steve Berry raconte cette histoire comme une conspiration, qui retient l’attention et questionne, au sens le plus troublant du terme. Et le doute s’installe. Où s’arrête la réalité ? Où commence la fiction ? Les notes finales de l’auteur, d’une grande honnêteté intellectuelle, m’ont permis d’apprendre plusieurs choses historiques fort intéressantes permettant d’y voir plus clair, sans jamais briser le plaisir de la lecture.

    Les chapitres courts imposent un tempo effréné. On court, on tire, on fuit, on complote, on explose, puis on recommence. Steve Berry maîtrise parfaitement les codes du thriller, et il les exploite avec une efficacité redoutable.

    Pour ma part, je reste totalement accro à ses romans, toujours à la frontière du réel et de l’imaginaire. J’ai particulièrement apprécié le travail de recherche autour des dossiers secrets du FBI et de ses pratiques parfois très éloignées de toute éthique.

    Une nouvelle aventure de Cotton Malone, haletante et troublante, que j’ai refermée avec l’envie immédiate d’y revenir.

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    Extraits :

    « Quelle ironie si cette histoire commencée par une mort violente devait se conclure par une autre mort, comme cela paraît désormais vraisemblable. »

    « Tout en tirant sur mes bras pour descendre vers la mallette noire, je fis appel à mon fameux don pour «garder l’esprit clair en toutes circonstances» et décidai de nouer l’amarre autour de l’objet plutôt que de faire supporter par sa poignée son poids surprenant, qui demeurait un mystère. Faire mon travail sans maîtriser tous les paramètres n’était pas une nouveauté pour moi. Peu d’accusés se confiaient en effet sans réserve à leur avocat dans une cour martiale, surtout quand celui-ci était lui-même officier. J’avais par conséquent l’habitude de me contenter de demi-vérités, voire de mensonges purs et simples. Mais la vérité finissait toujours par s’imposer, et je partais du principe que ce serait aussi le cas cette fois-ci.
    Ce qui était bien naïf de ma part. »

    « Je rouvris les yeux.
    Je n’avais pas reçu un tel coup depuis un match de foot qui avait dégénéré, deux étés plus tôt. J’avais un mal de tête carabiné. Où étais-je ? Dans un bateau, sans doute, à en juger par le grondement de moteur et le balancement familier.
    Les supputations se bousculaient dans mon cerveau embrumé. Comme je l’avais pensé avant de me faire estourbir dans l’eau, les gens qui s’en étaient pris à moi n’avaient pas l’intention de me tuer.
    Du moins pour le moment. »

    « “Mon travail consiste à garder des secrets, dit-il. Le pays a toujours eu besoin de gens comme moi pour cacher ce qui doit l’être. Vous êtes bien conscients, je suppose, que toute cette affaire est classée ultra-confidentielle.
    – Comment ces documents ont-ils pu être classés secrets ? objectai-je. Ils proviennent de Cuba.
    – Ils ont été élaborés lors d’une opération du FBI connue sous le nom de Pion du Fou, qui faisait partie du programme
    COINTELPRO.”
    Pion du Fou. COINTELPRO… Toujours les mêmes mots qui revenaient.
    “Hoover tenait à ce que tout soit consigné par écrit. Et quand je dis tout, c’est absolument tout.” »

    Steve Berry étudie le droit à l’Université de Mercer à Macon. Il est ensuite avocat et plaide pendant une trentaine d’années avant d’occuper de hautes fonctions dans la magistrature pour 14 ans. Il est un membre fondateur de l’International Thriller Writers, une association de plus de 2600 auteurs de romans policiers de partout dans le monde, dont il est co-président pendant trois ans.

    En 1990, il se lance dans l’écriture. En 2000 et 2001, il remporte le prix Georgia State Bar Fiction Writing Contest. En 2003, son premier roman, Le Musée perdu (The Amber Room), paraît chez l’éditeur Ballantine Books. Depuis, il a publié plusieurs thrillers, qui sont devenus autant de best-sellers.

    À partir de 2006, il amorce la série des aventures de Cotton Malone.

    La Quatorzième Colonie
    https://leressentidejeanpaul.com/2018/12/18/la-quatorzieme-colonie-de-steve-berry/

    Le Manuscrit cathare (2021)
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/04/20/le-manuscrit-cathare/

    Le Musée secret (2022)
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/04/21/le-musee-secret/

    Amour, Anticipation, Émotion, Drame, Dystopie, Fantastique

    Nouvelle Vie™

    de Pierre Bordage
    Poche – 26 mai 2004
    Éditeur : ATALANTE

    Bienvenue dans ces mondes qui seront peut-être bientôt le nôtre. Tout s’y vend, tout s’y achète, jusqu’au patrimoine génétique et l’être humain qui le contient. Faites confiance au marché comme à ceux qui le gouvernent. D’ailleurs ils se sont emparés des technologies nouvelles. Tous les clonages sont possibles, la nature humaine et la vie dérivent… Qu’importe si les sociétés se délitent, si des territoires d’exclus s’étendent d’où la violence remonte, si le pouvoir des groupes financiers convoque des armées d’adolescents pour son profit ? Il y a encore moyen de survivre dans un monde virtuel ou de prendre racine… dans un potager. Bon séjour dans une humanité en déroute. Mais s’il reste  » l’amour qui meut le soleil et les autres étoiles « , un monde bien ordonné commencerait-il par soi-même ? Douze nouvelles et un préambule : le premier recueil de Pierre Bordage.

    Mon dernier Ressenti de 2025 ne pouvait être qu’un hommage.
    Un hommage à Pierre Bordage, un écrivain que j’ai découvert il y a plus de vingt-cinq ans avec Les Fables de l’Humpur. Un choc à l’époque. Un monde fantastico-médiéval sombre, peuplé de créatures hybrides, dans lequel j’avais déjà senti cette angoisse sourde face à un monde en perdition.
    Pour moi, Pierre était un grand. Un très grand écrivain. Parti bien trop tôt.

