Émotion, Histoire vraie, Roman de terroir

Les Liaisons périlleuses

de Frédérique-Sophie Braize
Broché – 17 février 2022
Éditions : Presse de Cité

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1838. Tout sépare Quitterie d’Arcy, comtesse française établie à Genève, de Pernette Croz, fille d’auberge à Chamonix. Pendant que l’aristocrate s’étourdit dans les bals pour se soustraire au temps qui passe, la servante porte sur ses épaules des secrets plus lourds que des montagnes. Or leur sort est lié par des nœuds serrés.
Quand elles se rencontrent à la Mer de Glace débute entre elles un jeu intriguant avec de vigoureux guides dont la réputation n’est plus à faire.
Quitterie nourrit un projet fou : être la première femme alpiniste. Malgré les railleries, les obstacles, cette pionnière veut gravir le Mont-Blanc avec le soutien du séduisant Gabin, le seul guide à croire en elle.

Des Alpes sauvages aux salons du Paris romantique, ce roman tout en sensualité – fondé sur des faits réels – raconte une histoire de passions, celles qui submergent une vie pour la transformer à jamais.

 

Couv_044_Braize Frédérique Sophie - Les liaisons Périlleuses

 

Avez-vous déjà lu des romans qui demandent naturellement un rythme de lecture diffèrent ?
Qui nécessitent de se “poser” pour pouvoir les apprécier à leur juste valeur, qui dès les premières lignes vous font déjà ressentir que vous allez passer un excellent moment, qui vous font oublier le temps, et vous englobent dans un cocon de bien-être ?
“Les Liaisons périlleuses”, en fait partie !

Après avoir lu, « Sœurs de lait », « Lily sans logis », « Une montagne de femmes » et « Un voyage nommé désir », j’avais hâte, vous l’aurez compris, de lire le dernier roman de Frédérique-Sophie Braize, et comme à chaque fois, j’ai savouré l’instant que je vivais !
Frédérique-Sophie fait fi des modes et des tendances, les seules tendances qui lui siéent, ce sont les siennes, et ce, pour mon plus grand plaisir… Avec elle, c’est une remontée dans le temps, son écriture, ses dialogues me mènent vers une autre époque…

“Les Liaisons périlleuses” est un roman librement inspiré de faits réels.
Celui d’Henriette d’Angeville, dite “la fiancée du Mont-Blanc” et de Marie Paradis, dite “La Paradisa”, qui toutes deux, furent considérées comme les premières femmes qui foulèrent le somment Mont-Blanc ! C’est donc, l’histoire de la conquête du Mont-Blanc par deux pionnières injustement méconnues que j’ai ainsi découvert.

1794.
Naissance de Quitterie d’Arcy, dans une famille noble. Son père l’élève avec ses trois frères au décès de leur mère. Elle n’a jamais été une jeune fille comme les autres, elle aime le sport, la montagne. Elle a un sacré caractère, mais aussi un bon fond.

1778.
Naissance de Pernette Croz. Elle vient d’une famille pauvre et nombreuse. À onze ans, elle stoppe l’école pour travailler dans une auberge de Chamonix. Très vite, elle sera embauchée dans un grand hôtel. Elle donne sa paye à sa famille.

1838.
Quel est le destin qui lie ces deux femmes qui ne se sont jamais vues, et qui se rencontrent pour la première fois à Chamonix ?
Quitterie d’Arcy, devenue comtesse, n’a qu’un seul désir, être la première femme alpiniste à gravir le Mont-Blanc. Aucune femme, à sa connaissance, n’a relevé ce défi. Elle a déjà choisi son guide, Gabin, bel homme qui lui fait un certain effet, qui l’avait déjà accompagné lors d’un autre parcours montagneux. Petit à petit, une attirance mutuelle va se révéler lors de ses entraînements…

C’est un vrai bijou de lecture. Tout est beau… Les personnages sont attachants, il y a beaucoup de sensualité. J’ai, énormément, aimé la construction du récit. Chaque chapitre commence par deux extraits développant au fur et à mesure, la vie de nos deux héroïnes au fil des années qui passent…

Frédérique-Sophie a fait un travail de recherche incroyable… Elle arrive en partant d’un fait réel, à construire une histoire prenante et tellement vivante ! Mais c’est aussi un roman qui relate de la condition des femmes, et autres aspects sociaux du 19e siècle. Un très bel hommage à ces femmes restées trop longtemps sous silence !

Je l’ai dévoré, et n’ai aucun doute du succès qu’il aura…
Nouveau coup de cœur, pour ce roman qui encense l’amour, les passions et la Vie !

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Extraits :

« Quitterie étudiait l’anatomie de l’homme cheminant devant elle. Malgré l’interdit, elle caressait du regard l’ondulation de ses monts fessiers. Elle arriva à destination après neuf heures de marche. Le Jardin de Talèfre la récompensa de ses peines. Chose inouïe sur un glacier, un gazon en pleine floraison se trouvait comme une île verdoyante dans un océan blanc. Gentianes, orchidées et renoncules coloraient ce sanctuaire naturel aux limites de la vie. »

« Quitterie passe son deuxième Noël au couvent lorsque apparaît sa maladie mensuelle. À treize ans, la voilà éjectée de l’enfance, mais pas encore insérable dans la société par le mariage. Son père compte sur son union pour accroître le patrimoine familial et se rembourser de ce qu’elle lui a coûté – et Dieu sait qu’il a cher payé !
En attendant qu’elle soit nubile, une nonne lui apprend l’essentiel. La femme est un ornement qui se doit de charmer son entourage par son élégance et sa discrétion. Regarder un homme entre la ceinture et le genou est interdit. La petite comtesse reçoit également la nécessaire préparation au mariage. On lui enseigne les réalités qui la guettent dès sa nuit de noces, surtout si son époux est trop brusque. La procréation sera sa principale préoccupation. Elle n’aura aucun droit sur ses enfants. Son mari pourra la répudier et la laisser démunie, si bon lui semble. »

« Elle bâilla de fatigue, mais il y avait cette effervescence en elle qui la privait de sommeil. Cette fébrilité de la femme qui devient amoureuse.
Mais de quoi ? De qui ?
Du mont-blanc ? De Gabin ? Des deux ?
Du sommet, elle aimait la démesure. De l’homme, elle aimait le pas sûr du montagnard qui connaît chaque pierre du chemin. »

« – Il paraît que la voûte de glace cache un trésor visible seulement deux fois l’an. À la Noël et à la Saint-Jean, à l’heure de la messe. Ce serait l’eau du torrent qui arracherait des paillettes en passant sur les quilles d’or avec lesquelles les fées jouent dans la grotte le reste du temps.
– Voilà qui ressemble fort à une légende !
– Probablement, mais ça me fait bien rêver.
– Il faut dire que c’est une belle histoire, reconnut Quitterie.
– C’est la raison pour laquelle les gens aiment autant les livres. Ils leur racontent de belles histoires. Et peut leur importe de savoir si elles sont vraies, du moment qu’elles leur permettent de s’évader. »

 

 

Frédérique-Sophie Braize romancière, nouvelliste, chroniqueuse de presse écrite, née à Évian.

Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Elle travaille dans la sécurité privée et industrielle avant de se lancer dans l’écriture. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris avec Mouton, son chien de berger.

Prix Livre sans Frontières 2014. Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018 remis par Philippe Grimbert. Prix Patrimoine 2019. ‘Livre à deux places’ 2020 pour les 20 ans de ‘Lire et faire lire’ d’Alexandre Jardin. Lauréate des Trophées des Savoyards du monde 2021. Prix Machiavel du roman en langue française – remis à l’Assemblée Nationale le 26/11/21;

Ses livres sont toujours inspirés de faits réels tombés dans l’oubli : histoire vraie, fait de société, fait historique…

Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/01/soeurs-de-lait/

Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) Adapté en ‘Livre à deux places’ pour ‘Lire et faire lire’ d’Alexandre Jardin en 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/23/lily-sans-logis/

Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019) Prix Welter. Prix Ecriture d’Azur
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/31/une-montagne-de-femmes/

Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité 2021) Trophée des Savoyards du monde. Prix Machiavel 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/09/un-voyage-nomme-desir/

Les liaisons périlleuses (éd. Presses de la Cité 02/2022)

Histoire vraie

KGB-DGSE

Deux espions face à face
de François Waroux et Serguei Jirnov
Poche – juin 2022
Éditions : Mon Poche

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Sergueï Jirnov est un ancien espion du KGB, François Waroux a été officier traitant à la DGSE. Le premier a opéré au sein du service des « illégaux » pour l’URSS, notamment pour infiltrer l’ENA, le second a agi sous couverture à travers le monde au nom de la France. Après avoir longtemps œuvré dans l’ombre pour deux camps opposés, ces deux officiers supérieurs ouvrent dans ce livre un dialogue sans tabou sur leur carrière au sein des services secrets. Pour la première fois, un espion russe et un officier français confrontent leurs expériences, leurs analyses et les méthodes utilisées par leurs pays respectifs. Ils révèlent les secrets du travail sous couverture, les techniques de surveillance, les manipulations, mais aussi les angoisses quotidiennes et les cas de conscience qu’impliquent de telles professions. Loin des clichés des films hollywoodiens, ce livre lève le voile sur la réalité des services de renseignement, brisant un à un les mythes en la matière pour leur substituer une face cachée bien plus complexe. De la guerre froide à la guerre technologique, en passant par les nouvelles menaces qui frappent le monde, ces deux grands témoins n’éludent aucun sujet dans leurs échanges. Un voyage d’Est en Ouest pour découvrir le vrai visage de la raison d’État.

