Émotion, Psychologie, Suspense

Cent millions d’années et un jour

de Jean-Baptiste Andrea
Poche – 19 août 2021
Éditeur : Folio

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“Cette fois, pas besoin de traduction pour comprendre la loi de la montagne. Les seuls monstres, là-haut, sont ceux que tu emmènes avec toi”. Alpes, août 1954. Stan mène une carrière de paléontologue sans éclat. Il ne lui reste qu’une chance de connaître la gloire : découvrir un squelette de dinosaure qu’on dit préservé par la glace depuis des millénaires. Stan imagine alors une folle expédition et entraîne avec lui un vieux guide italien et les scientifiques Umberto et Peter. Mais l’ascension du glacier est périlleuse, surtout pour ces hommes inexpérimentés. Tandis que le froid, l’altitude, la solitude se referment sur eux, leurs fragilités affleurent, les vieilles blessures se rouvrent. L’amitié qui les lie leur permettra-t-elle de réaliser ce rêve d’enfant ?

 

2022_023_Andrea Jean-Baptiste - Cent millions d'années et un jour

 

Une très belle histoire qui se lit en quelques heures…
Les chapitres sont courts, rythmés, très imagés et très poétiques.

Stan est un paléontologue. Il est persuadé qu’un dinosaure est enseveli dans les montagnes, entre la France et l’Italie.
Lorsqu’il était enfant et que ses parents n’étaient pas là, il participait avec d’autres enfants de l’immeuble à des “réunions” organisées par le vieux concierge qui leur racontait alors, de belles histoires. Un jour, il raconta à cette “société secrète aux dents de lait”, l’histoire de son dragon, dont il aurait conservé un fragment d’os !
Stan, passera alors sa vie à penser à cet animal fantastique.
À la fin de sa carrière, et toujours aussi obsédé par ce projet incroyable, de retrouver peut-être une espèce de dinosaure encore inconnue, il embarquera avec lui deux autres scientifiques et un vieux guide.
Mais là-haut, tout n’est pas si simple. Engagés dans cette expédition improbable, les trois hommes et leur guide vont vivre un huis-clos qu’ils n’imaginaient pas.

Jean-Baptiste Andrea, encore une fois, a l’art de sublimer l’histoire grâce à ses mots. Il m’a embarqué et je n’ai pu m’arrêter jusqu’à la dernière ligne.
C’est un récit plein de poésie. Rêves de reconnaissance et souvenirs d’enfance se mêlent dans ce roman sur fond de montagnes enneigées. La psychologie des personnages est finement développée, leurs sentiments, leurs expériences et leurs émotions aussi, dans cette recherche d’un animal mythique, née du rêve d’un enfant maltraité par un père violent.

Un roman qui m’a enchanté, transporté, et ému, au cœur duquel la nature joue un rôle important.
Je pense que “Cent millions d’années et un jour” fait partie de ses romans, qui se relisent avec plaisir…

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Extraits :

« J’oublierai bien des choses, c’est inévitable, jusqu’à mon propre nom peut-être. Mais je n’oublierai pas mon premier fossile. C’était un trilobite, un petit arthropode marin qui n’avait rien demandé à personne quand mon existence percuta la sienne un jour de printemps. Une seconde plus tard, nous étions amis pour la vie. »

« Elle chuchota pour ne pas que ses parents l’entendent. Quand les adultes n’étaient pas là, le vieux concierge réunissait les enfants de l’immeuble, les encerclait dans la lumière de l’unique ampoule de la cave et leur racontait des histoires. La plus appréciée de cette société secrète aux dents de lait, c’était celle de son dragon. »

« Je n’allais pas me laisser escroquer par une bande de bouseux. Parce que les bouseux, je connaissais bien, j’en étais un. Je savais, moi aussi, comment truquer une balance les jours de marché en lestant les plateaux, enlever un fruit ou deux au moment d’emballer. »

« La prochaine fois que l’aube me secouera, je n’ouvrirai pas les yeux. C’est un piège. L’aube ment à ceux qu’elle réveille, à l’homme d’affaires, à l’amoureux, à l’étudiant, au condamné à mort et, oui, au paléontologue aussi. Elle nous remplit d’espoir pour mieux nous décevoir. Le crépuscule, plus vieux et plus sage d’une journée, m’a fait la leçon : j’ai été bien naïf de la croire. »

 

 

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est écrivain, réalisateur et scénariste. Ma reine, son premier roman, a été récompensé par de nombreux prix, dont le prix du Premier Roman et le prix Femina des lycéens en 2017. Depuis, Jean-Baptiste Andrea a publié Cent millions d’années et un jour ainsi que Des diables et des saints, pour lequel il a reçu le Grand Prix RTL-Lire 2021.