    Ses romans m’ont toujours embarqué ailleurs, souvent dans des futurs peu réjouissants, mais jamais gratuits. À travers l’anticipation et la science-fiction, il questionnait notre rapport au progrès, à la biotechnologie, à l’argent, au pouvoir. Des sociétés dominées par la rentabilité, parfois totalitaires, souvent inhumaines. Des mondes qui faisaient froid dans le dos parce qu’ils semblaient terriblement plausibles.

    Nouvelle Vie™ est un recueil de douze nouvelles, ciselées avec une précision redoutable. On y retrouve tous les thèmes qui lui sont chers. La manipulation génétique, le clonage, la quête d’une humanité dite « parfaite », l’aliénation technologique, la marchandisation du vivant.
    Au fil des pages, j’ai traversé des univers tantôt intimistes, tantôt désespérés, toujours marqués par l’oppression d’individus écrasés par des entités devenues aveugles à toute notion d’éthique. Ici, l’homme devient artificiel pour frôler l’immortalité. Là, il est surveillé, pucé, contrôlé. Ailleurs, il se perd dans des mondes virtuels ou se dissout dans des sociétés ultra-industrialisées.
    Une question revient sans cesse : l’homme est-il encore libre ?

    La nouvelle n’était pas le format de prédilection de Pierre, lui qui excellait dans les grandes sagas, mais son talent de conteur opère pleinement.

    Ces textes font réfléchir, dérangent, inquiètent. Ils nous tendent un miroir peu flatteur de notre avenir possible. Fiction ? Peut-être. Avertissement ? Sûrement.
    Il nous invite à ne pas détourner le regard, à rester maîtres de notre destin, à lutter sans accepter la facilité de nos sociétés consuméristes et numérisées.
    La lecture de ces nouvelles pourra vous donner froid dans le dos et un certain pessimisme envers notre espèce, ses textes vous mettront forcément face à notre propre réalité.
    Mais derrière la froideur des systèmes, il y a toujours l’humain. Ses failles, ses peurs, mais aussi l’amour, qui résiste encore…

    Merci Pierre, pour ces mondes, pour ces alertes, pour ces histoires profondément humaines.
    Je ne suis pas prêt de t’oublier. J’ai encore une dizaine de tes romans dans ma PAL et me connaissant il ne serait pas surprenant que j’en ajoute d’autres encore…
    Je ne sais pas exactement où tu es parti, mais j’espère vraiment que tu profites de tes nouveaux acquis !
    On reste en contact…

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    Extraits :

    « Ils se présentèrent à cinq heures du matin. Un homme et une femme vêtus d’uniformes gris perle. Des envoyés du Nouvel Éden, sans doute. Il ne parvint pas à leur donner un âge – difficile, d’ailleurs, de donner un âge aux habitants du Nouvel Éden, originaires pour la plupart des régions de l’Amérique du Nord, de l’Europe et de l’Australie; ils ne quittaient que rarement les cités flottantes dans lesquelles ils s’étaient retirés des dizaines d’années plus tôt. »

    « La femme sonna de nouveau puis sortit d’une poche de son uniforme un passe, une clef électronique qui décodait et forçait n’importe quelle serrure. Un petit bijou de technologie réservé aux keufs et autres cerbères assermentés du bas-pays. Il s’agissait donc d’une visite domiciliaire officielle. Il valait mieux leur ouvrir plutôt que les laisser flinguer en toute légalité la serrure octopussy – deux mille euros le système de sécurité, huit serrures, huit codes, huit barrières pour le visiteur indélicat. Il activa le micro extérieur. »

    « “Vous êtes en train de me dire que… que votre compagnie a breveté le génome de mes parents ?”
    La femme lui retourna une moue d’encouragement, la moue décernée par un professeur à un élève sur le point de résoudre une équation difficile.
    “Mais… on n’a pas le droit d’acheter les êtres humains…”
    En même temps qu’il prononçait ces mots, la vérité s’imposa à lui, terrible, inconcevable.
    “Tout est à vendre, monsieur Quint. Depuis l’affaire Erkhan, en 2023, les Nations unies ont admis le principe du brevet du génome humain. À condition que ce même génome présente une particularité remarquable et concoure au progrès de l’humanité.” »

    « Des larmes roulaient sur ses joues. À l’idée de ne plus la revoir, de ne plus la serrer dans ses bras, de ne plus se repaître de ses mots, de ses sourires, de ses bouderies, il faillit s’écrouler sur son lit. Il éteignit comme il le put une nouvelle flambée de rage. Il n’avait pas le droit de se révolter. Ce foutu contrat et ses clauses de pénalité. Il s’habilla avec des gestes maladroits, dépecé déjà par les regrets, sortit de la chambre, s’avança d’une allure chancelante vers les deux employés de la Vie™.
    “Je suis prêt…” »

    Pierre Bordage est né en janvier 1955 à la Réorthe, en Vendée. Après une scolarité sans histoire, neuf ans de karaté et quelques cours de banjo, il s’inscrit en lettres modernes à la faculté de Nantes et découvre l’écriture lors d’un atelier en 1975. Il n’a encore jamais lu de SF, lorsqu’il est amené à lire pour une dissertation Les chroniques martiennes de Ray Bradbury, qui est une véritable révélation. Découvrant à Paris un ouvrage d’Orson Scott Card édité par l’Atalante, il propose Les guerriers du silence à l’éditeur qui l’accepte. Il a publié depuis de nombreux ouvrages, qui bénéficient de la reconnaissance des amateurs et des professionnels de la science-fiction à travers notamment le Grand Prix de l’Imaginaire ou le prix Bob Morane.

