Émotion, Drame, Histoire vraie, Psychologie

Les corps conjugaux

de Sophie de Baere
Poche – 16 février 2022
Éditions : Le Livre de Poche

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Fille d’immigrés italiens, Alice Callandri consacre son enfance et son adolescence à prendre la pose pour des catalogues publicitaires et à défiler lors de concours de beauté. Mais, à dix-huit ans, elle part étudier à Paris. Elle y rencontre Jean. Ils s’aiment intensément, fondent une famille, se marient. Pourtant, quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît. Les années passent mais pas les questions. Qu’est-elle devenue ? Pourquoi Alice a-t-elle abandonné son bonheur parfait, son immense amour, sa fille de dix ans ?
Portrait de femme saisissant, histoire d’un amour fou, secrets de famille, Les Corps conjugaux, inspiré d’une histoire vraie, explore avec force et poésie l’un des plus grands tabous et notre part d’humanité.

Une écriture d’une grande justesse.
Marie Michaud, librairie Gibert Joseph (Poitiers).

Audacieux et prometteur.
Gaëlle Belda, Nice Matin.

Un roman dérangeant, qui bouleverse totalement.
Françoise Feuillet, Avantages.

 

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En littérature comme en musique, j’ai de plus en plus besoin de tristesse…

“Les corps conjugaux”, est une histoire triste, mais elle est tellement belle, tellement bien écrite… Une histoire pleine de sensibilité qui ne pourra que vous toucher.
Elle m’a touchée, elle m’a émue, bouleversée même. J’ai eu à plusieurs moments les yeux qui se remplissaient de larmes, et je me demandais… qu’aurais-je fait à sa place ?

C’est le second roman de Sophie De Baere que je lis.
Deux romans coups de poing, très différents et en même temps écrit avec cette même écriture incroyable.
Le style, les mots choisis qui basculent entre douceur et douleur, souvent très poétique, émouvant toujours. Certaines phrases donnent l’impression d’avoir été écrites au couteau !

Après une enfance compliquée “aux ordres” de sa mère, une femme froide et intransigeante, Alice décide un jour de cesser de se plier à ses exigences sans limites. Après le décès de son jeune frère, elle part pour Paris. C’est là qu’elle rencontrera Jean. C’est LE coup de foudre !
Alice aime Jean à la folie. Jean aime Alice en qui il voit sa reine. Ensemble, ils donneront très vite naissance à la petite Charlotte.
Leur vie est un rayon de soleil lorsqu’ils décident de se marier.
Quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît, sans donner aucune raison, délaissant son amour et sa fille âgée alors de dix ans.

Quel drame peut pousser une maman à abandonner sa famille ?

S’ensuivra alors pour elle une vie d’errance à la recherche de l’oubli.
Mais peut-on faire abstraction définitivement de ses sentiments, de son passé ?

Un véritable coup de cœur pour ce livre qui parle d’amour, comme rarement je l’ai lu !
À lire sans hésitation !

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Extraits :

« Les bras immenses d’Alessandro entourent ma mère et la tressent d’insouciance. Ses bras immenses comme des machines à remonter le temps. Avec eux, maman redevient la petite fille qui aimait s’inventer de belles histoires. De celles qui dessinent de jolies crénelures aux nuages et boutonnent les nuits de leurs rassurantes lumières. »

« Au fond, les seuls moments où je m’autorise à n’être pas candidate sont mes moments de lecture. Si ce n’est des livres de cuisine ou les magazines télé, il n’y a pas de livres chez moi. Alors, j’emprunte des romans au CDI ou à la bibliothèque de Bolbec. Et le soir, lorsque, devant son écran, ma mère commence à s’endormir sur le fauteuil du salon, je ferme la porte de ma chambre et je les dévore à la lueur d’une lampe de poche. Pendant ces moments suspendus, je m’oublie. J’oublie la Miss. J’oublie tout ce qui tisse ma vie ; et je la rapièce à coup de destins romanesques et de mots lointains.
Je fais promettre à Mona de ne rien dire. Maman pourrait trouver ça inutile voire dangereux. Elle dit souvent que les livres sont des illusions. Et même, l’apanage des fainéants. »

« Depuis quelque temps, j’essaie d’écrire comme les poètes donc j’emprunte les recueils à la bibliothèque de mon quartier. Des petits textes à moi cerclés de leurs mots à eux. Comme des ferments de l’âme. Roulis de mes frustrations du moment. De mes emphases aussi. Ce n’est sans doute pas toujours fameux, mais je crois que ma prose imparfaite recèle une beauté bien plus noble que celle de mon visage ou de mes seins. Les mots qui surgissent de nos profondeurs sont d’une beauté toute autre point de celle qui rendent différent. De celles qui réparent et qui sauvent. Qui me réparent. Qui me sauvent, peut-être. »

« Il m’entraîne vers le lit et me dépose sous les draps. Tout entier dédié à mon plaisir, il m’enlace. Flairant ses subtiles émanations, je sens monter des besoins que je n’avais plus ressentis depuis longtemps. Je les laisse perler.
Nos peaux emmêlées ne sont rien d’autre que celles de deux créatures animées par quelque chose d’ancien et de bouleversant. Ce n’est déjà plus une affaire de désir. Le désir, grandit, nous échappe, dérape. Naît autre chose. Une réminiscence d’amour. Une envie de faire revivre les corps des disparus, chacun se glissant dans la mémoire de l’autre.
De nos bouches et de nos doigts, nous pillons le moindre morceau de chair et la nuit n’est qu’un florilège de requêtes formulées dans un doux râle, comme autant de doléances entre nos appétits et nos souvenirs insatiables. »

 

 

Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir habité à Reims puis à Sydney, elle s’est installée comme enseignante près de Nice. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises.

Émotion, Suspense

Les Douleurs fantômes

de Mélissa Da Costa
Broché – 2 mars 2022
Éditions : Albin Michel

 

Rosalie, Gabriel, Tim, Anton et Ambre formaient un groupe d’amis soudé jusqu’à ce qu’un drame les éloigne les uns des autres. C’est pourtant un appel au secours qui, cinq ans après, va à nouveau les réunir. Entre silences amers et regrets, ces retrouvailles vont raviver leurs douleurs fantômes et bousculer leurs certitudes : mènent-ils vraiment la vie dont ils rêvaient ? Un rendez-vous à la croisée des chemins qui leur prouvera qu’on peut se perdre de vue, mais pas de cœur… Et qu’il n’est jamais trop tard pour changer de vie et être heureux.

“Mes personnages me surprennent et me font découvrir des états d’âme
ou des jeux relationnels auxquels je n’avais absolument pas pensé.
Ils me mènent à 100%, m’embarquent, me bousculent.”
Mélissa Da Costa

 

 

 

 

Moi qui étais depuis plusieurs années plutôt un lecteur de Polars, de thrillers, de romans historiques, et fantastique, je suis “revenu” il y a quelques mois à un “éventail” de lecture beaucoup plus large ! J’avais dans ma bibliothèque des romans que j’avais depuis plus de 10 ans et je trouvais dommage de ne pas les avoir lu. Je m’y suis mis et je le le regrette pas du tout. J’ai ainsi élargi mon “champ des possibles”, augmentant automatiquement ma PAL à venir…

“Les Douleurs fantômes”, suite directe de « Je revenais des autres », entre tout à fait dans ce type de lecture.
Très belle histoire, pleine d’émotions, de sourires, de souvenirs, d’amour et de disputes. Rebondissements assurés durant toute ma lecture, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer une seconde… J’ai partagé pleinement la vie d’Ambre, de Tim, d’Anton, Rosalie, Gabriel, Sophie… et tous les autres.
Un livre qui peut se lire séparément, mais ce serait dommage, je trouve.

À ce jour, j’ai lu tous les romans de Mélissa, et même si j’en aime certains plus que d’autres (c’est normal non ?), j’aime beaucoup sa plume, qui navigue entre tristesse et optimisme. Ces personnages sont toujours très attachants et ont cette particularité, qu’a un moment, j’ai l’impression de les connaître et automatiquement, je ressens une “sorte” de déchirure à la fin des récits, je les quitte alors avec tristesse et en même temps avec beaucoup joie de les savoir heureux.