 

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J’avais pris ce livre comme une “petite” pose entre deux romans…

C’est une drôle de surprise, que je n’ai pas vu venir, que j’ai eu durant cette lecture. Non seulement, je ne me suis pas ennuyé un instant, mais j’ai même été pris plusieurs fois par le vécu “pas ordinaire” de ces deux ex-agents. Leurs formations, leurs modes de vie et surtout la réalité de leur métier.

Un livre très intéressant et prenant avec des passages qui sont même passionnants, c’est fou ! J’en arrivais à oublier que j’étais dans un récit véridique… Ça fait peur !

Cette interview entre ces deux anciens “ennemis”, se déroule en toute simplicité. Les questions/réponses se suivent à toute vitesse, pas le temps de s’ennuyer… Régulièrement j’ai eu de “drôles” de surprises… J’ai lu le livre d’une traite, et j’ai été étonné par les similitudes vécues entre les deux agents, pourtant de pensées diamétralement opposée…

Et puis, petit à petit le long de ma lecture, je les ai même parfois sentis “heureux” de leurs vies.
Mais là, c’est un autre sujet. J’avoue, qu’une vie entière de mensonges, de trahisons et la possibilité de commettre des meurtres “autorisés” par l’État, si besoin, ce n’est pas pour moi !

Quoi qu’il en soit, j’ai bien aimé ma lecture.
Même si elle m’a fait une nouvelle fois ressentir, le fait que nous ne sommes que bien peu de chose…

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Extraits :

« L’un est un ancien espion soviétique du KGB, l’autre travaillait pour le renseignement extérieur français. Le premier servait à l’Est, le second officiait à l’Ouest. L’un et l’autre ont exercé une profession qui consiste à manipuler des individus afin qu’ils trahissent leur pays en révélant des informations ou en transmettant des documents confidentiels. Dans cette optique, ils sont passés maîtres dans l’art d’orienter les esprits, de dissimuler et de tricher par quelques moyens que ce soit. Au nom de la raison d’État, ils ont obtenu le droit de faire chanter leurs cibles, de voler ou de commettre n’importe quel délit nécessaire à la réussite de leur mission. »

« Mais il ne faut pas se leurrer : en France, il existe un “service action” au sein de la DGSE qui peut aussi mener toutes sortes d’opération… Pourquoi une telle entité existe-t-elle ? Parce qu’il faut parfois éliminer discrètement certains ennemis qui font planer un danger sur la France. Cela existe, mais il s’agit d’une guerre secrète dont la population est censée ne rien savoir. Le service action peut tuer, parfois sur le territoire français, mais surtout à l’étranger. Cela peut se faire par le biais d’un attentat, d’un faux accident de voiture ou d’un problème médical impromptu. La DGSE n’ayant aucun pouvoir pénal, elle a donc besoin d’un bras armé. »

« Il faut tout de même être conscient de quelque chose : dans l’espionnage, malgré notre jargon professionnel qui pourrait induire en erreur, il n’y a pas d’opération “légale” ou “illégale”, puisque toutes les opérations que mènent les services spéciaux sont par nature illégales, délictuelles ou criminelles. Il n’y a pas que les assassinats qui sortent du cadre de la légalité… L’espionnage fait tout ce que la diplomatie ne peut pas faire : les diplomates fournissent du renseignement à leur gouvernement, mais ils agissent sans enfreindre les conventions internationales et les lois. Or, comme nous vivons dans un monde concurrentiel où l’on se dispute les territoires, les ressources et les influences, même les démocraties ont besoin de mauvais garçons pour obtenir ce qui échappe aux diplomates. »

Drame

Le Mal-épris

de Bénédicte Soymier
Broché – 6 janvier 2021
Éditions : Calmann Levy

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« Ça lui ronge les tripes et le cerveau, plus fort que sa volonté – une hargne qui l’habite, une violence qui déferle tel un vent d’orage, puissante et incontrôlable. Il voudrait lâcher mais ne pense qu’à frapper. »

Paul est amer. Son travail est ennuyeux, il vit seul et envie la beauté des autres. Nourrie de ses blessures, sa rancune gonfle, se mue en rage. Contre le sort, contre l’amour, contre les femmes.
Par dépit, il jette son dévolu sur l’une de ses collègues. Angélique est vulnérable. Elle élève seule son petit garçon, tire le diable par la queue et traîne le souvenir d’une adolescence douloureuse.
Paul s’engouffre bientôt dans ses failles. Jusqu’au jour où tout bascule. Il explose.
Une radiographie percutante de la violence, à travers l’histoire d’un homme pris dans sa spirale et d’une femme qui tente d’y échapper.

 

 

Je m’appelle Paul.
Je sais, je ne suis pas beau… Certains diront même laid !
Et Dieu sait si j’en souffre tous les jours. J’aurais tellement aimé être un autre, un de ceux que les femmes regardent. Grand, fort, beau.
De beau, je n’ai que mes yeux. Seuls les hommes beaux ont de la chance en amour. Moi, je n’ai que mes yeux. Mes yeux et ma colère qui gronde, qui m’étouffe, et me transforme parfois.

J’aime mes sœurs, Émilie et Rachel, surtout Émilie. Enfant déjà, j’étais là pour les protéger…
Se sont-elles vraiment rendu compte de ce que j’ai vécu pour elles, ce que j’ai souffert pour elles ?
C’est moi qui systématiquement me prenais les coups à leur place, c’est moi qui me positionnais entre elles et mon père.
Mon père, parlons-en de cet homme, de ce lâche, cette brute !
Du plaisir qu’il prenait à me rouer de coups…

Depuis quelques jours, j’ai une nouvelle voisine, sur le même palier. Je sais qu’elle s’appelle Mylène. Tous les jours à travers mon judas, je l’observe, je la surveille, ses entrées, ses sorties. Je suis même arrivé à la prendre en photo, je note avec mon stylo Montblanc à l’encre noire, ses allers-retours sur un carnet, choisi dans une grande papeterie, que j’ai spécialement acheté pour elle. Elle est tellement belle, fine, élégante. Comment remarquerait-elle un pauvre type comme moi ? Elle hante mon esprit, je ne dors plus… Je la voie partout, je la veux !
Mais les femmes sont tellement cruelles…

Bienvenue dans ce roman étrange et dérangeant, bienvenue dans la tête de Paul.
J’avoue avoir été dépassé, et ne pas savoir où me placer par rapport au récit.
Bénédicte Soymier arrive, non pas à pardonner la violence de certains hommes (heureusement !), mais elle nous montre, d’une façon très précise et ciselée, un des processus qui pourrait mener à la violence conjugale. Elle explique les prémices avant la perte de contrôle, l’explosion… Le coup qui part et qui fera souffrir la victime, mais ma surprise vient du fait que la souffrance est aussi vécue, très différemment, par celui qui se rend coupable des actes de violence.

Les personnages du récit ?
Ce sont nos voisins, nos amis, les collègues de travail, les membres de la famille aussi, tous… Tout ceux qui ne sont que simplement humains.
Le Mal-épris, est un premier roman, d’une grande qualité et déjà, il bouscule certains codes de la littérature.
Malgré un ton résolument violent, psychologiquement, il reste délicat et sensible.
Le roman fait de nous les témoins passifs d’un couple “perdu”, alors qu’il vient à peine de se trouver…
C’est une histoire puissante, très rythmée, Bénédicte m’a impressionné, touché aussi, plus que ce à quoi je m’attendais en début du récit. Elle a su trouver un ton juste en fonction des regards qui diffèrent en fonction des personnes.
Qu’ont-elles ont en commun ? L’amour… Mais est-ce suffisant ?

“Le Mal-épris” est un roman impressionnant, tragique et hypnotique d’une vie banale, d’une vie de tous les jours.
Il m’a dérangé, fasciné et finalement séduit. Il m’a obligé à me poser de nombreuses questions et m’a ouvert l’esprit !
Je le recommande vivement !