    Les fables de l’Humpur
    https://leressentidejeanpaul.com/2025/08/24/les-fables-de-lhumpur/

    Adolescence, Amour, Émotion, Drame, Violence

    Inexorable

    de Claire Favan
    Broché – 11 octobre 2018
    Éditeur : Robert Laffont

    Vous ne rentrez pas dans le moule ? Ils sauront vous broyer.

    Inexorables,
    les conséquences des mauvais choix d’un père.
    Inexorable,
    le combat d’une mère pour protéger son fils.
    Inexorable,
    le soupçon qui vous désigne comme l’éternel coupable.
    Inexorable,
    la volonté de briser enfin l’engrenage…
    Ils graissent les rouages de la société avec les larmes de nos enfants.

     » Claire Favan franchit un cap avec cette histoire qui touchera inexorablement votre âme. « 
    Yvan Fauth, blog EmOtionS.
     » À l’enfant qui est en vous, ce livre peut raviver des douleurs. À l’adulte que vous êtes devenu, il vous bousculera dans vos certitudes. « 
    Caroline Vallat, libraire Fnac Rosny 2

    Inexorable fait parti de ces romans qui ne vous laissent aucun répit.
    Je l’ai commencé en début de soirée… et je ne l’ai pas lâché. Chapitre après chapitre, page après page, jusqu’à cette image finale bouleversante. Alexandra serrant la tête de Milo contre son ventre, dans ce geste universel d’une mère qui aime son enfant plus que tout…

    Alexandra et Victor sont les parents de Milo, qui a quatre ans. Leur quotidien bascule le jour où Victor est arrêté. Il a tout quitté pour devenir braqueur, pour des raisons qui lui appartiennent. Mais c’est Milo qui en paiera le prix.
    L’enfant change brutalement. Il se renferme, devient violent, ingérable. À l’école, on se moque de lui, on l’isole. Sa colère déborde. Son mal-être se transforme en mots blessants, en gestes incontrôlables.

    Les années passent. Entre 2004 et 2019, Milo grandit sous nos yeux. Son adolescence est tout aussi chaotique, et la relation mère-fils se détériore peu à peu. Le dialogue se rompt.
    Puis vient l’irréparable. Milo est arrêté pour un double meurtre. Après son mari, c’est son fils que la machine judiciaire broie. Alexandra bascule dans un cauchemar éveillé. Milo clame son innocence, enfermé dans une prison où tous les regards se posent sur lui, lui qui n’a jamais réclamé que l’amour de ses parents.

    Comment croire à sa culpabilité ?
    Comment le sortir de là ?

    Claire Favan nous offre ici un thriller psychologique d’une rare intensité, construit sur l’évolution des personnages et le passage du temps. J’ai vécu chaque page dans l’angoisse, partagé la détresse de cette mère, attendu la chute… avant de recevoir le coup de poing final.

    Il est question de traumatismes, de blessures profondes, de vies fracassées par des événements violents. Certains passages m’ont percuté de plein fouet, réveillant des souvenirs enfouis.
    Claire ne caresse pas, elle frappe. Sans concession, très différents de ses précédents romans. Le cœur serré, l’estomac noué, je me suis attaché à cette mère démunie, déchirée, prête à tout pour protéger son fils.

    Inexorable est une histoire familiale déchirante, une déclaration d’amour maternel face à l’impensable.
    Un immense coup de cœur.
    Malgré le poids qu’elle porte sur ses épaules et dans son cœur, Alexandra a toujours été là, elle a tout essayé, réussi parfois, échoué trop souvent à son goût, mais elle a toujours aimé son fils et pris les choix qu’elle estimait juste…
    Un roman qui parle de “mamans” à lire absolument, qui m’a marqué profondément !

    Bravo Claire, et merci pour ces mots qui vont droit au cœur.

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    Extraits :

    « – Maître, je ne comprends pas ce qui a pu arriver. Il ne peut s’agir que d’une erreur… Victor… est… un homme bien…
    Ses sanglots font trembler sa voix.
    À l’autre bout du fil, l’avocat soupire. Ce n’est pas à lui de briser les illusions de cette pauvre fille, n’est-ce pas ?
    Il comprend que le choc soit rude après avoir vu des flics armés jusqu’aux dents débouler chez elle en force pour arrêter son mari qu’elle prenait pour un agneau. Doit-il éclairer sa lanterne et lui annoncer que Victor Léman n’a rien d’un saint, bien au contraire ? »

    « MILO NE COMPREND PAS. Il fait tout ce qu’on lui demande, pourtant ! Il dit ce qu’il ressent à Mme Marloux et elle lui donne des pistes pour mieux réagir. Il pensait qu’après avoir fait la paix avec sa mère et recommencé à parler de papa, tout s’arrangerait.
    Les mots qu’il gardait pour lui coulent à présent. Et avec eux, les larmes. Il dort d’ailleurs mieux depuis qu’il évacue son chagrin. Il fait moins de cauchemars. Il se sent moins en colère aussi.
    Alors pourquoi est-il toujours à l’écart à l’école? Pourquoi les adultes le surveillent-ils en permanence ?
    Pendant toutes les récréations, il doit rester assis, seul, pendant que les autres s’amusent. Milo aimerait se joindre à eux. Il voudrait pouvoir recommencer à être un simple petit garçon. »

    « LA DERNIÈRE ANNÉE de maternelle de Milo s’écoule péniblement. Il voit toujours sa psychologue, pourtant
    Alexandra ne vit plus qu’au rythme des sentences de l’équipe éducative.
    Son esprit est focalisé sur la terreur de ce qui l’attend chaque soir quand elle le récupère.
    Dès qu’elle descend du bus et qu’elle s’approche de l’école, son ventre se serre et son cœur se met à battre plus vite. Les bons jours se comptent sur les doigts d’une main, quand les mauvais s’accumulent. »

