Émotion, Noir

Mamie Luger

Benoît Philippon (Auteur)
Broché – 9 mai 2018
Éditeur : Les Arènes

Six heures du matin, Berthe, cent deux ans, canarde l’escouade de flics qui a pris d’assaut sa chaumière auvergnate. Huit heures, l’inspecteur Ventura entame la garde à vue la plus ahurissante de sa carrière. La grand-mère au Luger passe aux aveux et le récit de sa vie est un feu d’artifice. Il y est question de meurtriers en cavale, de veuve noire et de nazi enterré dans sa cave. Alors aveux, confession ou règlement de comptes ? Ventura ne sait pas à quel jeu de dupes joue la vieille édentée mais il sent qu’il va falloir creuser. Et pas qu’un peu.

 

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Bonjour à toutes et à tous…

Une fois n’est pas coutume, mais pour la première fois ce n’est pas vous qui avez eu la primeur de “Mon Ressenti” !
En effet, dès la fin de ma lecture, encore baigné de l’émotion que j’avais en moi, j’ai tout de suite contacté Benoît Philippon.

“Bonjour Benoît,
On peut dire que tu m’auras bien eu !!!

Hier soir, après une longue série de lectures fortes en émotions, je me suis dit qu’il était temps de « passer » à Mamie Luger, pour m’aérer un peu la tête !
Et, dès la première page mon premier sourire est arrivé, très vite rejoint par beaucoup d’autres et même certains éclats de rire, carrément !!!
Mais, ce que je n’ai pas tout de suite senti venir, ce sont les émotions, qui petit à petit, m’ont imprégné, puis étouffé me tirant des larmes des yeux…
Quel bonheur de lecture.

Un roman qui se voulait « léger », mais très poignant finalement…
Je voulais juste te dire merci.
Merci pour ces quelques heures passées avec Berthe (le prénom de ma grand-mère !), sacré personnage qui va me manquer !

Que vivent encore longtemps les livres comme le tien !

Je t’embrasse.
Prends bien soin de toi et des tiens…”

Alors oui, j’ai ri et j’ai pleuré.
Oui, j’ai adoré cette grand-mère hors du commun. Son franc parler, son coté direct du haut de ses 102 ans…
Cette histoire m’a pris aux tripes, et les a retournées.

Berthe a vécu toute sa vie à la recherche de l’amour.
Et un jour elle l’a trouvé…
De son premier mari, qu’elle choisi malgré les conseils de Nana, sa grand-mère, en passant par l’indicible et l’innommable, Berthe profite d’une garde à vue pour nous confier tout son vécu.

Sommes-nous ici vraiment dans un Policier ?
Je ne sais pas, mais qu’importe…
C’est un roman qui relate de thèmes graves de la vie, avec humour, mais pas que, “tout simplement” !

C’est très beau. Je recommande vivement !

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Extraits :

« Merde, que ce garçon était laid, se disait Berthe en préparant la soupe, mais qu’est ce qu’il dégageait ! On aurait dit un Minotaure. Elle épluchait les carottes, aidée par la jolie jeune fille au sourire en forme de soleil. Ces deux mignons déversaient des torrents d’amour, elle devait s’accrocher à sa cuisinière pour ne pas être emportée. L’énergie qui liait ses deux là, Berthe l’avait bien connue. Dans le temps. Les observer s’échanger des œillades au milieu de sa cuisine lui a rappelé ce qu’elle avait perdu, mais elle était heureuse pour eux. Ils avaient la chance de vivre un amour mythologique. Elle avait vécu le sien, elle goûtait le leur, même pour un soir, et cette sensation lui faisait du bien. »

« – Berthe ?
– Oui ?
– Vous venez d’avouer un meurtre, là.
– Et ?
– Et c’était pas un nazi, celui-là.
– Donc ?
– Eh bien, c’est grave.
– Pourquoi ?
– C’est hors-la-loi, Berthe. Encore la loi.
Ventura brandit l’étendard de l’évidence avec une indéfectibilité remarquable.

– Oh, c’est bon, y a prescription, non ?
Le boomerang du droit pénal, revient en pleine gueule de l’inspecteur.
– Dans ce cas précis, effectivement. Seulement je vous rappelle que vous avez tiré sur votre voisin ce matin, en plus de mes troupes. Même s’il est encore vivant celui-là, les magistrats pourraient qualifier votre comportement de dangereux pour la société… »

 

 

Né en 1976, Benoît Philippon grandit en Côte d’Ivoire, aux Antilles, puis entre la France et le Canada. Il devient scénariste puis réalisateur pour le cinéma. Après Cabossé publié dans la Série Noire, Mamie Luger est son deuxième roman noir, suivi de Les Arènes en 2020.