Auteure à suivre…

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Extraits :

« J’ai écrit ta vie, Paul, comme je la connais, ton quotidien sur ces jours qui s’échappent, ce que tu affrontes, les regards et le reste, jusqu’à la bascule. J’ai raconté ce que j’ai vu et entendu, de toi ou d’un autre, un Paul, un mec, un homme, peu importe le nom, je t’ai écouté, côtoyant ta peine et la douleur des tiens, des silences, des paroles, parfois un flot qu’on ne peut interrompre. Ce sont des histoires qu’on me donne ; elles se ressemblent ou non, se répondent, se poursuivent, je les reçois et c’est la vie, Paul, tu sais, sans concession, du vrai, du trash, des pensées méprisables et l’inacceptable. »

« Sa voix le heurte. Il déraille.
Pas lui. Ce n’est pas lui.
Les souvenirs se fracassent sur ses mains, la concentration de ses muscles, le mal, ce mal qui le traverse. Comment peut-il ? Pas lui. Ses doigts s’ouvrent dans l’instant, brûlés, brûlants, vite se dérober, ses bras retombent. Il s’affaisse, vrillé en lui-même, il glisse au sol contre le mur. Forme molle, sombre et pliée. Sa tête s’incline, ses yeux se ferment. Il est en colère, il est chagrin. Il est épuisé. »

« C’est donc ça, la vie, une grande farce hypocrite dans laquelle il faut se fondre pour ne pas être méprisé. Il écoute, regarde, s’adapte. Il apprend, la nausée au bord des lèvres face à ce fourbe étalage, à cette course à l’apparence, à cet attrait de l’enveloppe alors qu’au fond il sait être le même. Il vomit ces faux amis, leurs tapes sur l’épaule, leurs grimaces artificielles, eux qui ne lui accordaient qu’un vague regard. Il les toise et s’affirme, conscient d’une duplicité qui lui coûte mais dont il ne peut revenir. »

« Angélique est belle les cheveux emmêlés, pâle et froissée assise sur son canapé. Elle serre les genoux et lisse son chemisier. Paul ramasse sa détresse, un regard en pleine face ; la tristesse qu’il remarque, elle est pour lui. Lui, l’arrogant et le vulgaire. La bête. Il sent la bile à son palais. Tout ça, c’est de la faute de Mylène. Non. Même pas. C’est de la sienne. Il se dégoûte. »

 

 

Infirmière, Bénédicte Soymier travaille dans le Doubs. Passionnée de littérature, elle partage ses nombreuses lectures sur son blog Au fil des livres. Le Mal-épris est son premier roman.

Fantasy, Philosophique, Suspense

Le Royaume d’Esiah*

La stèle du destin
de Mélanie Gaujon
Broché – 25 août 2018
Éditions : France Loisirs
Prix de l’imaginaire 2018

 

Le Royaume d’Esiah, où sont envoyées les âmes damnées du royaume des mortels, est victime d’une terrible épidémie. Toujours accompagné de Mélisande, son phœnix, le prince Lucifel, héritier du roi, venu sur place pour soutenir ses compagnons, croise le chemin de Milo, un petit garçon. Au cou de ce dernier, une pierre rouge intrigue le prince. Celui-ci propose à l’enfant de devenir un apprenti Arcante, soit un passeur d’âmes comme l’était son père. Il espère par la même occasion en apprendre plus sur cette troublante et mystérieuse pierre…

Bientôt de violentes attaques ébranlent le royaume obligeant le Prince à suivre sa destinée de futur roi pour sauver son peuple. C’est le début d’une épopée qui l’entraînera dans les secrets les plus enfouis de son royaume, jusqu’aux prédictions oubliées des Anciens.

 

 

 

Il y a quelques jours, je suis “retombé” sur deux romans que j’avais prévu de lire lors d’un long week-end, début 2019 !!!

Alors, une nouvelle fois, j’ai changé l’ordre de ma PAL, par principe et par respect pour Mélanie Gaujon que j’avais rencontré le 22/09/2018 chez France Loisirs pour sa première dédicace… et j’avais eu l’agréable surprise d’être le premier ce jour-là. J’ai donc un roman dédicacé N° : 000000001 !
Je me souviens de sa timidité, nous avions beaucoup discuté, et je lui avais promis de lui donner mon retour de lecture assez vite.
Malheureusement pour elle, le temps et la malchance lui ont fait une drôle de “blague”.
Alors, voilà Mélanie, je suis vraiment désolé pour cette longue attente qui n’a, dans tous les cas, rien enlevé à mon plaisir de lecture…

Pour son premier roman, Mélanie frappe très fort dans la Fantasy.
Elle a créé un monde à plusieurs niveaux très efficace, très visuel, très complet, d’une richesse et d’une fluidité remarquable… Des références à la Bible, où il est question de Royaume des Morts, du Royaume d’Eden, du monde des Mortels, d’âmes damnées, d’Enfer, de phœnix, c’est vraiment très riche.
Mélanie nous fait réfléchir aussi sur la notion du bien et du mal, nous montrant qu’ils sont indissociables. Détruire le mal briserait-il les lois qui nous régissent ?
Avons-nous vraiment un libre-arbitre ? Ou tout est déjà écrit ?

Plus j’avançais dans ma lecture, plus j’entrai dans son “Monde” plein de secrets…

Le Royaume d’Esiah est un royaume “post-mortel” gouverné par le Roi Adel, où règnent les morts qui sont damnés. Le roi a deux fils. Lucifel, le prince héritier, élevé au contact du peuple, et le prince Michael, élevé au contact de son père, beaucoup trop absent et qui finit par se perdre. Le jour de sa naissance, sa mère, la Reine, décède pendant l’accouchement. Michael reste alors persuadé que tout le monde lui en veut. Autant le prince Lucifel est prévenant et courageux, autant Michael est sombre et jaloux. Jalousie qui petit à petit se transformera en une haine profonde et terrible contre son frère, le menant à accomplir l’horreur ultime…

Pour un premier roman, je trouve “Le Royaume d’Esiah” assez incroyable !
Tous les ingrédients sont réunis dans cette aventure hors du commun. Il y a de la magie, de l’imagination, du suspens, de la tendresse, de l’amour, et aussi beaucoup d’humour… Les personnages sont très attachants et une intrigue qui monte, qui monte…
J’ai retrouvé certaines émotions ressenties adolescent, lors de mes lectures de Tolkien, Hobb ou Zimmer Bradley…

Je ne vais pas vous mentir.
C’est un roman qui au demeurant est plutôt adressé aux fans de Fantasy. Mais en même temps, l’auteure a su sortir des canons habituels, il y a des idées tellement modernes dans la construction de ses mondes, que Mélanie s’ouvre à plusieurs types de lecteurs…
Je suis obligé de m’incliner, Mélanie m’a surpris et m’a emporté dans son “Multivers”…

Le sort du monde est définitivement entre les mains du prince Lucifel. Il aura encore de nombreuses aventures à vivre, s’il veut ramener la paix dans son Royaume…

Roman faisant partie d’une trilogie !
Mélanie Gaujon, une auteure à suivre…

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Extraits :

« Perché sur un socle de pierre, Milo admirait par la fenêtre l’embrasement de la voûte construite au-dessus de la cité d’Esiah. La lumière frappait si fort qu’il porta une main en visière pour contempler ce ciel artificiel. »

« Une musique douce aux couleurs métalliques retentit et entraîna les hommes dans un ballet somptueux. Les musiciens piquèrent ou frottèrent leurs cordes, d’autres frappèrent sur des tambours en argent recouverts d’une plaque de métal. La mélodie, imprégnée d’étranges sons, résonna à travers les voûtes de la grande salle. Les bourreaux dessinaient devant eux des gestes gracieux, commandant les âmes transparentes aux vêtements déchirés comme des marionnettes suspendues à un fil. Le mouvement des spectres, léger et voluptueux, donnait l’impression que leurs pieds volaient au-dessus du sol. La représentation était parfois entrecoupée de cris d’admiration. »

« Parfois, nous cachons des choses à ceux qui nous entourent, pour ne pas le blesser ou pour les protéger, même si nous savons que tôt ou tard quelqu’un finira par les découvrir. Ce n’est pas un mensonge. Il s’agit seulement d’un moyen comme un autre d’arranger la situation. Il est souvent plus facile d’avouer ce que nous ne voulions pas dire après quelque temps, lorsque les mauvais souvenirs sont derrière nous. »

« Dois-je vous rappeler que nous avons signé un traité avec les âmes ? Dois-je vous rappeler que nous avons une mission, celle de veiller sur les âmes damnées, et de les renvoyer dans le Monde des Mortels quand nous jugeons qu’elles ont purgé leur peine ? Ces âmes, que l’armée de libération a récupérées sans en avoir l’autorisation, n’ont aucune peine à purger, parce qu’elles ont été tué sous la contrainte. Le créateur considère qu’elles n’ont pas pêché. C’est la raison pour laquelle elles réussissent à passer la porte des repentis. La seule chose que cette armée de libération a réussi à faire, c’est pousser le Royaume d’Odéon à trouver un moyen de nous empêcher d’accéder au Monde des Mortels. »

 

 

Mélanie Gaujon, née en 1982, a reçu le prix de l’imaginaire aux éditions Nouvelles Plumes en 2018 avec son livre Le Royaume d’Esiah. Adepte de la photographie, de l’art et du voyage, elle travaille comme personnel administratif de l’éducation nationale dans la banlieue parisienne. Elle a commencé à écrire en s’intéressant aux jeux de rôles et au cinéma.