    « EN SE REGARDANT DANS LE MIROIR ce matin-là, Victor ressent le sentiment de dégoût envers lui-même qui ne le quitte pas beaucoup ces derniers temps. Non seulement il ment à sa famille et prend des risques qui pourraient le renvoyer en prison, mais en plus il apprécie cette partie de sa vie à laquelle il croyait avoir définitivement tourné le dos. »

    Née à Paris en 1976, Claire Favan travaille dans la finance et écrit sur son temps libre. Son premier thriller, Le Tueur intime, a reçu le Prix VSD du Polar 2010, le Prix Sang pour Sang Polar en 2011 et la Plume d’or 2014 catégorie nouvelle plume sur le site Plume Libre. Son second volet, Le Tueur de l’ombre, clôt ce diptyque désormais culte centré sur le tueur en série Will Edwards. Après les succès remarqués d’Apnée noire et de Miettes de sang, Claire Favan a durablement marqué les esprits avec Serre-moi fort, Prix Griffe noire du meilleur polar français 2016, et Dompteur d’anges. Son dernier roman, Inexorable, marque un tournant plus intimiste, en mettant en scène un enfant broyé par la société.

    Drame, Histoire, Polar historique, Roman, Sciences, Suspense

    Le Bureau des affaires occultes

    de Éric Fouassier
    Broché – 28 avril 2021
    Éditeur : Albin Michel

    Prix Maison de la Presse 2021

    Automne 1830, dans un Paris fiévreux encore sous le choc des Journées révolutionnaires de juillet, le gouvernement de Louis-Philippe, nouveau roi des Français, tente de juguler une opposition divisée mais virulente.
    Valentin Verne, jeune inspecteur du service des moeurs, est muté à la brigade de Sûreté fondée quelques années plus tôt par le fameux Vidocq. Il doit élucider une série de morts étranges susceptible de déstabiliser le régime.
    Car la science qui progresse, mêlée à l’ésotérisme alors en vogue, inspire un nouveau type de criminalité. Féru de chimie et de médecine, cultivant un goût pour le mystérieux et l’irrationnel, Valentin Verne sait en décrypter les codes. Nommé par le préfet à la tête du « bureau des affaires occultes », un service spécial chargé de traquer ces malfaiteurs modernes, il va donner la preuve de ses extraordinaires compétences.
    Mais qui est vraiment ce policier solitaire, obsédé par la traque d’un criminel insaisissable connu sous le seul surnom du Vicaire ?
    Qui se cache derrière ce visage angélique où perce parfois une férocité déroutante ?
    Qui est le chasseur, qui est le gibier ?

    Dans la lignée des grands détectives de l’Histoire, de Vidocq à Lecoq en passant par Nicolas le Floch, un nouveau héros est né.
    « Un roman policier addictif » Biblioteca

    « LE roman historique de l’année. Vous ne le lâcherez pas. »
    Gérard Collard Le magazine de la santé

    Dès les premières pages du Bureau des affaires occultes, j’ai retrouvé ce que j’aime dans un bon polar. Des flics intègres, d’autres beaucoup moins, et cette frontière trouble entre le bien et le mal qui ne cesse de vaciller.
    Éric Fouassier nous plonge ici dans le Paris du XIXᵉ siècle, entre calèches, hauts-de-forme et balbutiements scientifiques. L’atmosphère est remarquablement rendue, dense, presque palpable. Les personnages historiques et les nombreux détails d’époque donnent au récit une authenticité précieuse.

    Ce roman est à la fois le croisement de plusieurs enquêtes… et bien davantage.
    C’est le passé terrible d’un enfant séquestré par un monstre, un assassin dévoyé surnommé « le Vicaire ».
    C’est aussi le Paris des découvertes, des sciences occultes, des salons, des intrigues politiques et des figures publiques.
    Et au cœur de ce labyrinthe, il y a Valentin Verne.

    Je me suis immédiatement attaché à ce jeune inspecteur du service des mœurs, élégant, perspicace, différent. Un homme marqué par ses tourments, méfiant, solitaire, qui se tient à distance des autres autant par prudence que par douleur. Sa rencontre avec Vidocq — oui, le Vidocq — est l’une des belles surprises du roman et apporte une saveur particulière à l’enquête. Valentin est un personnage complexe, fascinant, parfois inquiétant. Ses connaissances en médecine et en chimie lui permettent d’affronter des crimes d’un genre nouveau, utilisant les avancées scientifiques les plus récentes. Obsédé par la traque du Vicaire, auquel il est lié par un passé obscur, il se voit pourtant confier une autre affaire. Le suicide étrange de Lucien d’Auvergnes, jeune aristocrate aux penchants mystiques.

    Cette enquête l’entraîne alors dans le tout Paris, celui des quartiers les plus huppés, aux bas-fonds les plus sordides, révélant une affaire trouble mêlant folie, miroirs, hypnose et tentative de déstabilisation politique.

    Éric Fouassier m’a complètement happé. Les intrigues s’entrelacent avec intelligence, oscillant entre suspense, ésotérisme, épouvante et action.
    Ce premier tome est riche, documenté, et d’une redoutable efficacité. Une série historique très prometteuse, portée par une écriture fluide et parfaitement maîtrisée…
    Autant vous dire que j’ai déjà très envie de me plonger dans la suite !