Frisson horreur, Thriller psychologique

Sans retour

Tom Clearlake
Broché – 24 janvier 2021
Éditeur : Moonlight

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Lors d’un séjour à la montagne, John Gardner, dirigeant d’un groupe de sociétés, et sa famille, reçoivent amis et associés dans un lodge luxueux, au cœur des Rocheuses. Au deuxième jour, une tempête de neige se lève. Les routes sont bloquées. Les réseaux hors-service. Ils se retrouvent coupés du monde. Quand le blizzard cesse, dix-huit jours ont passé. Les occupants du lodge sont secourus et placés en observation. Cinq d’entre eux sont portés disparus. Les survivants sont extrêmement amaigris. Et en état de choc. Ils ne parleront pas. Ils garderont le secret. Le plus atroce des secrets.

 

2021_029_Clearlake Tom - Sans retour

 

La famille Gardner décide passer une semaine dans leur nouveau Lodge avec des amis.
Le second jour de leur séjour, un terrible blizzard s’abat sur eux. Ils doivent alors se confiner en attendant que cela cesse…
Après 18 jours de tempête, les Gardner sont retrouvés affaiblis.
Mais que s’est-il vraiment passé durant ces 18 jours ?
Il ne faudra surtout pas le dévoiler.

J’aurai pu résumer ce roman en un seul mot.
Wahou !!!

Dès les premières pages, Tom parvient à créer une atmosphère vraiment glaçante. Il nous plonge au cœur du stress, de la peur. C’est une immersion totale au cœur des événements comme si on y était. Ce thriller noir en huit clos est horriblement implacable ! Énorme “Coup de cœur” pour ce thriller palpitant avec ses 630 pages, qui ne m’a pas laissé un instant de répit.
L’auteur a frappé encore une fois très fort. Encore plus fort même !
La psychologie, juste et fine qu’il distille à chacun de ses personnages, se révèle parfaite du début à la fin. L’histoire remarquablement écrite et structurée avec des rebondissements réguliers jusqu’à la fin du récit. Je suis littéralement entré dans le roman… Et régulièrement dans ma lecture j’en suis venu à souhaiter que ce roman soit adapté au cinéma afin qu’il touche un maximum de personnes…

Le récit se divise en plusieurs parties.
Il y a l’avant cauchemar, “Le cauchemar”, le sauvetage, l’après sauvetage, mais pas que…

Vous n’avez pas fini de vous ronger les ongles.
L’écriture est telle que je n’ai pu faire autrement que de subir. Il y a des rebondissements à chaque chapitre et rien ne va jamais dans le sens que je pouvais imaginer.

Tom Clearlake reste fidèle à ses habitudes dans son roman. Violence, hémoglobine, peur, malaise, mais c’est tellement captivant… Il y a même un peu avant la fin un passage très beau, tout en poésie qui laisse entrevoir un autre visage de l’auteur.

Amateurs de sensations fortes, je ne peux que vous conseiller ce livre incroyable, mais attention… il vous faudra avoir le cœur bien accroché !

Merci Tom !

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Extraits :

« Dans la pénombre de la chambre dix-huit, John Gardner s’efforçait à penser clairement. Le traitement qu’on lui donnait le shootait à tel point qu’il avait du mal à bouger. D’un côté, il avait besoin de ça. D’un autre, il lui fallait toute sa tête pour réfléchir. Anticiper. Tout s’était bien passé jusque-là. Il fallait que ça continue. Il entendit Sally remuer dans le lit d’à côté. Parfois, elle parlait dans son sommeil. Que pouvait-elle dire ? Et si une infirmière avait entendu quelque chose… Cela lui était arrivé à deux reprises. Il l’avait patiemment écoutée et n’avait rien perçu de compréhensible, Dieu merci. Elle bougea à nouveau. Il s’assit tant bien que mal et appuya son dos contre la tête de lit. Elle s’agita encore, puis passa son bras hors des draps et se redressa pour s’asseoir sur le bord du sommier. Ses yeux fixaient le sol. Il la regarda attentivement, scruta ses plus infimes gestes. Elle releva la tête vers lui.
– John… Tu es là ? Dit-elle d’une voix faible. »
…/…
« Une heure plus tard, tout le monde s’était réuni dans le grand salon. Le vent hurlait de plus belle. La neige tombait encore plus fort. Des flocons énormes, qui filaient à l’horizontal et venaient s’écraser sur la baie vitrée, tels des bourdons albinos ivres. La toiture grinçait et, de temps à autre, on pouvait même sentir le sol vibrer. »
…/…
« Bien. Alors, écoute moi attentivement : l’auriculaire, l’annulaire et le majeur d’une de tes mains, peu importe laquelle, joueront le rôle des trois petits lutins. Tu vas te trancher ces trois doigts avec ce hachoir, Jack.
Une boule de glace se forma brutalement dans son estomac. »