Il est bien là, le talent d’écriture de Mélissa Da Costa, elle se laisse porter par son imagination.

Une fois les personnages posés, ce sont eux qui m’entraînent et me font découvrir le scénario au fur et à mesure. Tout d’un coup, par exemple, Ambre prend la décision d’inviter son rival Anton à aller boire un verre en tête-à-tête dans la boîte où ils allaient jadis… et je ne sais pas du tout ce qui va sortir de cette soirée.”

Vous ne l’avez jamais lue, vous êtes un (e) Lecteur (trice) ? Vous ne pourrez pas passer longtemps à côté de celle, qui en très peu de romans a su imposer un style, son style.
Mélissa n’a pas fini de m’émouvoir…
… Et c’est ce que j’attends de mes lectures !
Merci Mélissa.

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Extraits :

« Le téléphone portable se mit à vibrer sur la table de nuit, Ambre se réveilla en sursaut. À côté d’elle, elle sentit Marc remuer et marmonner dans son sommeil. Elle attrapa le téléphone avant que le vibreur ne le réveille totalement.
Même pas sept heures. Qui pouvait bien appeler aussi tôt ? Ce genre d’appel n’augurait jamais rien de bon. Lorsqu’elle vit le nom qui s’affichait sur l’écran, son inquiétude grandit, car cela faisait plus d’un an qu’elle n’avait pas eu de nouvelle de cette jeune femme dont elle avait été si proche. »

« Finalement, ils restèrent muets, debout l’un en face de l’autre, dans l’obscurité de la chambre, pendant près d’une minute. Luttant pour ne pas s’approcher davantage, luttant pour refouler toutes les images qui leur venaient en tête, Frontignan, leurs peaux moites sur les draps humides…
Ils ne firent pas un geste. Ils ne se frôlèrent même pas. »

« Elle tenta de se recompter un visage neutre, de calmer les battements de son cœur, mais la main de Tim avait laissé comme une brûlure sur sa peau. Impossible d’ignorer cette sensation. C’était comme si Tim tenait toujours sa main dans la sienne. Une sensation semblable aux douleurs fantômes, après une amputation. On sait que le membre n’est plus là et pourtant, on ressent toujours sa présence douloureuse. Au point d’en devenir fou. »

« Elle songea à Marc. Il était de ces personnes qui avaient peur de tout dans la vie mais, qui disaient “Je t’aime” sans problème, comme si ça pouvait les rassurer. Il disait aussi “ma chérie” ou “ma puce”. Elle, elle n’en avait jamais été capable. Elle ne disait : “Je t’aime” que si on lui disait et les “chéri” restaient immanquablement bloqués dans sa gorge.
Tim était comme elle. Il avait toujours trouvé ces petits noms ridicules et impersonnels. Il disait qu’il n’y avait rien de plus fort qu’un prénom et que c’était dommage d’enlever ça à une personne pour lui assigner un surnom usé à force d’être utilisé par des centaines et des centaines de couples. »

« Sophinette, je te mettrai en garde. Je te dirai comme c’est dommage compliqué, comme c’est douloureux, mais comme c’est beau à la fois. Elle respirait dans le cou de Tim et elle pensait : Sophinette, continue de sautiller, de chanter, continue de soigner tes poupées, continue de rire, de croiser les bras en boudant, continue de trouver tout si évident, de t’occuper du petit Tim’, d’aimer ton papa et de penser qu’il est le plus beau du monde, continue d’être la miniature de ta maman… elle est si géniale, c’est la femme la plus merveilleuse que j’aie rencontrée. Continue de croire au Père Noël, aux lutins, continue de porter des bracelets fluorescents, et même tes affreux colliers criards. Sophinette, tu as le temps de grandir… »

 

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.
Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

“Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade” (2017), sorti en librairie sous le “Tout le bleu du ciel” (2019), est son premier roman.
Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

“Je revenais des autres” (2017), et “Les Lendemains” (2020), sont portés par les libraires et salués par la presse, ils ont conquis plus d’un million de lecteurs.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/
https://leressentidejeanpaul.com/2022/04/18/les-lendemains/

“Les douleurs fantômes” (2022) est lauréat du Prix Babelio – littérature française 2022.

Psychologie

Marge brute

de Laurent Quintreau
Broché – 21 août 2006
Éditions : Denoël

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Et si l’enfer n’était plus dans l’au-delà mais dans l’état-major d’une multinationale ? Onze cadres prennent la parole autour d’une table lors d’un sacro-saint comité de direction. Onze voix composent ce roman à la manière des cercles de l’Enfer de Dante. Il y est question de dividendes, de restructuration et de licenciements. Mais aussi de l’intimité la plus triviale, des désirs les plus inavouables. Entre le quotidien minuté de la cadre mère de famille et l’hyper-violence autodestructrice de l’ex-chef d’entreprise, entre le cynisme dépravé du jeune branché et le désespoir glacé de la directrice du personnel, entre la perversion froide de la femme de pouvoir et les fantasmes libidineux du bellâtre bureaucrate, un seul point commun: chacun, du fond de sa frustration et même de sa folie, est en guerre contre tous les autres. Au centre de cette Divine Comédie, tel une sorte de Lucifer boursier, trône Rorty, le président, “nettoyeur aux mains propres, serial-killer au regard d’azur”. Marge brute est une charge hilarante et cruelle contre la jungle du business et ses névroses.

 

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Qui n’a jamais rêvé d’entendre les pensées des autres, c’est ce que nous propose Laurent Quintreau dans son roman “Marge brute”, et pas dans n’importe quelle situation, l’auteur nous fait entrer dans la tête de onze cadres lors d’une réunion d’un comité de direction, il sera question de dividendes, de restructuration, mais bien plus aussi, nous allons carrément entrer dans la tête de chacun de ces cadres, percevant ainsi toutes leurs pensées, même les plus personnelles, celles que nous avons toutes et tous eues à l’encontre de nos collègues, mais aussi des pensées qui sortent définitivement du cadre professionnel, des envies de meurtre pour certains ou certaines, envies sexuelles complètement débridées pour d’autres, il sera aussi question de rapport de forces, de hiérarchie, de licenciement, de démissions et bien d’autres choses encore, j’avoue avoir souri à de nombreuses occasions, cocasses ou farfelues, mais j’ai aussi eu envie de brutaliser, voire plus, ceux qui ne pensent qu’aux profits au détriment des valeurs amicales ou sociales quelles qu’elles soient dans le monde du travail, pour certains l’idée même du pouvoir est telle, qu’ils sont prêts à tout et Laurent nous fait dans son récit, un condensé, qui je pense doit être très proche de la réalité, d’ailleurs je me suis moi-même reconnu à certains moments… tout va vite les idées fusent, chacun étant le maître de son propre esprit, il n’y a pas d’hésitation, chaque idée est le reflet d’un ressenti à l’instant “T”, qui peut en quelques instants changer diamétralement en fonction du sujet, et Dieu sait s’il y en a, la lecture va très vite, on est porté, subjugué parfois, malgré le fait qu’il n’y ait aucun dialogue dans le récit, cela reste vraiment très rythmé, au point que j’ai eu du mal parfois à reprendre mon souffle, chaque idée, chaque action s’enchaînant à une vitesse folle, heureusement j’avais entamé ma lecture en me rendant sur mon lieu de travail, il a donc bien fallu que je stoppe en arrivant, mais j’ai une très “forte/fâcheuse” habitude, c’est que je ne stoppe jamais mes lectures avant d’arriver à la fin d’un chapitre, j’ai donc lu encore quelques pages avant de pouvoir faire ma “pause”… et c’est en reprenant mon livre le soir même en rentrant chez moi, que je me suis rendu compte que la phrase qui débutait le chapitre, ne commençait pas par une majuscule, elle était donc liée à la phrase d’avant, se trouvant à la fin du chapitre précédent, et c’est à ce moment-là que je me suis rendu compte, que… comme pour les idées qui émergent dans nos esprits, qui ne s’arrêtent jamais, la construction du récit était identique, Laurent, en plus d’une histoire qui nous tient vraiment en haleine, a réussit une prouesse supplémentaire en écrivant la totalité de son récit, qui se déroule sur 122 pages, avec “une seule phrase”, seules les virgules, les trois petits points, mais surtout les changements de chapitres, nous permettent de respirer, jamais je n’aurais cru cet exploit possible si je ne l’avais pas vu et lu par moi-même et ce qui est incroyable, c’est que cela fonctionne admirablement bien, la forme et le fond s’allient dans une même direction, car pour moi “sa phrase” a fait mouche et je suis bien content qu’un ami m’ait proposé ce livre à la littérature très différente, mais délicate, qui raconte une réunion, qui au demeurant aurait dû et pue être très insipide à n’importe quelle personne étrangère à l’entreprise, et pourtant j’ai eu l’impression d’être le spectateur d’une très bonne pièce de théâtre, et aujourd’hui, je n’ai qu’une hâte… notre prochaine réunion ?