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    Extraits :

    « Affronter sa peur.
    Lorsqu’il a découpé la toile de tente à l’aide d’un tesson de bouteille, l’enfant croyait trouver un refuge. Il ne pouvait pas imaginer ce qui l’attendait à l’intérieur. L’escalade de la peur. Tous ces regards enfiévrés, tous ces visages effarés qui lui renvoient sa propre terreur.. Maintenant il gît là, tremblant de tous ses membres, recroquevillé dans une pénombre poisseuse. Les rares chandelles disposées à l’intérieur n’ont pas pour fonction de chasser l’obscurité, mais de créer un savant jeu d’ombres et de clartés. Elles semblent flotter dans l’air, tels des papillons de flamme. À leur lueur inquiétante le jeune garçon préférerait encore le tunnel d’encre de la rue.
    Le noir, le néant. Tout, plutôt que ces visions d’épouvante qui l’assaillent sous la toile humide. Mais il n’ose plus bouger. Il se contente de fermer les yeux. Comme si le rideau de ses paupières constituait un rempart efficace. Suffisait à faire disparaître l’insoutenable. »

    « Ce matin-là, Valentin Verne quitta de bonne heure l’immeuble qu’il habitait au numéro 21 de la rue du Cherche-Midi. Il y occupait un vaste appartement au troisième étage. Un logement bien trop luxueux pour un jeune homme de vingt-trois ans qui ne disposait que d’un modeste traitement d’inspecteur. Si ses collègues avaient su quel cadre de vie était le sien, ils l’auraient probablement jalousé, mais Valentin n’était pas du genre à se lier facilement. »

    « Après avoir pris congé de Flanchard, Valentin avait récupéré le dossier Dauvergne et passé deux heures à l’éplucher dans le détail.
    Comme l’avait annoncé le commissaire, l’affaire se présentait sous un jour troublant. Selon les témoignages qui avaient pu être récoltés rue de Surène le soir du drame, le fils de la maison s’était jeté volontairement d’une fenêtre de l’hôtel paternel. Il avait été tué sur le coup. De prime abord, le suicide ne semblait pas faire le moindre doute. Cependant, ce qui rendait la chose peu banale, c’est que Lucien Dauvergne avait mis fin à ses jours en présence de sa mère qui s’inquiétait de son absence prolongée et était montée le chercher à l’étage. »

    Éric Fouassier est né en 1963. Docteur en pharmacie et docteur en droit, il est professeur d’université en région parisienne. Membre de l’Académie nationale de pharmacie, chevalier de la Légion d’Honneur, officier des palmes académiques. Il enseigne notamment l’histoire de la santé et assure les fonctions de conservateur du musée d’histoire de la pharmacie de l’université Paris-Saclay.

    Auteur d’un premier roman à l’âge de 16 ans, ce n’est finalement qu’en 2000 que l’envie de sortir ses écrits de ses tiroirs s’impose à lui. Pendant cinq ans, il écume les concours de nouvelles un peu partout en France et glane au passage de nombreuses récompenses. Cette activité intense débouche en 2005 sur l’édition d’un premier recueil de nouvelles qui sera vite suivi de deux autres chez de petits éditeurs. Il publie ensuite cinq romans dont le premier, un polar contemporain intitulé Morts thématiques lui permet de remporter le prix Plume de glace en 2011.

    C’est en définitive une belle rencontre avec Isabelle Laffont qui lui permet d’élargir son lectorat. Cette grande dame de l’édition lui ouvre avec une générosité et un enthousiasme communicatifs les portes des éditions Jean-Claude Lattès en 2017. Aujourd’hui, Isabelle Laffont est devenue son agent littéraire et la belle aventure continue aux éditions Albin Michel ! C’est en effet grâce au premier roman publié dans cette maison, Le bureau des affaires occultes, que Eric Fouassier décroche son premier best-seller couronné, entre autres, par le prix Maison de la presse en 2021, et qu’il se fait connaître du grand public comme un auteur phare du roman policier historique.

    Drame, Folie, Thriller, Violence

    Bloody Glove

    de Bob Slasher
    Broché – 26 mai 2016
    Éditeur : L’atelier Mosésu

    « Tous des enflures. Coupables désignés. Cibles idéales de ta colère. Pourquoi essayer de mourir alors que des salauds vivent ? Pourquoi se punir soi-même quand tant d’autres le méritent ? »
    Cinéphile averti, révolté contre le monde, Fred a enfin trouvé sa voie. Elle sera aussi tarée que sanglante. Et rendra hommage au septième art, le vrai. Le grand. Celui qui tache.

    Bloody Glove fait partie de ces livres que j’aurais pu ne jamais lire… et rien que d’y penser, ça m’a filé un frisson.
    Tout commence par la couverture. Rouge, sanglante, frontale. Elle m’a immédiatement replongé dans mon univers VHS d’adolescent. Halloween, Vendredi 13, Les Griffes de la nuit. Et ce nom d’auteur, Bob Slasher… plus qu’un clin d’œil, un véritable coup de poing, un doigt d’honneur ? Mais non, je ne l’ai pas dit !

    Je savais à quoi m’attendre. Une écriture sombre, glauque, brutale. Certains diront sordide. Moi, j’y vois une cohérence totale avec l’univers revendiqué. Ici, pas de dentelle ni de phrases policées. Si vous cherchez la délicatesse de métaphores fleuries et de proses parfumées, passez votre chemin, mais tant pis pour vous.
    Slasher écrit comme il découpe : droit au but, sans anesthésie. Il s’amuse avec tous les codes du genre. C’est référencé à outrance, bourré d’allusions savoureuses, Freddy Krueger, bien sûr, mais aussi Les Tontons flingueurs, Le Père Noël est une ordure, Gainsbourg se transforme en Gainsbarre, et les répliques sentent bon le zinc et la mauvaise foi.

    J’ai ri. Oui, vraiment. Jaune, évidemment. Ce livre est cru, direct, sans filtre. Ça cogne, ça grogne, ça dit les choses sans demander pardon. Polar, thriller, roman d’humour noir ? Un peu tout à la fois… et bien plus encore.

    Derrière la violence, si l’on accepte de lire entre les lignes, se cache surtout la souffrance d’un homme. Fred Parmentier, écorché vif, abandonné par sa femme, vidé de toute joie. Je n’ai jamais cautionné sa vengeance, mais je l’ai comprise.
    Dans l’ombre, il façonne un gant hérissé de lames, prolongement de sa rage. Et il passe à l’acte.