 

Thomas Clearlake est un auteur franco-canadien né au Canada le 19 octobre 1973.

Il commence à lire avec Edgar Allan Poe, H.G. Wells, Jack London, Jules Verne, Agatha Christie, Jack Kerouak, Edgar Rice Burroughs, Lovecraft, Dean Koontz, Stephen King, Clive Barker, Umberto Eco…

Sa passion pour les littératures de l’imaginaire le pousse à expérimenter l’écriture dans des univers très différents, mais c’est dans le thriller qu’il préfère exercer.

“Je pense que le Thriller est le maître de tous les genres littéraires. Il permet de jouer avec les sensations et les émotions du lecteur comme aucun autre genre le peut. Il y a dans le thriller cette possibilité de créer l’intensité, et de la pousser à son paroxysme. Et l’on dispose d’une infinité de moyens pour y parvenir.”

 

Émotion, Histoire

Lily sans logis

Frédérique-Sophie Braize (Auteur)
Broché – 14 mars 2019
Éditeur : Editions De Borée

En 1861, depuis la mort de sa mère, la jeune Lily vit seule par les routes, s’occupant comme elle le peut des bébés siamois dont elle a la charge. Parce qu’il faut bien se nourrir, simplement vivre, Lily n’hésite pas à exhiber les bébés dans les foires en échange de quelque monnaie. Un soir, dans une auberge, la jeune fille fait la rencontre d’un médecin, Vincent Genoux. Au matin, les bébés ont disparu. Car le docteur Genoux est un scientifique n’hésitant pas à user et abuser de son statut pour diriger d’odieuses expériences. Avec les bébés de Lily, l’homme voudrait trouver le moyen de pouvoir séparer des jumeaux siamois. Et alors qu’il mène ses expériences dans le plus grand secret, Lily, de son côté, tentera tout ce qu’elle pourra tenter afin de retrouver les bébés.

 

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Bonjour à toutes et à tous…

Ce roman bouleversant, inspiré de faits réels raconte le périple vécu par Lily Rossignol, qui après la mort de sa mère, part seule sur les routes, s’occupant comme elle le peut de son “phénomène de foire”, le seul bien qui lui reste. Et parce qu’il faut bien se nourrir, ou tout simplement vivre, elle n’hésitera pas à exhiber “ses bébés”, Castor et Pollux, dans les foires en échange d’un peu d’argent pour subsister.

Roman dévoré d’une traite.
Je comprends pourquoi il a reçu le coup de cœur de l’éditeur !

Ce quatrième roman de Frédérique-Sophie Braize, est pour moi une très belle réussite.

Depuis sa naissance Lily est une victime. Son vécu est déchirant. Je l’ai suivi pas à pas avec beaucoup d’émotion. Cela fait plusieurs mois qu’elle est sur les routes. Il fait froid, elle n’a rien à manger, ni pour elle, ni pour les petits.
Elle se rend à Thonon, dans l’espoir de gagner un peu d’argent. Celle qui vient de ses montagnes avec des rêves de bonheur, y croit, elle fait facilement confiance, et ne se doute pas que la gentillesse peut cacher de mauvaises intentions. Des gens mal intentionnés voient en elle une proie facile et fragile… Ils vont alors profiter de sa naïveté, de sa gentillesse.

L’histoire est très touchante. Lily m’a beaucoup ému, la raison qui l’a poussée sur les routes, puis son arrivée à Thonon.
Il y a des personnages odieux bien sûr, mais d’autres heureusement cachent un grand cœur. Petit à petit Lily grandit, elle change, elle évolue.