« Marge Brute », un roman inclassable né du fruit de nombreuses observations et réflexions de l’auteur.
Qui ne se reconnaîtra pas dans ce récit ?
Personnellement, j’ai passé un très bon moment, et pour un premier roman, c’est vraiment une belle réussite…
Bravo Laurent Quintreau !

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Extraits :

« … Rorty répète à quel point il est important que les managers présents ici se sentent impliqués dans le fonctionnement de l’entreprise, une entreprise qui a réalisé une excellente année avec une marge opérationnelle de plus de quinze pour cent au dernier trimestre mais qui doit, plus que jamais, confirmer cette progression, ce n’est pas le moment de baisser la garde, nous devons faire toujours plus, toujours mieux, j’ai bien peur, grimace finement Rorty, que nous soyons tous condamnés à l’excellence, plusieurs personnes sourient, Pujol ricane, la Brémont se tortille sur son siège, Castiglione prend un air entendu, ses petits yeux enfoncés et son nez pointu lui donnent un air de renarde rusée,… »

« … Rorty parle à Françoise, elle a un mois pour engager une procédure de licenciement à l’encontre des salariés les moins productifs de son service, elle proteste, elle ne comprend pas, tout le monde travaille au moins dix heures par jour, les dossiers sont traités en flux tendu, elle n’a jamais payé ses collaborateurs à ne rien faire, de Vals ondule de la tête, il voudrait nous faire bénéficier de son expérience sur le dossier stagiaires, il évoque de nouveaux venus de son équipe, deux jeunes diplômés frais émoulus d’écoles supérieures de commerce de je ne sais plus quelle ville de province, Reims, Nantes ou Poitiers qui abattent un travail phénoménal, ils restent parfois jusqu’à minuit et ne se plaignent jamais,… »

« … j’ai les poumons en feu, je vais tousser, trois paquets par jour, bon score, excellent score, mon cher Richard, vous êtes en train de battre votre propre record, fumer tue, fumer réduit la fertilité, fumer rend impuissant, fumer provoque des maladies graves, pauvres cons, quand bien même vous vous prémunirez contre le cancer du fumeur, vous ne pourrez jamais ordonner à un nuage radioactif de s’arrêter à vos frontières ou à une fibre d’amiante de reculer devant vos poumons, ni au plomb, ni au mercure, ni aux émanations mortelles des revêtements en polytétrafluoréthylène des poêles à frire de vous éviter, ni aux pesticides, ni aux particules allergogènes et cancérigènes des matériaux composites, ni au solvant, ni aux molécules de dichlorodiphényltrichloréthane, de diphényles polychlorés, d’ignifuges phtalates et de composés perfluorés détectés dans le sang de trente-neuf députés britanniques de vous ignorer, vous, tout ça parce que vous ne voulez pas mourir d’un cancer,… »

« … qu’est-ce que je fiche ici, entouré de tous ces fous authentiques, pourquoi ne font-ils participer à leur comité stratégique, je n’ai même pas fini ma période d’essai, tant mieux, je peux partir sans donner de préavis, il est peut-être encore temps de le faire, je savais que le monde de l’entreprise était dur mais à ce point, quand je vois cet empilement d’insatisfactions, de souffrances, de ressentiment et de volonté de puissance ubuesque j’ai envie de prendre mes jambes à mon cou, partir pour ne plus jamais revenir, je suis venu ici pour manager des équipes, pas pour licencier des salariés que je ne connais même pas, c’est pourtant la seule chose qui les intéresse, alléger la masse salariale, diminuer les charges, ils n’ont que ce mot à la bouche,… »

 

 

Laurent Quintreau, qui fut l’un des membres fondateurs de la revue Perpendiculaire, réalise régulièrement des performances en art contemporain. Créatif pour l’agence de publicité Publicis, il revendique haut et fort son activité de syndicaliste. Il s’inspire du monde du travail, de son expérience des comités de direction et de l’hypocrisie qui règne dans les hautes sphères d’une grande entreprise pour publier en 2006 le roman “Marge brute”. En 2009, Laurent Quintreau signe “Mandalas”, un ouvrage à la croisé des mondes, qui fait se côtoyer l’univers des cadres sup’ et la sagesse des moines tibétains…

Drame, Fantastique, Thriller

Émersion**

de Michael Fenris
Broché – 7 octobre 2021
Éditions : Les Nouveaux Auteurs

Personne n’y croit mais Jedediah Lafkin en est convaincu, sa ville natale, Hope Falls, a bien été détruite par une tempête de feuilles, les esprits de la nature ont puni ceux qui ne la respectaient pas. Depuis Jedediah n’est plus que l’ombre de lui-même. Interné contre son gré dans un hôpital psychiatrique, gavé de médicaments destinés à lui faire perdre la mémoire, il ne se souvient plus de son identité. L’instigateur n’est autre que le sénateur Maccallan, l’homme qui a failli devenir son beau-père, et qui lui voue une haine féroce depuis la mort accidentelle de sa fille Barbara. Alors que Jed croupit dans sa cellule, victime des brimades répétées de certains membres du personnel, une mystérieuse inconnue lui fait discrètement passer un message. La carte postale d’Hope Falls l’avertit : le cauchemar recommence, cette fois à bien plus grande échelle. Alors que l’invasion de feuilles se prépare à frapper Manhattan le jour d’une conférence sur le climat à l’ONU, Jed s’échappe de l’hôpital, et il sait qu’il va devoir affronter la pire de ses terreurs : la feuille d’érable rouge et tout ce qu’elle représente.

“ Un thriller palpitant qui nous tient en haleine
de la première à la dernière page.”

Femme Actuelle

 

 

Dès ma dernière ligne sur le roman “Feuilles”, j’ai tout de suite enchaîné avec “Émersion” !
Il me fallait absolument connaître le dénouement du combat engagé par Jedediah…
Et quelle fut ma surprise…

J’avais tellement aimé “Feuilles”…
Au bout de quelques pages de ma nouvelle lecture, je me suis finalement rendu compte que, “Feuilles” n’avait été qu’une “ébauche”, un premier pas vers cette suite incroyable et surprenante !

Pour tous ceux qui ont lu le premier volet, n’essayez surtout pas d’anticiper ou de deviner cette suite que je tiens encore entre mes mains, vous ne feriez que perdre votre temps !
Il ma été impossible de la lâcher. Il a fallu que je la lise d’une traite, je ne pouvais pas faire autrement. En effet, Michaël a composé son récit de telle sorte que, plus on avance dans l’intrigue et plus l’histoire va crescendo, c’est malin. C’est efficace. Et cela ne s’arrêtera qu’à la dernière page, la dernière ligne même, qui je dois le dire m’a complètement

Et puis non, finalement je ne le vous dirai pas !

Vous ne savez pas ce qui vous reste à faire ?
Faites-moi confiance, vous ne le regretterez en aucun cas. Je dirai même plus… Vous risquez même de me remercier !
Mais celui qu’il faudra remercier c’est bien Michaël Fenris, car sans lui, vous ne liriez pas mes mots.