    Bloody Glove est une boucherie stylisée, un hommage furieux et jubilatoire au cinéma d’horreur des années glorieuses. Une écriture brute, sèche, percutante, une explosion de mauvais goût parfaitement assumée.
    Ça tranche. Ça claque. C’est sale. C’est drôle. C’est excessif et ça marque.

    Pour sortir des sentiers battus ? Oui.
    Mais attention… vous pourriez bien en redemander.

    Merci Marc.

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    Extraits :

    « T’es qu’un con.
    Voilà. C’est à peu près tout ce qu’on pourrait dire. Oh, bien sûr, on pourrait broder, délayer un peu comme les journaleux ou les scribouillards savent si bien faire, trouver des façons plus élégantes de dire que t’es un con, mais au final, hein…
    Ci-git Frédéric Parmentier.
    1977 – 2016
    Citoyen aimable, gentil, discret, avenant, effacé.
    Un con.
    Qui aimait rendre service. Bon voisin et ami fidèle.
    Un…
    Compagnon aimant, un…
    Loser. »

    « Tu fredonnes.
    Je suis venu te dire que je m’en vais…
    Tu respires profond. Tu fixes l’intérieur de ton poignet gauche.
    Y appliques la lame du couteau et tu tranches d’un coup sec.
    Le sang gicle.
    La douleur pulse. Tu fixes le sang qui se mêle à l’eau chaude. C’est beau. Arabesques rouges dans le liquide trans-parent. Mais tu te dépêches aussi, pour pas perdre le rythme.
    Le couteau change de main. Tu grimaces. Putain, ça fait mal.
    D’un autre coup sec, tu tranches l’autre poignet.
    La lame dévie sur l’os. Grince. Le sang coule quand même.
    Pour la jouer un brin poétique, tu regardes la vie en train de s’écouler par tes poignets béants, sinon en vérité ça pisse et ça fait mal, ouais putain. Ça pisse foutrement vite.
    Mais l’eau chaude te soulage.
    Tu fermes les yeux.
    Comme dit si bien Verlaine au vent mauvais… »

    « Minuit, l’heure du crime…
    Ton garage éclairé au néon. Le métal crie. Crache ses étincelles. T’y mets tout ton cœur et un paquet d’huile de coude, tu t’es jamais senti si vivant depuis des lustres. Des mois. Des années. Plutôt fier de toi, aussi. C’est pas le premier pékin venu qui pourrait inventer ce que toi, t’es en train d’inventer.
    Concevoir ce que tu conçois. À la fois l’instrument de ta vengeance et un vibrant hommage au héros de ta jeunesse. »

    « Tes yeux sont ouverts.
    Dans l’obscurité de la nuit, de la chambre aux murs dépouillés – Tina est aussi partie avec la déco -, tu fixes le plafond que tu connais si bien. Pour l’avoir longtemps fixé. Ton sport national à une époque. Fixer ce foutu plafond et imaginer des choses… Horribles, de préférence. Visions de mort et de maladies. De solitude. Visions d’un bonheur impossible, car le malheur est partout. Il bouffe tout, attend son heure. Et à force de penser au pire, celui-ci finit par arriver… T’as déjà pensé à ça ? Au fait que ça puisse être ta faute ?
    Non, bien sûr, toi tu blâmes les autres. Tu leur donnes à tous le mauvais rôle. Tu te réserves l’habit de lumière. T’es pas du genre à te remettre en question, comme type. »

    Ni ange ni démon, Robert « Bob » Slasher n’est qu’un homme. Ce qui explique beaucoup de choses.
    Enfant, il n’a pas torturé d’animaux mais toujours ressenti une attirance pour les films d’horreur. Le sang et l’angoisse. La catharsis de nos mauvaises pulsions. Après avoir hésité entre séminaire et armée, il choisit l’écriture. Par vocation et surtout refus de l’autorité, qu’elle soit divine ou militaire. Bob travaille seul. Il vivrait dans le nord de la France.

    Bloody Glove est son premier roman.

    Amour, Émotion, Biographie, Histoire vraie

    Indicible

    de Elsa Morienval
    Relié – 30 octobre 2025
    Éditions : Le Pré du Plain

    Ma mère cachait son alcoolisme, pensant que personne ne le voyait, comme un chat peut se cacher sous un meuble, alors que sa queue dépasse. C’était à la fois normal et tabou. La communication non verbale était la plus commune entre nous, comme un regard tacite qui signifiait qu’elle avait avalé plus que la moyenne. C’était un langage parfaitement codé qui s’était installé par la force des choses. Il fallait éviter d’en parler, surtout devant elle, pour ne pas la faire exploser de colère. Il ne fallait pas non plus que j’en parle à mon père, que je le verbalise. Cela paraissait absolument impossible, je le sentais. Nous nous contentions d’échanger par les yeux ou par des gestes discrets. C’était indicible… – Comment une fille de mère alcoolique peut-elle se construire dans l’insécurité et le chaos ?
    Voici le thème abordé par Elsa Morienval, il s’agit de sa propre expérience, et elle conclut ainsi son témoignage : « Tout est surmontable, et la résilience n’est jamais loin. Je vous le garantis. »

    Lorsque j’ai découvert Échappée en Ulster, un mot s’est immédiatement imposé à moi : authentique.
    Puis est venu La Dame de Pa Co Ja, où Elsa Morienval tentait de comprendre l’énigme de sa grand-mère, Germaine, femme de silences, de blessures et de faux-semblants. À ce moment-là, je n’imaginais pas encore jusqu’où elle irait, ni ce qu’elle accepterait de nous livrer.