Émotion, Humour, Philosophique

Une bouche sans personne

de Gilles Marchand (Auteur)
Broché – 5 octobre 2017
Éditeur : Points

De sa lèvre inférieure au tréfonds de sa chemise, il a une cicatrice qu’il dissimule sous une écharpe. Le jour, il compte et recompte des colonnes de chiffres. La nuit, il retrouve Sam, Thomas et Lisa au café. Ses trois amis ne savent rien de lui. Un soir, il décide d’ôter le cadenas de son armoire à souvenirs. Et de raconter avec fantaisie l’empreinte que l’Histoire a laissée sur son corps…

“ On se laisse prendre au jeu de l’imaginaire délirant du narrateur qui cache un traumatisme douloureux, et on finit par rêver avec lui.  »
20 minutes

 

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Bonjour à toutes et à tous.

Une bouche sans personne, est le premier roman de Gilles Marchand.
Pas le premier que je lis, mais l’un de ceux dont j’avais entendu beaucoup de bien…
Dès les premières lignes, je retrouve le style de Gilles, complètement farfelu, déjanté, mais très profond aussi, tout en étant émaillé d’inventions.

Un comptable se cache la journée au milieu de ses chiffres. Il ne vit qu’à travers ses chiffres, ses nombres qui ne l’ont jamais trahi. Il est plus facile de faire des additions que de parler à des personnes. Lorsque l’on compte, on n’est pas obligé de parler.
Mais, quand le bureau ferme, il est seul et cogite. Pas simple de passer inaperçu avec pareille cicatrice. Alors depuis dix ans, le soir venu, il va dans un bar retrouver ses amis, son visage protégé d’une écharpe qu’il n’hôte jamais. Personne ne sait rien de son passé.

Pourtant, un soir, il va de se dévoiler.
L’homme commence alors à raconter… Sa vie, son grand père Pierre-Jean…
Léger et aérien en apparence, le récit devient le roman d’un homme qui se souvient et survit aux traumatismes d’une vie.

Gilles nous offre ici un roman sur l’amitié, et la solitude. Il jongle admirablement bien avec les ingrédients de la vie créant un roman à la fois léger et profond, humain, et habilement construit, serti d’une écriture poétique, douce et pleine de fantaisie.

Nous ne connaîtrons jamais ni le nom, ni le prénom du narrateur traité à la première personne du singulier.
Mais est-ce bien indispensable ?
N’est-ce pas un outil supplémentaire que nous donne l’auteur afin de plonger avec lui dans son monde ?

Vous l’aurez compris j’ai beaucoup aimé ce livre !
Magique, fort, et puissant, l’âme de Boris Vian vient parfois se glisser entre certains mots entraînant un mélange de belle écriture et de métaphores justement dosées…

La fin du roman, m’a bluffé et donne à l’ensemble du récit tout son sens, qui sort des sentiers battus. Un premier roman attachant où vaincre l’horreur est une affaire de mots autant qu’une affaire de cœur.
Que c’est bon de lire un livre tout simplement bien écrit, précis et rempli d’humanité.
Je ne peux que vous recommander ce livre.

 

Hier,

Hier, tous mes problèmes me paraissaient si loin
Aujourd’hui, on dirait qu’ils sont là dans le but de perdurer
Oh, je crois en hier

Soudainement, je ne suis pas la moitié de l’homme que j’étais
Il y a une ombre suspendue au-dessus de moi
Oh, hier est venu soudainement

Pourquoi devait-elle partir, je ne sais pas, elle ne l’a pas expliqué
J’ai dit quelque chose de mal, maintenant hier me manque

Hier, l’amour était un jeu tellement facile à jouer
Aujourd’hui j’ai besoin d’un lieu pour m’isoler
Oh, je crois en hier

 
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Extrait :

« Pourquoi n’enlèves-tu pas cette foutue écharpe ? »
Silence. Il continue à me regarder dans les yeux tandis que Sam s’efforce de prendre un air dégagé. Ce n’est pas la première fois qu’ils m’interrogent à ce sujet. Depuis le premier jour, ils me disent que je peux la retirer. « Il fait trop chaud dedans », « Tu auras froid en sortant », « On est entre amis, tu n’as rien à craindre »… Ils sont revenu plusieurs fois à la charge sans trop insister et finissant par s’excuser de se mêler de ce qui ne les regarde pas. Je n’ai jamais cédé. Il n’y a pas de négociation possible, parce que je n’ai rien à y gagner. Et on ne négocie pas avec les amis.
Pourtant, ce soir c’est différent. Il y a autre chose. Pas de la pitié, mais quelque chose qui flotte dans l’air, entre le comptoir, la réserve, notre table et la porte d’entrée. Quelque chose qui joue avec la fumée de nos cigarettes, qui voile leurs regards et fait vibrer leurs voix d’un timbre que je ne parviens pas à identifier. J’ai bien envie de leur demander ce qui se passe, optant pour la formule la plus efficace en ces circonstances :
« Qu’est-ce qui se passe ?
– Rien, pourquoi ?
– Mais si, je le sens bien. Il y a comme une odeur. Vous savez, ces odeurs décrites dans certains livres, ces odeurs indéfinissables dont on ne sait jamais si elles existent ou s’il s’agit de simples figures de style, comme celle de la peur de l’argent. Un truc qui passe et que je n’arrive pas saisir.
– Une odeur errante ? » Sam est mal à l’aise et commence à remuer sur sa chaise.
« Vu la description, je dirais plutôt rôdante, ajoute Thomas. »

 

 

Gilles Marchand est né en 1976 à Bordeaux.