Après un début très personnel je trouve, sur les fissures et les “erreurs” commises par notre héros, qui va ainsi pendant plusieurs années rester caché derrière ses doutes et ses peurs bien malgré lui d’ailleurs, Jedediah décide enfin de reprendre son destin en main et d’affronter la nature qui se venge des humains qui ne la respectent plus, et ce de plus en plus. Dès lors, le scénario vire à 90° et à partir de là tremblez…
Le cauchemar recommence, mais cette fois, la nature s’attaque à Manhattan puis se seront toutes les grandes villes du monde qui très vite vont se trouver prises au piège.

J’ai adoré ce thriller fantastique et cette écriture si pointue.
C’est pour moi une vraie et belle réussite, c’est même un nouveau gros coup de cœur !
“Émersion” mériterait non seulement que l’auteur soit davantage connu pour une diffusion beaucoup plus large, mais aussi une adaptation cinématographique digne des plus grands réalisateurs.

Vous savez, je n’avais pas fais attention à toutes ces feuilles qui sont déjà par terre depuis quelques jours et qui se déplacent lentement avec avec le vent…

Et vous ?

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Extraits :

« J’avais eu tort d’interrompre trop tôt son traitement sous prétexte qu’il m’assommait et m’empêchait d’avoir les idées claires. Il m’évitait surtout d’avoir des hallucinations. La feuille d’érable rouge avait disparu en même temps que ma ville natale, et si je n’avais pas trouvé la mort là-bas, ce n’était pas pour périr ici. Presque rasséréné à cette idée, je m’apprêtai à m’installer dans le salon lorsque le téléphone se mit à sonner. Aucun numéro ne s’afficha sur l’écran numérique. Je décrochai, m’attendant à une erreur, mais la voix féminine à l’autre bout du fil me prouva le contraire :
– Vous êtes Jedediah Lafkin ? »

« La douche acheva de réveiller mon corps, pas mon esprit. Je me traînai vers la table, m’assis et attendis, l’œil rivé sur la pendulette fixée au mur. Un truc moche, en plastique orange, auquel le créateur pour faire bonne mesure avait ajouté une citation en italique : Sed fugit interea, fugit irreparabile tempus, singula dum capti circumvectamur amore*. Virgil. le datomètre indiquait deux chiffres : 18. De quel mois, je l’ignorais. »

« Quelque chose monta en moi, de très loin. Une vague intérieur immense, un tsunami de souvenirs qui afflua en forçant les ultimes barrages que mon cerveau avait dressés, volontairement ou non. Le col fut si violent que je me cabrai, basculai en arrière et me roulai sur le sol, en proie à ce qui ressemblait à une convulsion. Je clignai des yeux, mes dents claquèrent, je me mordis la langue, le sang chaud coula de ma bouche et se mêla à celui de mes narines. C’était comme se noyer. »

« Je sais que c’est difficile à croire, mais il faut partir du principe que la nature est régie par une force du bien. Elle ne demande que de vivre en bonne intelligence avec l’Homme. Depuis des centaines d’années, nous l’avons meurtrie, martyrisée, détruite pour notre seule satisfaction égoïste, nous avons multiplié les constructions, arraché au sol des millions d’hectares… Alors aujourd’hui, la nature se venge. »

* Mais en attendant, il fuit : le temps fuit sans retour, tandis que nous errons, prisonniers de notre amour du détail. 

 

 

Michael Fenris est né le 03 mai 1968, d’origine lorraine, où il garde de profonds attachements avec la ville de Nancy, et installé professionnellement comme médecin en région parisienne depuis 2002.

Passionné par la lecture et l’écriture, il entasse pendant plus de trente ans des pages manuscrites dans des cartons, mais ce n’est qu’en 2015 qu’il décide de franchir le cap en proposant ses premiers manuscrits aux Éditions Prisma.

Sont respectivement sortis :

  • Chez Prisma : Feuilles en 2015, le Syndrome Noah en 2016, Thérianthrope en 2018, L’île en 2019, Déviation en 2020 et Émersion en 2021.
  • Chez Evidence : Neige, Whistlers, Horizons Funèbres et le Fétichiste.
  • Chez Eaux Troubles : Diamants sur Macchabées (reprise d’un auto édité) et Vengeance sur Pellicule.
  • En autoédition : Aaverhelyon, Diamants sur Macchabées 1° version et les 7.

En parallèle il développe les aventures de Don et de Luc Dassaut sous un autre nom, et travaille au scénario de plusieurs BD.

Michaël Fenris – Feuilles*
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/17/feuilles/

 

Fantastique, Thriller

Feuilles*

de Michael Fenris
Broché – 7 octobre 2021
Éditions : Les Nouveaux Auteurs

À Hope Falls, petite ville américaine isolée au milieu d’une immense forêt, près de la frontière canadienne et des anciens territoires algonquins, tout est régi par Vernon Krueger. Maire, directeur de la plus grosse scierie de la région et propriétaire de la moitié de la ville, cet homme peu scrupuleux n’hésite pas à déforester sans aucune considération pour la nature environnante. Jed, son bras droit, cautionne de moins en moins ses pratiques douteuses, et tente vainement de préserver la forêt. Un phénomène étrange se produit alors : les feuilles des arbres commencent à tomber et, portées par un vent inhabituel, envahissent sans fin la ville, jusqu’à la recouvrir dangereusement. L’inquiétude s’empare peu à peu des habitants coupés du monde par ces murs de feuilles mortes et la tempête, à mesure qu’ils perdent tout contrôle sur des événements de moins en moins naturels. Tandis que l’angoisse grandit et que les habitants de Hope Falls plongent dans un véritable enfer auquel ils vont devoir survivre coûte que coûte, secrets enfouis et véritables caractères se révèlent au plus mauvais moment. Jed prend la tête des équipes de secours, mais bientôt il devra accepter l’incroyable et se résoudre à suivre ses intuitions…

 

 

Cela faisait un moment que “Feuilles”, premier roman de Michael Fenris me narguait. Dans les Fnac, chez ma libraire, sur FaceBook et dernièrement sur divers messages relayés par mon téléphone !

J’avais beau me retenir… je ne suis qu’un humain, et finalement, j’ai craqué !
Il va falloir que j’aie, deux trois mots avec les auteurs.
Si cela continue comme ça, c’est sûr, un déménagement s’impose !!!
Où vais-je continuer à ranger mes livres ?…

J’ai donc effectivement tardé sur cette lecture, mais je n’en apprécie pas moins la qualité. Écriture prenante, fluide et rapide, Michael a du répondant. Les personnages mêmes semblent vivants à travers la lecture. À plusieurs reprises, je me suis demandé si l’auteur était américain, tant les scènes sont justes et découlent naturellement. Mais ouf ! Honneur sauf, Michaël est bien de chez nous !

On ne peut pas s’empêcher de ressentir les influences d’au-delà du pacifique. Dans les décors, dans la mise en place de l’intrigue, un petit coté “Stephen King” aussi, dans la montée de l’intrigue et une “bande son” que je n’ai pu m’empêcher d’écouter pendant ma lecture… J’ai trouvé l’écriture très intelligente aussi ! Quelques petits détails, glissés ici et là, l’air de rien, ni vu ni connu pour ferrer le lecteur. On ne me la fait pas à moi !!!

Imaginez… c’est l’automne. La petite ville canadienne d’Hope Falls perdue au milieu des forêts. Vernon Krueger est un “sale” patron. Tout le monde le hait, personne n’ose le dire. Il a construit sa fortune dans la coupe des arbres et l’industrie du bois. Ses seuls moteurs, l’argent et son Ego. Le plaisir de donner des ordres qui ne seront jamais remis en cause, l’argent qui s’amasse, la population qui le craint et baisse les yeux. Il agit en despote, et ignore délibérément la loi. Il tient “sa” ville entre les mains. La plupart des emplois dépendent de lui. Il règne en maître absolu. Mais s’il n’y avait que ça… Un matin, deux inspecteurs de l’EPA (Environnemental Protection Agency) débarquent en ville pour un contrôle suite aux coupes arboricoles drastiques du ”tyran“. Mais ce qu’ils vont découvrir ira bien au-delà de ce à quoi ils s’attendaient !