Émotion, Drame, Noir, Suspense, Thriller

Requiem des ombres

de David Ruiz Martin
Poche – 12 mai 2022
Éditions : Taurnada

Hanté depuis l’enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme. Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs. Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes… au risque de vous entraîner dans l’abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres. Où le destin semble se jouer de vous. Et cette question, qui bousculera sa quête de vérité : peut-on aller à l’encontre de ce qui est déjà écrit ?

 

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C’est le second de David Ruiz Martin que je lis, et bêtement, je m’attendais à une lecture un peu identique. Huis clos psychologique à l’écriture directe et puissante comme dans son roman “Seule La haine”.
Et bien non !
Dans ce roman, la sensibilité et les émotions sont omniprésentes, malgré le fait que ce soit un « VRAI” thriller, sombre sur un fond de vengeance et teinté d’ésotérisme, obtenant ainsi plusieurs degrés de lectures.

Automne 1973.
Un brouillard très épais, rendant toute visibilité impossible dès quelques mètres, est resté suspendu au-dessus de Neuchâtel pendant près de neuf semaines…
C’est un soir de novembre, que Donovan Lorrence a été retrouvé blessé dans les bois et que son jeune frère Virgile, a disparu. Malgré les efforts déployés par la police, il n’a jamais été retrouvé…
Donovan reste persuadé que son frère a été enlevé, ou mieux, qu’il a fugué pour échaper à leur père violent, qui les maltraitait au quotidien, mais les années passent… et il n’a toujours aucune nouvelle de Virgile.

Après avoir vécu plusieurs années à Paris, la cinquantaine passée, Donovan décide de retourner en Suisse afin de régler la succession de son père récemment décédé. Entre temps, il est devenu un auteur “Banquable” qui profite d’une certaine notoriété, mais dernièrement en panne d’inspiration.

À son arrivée, il croise dans un bar, un ancien policier qui à l’époque s’était occupé de la disparition de son frère. Après une discussion un peu tendue, Donovan “plante” l’ex-flic en colère. Il refuse tous les arguments donnés par celui-ci sur la disparition de Virgile. Il décide d’aller dans sa maison familiale en espérant trouver une trace quelconque qui l’aiderait dans ses recherches…
Mais, en arrivant, la maison est en feu ! Malgré les efforts des pompiers, le feu détruit tout, et ne sera circonscrit qu’au bout de plusieurs heures. Donovan décide d’enquêter pour essayer de comprendre ce qui a bien pu arriver…
Dès lors, les menaces à son encontre commencent…

Et puis, il y a sa rencontre avec Iris, une jeune fille à l’air perdu, perturbée peut-être, qui va changer radicalement l’axe à ses recherches.
Mais qui est donc Iris ?
Amie, ennemie ?
Dans tous cas, la mort rode autour d’elle au quotidien…

Un très bon thriller ésotérique, plein de surprises et de rebondissements, le héros n’est pas vraiment sympathique, mais qu’importe, il veut la vérité et c’est bien compréhensible. L’intervention d’Iris est très originale et donne au fil rouge du récit une autre vision. David maîtrise parfaitement son sujet !

Je ne serai pas surpris qu’on entende parler de David Ruiz Martin de plus en plus régulièrement… “Requiem des ombres”, un roman que je vous conseille vivement !

Merci aux éditions Taurnada pour ce beau cadeau.

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Extraits :

« La brume est dense, poisseuse. Si palpable que je parviens à la sentir du bout de mes doigts engourdis. Elle m’enveloppe de ses bras monstrueux. M’empêche tout mouvement. Me garrotte et me rend aveugle. Un mur de vapeur froide me maintient hors du temps. Masse imperceptible où il est vain de me débattre. J’éprouve de la peur. Ainsi que cette folie contagieuse, en embuscade. Elle se faufile comme une mélodie exaspérante qu’il faut donne encore et encore. »

« Je me mis à revivre les jours précédant le drame. L’année de la grande brume, période cauchemardesque qui avait duré près de neuf semaines et que tous avaient fini par nommer ainsi. Dans toute la région, autour du lac dans ses hauteurs, un brouillard épais était apparu un matin. J’avais cru au départ à un événement naturel ; il était banal, durant les dernières semaines d’automne, d’observer une brume matinale se former lorsque l’air froid était emprisonné par de l’air chaud. Mais ce brouillard-là semblait différent des précédents ; habituellement cantonnée au pied des montagnes, elle s’était invitée jusqu’au sommet de Chaumont, après mille deux cents mètres d’altitude, avait recouvert toute la région est fait de nous ses prisonniers. Elle était épaisse, poisseuse et semblait l’œuvre du diable. »

« Iris ôta manteau et chapeau, les suspendit à une branche et demeura sans bouger quelques secondes. Elle était habillée comme la veille : longue robe blanche et étincelante, ondulant sur son corps et dissimulant ses pieds. Ses cheveux étaient parfaitement lissés. Iris s’écarta et s’approcha du bord du lac, face à moi, les mains toujours dissimulées dans des gants blancs. Elle semblait observer quelque chose au fond de l’eau. Le ciel gris sombre se reflétait dans le lac, tandis que son corps, d’un blanc éblouissant, contrastait au milieu de ces eaux limpide, ses ombres tranquilles qui ne semblaient nullement l’impressionner. »

« La période qui a suivi “l’absence” de Virgile reste un moment étrange. Je vivais avec le sentiment d’être de trop, comme si disparaître avec lui était mon seul espoir de sortir du tunnel.
Et s’il était mort, je l’étais aussi. Car je ne vivais plus vraiment. Je ne ressentais plus aucune émotion, plus aucune sensation. Tel un zombie errant au milieu d’inconnus qui me parlaient et cherchaient à me tirer à eux… ces êtres étranges qui ne ressemblaient plus à rien. »

« Dieu ? Il n’existe pas ! fulminai-je. Ou au mieux, c’est un incapable ! Sinon, il ne laisserai jamais des enfants sauter sur des mines en Afrique ou d’autres se faire embarquer à travers le monde dans des trafics d’êtres humains ! Dieu, c’est une idée inscrite dans les chairs, une information involontairement transmise par le génome humain, comme un legs absurde et sans fondement basé uniquement sur l’espoir, l’ignorance et la solitude ! Vous me parlez de Dieu comme s’il s’était présenté à vous un bon matin ! Moi, il ne m’a jamais aidé ! Pas même regardé ! »

 

 

David Ruiz Martin est né le 01.12.1978 à Madrid, Espagne. C’est à l’âge de quatre ans qu’il part vivre en Suisse.

Issu du domaine de la construction, et menuisier de formation, il n’a suivi aucun parcours littéraire.

Autodidacte et touche-à-tout, ce passionné de cinéma et de littérature débute, vers vingt ans, son parcours d’auteur, dans l’ombre et à l’insu de tous, avec quelques nouvelles qu’il garde pour lui encore à ce jour. Puis, durant près de dix ans, seule sa femme est mise dans la confidence de sa passion. C’est à l’âge de trente-deux ans qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman, « Le syndrome du morveux », thriller autoédité, qui surprend son entourage, suivi d’un second, « Que les murs nous gardent », roman d’épouvante, l’année suivante. Fort d’un accueil enthousiaste, il prend plus de deux ans afin de peaufiner un troisième, « Je suis un des leurs », une histoire le tenant particulièrement à cœur depuis de nombreuses années, prenant au dépourvu ses lecteurs tout en se dévoilant davantage, en leur offrant un roman personnel et qui colle à ses racines.

Depuis le succès de son premier roman, David Ruiz Martin se laisse du temps afin de mettre sur papier les histoires qui germent dans son esprit.

Fantastique, Philosophique

Tuer Camus

S.A.R.R.A. Files
de David Gruson
Broché – 18 avril 2022
Éditions : Beta Publisher

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1940/2026 : Quand Camus rencontre l’IA
Soir du 11 novembre 1940.
Albert Camus, alors journaliste pour Paris-Soir, séjourne à l’hôtel Madison à Paris.

Il reçoit la visite imprévue de Sarah, étudiante inconnue et apeurée.
La jeune fille vient se réfugier chez lui et lui apprend les événements inattendus en cours dans la capitale : au mépris de l’Occupant, un rassemblement de centaines de personnes vient d’avoir lieu Place de l’Étoile. La Gestapo sillonne déjà les rues pour traquer les manifestants.