Il a notamment écrit Dans l’attente d’une réponse favorable (24 lettres de motivation) et coécrit Le Roman de Bolaño avec Éric Bonnargent.
Son premier roman solo, Une bouche sans personne en 2016, attire l’attention des libraires (il est notamment sélectionné parmi les « Talents à suivre » par les libraires de Cultura, finaliste du prix Hors Concours, et remporte le prix des libraires indépendants « Libr’à Nous » en 2017) et de la presse, en proposant le curieux récit, le soir dans un café, d’un comptable le jour expliquant à ses amis pourquoi il porte en permanence une écharpe pour cacher une certaine cicatrice.

Il a été batteur dans plusieurs groupes de rock et a écrit des paroles de chansons.

Humour

“Paris-Venise” de Florent Oiseau

Paris-Venise
de Florent Oiseau (Auteur)
Poche – 17 janvier 2019
Éditeur : Pocket

Une bonne pâte, ce Roman. Une bonne tête. Un peu mou, mais honnête, comme le bon pain. Pas étonnant qu’il déniche ce boulot idéal : garçon de cabine dans le Paris-Venise – train-couchettes. De quoi redonner le sourire à Mlle Pajot, sa banquière. Et à lui le goût du voyage. Car il s’en passe, la nuit, dans ce monde en perpétuel mouvement : les objets perdus qu’on empoche, les clandestins qu’on planque moyennant finances, les combines en loucedé… C’est qu’il en faut, de l’argent, quand on est amoureux et qu’on roule vers Venise. Et Roman est amoureux…

 » L’écriture dans le sang et la vanne au bord des lèvres.  » Sophie Delassein – L’Obs

 » Il devient ardu de savoir quoi acheter en librairie pour lire tout en riant à gorge déployée. Florent Oiseau pourrait bien être la solution.  » Nicolas Ungemuth – Le Figaro Magazine

 » L’humour le dispute à l’ironie au gré de chaque voyage.  » L’Express

2019_009_Florent Oiseau - Paris-Venise

Bonjour à toutes et à tous…

Les gens dernièrement ont tendance à me donner des conseils de lecture. Pas facile de leur dire que j’ai une PAL de plus de 400 romans qui grandit chaque jour. (9 encore hier…) Alors, lorsque Samantha de la fnac Rosny 2 m’a conseillé gentiment celui-ci, dont elle m’avait déjà parlé quelques semaines plus tôt, j’ai été bien avisé de l’écouter et tant pis pour ma PAL !!!

Une histoire qui aurait pu être banale, une histoire qui aurait du être banale. Si je n’avais très vite ressenti la sincérité de l’auteur, voire peut-être d’un certain vécu ? Le style narratif, en fait une histoire qui m’a donné envie de lire “ce petit” livre d’une seule traite.

Paris-Venise de Florent Oiseau m’a agréablement surpris.
Dès la première page, Florent, s’attache à décrire avec humour, simplicité et conviction la difficulté des « petits boulots » et le quotidien de certains travailleurs. L’auteur utilise à bon escient l’humour et cela fonctionne parfaitement. La justesse des personnages aussi. La simplicité de leur quotidien, leurs difficultés à se trouver une place dans la vie.

Avec un thème original et profond, j’ai suivi avec plaisirs les tribulations de Roman, banlieusard un peu paumé qui n’a toujours rien fait de sa vie, dans un univers un peu surréaliste, avant de travailler dans le train de nuit qui relie Paris à Venise.

Je conseille ce voyage agréable et divertissant…

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Extrait :
« – Les taxis à Prague, ils roulent comme des dingues.
– Ah bon ?
– Ouais, des furieux, les gars.
– Et c’est beau, Prague ?
– En sait rien. Jamais allé.

Didier, il savait des trucs. Il ne disait pas toujours d’où il les savait, mais le gars maîtrisait ses sujets. Une pointure, selon ses dires.
Didier, ce n’était pas la peine de lui parler de poissons, il en avait forcément chopé un plus lourd que toi. si tu évoquais le moteur de ta bagnole, c’était pareil, le siens faisait le double au bas mot. Avec lui, c’était tout le temps la même histoire. Mais en réalité, la seule chose que Didier avait de plus gros que les autres, c’était sa femme Shirley »

 

Florent Oiseau a 28 ans. Il a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain, crêpier et couchettiste sur le Paris-Venise. Son premier roman, Je vais m’y mettre (Allary Éditions, 2016), a été salué par les critiques et désigné
 » le livre le plus drôle de l’année « .