Imaginez… une forêt de plus en plus appauvrie, des hectares dévastés… D’étranges événements sont signalés tout autour de la petite ville. Des feuilles d’arbres qui s’éparpillent, se déplacent, se forment en tas de plus en plus gros, créant des murs de plus en plus haut, recouvrant chaque rue, détériorant les installations électriques, puis téléphoniques, très vite la ville est complètement isolée du reste du monde…
La forêt a décidé de se rebeller, de se venger même de tout ce qu’elle a subi…

Imaginez… une nature qui se vengerait et reprendrait ses droits !

Un très bon thriller fantastique, qui vient soudain percuter et presque détrôner l’enquête policière en cours !
Un récit très original, qui m’a tenu éveillé jusqu’à la dernière ligne.
L’homme face à la nature, ou l’homme face à son destin ?
Imaginez… Et si ce cauchemar n’était que le début d’une nouvelle ère ?

Un premier roman qui force le respect. Dynamique et intelligent !
Michael Fenris, un nouvel auteur à suivre…

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Extraits :

« Dans mes souvenirs, pour peu qu’ils fussent encore clairs, tout débuta avec l’arrivée de l’automne, et la mort de l’ancien vétéran Milton Hoggs.
Je n’avais jamais aimé l’automne, je détestais même cette saison. Peut-être pas autant que Milton Hoggs… Mais personne ne pouvait sentir ce type, ses manières brutales vis-à-vis des Indiens de la région, sa façon de tout braconner, sa tendance à la destruction gratuite. »

« – En quoi le fait d’être une femme serait un handicap, demandai-je.
– Réveillez-vous Lafkin !, répondit-elle. Nous vivons dans un monde d’hommes, fait par et pour les hommes. Même à notre siècle des types comme Krueger, Lockwood ou Dolbert pensent encore que les femmes ne seront jamais leurs égales. Vous avez vu l’attitude de votre patron à mon égard ? Et son avocat n’est pas en reste.

Deux ordures, murmurai-je pour moi, mais elle entendit et me fixa d’un air interrogateur. »

« Nous nous assîmes en bordure de terrasse, pour profiter des dernières lumières naturelles de l’après-midi et des reflets de la rivière qui coulait un peu plus loin. Montant de la forêt, la brume s’élevait peu à peu et donnait l’impression que les troncs n’étaient plus solidaires du sol, mais flottaient librement dans l’espace. Dans le silence environnant, à peine troublé par le bruit des voitures dans la rue et celui plus ténu des engins forestiers plus éloignés, on aurait presque pu entendre le murmure de l’eau cheminant entre les galets polis. Tout aurait été parfait sans cette absence de vie animale et cette odeur de renfermé. »

« C’est à ce moment que je la vis. La feuille d’érable rouge sang, comme un avertissement brillant sous le soleil matinal. Un danger ou une interdiction. Elle semblait m’avoir suivie depuis la scierie pour se reposer sur le monticule, étalée devant moi. À travers le pare-brise du GMC, je distinguais sa découpe régulière, son limbe bordé de petites dents, son pétiole recourbé tel un dard de scorpion, ses nervures dont la couleur plus sombre me fit penser à des vaisseaux sanguins. Il émanait d’elle une sorte de vibration intermittente, régulière, qui la secouait à chaque fois que je posais les yeux sur elle. »

 

 

Michael Fenris est né le 03 mai 1968, d’origine lorraine, où il garde de profonds attachements avec la ville de Nancy, et installé professionnellement comme médecin en région parisienne depuis 2002.

Passionné par la lecture et l’écriture, il entasse pendant plus de trente ans des pages manuscrites dans des cartons, mais ce n’est qu’en 2015 qu’il décide de franchir le cap en proposant ses premiers manuscrits aux Éditions Prisma.

Sont respectivement sortis :
– Chez Prisma : Feuilles en 2015, le Syndrome Noah en 2016, Thérianthrope en 2018, L’île en 2019, Déviation en 2020 et Émersion en 2021.
– Chez Evidence : Neige, Whistlers, Horizons Funèbres et le Fétichiste.
– Chez Eaux Troubles : Diamants sur Macchabées (reprise d’un auto édité) et Vengeance sur Pellicule.
– En autoédition : Aaverhelyon, Diamants sur Macchabées 1° version et les 7.

En parallèle il développe les aventures de Don et de Luc Dassaut sous un autre nom, et travaille au scénario de plusieurs BD.

Anticipation, Drame, Dystopie, Sciences

Le dernier homme

de Margaret Atwood
Poche – 4 octobre 2007
Éditions : 10 x 18

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Un monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain… Un monde dévasté à la suite d’une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l’ensemble de l’humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d’Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d’étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d’”humains“ programmés pour n’être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d’y perdre son âme…

Une magnifique histoire d’amour et d’amitié dans un roman d’anticipation qui tient aussi du thriller et de la satire politique. (…) Intelligent, haletant, émouvant.
Daphné de Saint Sauveur, Madame Figaro

 

Couv_069_Atwood Margaret - Le dernier homme

 

Margaret Atwood nous plonge dans un monde contaminé par des virus créés artificiellement par des scientifique fous, un monde où les manipulations génétiques sont devenues une source de revenu mondiale qui régulièrement dépasse toutes les limites de la moralité…
Les virus sont ainsi utilisés dans l’alimentation, pour maigrir, pour grossir, être plus beau, plus intelligent, partout où cela peut rapporter de l’argent. Et, en parallèle, les scientifiques stockent bien précieusement les antidotes qu’ils utiliseront, en cas de défaillance, avec parcimonie afin de pouvoir faire monter les prix.

Bienvenue dans ce qui pourrait devenir notre futur…

J’avoue, malgré la profondeur globale qui se dégage du récit, avoir eu du mal à entrer dedans et à en percevoir toutes les subtilités.
Peut-être parce que “Le Dernier Homme” est un roman qui évolue dans un futur trop proche du notre et qui pourrait finalement devenir notre présent ?

La science propose un monde au confort moderne, plus de pénuries alimentaires (la viande et les légumes sont créés en labo.), les villes sont découpées en quartiers riches, les Compounds et en bidonvilles les Plebezones, et gare à ceux qui cherchent à traverser les frontières sans autorisations, car la police qui est devenue privée veille sur ses bons citoyens.

Mais tout ne se passera pas comme prévu… À force de vouloir se prendre pour Dieu, la science va créer une catastrophe mondiale.

Un récit trop long à démarrer, trop de descriptions n’ayant aucun rapport avec la trame principale, des allusions au sexe beaucoup trop fréquentes pour ce genre de récit, qui pour moi n’amènent rien, pédophilie, pornographie, etc. Pourquoi ? C’est long, ça manque de rythme. Margaret Atwood m’avait habitué à bien mieux !

Premier tome d’une trilogie, “Le dernier homme”, malgré certains passage vraiment très intéressant, ne m’a pas convaincu…
Dommage.

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Extraits :

« Quelques mois avant l’apparition de la disparition de la mère de Jimmy, Crake fit son apparition. Les deux événements se produisirent la même année. Quel était le rapport ? Il n’y en avait aucun, sinon que Crake et sa mère donnaient l’impression de bien s’entendre. Crake faisait partie des rares amis de Jimmy qui plaisaient à sa mère. Dans l’ensemble, elle trouvait que les copains de Jimmy étaient des gamins et ses copines des nunuche ou des salopes. Elle n’utilisait jamais ces termes-là, mais on devinait ce qu’elle pensait.
Crake, lui, était différent. Selon elle, il ressemblait plus à un adulte ; en fait, il était plus adulte que des tas d’adultes. »

« Enveloppé dans son drap en lambeaux, Snowman est assis, le dos voûté, à la lisière des arbres, là où les herbes, les vesces et les sargasses se fondent dans le sable. Maintenant, qu’il fait plus frais, il se sent moins abattu. Et puis il a faim. C’est un truc qui a du bon : ça permet au moins de savoir qu’on est encore vivant. »