Tout au long de cette « nuit de toutes les nuits », une relation ambigüe se noue peu à peu entre eux et amène la jeune femme à lui révéler sa véritable nature et mission : nous sauver de l’extinction qui s’annonce en 2026.

Et tout ne tient qu’en une question : Notre liberté a-t-elle plus de prix que notre survie ?

 

Couv_2022_037_Gruson David - Tuer Camus

 

Je tourne la dernière page… ainsi se termine la trilogie de David Gruson…

Le tome 1 avait été un coup de cœur.
Dense, pas un instant de répit, très rythmé, chapitres très courts. Un vrai thriller… Le récit avançait vers l’anéantissement de la vie sur Terre…

Le tome 2, où j’ai été pris à contre-pied !
Une écriture différente. Très angoissante. Entre fiction et réalité, j’étais complètement perdu. Aucune alternative positive à un futur serein !

Tome 3.
Celui-ci est très indépendant des deux précédents, mais à la fois pertinent et intéressant. Il pourrait se lire indépendamment, mais quel dommage de ne pas faire connaissance avec tous les instigateurs de ce récit. Ceux-là mêmes qui sont les piliers de la trame globale. David nous fait faire un bon, en arrière, dans le temps, un retour en 1940, une rencontre avec un personnage qui deviendra public quelques années plus tard. Albert Camus !
Le “Albert Camus” qui écrivit pendant l’occupation, “L’étranger” puis “La peste”, son récit symbolique du nazisme qui envahit Paris, un incontournable de la littérature française. L’écrivain, nouvelliste, poète et philosophe, qui s’engagea activement en faveur d’une citoyenneté mondiale, et qui élabora une philosophie existentialiste de l’absurde, résultant du constat de l’absence de sens à la vie… dans un monde qui pour lui se mourrait.

Mais que vient faire ce “personnage historique” dans mon “Thriller” ?

Seul David pouvait se permettre cette interaction incroyable. On sent sa maîtrise du sujet, sa maîtrise complète d’Albert Camus.
Un tome 3 qui pourrait se résumer en un mot. DIALOGUE, car la quasi-totalité du roman est un dialogue sur plusieurs heures, entre Sarah, l’IA venant du futur et Albert Camus, qui n’a d’autres choix que de l’écouter. Cette rencontre étonnante et fascinante, malgré une grosse surprise en début de lecture, est vivante, c’est un échange continu, très fluide, très vivant… Ils sont là, face à nous, avec leurs réparties, leurs colères et leurs doutes.
Un roman, que je ne saurais classer, ni sur sa forme unique, ni sur son fond, fantastique et historique !

David, vient-il d’inventer une nouvelle écriture ?
Une écriture qui utiliserait la vue, mais aussi l’ouïe, le toucher, l’odorat et pourquoi pas le goût…

Alors, ma liberté a-t-elle plus de prix que ma survie ?

Je vous laisse répondre à ces deux questions.
Moi, je sais !

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Extraits :

« J’ai appris que le cours de la vie n’est pas linéaire. Des périodes mornes, passives. Et puis des coups d’accélérateur, des ruptures inattendues. Ce matin-là était particulier. Tout, au-dehors, semblait ressortir de la première catégorie : une chape de plomb paraissait s’être abattue sur ce bout de France de Vichy, à l’instar sans doute de ce qu’il restait du pays dans son ensemble. Tout respirait une moite lenteur, une grise et interminable déréliction. Un temps maussade et inerte pour les Temps vieux. Mais, dans cet espace-temps suspendu, ma vie connaissait, elle, une brusque accélération. Plus de trois mois s’était écoulés depuis ma première lettre de candidature. Deux mois depuis la deuxième. Quinze jours depuis la dernière. Puis, enfin, cet appel. Et ce rendez-vous. Le service du Maréchal s’était faite attendre.»

« Tu dois me ressentir en toi, Albert, tu dois entendre mon appel. Mais je ne puis rien te promettre de brillant, de glorieux. Là où je peux t’emmener, il n’y a que du sang. Du déchirement et du sang. Le secret que je porte n’est pas un trésor. C’est un fardeau. Une incommensurable charge. Que personne ne pourrait porter. Sauf, peut-être, toi, Albert Camus. Je n’en suis pas certaine. Je peux ne pas l’être. Mais il n’y a qu’une façon de le savoir. Et c’est à toi de décider. Mais retiens bien que là où je peux t’emmener il n’y a que noirceur. Les monstres existent, Albert. Je les ai rencontrés. Je leur ai parlé. »

« Le 26 juillet 2026.
Presque tous les hommes sont morts. Presque tous ceux qui ont été enfermés avec moi dans la forteresse de Minoyecques. Je les pensais immunisés pourtant. Depuis le temps. Et je croyais aussi ces murs hermétiques. Cette épaisseur… Cette profondeur…
Les choses se sont passées lentement. Le danger n’est pas venu d’où je pensais qu’il viendrait. J’ai mis du temps à comprendre. Son dessein n’était-il pas lisible. Il n’est pas fait pour l’être ab initio. Il le devient. »

 

 

Ancien Conseiller du Premier ministre chargé de la Santé et directeur général de CHU, David Gruson est un spécialiste reconnu dans le domaine des politiques publiques de santé. Il a eu à intervenir directement dans la gestion des risques sanitaires majeurs tels que celui constituant la trame de ce polar. L’auteur s’est, en outre, beaucoup engagé, avec l’initiative Ethik-IA, pour promouvoir une vision responsable de la diffusion de l’intelligence artificielle et de la robotisation en santé. Docteur en droit médical et titulaire d’un troisième cycle de technologies de l’information et de la communication, ses idées sur le numérique en santé sont diffusées dans des cercles académiques de haut niveau au plan national et international.

Sous la forme d’une fiction d’anticipation d’un réalisme glaçant, S.A.R.R.A., une intelligence artificielle apporte une contribution décisive à cette démarche citoyenne essentielle. Derrière une intrigue ciselée et sans aucun temps mort, il s’agit bien d’un véritable conte philosophique sur l’intelligence artificielle, ses apports et ses risques de dérives.

 

S.A.R.R.A.
PARTIE 1 – Une intelligence artificielle
https://leressentidejeanpaul.com/2022/01/06/s-a-r-r-a/

S.A.R.R.A.
PARTIE 2 : Une Conscience Artificielle
https://leressentidejeanpaul.com/2022/01/14/s-a-r-r-a-2/

Pièce de théâtre

Arsenic et Eczéma

de Alain Cadéo
Broché – 10 mai 2022
Éditions : Cahiers de l’Égaré

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Lieu :
les égouts de Paris, très en profondeur.

Personnages :
Deux types avec casques et lampes, tenues d’égoutiers, bardas, sacoches, l’un arrive de la gauche, l’autre de la droite Azema, dit Eczéma. Un rêveur, un optimiste, une boule de malice et de bonne humeur. Peut-être un intello contrarié capable de s’adapter à tout. Il a une grosse tache sur le visage et une autre sur le bras. Passe son temps à se gratter et les démangeaisons s’accentuent en fonction de l’action. Bavard, sympathique, aime à susciter l’inquiétude. Père mineur en Alaska ayant abandonné sa famille. Mère prostituée. Pas d’attache.
Arsène, surnommé Arsenic par ses collègues de boulot. Très grand, voûté, l’œil clair, râleur. Le genre revenu de tout. Sens de la répartie aigre-douce. Bosseur, « pro », toujours syndicaliste mais grand déçu de la politique et des humains en général. Au fond pour lui il n’y a pas d’issue. On naît, on vit, on meurt dans un boyau. Pas de choix. « La vie est un long fleuve de merde ». Il est comme la plupart d’entre nous, incrédule, pragmatique, réaliste et pourtant il rêve d’autre chose, d’un ailleurs, différent. Marié, père de deux enfants qu’il ne voit plus, divorcé. Travaille depuis 30 ans dans les égouts. Passionné contrarié, Il se veut lucide, froid, cynique. Eczéma court dans les égouts…
On entend comme un galop à sa poursuite…
Il passe devant le 109, s’arrête un instant, le téléphone pend avec le même grésillement qu’au début de la pièce. Il finit par trouver l’échelle de sortie, grimpe, trébuche, tombe, se raccroche, continue de monter, soulève enfin la plaque d’égout donnant sur la rue, sort…
Clarté aveuglante…
Plus rien…
La ville a disparu, désintégrée.
On entend alors la voix d’Arsène qui hurle en ricanant : Pourquoi tu cours ma poule ! Je te l’ai dit, y’a plus rien là-haut…
Y’a plus rien…
Les dieux sont revenus…

 

 

Couv_039_Cadéo Alain - Arsenic et Eczéma

 

 

Il y a quelques jours, Martine Cadéo m’a envoyé un message me proposant la lecture d’une pièce de théâtre…
Tout a commencé ce jour-là.
Quelques temps plus tard, elle me prévint que le livre allait pouvoir être envoyé chez moi. Je lui transmis mon adresse pour la seconde fois. C’est à ce moment-là que j’aurai du m’en douter ! Mais je ne savais pas encore où j’allais…
C’était ma première “pièce de théâtre”.
J’avoue que ma curiosité avait été plus rapide que ma raison, compte tenu du volume de ma PAL !
Mais c’était déjà trop tard… j’avais franchi la première étape.