    Avec Indicible, Elsa franchit un seuil.
    Celui du non-dit absolu, de l’enfance meurtrie, de ce que l’on tait parfois toute une vie pour continuer à avancer.
    J’ai compris très vite que cette lecture ne serait pas simple. J’ai même dû faire des pauses, reprendre mon souffle, tant certaines pages sont lourdes de douleur et d’incompréhension.

    Ici, l’autrice se met à nu. Complètement.
    Elle raconte une enfance qui n’aurait jamais dû exister, marquée par l’absence d’amour, par des comportements parentaux que l’on peine à concevoir, envers elle et ses deux sœurs. En refermant certains chapitres, je me suis souvent demandé comment des adultes peuvent infliger cela à leurs propres enfants.

    Le texte est dur, bouleversant, mais jamais complaisant.
    Elsa écrit avec pudeur, avec retenue, mais sans détour. Elle ne cherche ni à accuser ni à se justifier. Elle raconte. Elle expose. Elle libère.

    Ce troisième volet est le prolongement logique et nécessaire des deux précédents. Après l’évasion, après l’exploration familiale, vient le temps de la vérité intime.
    Indicible est un livre qui remue, qui fait écho, qui réveillé parfois certains de mes propres souvenirs enfouis.

    Une lecture éprouvante, mais essentielle.
    Un témoignage courageux et profondément humain.

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    Extraits :

    « J’ai rendez-vous avec le Dr Pomey-Rey à l’hôpital Saint-Louis à Paris. Je suis enceinte de trois mois pendant lesquels j’ai vomi toute ma vie, toute mon énergie. Mon père dit toujours : “Une femme est heureuse quand elle est enceinte”. Eh bien, pas moi ! Je suis heureuse d’attendre un enfant, mais ma grossesse est un enfer. Mes nausées et mes vomissements me replongent dans les baffes qui me tombaient dessus chaque fois que je vomissais quand j’étais môme. Me revient aussi le bruit des vomissements quotidiens matinaux de ma mère, dans l’évier de la cuisine, à la suite de ses journées et nuits imprégnées de vin à bon marché. »

    « Ce qui reste de mon enfance, c’est l’isolement, les cris, la haine, la solitude, la violence et… un peu d’humour quand même ! Je garde en mémoire ces bâtiments d’Aulnay-sous-Bois recouverts de fausse mosaïque bleue, gris-rose ou blanche ; ces cages à poules qui renferment des humains et qui dissimulent des histoires de famille insoupçonnées. Tous ces granas ensembles qui se ressemblent dans les banlieues. C’est dans CES quartiers que l’on concentre les masses humaines, dans CES immeubles collectifs que l’on amasse ces familles qu’on ne peut loger ailleurs. La définition du dictionnaire ajoute “composés d’une population défavorisée”. »

    « Les gens pleurent dans les rues de la cité Ambourget et même au-delà. Je comprends qu’il s’est passé quelque chose de grave. Claude François vient de mourir électrocuté dans sa baignoire, le 11 mars 1978. Là, je ne comprends plus. comment peut-on pleurer pour un chanteur aussi nul, comme s’il était un membre de notre famille? Je trouve ces gens stupides. »

    « Un dérèglement de la perception des douleurs a pris possession de mon corps. Un médecin m’a dit un jour : “Résilience ? oui, mais avec des cicatrices, sinon vous ne souffririez pas comme ça.” Une fibromyalgie a été diagnostiquée dans les années 2000, que je gère avec ce que je peux, mes béquilles de toujours : l’anglais et l’écriture. Je suis devenue mère, à mon tour, et espère avoir fait de mon mieux pour ne pas être “une mauvaise mère”. On n’atteint jamais la perfection en ce domaine, tous les parents le savent. On se reproche toujours quelque chose. J’ai réussi à créer une famille. »

    Elsa Morienval est née en Seine Saint-Denis, angliciste de formation, intéressée par le monde anglophone, elle est enseignante.

    Elle a écrit des nouvelles et a publié dans une revue littéraire.
    Elle signe Échappée en Ulster chez Nombre7 en 2020
    https://leressentidejeanpaul.com/2021/07/12/echappee-en-ulster/

    et sa traduction en anglais My Ulster haven en 2022 chez le même éditeur.

    La dame de Pa Co Ja
    https://leressentidejeanpaul.com/2023/01/30/la-dame-de-pa-co-ja/

    Adolescence, Émotion, Drame, Polar, Psychologie

    Punk friction

    de Jess Kaan
    Poche – 3 juillet 2020
    Éditeur : Éditions Lajouanie

    Auchel, nord de la France. Le corps d’un jeune marginal brûle au petit matin dans le cimetière municipal. Acte gratuit, vengeance, meurtre ? La police ne sait quelle hypothèse privilégier, d’autant qu’on découvre très vite un nouveau cadavre, celui d’une étudiante, sauvagement assassinée. La population aimerait croire que le coupable se cache parmi la bande de punks squattant dans les environs… Le capitaine Demeyer, quadragénaire revenu de tout, et le lieutenant Lisziak, frais émoulu de l’école de police, du SRPJ de Lille sont chargés de cette enquête qui s’annonce particulièrement sordide. Une jeune lieutenant, en poste dans la cité, ne veut pas lâcher l’affaire et s’impose à ce duo pour le moins hétéroclite.

    J’ai découvert l’écriture de Jess Kaan en 2002, avec une nouvelle, Kenshiro’s Way, l’année suivante j’ai lu Bloody Venise, puis en 2027, Triangulaire.
    J’avais déjà Ressenti un “petit” quelque chose qui se dégageait à travers ses mots…

    Fin 2020 j’ai subi une lourde inondation dans mon bureau. Des centaines de livres y sont passés, beaucoup n’avaient même pas encore été lus. Des mois, puis des années ont été nécessaires pour tout réparer, tout reconstruire. Et quand tu retrouves petit petit, en les reposant sur les étagères, des ouvrages que tu pensais avoir définitivement perdus, ça fait du bien à mon petit cœur ! Une seconde chance offerte par le destin.
    Punk Friction faisait partie de ces rescapés. J’ai donc décidé de changer l’ordre de mes lectures prévues aléatoirement pendant quelques semaines… Ils m’attendaient.