« Il est neuf heures du matin, au soleil, quand Snowman quitte le chemin du Poisson pour s’enfoncer dans l’intérieur des terres. Dès l’instant que la brise marine n’arrive plus jusqu’à lui, l’humidité monte en flèche et elle attire un cercle de minuscules mouches vertes, très voraces. Il est pieds nus – voilà un moment que ses chaussures se sont désagrégées et, de toute façon elles étaient trop chaudes et trop humides – mais il n’en a plus besoin, il a la plante des pieds aussi dure que du vieux caoutchouc. Pourtant, il avance prudemment : il pourrait y avoir du verre brisé, du métal coupant. Ou encore des serpents ou tout autre saleté susceptible de lui infliger une méchante morsure et il ne possède aucune arme, à part son bâton. »

« Plus ça allait, moins il se sentait bien dans sa peau. Même le sexe n’était plus ce qu’il avait été, alors qu’il s’y sentait toujours aussi accro. Il avait l’impression que sa bite se baladait, comme si le reste de sa personne ne représentait qu’un pénis insignifiant qui s’y serait trouvé attaché. Peut-être que cette affaire aurait été plus épanouie s’il l’avait laissée vagabonder à sa guise.
Les soirs où pas une seule de ses maîtresses n’avait réussi à mentir suffisamment bien à son mari ou tout comme pour pouvoir passer du temps avec lui, il allait voir un film au centre commercial, juste pour se convaincre qu’il faisait partie d’un groupe. Ou bien, il regardait les nouvelles : toujours plus de fléaux, de famines, d’inondations, d’insectes, de microbes ou de petits mammifères, de sécheresse, de guerres minables menées par des enfants-soldats dans des pays lointains. Pourquoi tout se ressemblait-il tant ? »

Histoire

Les Mots immigrés

de Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini
Broché – Illustré, 2 février 2022
Éditions : Stock

À l’heure où revient le débat sur l’identité, avec des opinons opposées de plus en en plus violentes, Erik Orsenna a voulu, par la voie du conte commencée avec sa Grammaire est une chanson douce, raconter l’histoire de la langue française. Pour une telle ambition, le savoir lui manquait. Bernard Cerquiglini, l’un de nos plus grands linguistes et son ami de longue date, a bien voulu lui apporter ses lumières aussi incontestées que malicieuses.
Et nous voilà partis, deux millénaires en arrière, chez nos ancêtres les Gaulois dont les mots sont bientôt mêlés de latin, puis de germain. Avant l’arrivée de mots arabes, italiens, anglais… Un métissage permanent où chaque langue s’enrichit d’apports mutuels.
Jusqu’à ce que déferle une vague de vocables dominateurs nés de la mondialisation économique et inventés pour son service. Ce globish aura-t-il raison de la diversité linguistique, aussi nécessaire à nos vies que cette biodiversité dont nous avons appris à reconnaître l’importance capitale, et la fragilité ?
Et si les mots immigrés, c’est à dire la quasi-totalité des mots de notre langue, s’ils décidaient de se mettre un beau jour en grève ? Ce jour-là, les apôtres de cette illusoire pureté nationale deviendraient muets. Il n’est pas interdit d’en rêver…

 

 

Une amie m’a prêté ce livre/dictionnaire/conte???, sur la langue française.
J’ai adoré…

C’est exactement le type de livres où je me sens bien. Un livre avec des mots !
Je vous fais sourire ?
Vous allez comprendre…

Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini nous instruisent à l’aide d’un scénario complètement fou et original sur l’origine de celle qui est pour moi la plus belle langue au monde (peut-être d’ailleurs, parce que c’est la mienne ?) !
Quoi qu’il en soit, les deux auteurs nous emmènent à travers une histoire dingue, vers l’origine de la langue française telle que nous la connaissons aujourd’hui, même si chaque jour, elle change un peu !

Nous sommes au second tour des élections.
Tous les Français sont penchés devant leur écran de télévision et se demandent lequel des deux finalistes l’emportera ! Ils attendent de savoir à quelle sauce ils vont être mangés !
Ce soir pour les candidats, il s’agît de trouver les mots justes, les mots qui feront pencher la balance du bon côté.
Et dans ce genre de duel à mort, on a beau croire à l’intelligence des idées, ce sont les mots qui comptent, la force et la simplicité des mots. À ce jeu-là, la “blonde” candidate de la droite extrême est une experte. Face à elle, son adversaire baisse un peu la tête, il écoute, il attend son tour. En dépit de son jeune âge, lui aussi connaît la vie. Il a l’envie du pouvoir et veut régner sur son pays ! Il ne se laissera pas faire… Surtout depuis la gifle qu’il a reçu en public la semaine précédente. Il attend patiemment l’arrivée de l’estocade finale, pour la balayer d’un revers bien lancé… Au moment où elle s’enivrait déjà du goût du sang, au moment où il se tenait prêt à lancer son ultime et décisive attaque… elle stoppe net, comme paralysée, la bouche entrouverte et les yeux hagard qui ne reflètent qu’une extrême surprise !
Et soudain, c’est le silence.
Dès lors, plus un mots ne sortira de sa bouche, et ce, jusqu’à nouvel ordre…

Ainsi l’a décidé Indigo.
Il n’en pouvait plus de ce verbiage, véritable pugilat verbal qui insultait toutes les personnes venues d’ailleurs et toutes celles ayant un minimum d’esprit…
C’est à ce moment-là que les mots immigrés ont décidé de se révolter.
Mais qui est donc Indigo ?

Comment ne pas s’incliner devant cette histoire incroyable et loufoque. J’ai pris énormément de plaisir à sa lecture, et j’aurais tellement aimé le lire plus tôt ! Que de surprises au fur et à mesure où je tournais les pages… Ma curiosité concernant l’apport de mots étrangers dans “MA” langue, plus qu’intriguée, a été titillée et m’a donnée vraiment l’envie de me replonger, dès que possible vers l’origine d’une langue qui finalement n’est pas si « française » que ça !

Attention ! Ce n’est pas un livre à proprement parler, historique, ni linguistique.
C’est un ouvrage très plaisant, qui pourrait donner envie à de nombreux lecteurs de se poser, comme moi, des questions sur l’évolution des langues, quelles qu’elles soient… D’ailleurs, un minimum d’humour est même recommandé !
Car oui. On peut tout à fait mélanger plaisir, humour et érudition.

Un grand merci à Erik Orsenna et Bernard Cerquiglini, pour cette nouvelle porte ouverte…

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Extraits :

« Quelle catastrophe avait donc frappé notre France ? Ce soir-là, le pays était vide.
Sans prévenir, une bombe était-elle tombée, de celles qu’on appelle “à neutrons” parce qu’elles tuent les êtres humains, mais laissent debout les villes ? Une pandémie brutale nous avait-elle frappés ? Mais alors, où étaient passés les cadavres ?
Plus personne dans les champs.
Plus personne dans les rues.
Pas même une voiture de police ou un couple d’amoureux. »

« La procédure électorale était gelée pour deux semaines (en d’autres termes plus clairs, on retardait d’autant le vote).
Les jours ainsi libérés allaient permettre de rendre hommage aux vagues successives de mots immigrés qui avaient contribué à bâtir ce chef-d’œuvre qui a pour nom “langue française”. »

« Mes chères téléspectatrices, mes chers téléspectateurs, au XVIe siècle la langue française s’était joyeusement italianisée, nous l’avons vu hier ; au XVIIe, elle s’est… francisée. Comme si, après avoir avalé beaucoup de mots étrangers, il lui fallait digérer. Au lieu d’emprunter, on se préoccupa de purifier la langue. »

« – Alors pourquoi, mais pourquoi, vous, Français , ne parlez-vous plus français ? Pourquoi renoncer à vos mots ? Vous savez que vous êtes ridicules ? “L’équipe de direction, qui travaille en espace ouvert, a confié la légende de l’entreprise à un laboratoire d’idée.” C’est clair non ? Tout le monde comprend. Alors pourquoi ce galimatias : le Staff du manager, qui coworke en open space, a confié le storytelling à un think tank ? »

 

 

Erik Orsenna est l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt 1988), de Longtemps, de Madame Bâ et de Mali, ô Mali. Il a aussi écrit des petits précis de mondialisation, dont Cochons. Voyage aux pays du Vivant (2020), et des biographies, dont La Fontaine, une école buissonnière (2017), Beaumarchais, un aventurier de la liberté (2019) et La Passion de la fraternité, Beethoven (2021). On lui doit également cinq contes célébrant la langue française dont La grammaire est une chanson douce (2001).