Malmenée par le destin, aura-t-elle le droit au bonheur qu’elle mérite ?

Amitié, kidnapping, trahison, amour, tous ces ingrédients sont ici réunis pour faire de ce roman, un voyage haletant (initiatique ?), qui restera longtemps dans mon esprit après avoir refermé le livre sur cette dernière phrase : “Un bienfait n’est jamais perdu”

Malgré un sujet grave, le ton de Frédérique-Sophie est plein de sensibilité, intense et fluide, de nombreuses touches d’humour sont disséminées permettant de contre balancer le nombre de fois où j’ai eu le cœur serré.

Merci Frédérique-Sophie pour ce voyage dans un autre temps…

J’attends impatient, le mois de janvier prochain pour découvrir ton nouveau roman, aux Presses de la Cité, “Un voyage nommé désir”. Le récit de trois femmes, Péroline, Anne-Céleste et Rose, en déficit de bras solides pour abattre leur travail le jour et étreindre leur corps la nuit. Elles vont être emportées dans les tourmentes de la guerre et du désir féminin !
Tout un programme…

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Extrait :

« Quand Lily regarda la laitière s’éloigner à petits pas cadencés, cela lui fit des lentilles d’eau aux coins de ses yeux trop clairs. Après cette rencontre bienfaisante, Elle erra dans la ville haute avec l’espoir secret d’apercevoir Audebert au détour d’une maison…/… Lily s’approcha du bâtiment religieux, déchiffra l’inscription gravée au-dessus de la porte : Ô vous qui passez par ici, priez Dieu pour les trépassés. Elle s’acquitta de bonne grâce à ce commandement en priant pour son père et pour sa mère. Et un peu pour elle aussi, car elle avait besoin d’un coup de pouce.
Elle poursuivit sa déambulation tandis que le jour faiblissait. Les pluies d’automne avaient détrempé le sol qui transformait sa juponnerie en plis boueux. Le vent s’agitait pour faire tomber les feuilles. Poussés par son souffle, les arbres formaient des arches sombres qui abritaient quelques couples d’amoureux buissonniers. Ne sachant où se rendre pour chercher un toit, Lily pensa à descendre au port de Rives. Mais que ferait-elle une fois là-bas ? »

 

 

Frédérique-Sophie BRAIZE romancière, nouvelliste, chroniqueuse presse écrite, née à Évian.

Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles, d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Puis, elle travaille dans la sécurité privée et industrielle. Après une reconversion, elle enseigne l’anglais aux très jeunes Français, et le français aux enfants primo-arrivants, avant de se lancer dans l’écriture. Elle est marraine des « Aventures de Piwi Cœur » – un enfant porteur d’une maladie génétique rare. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris.

En 2018, pour son roman “Sœurs de lait”, elle a reçu le Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie des mains de Philippe Grimbert, ainsi que le Prix patrimoine. Son roman “Lily sans logis” a reçu le Coup de cœur de l’éditeur 2019. Ses nouvelles ont reçu les Prix Vedrarias 2012, Gaston Welter 2013, Ecriture d’Azur 2013 et 2014, Livre sans Frontières 2014.

Ses livres sont toujours inspirés d’une histoire vraie, d’un fait de société, d’un fait divers ou d’un fait historique tombé dans l’oubli.

Parutions récentes et à venir :
Paysannes de montagne (éd. Lucien Souny 2015) Grand Livre du mois, France Abonnements / Format poche (éd. Souny Poche 2018)
Pour quelques arpents de rêve (éd. Lucien Souny 2016)
Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Sélection Prix Guerres et Paix 2020 / Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) « Coup de cœur de l’éditeur ». Sélection 2019 : Prix Obiou, Grand Prix des Ecrins, Prix Patrimoine.
Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019)
Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité – à paraître janvier 2021)

Émotion, Noir, Thriller

Sinestra

de Armelle Carbonel (Auteur)
Broché – 8 novembre 2018
Éditeur : RING

Le Val Sinestra, refuge isolé au cœur de la vallée des Grisons entouré de monumentales montagnes, accueille un convoi de réfugiés fuyant les horreurs de la guerre. Des mères brisées au bras de leur progéniture, des orphelins meurtris et atteints de désordres psychiques. Mais là où ils croyaient avoir trouvé la paix, les résidents vont réaliser que le Mal a franchi la frontière avec eux.