    Et aujourd’hui, enfin, je peux le dire, Punk Friction est un excellent polar… mais pas seulement.
    Tout y est.

    Auchel, dans le Pas-de-Calais, ancienne ville minière, sert de décor à ce récit sombre et réaliste, où l’on sent les habitants lutter au quotidien pour survivre. Un corps carbonisé est retrouvé dans un cimetière, puis une jeune étudiante est sauvagement assassinée quelques temps plus tard. Très vite, les soupçons se portent sur une bande de punks, accusée par les riverains.

    Le capitaine Demeyer et le lieutenant Lisziak héritent de l’enquête. Rapidement, les certitudes vacillent, les pistes se brouillent. Si le cadre régional est remarquablement décrit, le roman dépasse largement ses frontières pour dresser le portrait d’une réalité sociale et économique qui touche les classes populaires de toute la France.

    Roman noir, parfois grinçant, ponctué de répliques locales qui m’ont arraché quelques sourires, Punk Friction s’est imposé à moi surtout par son regard social. Derrière l’enquête, j’ai senti un autre récit affleurer. Celui d’une jeunesse désœuvrée, sans repères, confrontée à des adultes fatigués, eux-mêmes désabusés.

    J’ai eu l’impression plusieurs fois que Jess utilisait son enquête comme prétexte. L’intrigue, les assassinats, les policiers, les nombreux rebondissements, les fausses pistes… Mais, c’est le message caché derrière, qui m’a vraiment emporté, ou plutôt… ce qui plane au-dessus. Certaines phrases, des mots, que Jess glisse ici ou là, qui petit à petit fendille l’âme de l’auteur, jusqu’à ce quelle soit complètement mise à nue…

    Un roman prenant, intelligent, nécessaire.
    Un polar qui divertit… et qui, peut-être, ouvrira les yeux.

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    Extraits :

    « Fred Desmondt avait passé une sale nuit en compagnie de mademoiselle Colo. Mademoiselle Colo, c’était la colopathie, sa maladie à chier comme il aimait la railler.
    Cette garce le tenait par les boyaux depuis qu’il avait trente-quatre ans. Deux ans à surveiller son alimentation, à éviter le froid, les courants d’air, à essayer de comprendre pourquoi du jour au lendemain sa vie avait brutalement basculé.
    Mademoiselle Colo, c’était de l’intense : le genre liaison sado-maso, nuits entières passées à se tordre sur les WC et malaises vagaux qui survenaient sans prévenir. Comme un succube, la gueuse bouffait son énergie et elle revenait souvent à l’assaut, histoire de se délecter. »

    « – Vous dites hier choir? Vous chavez, j’va dormir tôt.
    D’facon, ché films ch’est toudis l’même. Des paires eud’ nichons, des culs, des crimes… et après on s’deminde pourquoi eul’monde y tourne po rond. Entre chah et ceusses qu’s in mettent plein les fouilles… Mi, j’a qu’une tiote retraite, chavez, juste eud’ quoi viv’. J’deminde rin a personne, mais…
    chi vous saurez… »

    « Donovan montra les hématomes sur ses jambes. Ceux-ci redondaient avec son œil au beurre noir. Le père qui pesait son quintal de mauvaise graisse, celle que les multinationales font ingérer aux pauvres, le regard lourd et l’envie d’être ailleurs, s’énerva à son tour :
    – Tais-te. Laisse Monsieur parler. T’arrêtes pas d’faire des conneries, et à cause de ti, on nous convoque’t’ chez les flics. Tu crois qu’on a que ça à fout’ de perd’ notre temps au commissariat ? »

    « L’enthousiasme des deux lieutenants s’émoussa après l’interrogatoire du bègue Jean-Philippe et d’un Rémi à la compréhension assez limitée. Tous deux corroborèrent tant bien que mal la version de Donovan. »

    « Garance approuvait chacun de ces mots tirés de l’expé-ience. Ces gosses n’étaient pas que des dossiers administratifs, des allocs versées par la CAF. Ils constituaient autant de vies, de futurs citoyens démarrant mal leur existence. La faute à une société malade, où le mot famille perdait de son aura sacrée. Où les individus se révélaient dans leur petitesse, leur envie de jouissance immédiate jusqu’à ce qu’elle contamine leur descendance. Des droits, jamais de devoirs. Jamais de frustration. Aller toujours plus vite et heurter le mur. Ces gosses la touchaient. »

    Né sur les bords de la mer du Nord, habitant le Pas de Calais, Jess Kaan est un auteur éclectique puisque ses écrits couvrent divers genres (fantasy humoristique, fantastique, thriller et policier historique). Il rédige de nombreux articles sur ces domaines dans la presse et sur différents blogs en France, en Belgique, au Québec ainsi qu’en Pologne, en Espagne et aux États-Unis. Il participe également à de nombreuses publications collectives : recueils de nouvelles, anthologies.
    Ses oeuvres se caractérisent par un lien exacerbé entre terroirs et personnages. En effet, il ne conçoit pas ses protagonistes comme de simples individus, mais la résultante d’expériences de vie.

    Il a reçu en 2003 le prix merlin pour sa nouvelle L’affaire des elfes Vérolés et en 2005 le prix de l’armée des douze singes, le Prix Masterton 2014.

    Depuis 2013, il a basculé vers le genre policier.

    Jess Kaan est un pseudonyme. Sous sa véritable identité il est enseignant dans le nord de la France.