Linguiste et membre de l’Oulipo, Bernard Cerquiglini a exercé de nombreuses fonctions au ministère de l’Éducation nationale et au Conseil supérieur de la langue française. Il est l’auteur d’une dizaine d’ouvrages, dont Le Ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms (Seuil, 2018) ou Un participe qui ne passe pas (Seuil, 2021).

Drame, Histoire

Les Amazones***

de Jim Fergus
Poche – 3 septembre 2020
Éditions : Pocket

Elles étaient mille femmes blanches, troquées jadis par le chef Little Wolf contre autant de chevaux. Après la bataille de Little Big Horn, quelques survivantes décident de prendre les armes contre l’État américain, accapareur de terres et massacreur d’une culture séculaire. Cette tribu fantôme d’amazones, guerrières indomptables, insoumises et rebelles, va passer dans la clandestinité pour livrer une bataille implacable, qui se poursuivra de génération en génération…

 

 

Voilà, c’est fini pour la suite et fin de cette trilogie passionnante chez les Indiens d’Amérique du Nord.

C’est triste, c’est beau et passionnant à la fois.
Alors, oui, ce tome est peut-être moins “riche” que les deux précédents, mais personnellement, l’apport de la “magie” dans ce dernier volet m’a beaucoup plu… Encore une fois, j’ai aimé voyager dans ces contrées sauvages et encore vierges de toute civilisation, avant l’arrivée de l’Homme blanc et de sa main mise sur tout !

Jon, nouveau propriétaire et rédacteur en chef de “Chitown », un magazine de Chicago, récupère de nouveaux carnets qui ont été transmis sur plusieurs générations de mères en filles, et ce, jusqu’à nos jours.
Témoignage bouleversant d’une époque révolue, où la lutte était continuelle. Les “Cœur vaillant”, mélange de femmes, blanches et d’Indiennes sont les nouvelles amazones. Des femmes guerrières qui pour le bien du Peuple, ont décidé de se faire justice, n’hésitant pas à tuer pour se venger si nécessaire… à travers les générations…

Jim Fergus clôt sa trilogie.
Il a rendu un superbe hommage à la culture et au mode de vie des Indiens d’Amérique et surtout à toutes ces femmes conquérantes et libres…
May, Molly, Phemie et toutes les autres, allez me manquer.
Mais je sais qu’elles ne sont pas loin.
Elles sont là, elles veillent sur leurs descendants, de leur “monde”, où elles vivent désormais à jamais en paix…

Une magnifique trilogie !

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Extraits :

« – J’aimerais connaître la fin de l’histoire pour la publier intégralement.
Je crains que cela ne soit pas possible, Jon, pour l’instant.
Pourquoi ?
Parce que la suite contient des secrets tribaux, qui sont sacrés, et parce que vous être blanc. Chaque fois que les vôtres ont touché une chose qui nous appartenait, ils l’ont volée ou détruite, alors nous devons protéger ce qui reste. »

« Jadis, bien sûr, les tribus avaient toutes différents noms pour s’appeler elles-mêmes et entre elles – des noms qui ont évolué au fil du temps. Nous autres Cheyennes étions des Tsistsistas, ce qui, dans notre langue, signifie les humains, à distinguer des ours, des bisons, des oiseaux, des poissons, des chevaux, etc. Un nom humble et sans prétention qui sous-entend que nous faisons partie du monde animal, sans pour autant nous estimer meilleurs ni supérieurs – juste différents. »

« Toutes les religions semblent être organisées au bénéfice du sexe masculin, avec pour conséquence que les femmes sont reléguées au second plan : elles accouchent, élèvent les enfants, s’occupent des corvées. Voilà pourquoi je me méfie des religions, celles des Indiens y compris. En outre, ai-je fait remarquer à l’aumônier, aussi chrétien et admirable soit le refus de la violence dont il est partisan, cette attitude s’accorde mal aux réalités de notre existence ici. »

« Ton peuple a massacré les bisons des plaines. Nous entions réduits à manger nos chevaux et le bœuf que l’État expédiait dans les réserves. Bien souvent de la viande pourrie, d’ailleurs. C’est à cette époque que nous avons commencé à tomber malades, physiquement et mentalement. Nous avions coexisté avec les bisons pendant plus d’un millénaire. Nous dépendions d’eux pour tout, c’était un véritable mode de vie. Nous les considérions comme nos frères. Pas seulement des frères : nos frères. Ils faisaient partie de la famille. »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

Mille femmes blanches – Tome 1
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/29/mille-femmes-blanches/

La vengeance des mères – Tome 2
https://leressentidejeanpaul.com/2022/08/03/la-vengeance-des-meres/

Émotion, Drame, Histoire

La vengeance des mères**

de Jim Fergus
Poche – 21 septembre 2017
Éditions : Pocket

 

En dépit de tous les traités, la tribu du chef cheyenne Little Wolf, qui avait échangé mille chevaux contre mille femmes blanches pour les marier à ses guerriers, ne tarde pas à être exterminée par l’armée américaine. Quelques femmes blanches seulement échappent à ce massacre. Parmi elles, deux sœurs, Margaret et Susan Kelly. Prêtes à tout pour venger la mort de leurs enfants, elles décident de prendre le parti du peuple indien et vont se lancer à corps perdu dans une lutte désespérée pour leur survie…

“Jim Fergus compose une épopée grandiose mais surtout émouvante et charnelle à travers ces sacrées héroïnes, courageuses et magiciennes.”
LiRE

“Deux voix, mais une seule écriture, légère, énergique, à la fois enjouée et grave, et de sublimes portraits de femmes. On a bien fait de patienter.”
L’Expres

 

 

Ayant été entraîné par le magnifique premier volet, j’ai enchaîné de suite avec le second.

Dès le début, malgré une narration différente et une traduction un peu moins convaincante peut-être, l’histoire m’a quand même vraiment emporté.
J’ai retrouvé avec plaisir certains personnages “racés” qui avaient fait vivre le récit, malgré le final “apocalyptique” dans le village de Little Wolf, à la fin du premier volet, où l’auteur, nous avait malheureusement volé beaucoup trop tôt, des personnages qui méritaient une plus longue vie !

“La vengeance des mères” est un enchaînement à deux voix, d’extraits de journaux “intimes”, écrit par Molly et Margaret qui s’alternent à chaque chapitre.
On suit ainsi la misère de ces pauvres hères… Indiens, Indiennes, femmes blanches qui ont, au final tous perdu quelque chose…
Elles doivent se reconstruire. Volontaires, attendrissantes et courageuses… nous apprenons à mieux les connaître en entrant un peu plus dans leur intimité. Certaines mêmes iront jusqu’à se dévoiler aux autres…
Les sœurs Kelly, jumelles irlandaises, sont claires.
Elles ont décidé de se venger, en tuant un maximum de soldats américains !

Rejoint très vite par de nouveaux arrivants, qui ont eux-mêmes leur groupe de femmes blanches “volontaires”… ils vont ensemble, essayer de survivre à l’extermination des tribus indiennes qui se rapproche doucement, inexorablement.
C’est alors que les sœurs Kelly aidées d’autres survivantes décident de créer leur “propre armée”, en acceptant et en entraînant toutes celles qui seraient volontaires, afin de les aider dans leur vengeance…

Récit aussi dur, aussi envoûtant que le tome 1.
Impossible de ne pas poursuivre ses sublimes portraits de femmes, directement avec le 3e et dernier tome, “Les amazones” !!!