Dès lors, je ne pouvais plus reculer…
Je commençais donc ma lecture.

“Moi, Minotaure…
Je suis repu et fatigué de dévorer des chairs ayant la saveur douceâtre de la raison…”

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Je redécouvre donc un “Alain Cadéo” dans un tout autre registre que celui que je lui connaissais, et je dois avouer que j’ai très vite été pris au jeu, et je me suis même amusé.
Compte tenu du nombre de pages, j’ai décidé de m’isoler et de lire la pièce à haute voix !
Je peux vous assurer que si vous avez la possibilité de faire, le récit prendra un tout autre relief.

C’est une très belle joute verbale que nous propose Alain.
C’est délicieux, c’est exquis… ça fourmille d’idées à chaque dialogue.
Deux personnages “bougons” et perdus en sous-sols, dépassés par une situation hors du commun.
Je peux difficilement vous en dire plus sans trahir le récit et l’auteur. Mais le tout est rondement mené, avec un final qui ne mérite que mes applaudissements !

J’ai malgré tout trouvé un petit point négatif, et j’espère bien qu’Alain n’en prendra pas ombrage. J’eusse aimé qu’il y ait un peu plus de pages… pour étancher cette nouvelle soif !
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Voilà, c’est fait.
Je ne peux en vouloir qu’à moi-même.
Dorénavant, je réfléchirai beaucoup plus longtemps avant de donner une réponse…
Résultat…
J’ai de nouvelles envies !!!
Mais où vais-je trouver le temps de les assouvir ?

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Extraits :

« ARSENE : – Y’en a j’vous jure ! Sûrement des gros cons de gothiques ! Une saloperie de secte ! Ou une bande qui se la joue anthropophage, vampire ou loup-garou…
Bon, c’est pas tout ça, va falloir continuer le travail. Tiens, essaye de réduire le débit avec la vanne là… »

« ECZEMA : – Ben quoi ! On n’est pas peinards là, tous les deux, dans nos égouts ! Personne pour nous faire des reproches ! On travaille au rythme qu’on veut, on a ni chaud ni froid, on peut lambiner, chanter, siffler. On peut même gamberger tout à notre aise… »

« ECZEMA : – Attends, pas tout de suite… Un dernier p’tit verre… Je voulais t’dire… Juste un truc sur ma mère, un truc que j’ai jamais dit à personne… Mais ça vient là, faut qu’ça sorte… Bon ben voilà… Ma mère… c’était un cadeau. Même si y payaient les types, ça restait un cadeau… vu qu’elle était tellement mignonne… Et tu l’aurais vue rire ! Ce qui était dur pour moi en fin de compte, c’était de la partager. Et puis fallait toujours qu’elle bouge. On aurait dit un oiseau… En fait d’oiseau moi j’avais que des miettes, des p’tits bouts d’amour… Mais alors ceux là… Si tu savais… La régalade… J’en faisais des tartines, pain beurre et miel. »

« ARSENE : – Stop ! On arrête tout là ! J’ai pas envie en plus d’me prendre la voûte sur la gueule avec tout ton bordel ! C’est pas parce que Monsieur il a le rythme dans la peau qu’on va s’lâcher dans ta rave party et y passer la nuit ! Faudrait plutôt songer à retrouver l’109 ! Aventurier de mes deux ! »

 

 

Alain Cadéo est l’auteur de nombreux ouvrages (nouvelles, romans, textes, pièces de théâtre), dont « Stanislas » (1983), premier prix Marcel Pagnol 1983 ou encore Macadam Epitaphe (1986), Plume d’Or Antibes et Prix Gilbert Dupé.

Après avoir été notamment publié par Mercure de France, il est depuis 2018 publié par les Éditions La Trace.

Il vit à Évenos, en Provence.

Bibliographie
– Les Voix de Brume (1982, nouvelles)
– Stanislas (1983, roman)
– La Corne de Dieu (1983, roman)
– L’Océan vertical (1983, roman)
– Le Mangeur de Peur (1984, roman)
– Macadam Epitaphe (1986, texte)
– Le Ciel au ventre (1993, texte)
– Les Anges disparaissent (1998, roman)
– Fin (1999, texte)
– Et votre éternité sera la somme de vos rêves (2008, roman)
– L’Ombre d’un doute (2008, théâtre)
– Les Réveillés de l’ombre (2013, théâtre)
– Zoé (2013, roman)
– Chaque seconde est un murmure (2016, roman)
– Des Mots de contrebande (Aux inconnus qui comme moi…) (2018, texte)
– Comme un enfant qui joue tout seul (2019, roman)
– Mayacumbra (2019, roman)
– Lettres en Vie (2020, texte illustré)

Histoire vraie, Témoignage

Et si l’homme devait mourir…

de Jean Marie Fonrouge
Broché – 22 août 2003
Éditions : Autrement

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Tous les urgentistes connaissent le cas de cette jeune femme qui avait ingéré des médicaments pour le cœur et qu’une équipe de SAMU et d’un service d’urgence a réanimé grâce à un massage cardiaque externe effectué pendant six heures… en lui permettant, au bout, de recouvrer une vie sans séquelle. Alors se battre là, oui. Parfois même se battre de façon déraisonnable, repoussant de trente minutes l’arrêt de la réanimation d’un blessé de la route parce qu’il est jeune… puis voir ce confrère la poursuivre quinze minutes de plus parce qu’il a une alliance… Voir surtout que les médecins ont en eux cette volonté de réinventer la vie à venir parce que c’est trop tôt parce que c’est trop injuste, parce qu’il y a dehors assise et protégée du froid, la jeune femme de cet homme qui ne voudra pas croire que c’est déjà fini.

Un récit bouleversant. Par son style, son allant, la voix qui le porte. Et par la nature du récit : ni roman, ni essai, ce livre-témoignage parle d’une profession -« impensable », presque folle « folle »-, celle de médecin réanimateur, urgentiste qui plus est. Ré-inventer la vie lorsque tout espoir semble perdu. Ce métier, Jean Marie Fonrouge l’a exercé pendant plus de vingt ans en SAMU. Il en parle avec conviction, avec doute, avec colère, avec espérance. Les scènes qu’il décrit sont d’autant plus fortes qu’elles sont vécues. Elles questionnent la pratique de la médecine, nous interrogent sur notre propre rapport à la mort, nous rappellent l’essentiel nous disent de quoi la vie est faite. Ce livre est un cri, un message.

 

Couv_038_Fonrouge Jean Marie - Et si l'homme devait mourir….jpg

 

Je suis tombé, peu avant de me coucher hier soir, sur ce livre.
Je l’avais mis de côté, il y a fort longtemps. À l’époque où je l’ai eu, je m’étais dit que je le lirais “plus tard”…
Hier soir, le titre a résonné différemment… J’ai bouleversé l’ordre de ma PAL.
Je l’ai lu aujourd’hui pendant ma pause déjeuner.

C’est un témoignage très émouvant d’un médecin urgentiste dans son quotidien.
Je pense que l’on imagine difficilement leur vie. Les espoirs qu’ils portent sur leur dos, les regards des familles des personnes en soins, les déceptions qu’ils peuvent prendre de plein “fouet”. C’est ce vécu, que décide de nous faire partager Jean Marie Fonrouge, sans tricher, avec ses mots, simples, avec une envie de transmission, et justement derrière ses mots, j’ai senti un homme de cœur et les souffrances internes qu’il doit surmonter quotidiennement.