Surnommée la “nécromancière”, Armelle Carbonel est avec son style viscéral et son extrême maîtrise du suspense en huis clos, l’une des voix les plus captivantes du thriller contemporain. Récompensée à onze reprises, experte en manipulation et rebondissements, la nouvelle référence française du thriller psychologique entraîne le lecteur au cœur d’une véritable symphonie paranoïaque, dont l’intensité suscite une angoisse quasi inédite dans le monde du thriller.

 

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Bonjour à toutes et à tous…

Après, les superbes “Criminal loft” et “Majestic murder”, je ne pouvais pas passer à coté de “Sinestra” !
Avec ce troisième roman, Armelle Carbonel a gravi une nouvelle marche sur le podium.
C’est roman magistral, avec une écriture pointue et très poétique.

Vingt-neuf août 1942.
Au cœur de la Suisse, à travers les Grisons, se trouve un château, menaçant, le Val Sinestra.
Dans la brume, un chargement humain pénètre la forteresse.
Des femmes, des enfants, un homme, espérants être guéris de leurs maladies.
C’est là, au milieu de la forêt, que vie un mystérieux médecin qui semble faire des miracles.
Bienvenus au Val Sinestra…

Passées les premières pages, où j’ai découvert les personnages du roman, Armelle échafaude un huit-clos glacial à l’atmosphère sombre et malsaine, où le mal s’insinue absolument partout. Sinestra est un thriller horrifique.

Encore une fois, elle met en avant “le Lieu” dans son récit, lui donne une âme, au point qu’il en deviendra même le personnage principal en lui donnant la parole.

Quel suspens !
Chaque chapitre est raconté par un personnage différent. Nous proposant une perception et une vue différente des scènes vécues.
Grâce à son écriture incisive, teintée de poésie, de métaphores et délicieusement maléfique, Armelle, m’a entraîné tel un enfant, petit à petit, vers une descente aux enfers dans un univers sombre et glauque… Je me suis enfoncé dans son récit à chaque fois un peu plus, les murs se sont resserrés autour de moi, m’oppressant jusqu’à la dernière ligne…

Aucun des personnages ne sera épargné, qu’il soit enfant, qu’il soit adulte.
Même le lecteur averti sera surpris, choqué et subira, tel le fracas de l’orage et la pluie de grêlons battant les rues, la perte d’une certaine innocence…

Un vrai coup de cœur !

Armelle a du style, elle le sait…
Elle ne nous raconte pas d’histoires, elle nous les fait vivre.
Oserez-vous entrer dans son univers ?

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Extrait :

« Mon œil suivait chacun de leurs mouvements et dénonçait les mensonges révélés par la nuit. Mes traîtres égarés livraient un combat inéquitable. J’applaudissais leur vaine tentative d’échapper à mon emprise et pleurais la mort du garçon au nez crochu, bien que son déclin eût pris naissance en mon sein. J’aimais cet enfant étoilé. Autant que les autres, mal nés, mal aimés, malformés. Leur saveur ne présentait aucune différence. Ils incarnaient l’innocence dans un monde exempt de fraîcheur et le vieux rustre que j’étais s’en nourrissait pour prolonger l’éternité au-delà des limites sacrées. »

 

 

Armelle Carbonel, née le 16 juillet 1975 à Paris, est écrivain. En parallèle de son activité littéraire, elle travaille pour le Ministère de la défense.

Elle commence à écrire dès son plus jeune âge.
À 8 ans, elle rédige des poèmes, puis à 11 ans, un roman fantastique. À 15 ans, elle se tourne vers le théâtre avec la composition de 3 pièces de théâtre, avant de revenir au roman à 20 ans. Elle remporte de nombreux prix Littéraires (Art et Lettre de France, Concours littéraire des Armées, concours de poésie de la ville de Rambouillet, Prix Calliope.) sous le pseudonyme de Rebecca Arque pour son roman Criminal Loft (publié en auto-édition en 2011) et devient membre du Collectif de la Plume Noire. Elle retravaille son thriller Criminal Loft dans une nouvelle version en 2015. Elle est également l’auteur de “Les Marais funèbres” et “La Maison de l’ombre”.

En 2013, elle participe au recueil de nouvelles Santé, au profit de la fondation Maladies Rares.