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Extraits :

« Cette fois, tout est vraiment fini. Dès les premières lueurs du jour, telle la main vengeresse du Tout-Puissant, les soldats ont fondu sur nous. J’ai reçu un coup de feu, j’ai peur de mourir vite, le village est détruit, incendié, le peuple nu est part se réfugier en courant dans les collines et se tapir sur la roche comme des animaux. Je ne sais où sont la plupart d’entre nous, certaines sont mortes, d’autres encore vivantes. Je me suis réfugiée dans une petite grotte avec Feather on Head, Quiet One et Martha. Nous sommes blotties les unes contre les autres avec nos enfants, tandis que le village brûle en contrebas, semblable à un immense bûcher funéraire. »

« Les Cheyennes croient que tout ce qui s’est passé quelque part continue d’exister dans la terre… depuis les premiers cris des bébés qui ont ouvert les yeux jusqu’aux derniers chants de mort des mourants… Toutes les joies et les peines de la vie et de la mort, tout le sang versé dans le sol pendant des générations, la terre est imprégnée de la longue histoire du Peuple. »

« Seano, ça veut dire le pays du bonheur, et pour y aller, les esprits doivent suivre la Voie Lactée, que les sauvages appelle la route suspendue dans le ciel. Là-bas, le Peuple recommence à vivre comme ici sur terre, avec ceux qui sont partis avant. À Seano, ils chassent, ils jouent, ils dansent, ils tiennent leurs cérémonies, ils font des repas et des fêtes comme ici. »

« Inévitablement, la tribu compte des hommes moins doués, moins courageux, ou qui ont simplement moins de chance et mènent avec leur famille une existence plus modeste. C’est un modèle de société finalement pas si différent du nôtre. Il est simplement beaucoup plus primitif.
Cependant, les plus riches prennent soin des moins favorisés. Ils accueillent ou soutiennent les familles des guerriers morts au combat, entretiennent des vieillards et les infirmes. »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. Mille femmes blanches (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.

Mille femmes blanches – Tome 1
https://leressentidejeanpaul.com/2022/07/29/mille-femmes-blanches/

Émotion, Drame, Histoire

Mille femmes blanches*

de Jim Fergus
Poche – 5 mai 2011
Éditions : Pocket

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En 1874, à Washington, le président Grant accepte la proposition incroyable du chef indien Little Wolf : troquer mille femmes blanches contre chevaux et bisons pour favoriser l’intégration du peuple indien. Si quelques femmes se portent volontaires, la plupart viennent en réalité des pénitenciers et des asiles… L’une d’elles, May Dodd, apprend sa nouvelle vie de squaw et les rites des Indiens. Mariée à un puissant guerrier, elle découvre les combats violents entre tribus et les ravages provoqués par l’alcool. Aux côtés de femmes de toutes origines, elle assiste à l’agonie de son peuple d’adoption…

“Un roman splendide, puissant et engagé.”  Jim Harrison

Cet ouvrage a reçu le prix du Premier roman étranger

 

• Couv_065_Fergus Jim - Mille femmes blanches

 

Cela fait plusieurs années que je désirais lire ce roman…

J’ai une habitude étrange… bonne, mauvaise ?
Lorsque je vais chez des gens, mon regard est régulièrement attiré par des livres quand il y en a, ou mieux vers “la” bibliothèque…
Il y a quelques années, que le temps passe vite, nous sommes allés chez des amis, Bruno et Valérie et dans leur bibliothèque, j’ai rapidement vu la trilogie de Jim Fergus. Je l’ai acheté beaucoup plus tard !
Pourquoi avoir tant attendu ? Et pourquoi avoir encore attendu avant de le lire ?

Ce n’était peut-être pas le bon moment !

En-tout-cas ce premier tome m’a bouleversé.
À la fin de son roman Jim indique : “Ce livre est une œuvre de fiction. Plusieurs événements historiques y trouvent certes leur place, mais ils s’insèrent dans un cadre fictif…”

Mais nous savons tous que ce livre basé sur des faits réels, romancés certes, mais réels quand même !
Ce n’étaient pas les mêmes prairies, les hommes et les femmes portaient sûrement d’autres noms et les tipis dans les villages n’étaient pas organisés de la même façon, mais on ne pourra pas m’enlever le fait que pour moi, c’est une histoire “vraie”.

Les Indiens d’Amérique, encore de grands “oubliés” de l’Histoire.

Dès les premières lignes, j’ai tout de suite été embarqué dans ce monde si différent et tellement proche à la fois…
Le style, fluide. L’histoire, incroyable ! Les paysages, on s’y croirait. Et les personnages… Attachants, de toutes origines, bons, ou détestables.
Quelle aventure pour ces femmes qui ont vu leur destin basculer du jour au lendemain…
Comment ne pas s’immerger totalement dans un monde où respect de l’autre et de la nature compte plus que tout. Où la pédophilie est inconnue.
Où on ne tue que pour manger et se défendre bien sûr, mais jamais pour attaquer. Alors tout n’est pas rose non plus, mais une logique est inscrite dans la vie les Cheyennes, à chacun des actes qu’ils réalisent. Ils pensent groupe. Jamais individu.

May Dodd décrit quasi au jour le jour, sa vie. Les “épreuves” qu’elle subit ou maîtrise dans son quotidien de sa tribu d’accueil. Aucun temps mort, il y a toujours quelque chose qui se passe, triste, drôle, violent, émouvant… C’est “Le livre” du genre que j’attendais depuis un moment. En effet, on a rarement le point de vue féminin dans ce type de roman… et ça change tout. Ce n’est ni la guerre, ni la politique (même si elles sont présentes) qui sont le centre du récit. Ce qui intéresse l’auteur et il nous le rend bien, c’est LA VIE !
Une vie que l’on pourrait résumer en quatre mots. Adaptation, respect, courage et amour… quel qu’il soit.

Je n’en dis pas plus… La fin est excellente !
Vous vous en douterez, j’ai déjà commencé le second volet.
Gros coup de cœur pour cette magnifique introduction de la trilogie qui m’a réchauffé le cœur.

À lire absolument !

Je signale, par ailleurs, qu’un pourcentage est perçu sur les ventes de chacun des tome, au profit d’une école indienne au Montana.
Ça aussi, c’est beau !

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Extraits :

« Je n’ai aucune honte à admettre que j’ai toujours été une femme passionnée, sujette à de vifs désirs charnels. Je ne les renie pas. J’ai été pubère assez tôt et j’ai toujours intimidé les jeunes hommes inhibés du cercle social étriqué que fréquentait ma famille. »

« Quelle étrange procession devions-nous former, chevauchant ainsi en longue file paresseuse, forte d’une centaine de personnes, Indiens et femmes. Notre cheminement paraissait sinueux, indiscipliné, après la rectitude militaire de nos récents convois. S’il nous regardait d’en haut, Dieu pouvait aisément nous comparer à une colonie de fourmis, progressant à travers les collines, gravissant les forêts de sapins pour redescendre ensuite près du lit des rivières et de l’abondante végétation qui les borde. »

« Il n’y a pas de mauvais enfants, n’est-ce pas ? Tous ne sont finalement que des enfants – qu’importe la race ou la culture qui les accueille – ils appartiennent avant tout à la leur. Pour cette raison, je suis impatiente d’apprendre la langue, difficile peut-être, qui est la mienne à ces petits lutins sauvages. Comme j’aime les regarder ! »

« Ce soir, la lune est cachée, le vent a repassé les nuages et la voûte céleste brille au-dessus de moi. Je regarde accroupie, les milliards d’étoiles et de planètes et, curieusement, ma propre insignifiance ne me fait plus peur comme autrefois. Elle me paraît au contraire rassurante, puisque j’ai maintenant le sentiment d’être également un élément, si minuscule soit-il, de l’univers complet et parfait… Quand je mourrai, le vent soufflera toujours et les étoiles continueront de scintiller, car la place que j’occupe sur cette terre est aussi éphémère que mes eaux, absorbées par le sol sablonneux ou aussitôt évaporées par le vent constant de la prairie… »

 

 

Né à Chicago en 1950, d’une mère française (aristocrate originaire de Bourgogne) et d’un père américain, Jim Fergus est chroniqueur dans de nombreux journaux américains. Passionné par l’histoire des Indiens d’Amérique, il avait depuis toujours le projet d’écrire une biographie de Little Wolf. Afin de trouver matière à son livre, il s’est beaucoup documenté et a sillonné le Middle West, de l’Oklahoma au Montana, seul pendant plusieurs mois, sur les pistes des Cheyennes. À partir d’un fait authentique, Jim Fergus a imaginé le journal d’une des femmes qui ont été données en mariage aux Indiens en 1875. “Mille femmes blanches” (2000), qui est son premier roman, a obtenu le prix du premier roman étranger.