Mais c’est aussi, et c’est surtout le pourquoi je l’ai lu, une véritable réflexion philosophique sur la mort, sur le fait de prolonger ou pas la vie de certains patients à tout prix. Un urgentiste, doit-il “simplement” appliquer la loi, ou peut-il respecter les demandes de ses patients ?
Personnellement, j’espère qu’une fois “le moment” venu, si, je suis en paix avec les autres et avec moi-même, qu’on le laissera partir tranquillement, en respectant mon choix, sans s’acharner coûte que coûte, inutilement…

Des paroles écrites par un médecin réanimateur qui a du cœur, des paroles qui méritent le “détour”…

“En France, tout le monde veut aller au paradis et personne ne veut mourir.”
François Lefort, “Le Désert de l’homme fou”

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Extraits :

« Il y a de la beauté à avoir attendu autant. Il y a de la beauté à trembler pour la peine d’une mère qui ne pouvait supporter une si longue nuit.
Il y a de la beauté à savoir jusqu’où l’on peut cheminer avec dignité et savoir à quel moment la peine et la peur réunies peuvent nourrir la panique ou l’irrationnel. »

« Si je devais apprendre un « essentiel » à mon fils, je lui dirais cela : l’âme, c’est comme un parfum ; si le cristal est clos, il saura la retenir ; si le corps n’en peut plus, laisse-la partir, le corps ira la rejoindre bientôt.
Nous cherchons étrangement à retenir les corps déjà délaissés depuis longtemps par leur âme et, dans ces actes contre nature, nous oublions de l’entourage, les familles qui font passivement confiance, par impuissance. »

« Un réanimateur responsable doit admettre et faire admettre ses collaborateurs qu’il y a des situations dans lesquelles la réanimation devient de l’acharnement thérapeutique. (…) Il importe d’éviter le développement de l’attitude, bien répandue dans certains milieux hospitaliers, selon laquelle on ne meurt plus sans passer par l’unité de réanimation et sans y subir, comme une sorte d’ultime sacrement, la triade intubation – ventilation – massage cardiaque… Il est des accidents vasculaires cérébraux, des atteintes polyviscérales incurables (…), pour lesquelles il est urgent de ne rien faire sinon soulager le malade au besoin par l’utilisation de sédatifs. »

« Car il existe en France une multitude de petits services où on ne fait pas carrière, où les équipements sont insuffisants quand ils ne sont pas obsolètes.
Des hôpitaux où les médecins font une médecine « clinique » en auscultant, palpant, percutant le thorax des patients, car il n’y a pas d’échographie, ou seulement le jour où il n’y a bien sûr pas de scanner, et où l’on soigne en première ligne les mêmes blessés et malades que ceux qui habitent près d’un CHU. »

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Jean Marie Fonrouge est docteur en médecine et en droit, médecin anesthésiste réanimateur, spécialiste en médecine de catastrophe, et secrétaire général de l’Association française de droit de la santé et de « International association for humanitarian medecine » (en 2003).
Il est aussi, réalisateur et scénariste.

Adolescence, Émotion, Histoire vraie, Témoignage

Le livre de Neige

de Olivier Liron
Broché – 10 février 2022
Éditions : Gallimard

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« J’ai voulu écrire ce livre comme un cadeau pour ma mère, Maria Nieves, dite Nieves, qui signifie neige en espagnol. Un livre pour elle, entre vérité et fiction. Un portrait romanesque par petites touches, comme des flocons. »

Neige a grandi sous la dictature franquiste, puis connu l’exil et la misère des bidonvilles de Saint-Denis. Humiliée, insoumise, elle s’est inventé en France un nouveau destin. Hommage espiègle d’Olivier Liron à sa mère, cette héroïne discrète qui lui a transmis l’amour de la vie et l’idée que les livres sont notre salut, Le livre de Neige raconte aussi, en creux, la naissance d’un écrivain.

 

Couv_2022_036_Liron Olivier - Le livre de Neige.jpg

 

Quel hommage émouvant, que celui que nous offre Olivier Liron, dans ce roman, qui n’en est pas vraiment un…
L’auteur, nous raconte le déracinement de sa famille en 1939, qui a du quitté l’Espagne, le régime de Franco. L’histoire de sa maman… Sa vie, sa force et le courage qui l’a porté dans son quotidien dans un Saint-Denis en pleine effervescence, nous donnant la preuve que rien n’est acquis, que nous avons tous, qui que nous soyons, la possibilité de vivre la vie que nous voulons, et plus encore…

Mais, il nous raconte surtout, l’amour, les rencontres, l’école, les choix de vie et la nature aussi, avec beaucoup de poésie.

Dans la première partie du roman, de sa plume fine et délicate, Olivier m’a fait voyager dans le temps.
À cette époque, où, complètement perdu, je me suis retrouvé dans une classe où la plupart des élèves étaient des enfants “de l’immigration”. Portugais, espagnols, algériens, marocains ou africains, nous ne nous comprenions pas. Il a fallu se battre, souffrir, accepter, mais tenir, s’accrocher et ensuite parfois rêver… Seuls nos yeux et nos mains nous permettaient de nous comprendre, et de partager nos histoires avec les français, qui nous regardaient, eux, d’un peu trop haut. Pas mal de résonances donc, avec mon histoire et celle de ma famille. Des phrases qui m’ont émues aux larmes, qui m’ont touchées. Mes parents auraient dit “saudades !”
Nieves, quelques années avant moi, pas loin du lieu où j’habitais, a eu les mêmes ressentis, les mêmes envies que moi… Et tout comme elle, je ne regrette rien de mon vécu et des difficultés qui m’ont menés là où je suis aujourd’hui.
La seconde partie, va elle développer l’enfance d’Olivier, sa maman a grandit, elle s’est mariée et a vécu, une vie assez exceptionnelle, je dois le dire.
Le récit est très agréable, fluide, plein de délicatesse, très drôle aussi (les dialogues mi-français, mi-espagnol, comme le “parlé” de mes parents !), mélange d’émotions intenses… J’ai vraiment aimé me plonger dans la vie de Neige, bienveillante et pleine d’amour envers son fils, redécouvrir une autre Espagne, celle que craignaient mes grands-parents, celle que mes parents ont “osé” traverser à pied, bien plus tard…

Mais, presque plus que l’histoire, c’est surtout le style d’Olivier, sa façon très personnelle de nous raconter une partie de sa vie, qui m’a plu. Cette impression de redevenir un enfant à qui on conte une histoire, et quelle histoire… J’ai tout aimé !
Je suis certain qu’Olivier pourrait prendre n’importe support et le transformer en un texte magique, un texte émouvant où les mots ricocheraient les uns sur les autres, où les phrases attendraient bien alignées, et se mettant à trépigner dès leur lecture, un texte où les idées fuseraient en un éventail d’étoiles scintillantes !

Nouveau coup de cœur pour moi.
J’aime les romans généreux. Olivier va au-delà.
C’est un passeur de belles choses… Il m’a permis de vivre certains fragments de sa vie, et ce fut fort agréable…
Comment résister à un autre de ses ouvrages ?

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Extraits :

« Une nuit, alors que je commençais l’écriture de ce livre, j’ai vu ma mère en rêve.
Dans ce rêve, elle est à la fenêtre d’un train et elle sourit. La lumière est belle. Peut-être que, comme l’écrit Jean Giono, “le soleil n’est jamais si beau que les jours où l’on se met en route”. Nieves est en route pour un grand voyage. Pour une nouvelle vie. Elle regarde par la fenêtre, la lumière écrire son visage. Elle contemple le paysage et elle sourit.
Je sais que c’est un rêve. Un rêve, c’est une fiction qui dit la vérité. »

« Le sentiment dominant de Nieves à son arrivée en France, c’est la honte de ne pas parler le français. Sans accès à la parole, elle redevient une enfant. Du latin infans, “qui ne parle pas”. Ne pas parler, c’est être sans défense. Dans le rapport empêché à la parole se joue l’enfermement insidieux de la honte. Ici, Nieves à l’impression d’avoir moins de valeur que les autres. Elle sent qu’elle n’a pas sa place. »

« Pourquoi, en France, les jeunes générations n’ont pas davantage accès à l’histoire de l’immigration ? Pourquoi cette histoire commune, belle et nécessaire, n’est pas inscrite dans les programmes scolaires ? Pourquoi des phénomènes aussi massifs occupent-t-ils si peu de place dans la mémoire collective ? Quelle amnésie nous constitue ? »

« À ce propos, notre chienne Tina est morte. Elle était si malade et qu’elle ne mangeait plus les médicaments que je roulais dans le chorizo. Un jour, elle a fait un trou sous le grillage de la maison. Elle est partie mourir près du vieux lavoir. On a reçu un coup de fil des pompiers, qui l’ont retrouvée là-bas.
Elle est enterrée sous le tas de bois. Adieu Tina. Je n’aurai plus jamais la consolation de ton odeur de chien qui pue, quand on se roulait sous les bambous l’un contre l’autre. Plus jamais tu ne frétilleras de la queue à mon approche, puis jamais tes oreilles qui se dressent et remuent, plus jamais ta façon de tirer la langue avec un bruit de ventilateur à la puissance dix, plus jamais ta façon de boire de l’eau comme si tu n’avais pas bu depuis plusieurs générations de Tina, plus jamais ta façon de ramasser la vieille balle de tennis en mettant de la bave partout, plus jamais ton sourire d’ange égaré parmi les humains. Tu ne seras plus jamais là pour nous. La mort de Tina, c’est vraiment la fin de l’enfance. »

 

 

Olivier Liron, né en 1987 à Melun, est un écrivain, scénariste, acteur et personnage public français. Il obtient le Grand Prix des Blogueurs littéraires en 2018 avec son deuxième roman “Einstein, le sexe et moi”.

Il a une formation de pianiste en conservatoire. Après une hypokhâgne lettres et sciences sociales au lycée Jacques Amyot (Melun), puis une khâgne moderne au lycée Balzac (Paris), il est reçu au concours de l’École normale supérieure, option Lettres modernes. Il étudie ensuite l’espagnol et l’histoire de l’art à l’Université Complutense de Madrid puis est reçu à l’agrégation d’espagnol. Il enseigne la littérature à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle de 2011 à 2014. En 2015, il se forme à la danse contemporaine à l’École du Jeu et à l’interprétation dramatique au cours Cochet. En 2017, il fait partie des auteurs sélectionnés à la Femis pour l’adaptation cinématographique de son roman Danse d’atomes d’or.

Il est l’auteur de romans, de nouvelles, de scénarios, de pièces de théâtre et de fictions sonores. Son premier roman en 2016, “Danse d’atomes d’or” (Alma éditeur), est sélectionné pour une dizaine de prix littéraires et reçoit un excellent accueil du public. Son deuxième roman, “Einstein, le sexe et moi” (Alma éditeur), sort à la rentrée littéraire 2018 et reçoit rapidement un très grand succès de librairies et critique. Il est lauréat du Grand Prix des Blogueurs littéraires 2018 et finaliste la même année du Prix Femina et du Grand prix des lectrices de Elle. Un véritable phénomène de société apparaît autour de l’écrivain.

Il a également écrit des nouvelles pour la revue Décapage et l’Opéra de Paris, ainsi que des fictions sonores pour le Centre Pompidou.

Ses deux romans, “Danse d’atomes d’or” et “Einstein, le sexe et moi” ont fait l’objet de multiples adaptations théâtrales et sont également en cours d’adaptation pour le cinéma.

Pour le théâtre, il écrit la pièce “La Vraie Vie d’Olivier Liron”, dans laquelle il interprète son propre rôle. La pièce est créée en 2016 puis se joue en tournée en France et en Belgique. Sa deuxième pièce “Neige” est créée par le collectif Lyncéus et la metteuse en scène Fanny Sintès en 2018.

Olivier Liron se fait aussi connaître sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram par ses lectures de poésie et ses compositions au piano.

Noir, Thriller

Le Tricycle rouge

de Vincent Hauuy
Poche – 28 mars 2018
Éditions : Le Livre de Poche

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Noah Wallace est un homme usé, l’ombre du brillant profileur qu’il était jusqu’à ce qu’un accident lui enlève à la fois sa femme et sa carrière. Mais un appel téléphonique va le contraindre à reprendre du service. Son ami et ex-coéquipier Steve Raymond a besoin de lui. Une carte postale trouvée sur le lieu d’un crime atroce au Canada l’implique directement et le ramène à une série de meurtres commis cinq ans plus tôt. Tout porte à croire qu’un tueur en série présumé mort, le Démon du Vermont, est de nouveau à l’œuvre.
Dans le même temps, à New York, la journaliste-blogueuse Sophie Lavallée enquête sur un reporter disparu dans les années soixante-dix.
Et si les deux affaires étaient liées par le même sombre secret ?

 

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“Le Tricycle rouge” démarre très vite et très fort.
Vincent Hauuy, en quelques lignes a su m’agripper…
Je suis arrivé à la fin de l’ouvrage.
Je suis estomaqué !

Et si tout cela existait vraiment…

Nous sommes au Canada, un environnement froid et triste.
Steve Raymond, lieutenant américain, fait appel à un ami, Noah Wallace, ancien profiler, devenu amnésique et infirme suite à un accident où il a perdu sa femme. Il n’est plus que l’ombre de celui qu’il était. En effet, une carte postale à son nom a été retrouvée sur le lieu d’un crime particulièrement horrible. Le mode opératoire correspond à celui du « Démon », que poursuivait Noah juste avant son accident.
S’agit-il du même homme ou d’un adorateur qui réplique son “modus operandi” ? Qu’est-ce qui peut bien lier le tueur à Noah ? Pourquoi cette vision d’un tricycle rouge lorsqu’il est arrivé sur la scène du crime ?

Pendant de temps, Sophie Lavallée, blogueuse et journaliste,0 cherche à résoudre la disparition de Edgar Trout, un reporter qui n’a jamais été retrouvé. Elle cherche, elle creuse et publie ses résultats sur son blog. Un jour, elle reçoit un mail anonyme qui très vite va la mettre en danger, et va la conduire à croiser l’enquête suivie par Noah, pendant qu’il part à la recherche de ses souvenirs, au travers de cette enquête sanglante et violente.

Vincent est un amoureux des mots.
Rarement dans mes lectures, je n’ai autant ressenti le plaisir d’un auteur à placer ses mots à bon escient. Vincent en joue. Il joue avec le lecteur, mais joue aussi bien sûr avec ses personnages. J’ai eu parfois l’impression de lire une partition musicale où les dialogues se répondaient, se faisant écho. Son utilisation “de mots”, que je n’ai lus ou entendus que très rarement m’a donné une impression toute particulière… Vincent me chuchotait son récit aux courts chapitres, plein de suspense et de retournements, directement dans mes oreilles…

Mais l’auteur ne s’arrête pas là !
En plus d’avoir développé la forme, tel un écrin protecteur, Vincent nous propose un fond qui est un véritable bijou !
J’ai imaginé la réflexion qui était sienne, à chaque fois qu’il donnait des titres à ses chapitres…
Un vrai thriller mâtiné d’énigmes, de sixième sens, effleurant délicatement le paranormal.

Attention ! “Le Tricycle rouge” est très addictif, sa construction parfaitement menée et maîtrisée avec des scènes particulièrement violentes. Pour son premier roman, Vincent fait une entrée très méritée pour moi, dans le monde de l’écriture !
Noah est à la recherche de ses souvenirs, au travers une enquête sanglante et violente.
Amateurs de thriller, surtout, n’hésitez pas !

Personnellement, je vais me pencher sur le “cas” Vincent Hauuy et ses autres romans…

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Extraits :

« Steve porte la main à sa bouche grande ouverte et ses yeux s’écarquillent, mais Noah ne le remarque pas. Autour de lui, les sons se tordent et s’étirent comme le ferait un enregistrement sur une vieille bande magnétique qui se serait coincée. Un bourdonnement pulsatile s’amplifie puis donne naissance à un acouphène qui siffle dans ses oreilles comme une théière sur le feu. Il décrispe sa mâchoire et fait jouer ses mandibules pour chasser les bruits qui envahissent sa boîte crânienne. En vain. »

« Pour comprendre ce puzzle, il va devoir plonger dans les abysses. Son regard devra porter au-delà des apparences pour espérer déceler l’ombre du tueur dans la mosaïque sanglante. L’autre envisageait toujours les scènes de crime comme des symphonies silencieuses, il en percevait le rythme, le tempo et les notes. Il pouvait deviner la rage ou la colère dans la forme des blessures, la méticulosité dans le découpage ou le placement, la vanité dans l’exposition.
Noah ne voit plus la partition, mais peut-être peut-il encore entendre la musique. »

« Bordel, j’aimerais savoir ce qu’il foutent dans tes médicaments. Putain de BigPharma ; on est tous des putains de cobayes. Ça me bouffe de savoir que ce monde est corrompu jusqu’à la moelle par ces gros porcs. »

« Le cadavre a été positionné nu sur un fauteuil roulant. Les morceaux de peau arrachée sur le cuir suggèrent qu’il a été collé dessus – super glue – et qu’il s’est débattu.
– Toutes les dents ont été ôtées. À mon avis avec une pince, déclare Clémence. Puis son sourire a été étiré façon Joker, au couteau. Belphégor est souvent représenté avec une grande bouche.
Noah ne relève pas. Ce n’est pas ce genre de détails qui l’intéresse. Pourquoi ne voit-il rien d’autre ? Pourquoi ce corps reste-t-il muet ? Où est passée la musique ?
– Je ne vais pas toucher le cadavre, mais je pense que le tueur à placé des clous à la base des cornes et a utilisé un marteau pour les enfoncer sur le crâne, poursuit Clémence. »

 

 

Né à Nancy en 1975, Vincent Hauuy vit au Portugal avec sa famille. Concepteur de jeux vidéo et fan incontesté de Stephen King, J. R. R. Tolkien et George R.R Martin, il construit un monde fictif fait de paranormal, de sang et de complexité qui donnent à ses romans des intrigues très riches.
Son premier roman, “Le Tricycle Rouge”, paru en 2017, a remporté le Prix VSD RTL du meilleur thriller français présidé par Michel Bussi et conquis plus de 100 000 lecteurs.
Depuis, il a écrit deux autres romans, “Le Brasier” et “Dans La Toile” aux Éditions Hugo Thriller.