Émotion, Drame, Psychologie

J’aurais aimé te dire

de Blandine Bergeret
Broché – 30 mars 2022
Éditions : Les Editions de l’ArtBouquine

Dijon. Sophie, dix-huit ans, voit sa vie brusquement bouleversée. Vingt ans plus tard, la maladie fait son apparition. L’occasion pour Sophie d’écrire à son fils, Martin, et de lui narrer leur vie. À deux, et à trois avec la voix de Madeleine, leur voisine et grand-mère de substitution, la mémoire des années après-guerre, qui vient s’intercaler dans les lettres de Sophie. Des anecdotes, des questionnements, des joies, des désillusions. Deux femmes, deux générations, deux écoles de vie, Martin au centre et un drame qui s’immisce au présent.

 

 

C’est avec beaucoup d’émotion que je termine le second roman de Blandine Bergeret.
Ohhh… Cette dernière lettre…
D’ailleurs, c’est tout le livre qui m’a mis dans un drôle d’état. Mais cette dernière lettre.

Par où commencer ?

Tout d’abord, en fin de lecture, je me pose plusieurs questions.

  • Mais où Blandine a-t-elle puisé autant de tristesse ?
  • Comment a-t-elle eu cette idée de roman, et d’où est venue cette construction si particulière, si rythmée ?
  • A-t-elle vécue, elle-même ou des proches, cette situation si pesante ?
  • Et comment se remet-on d’une telle expérience ?

On sent que chaque mot, chaque phrase, chaque idée est longuement pesée… étudiée avec beaucoup de finesse avant de nous être “offerte”.
J’ai pris ce récit comme ça. Comme un cadeau que Blandine me faisait. Un cadeau longuement réfléchi évidemment, qui nous montre une voie qui nous fait peur, que l’on ne veut surtout pas voir, une vie que l’on ne souhaite à personne.

“J’aurais aimé te dire” est un roman choral qui se décline à trois voix.
– La première, des lettres que Sophie écrit à son fils Martin. Elle commencera en 2010, et pendant un an, fera défiler plus de vingt ans de leur vie.
– La seconde, un journal tenu par Madeleine une voisine, devenue “la” grand-mère de substitution de Martin. Elle décrit sa vie, ses envies, ses enfants, ses chagrins.
– Et enfin la troisième. Une succession froide, rigide et scientifique, de dates, de rendez-vous, de résultats d’examens médicaux… Mais qui est donc la personne concernée ?

C’est ainsi que toute leur vie va se dérouler en alternance sous nos yeux.
Sous mes yeux, qui ont eu du mal à y croire, qui auraient tellement voulus que les choses se déroulent autrement, que ces drames n’ai jamais eu lieu.
Sophie. Très tôt orpheline, suite un accident de la route où ses parents se tuent, éternelle maman qui se découvre, qui tâtonne, qui apprend, ne renonce jamais et mène un combat quotidien pour protéger Martin, né de père inconnu.
Madeleine. Elle, vient d’un autre temps, d’une autre époque. Ses parents ont vécu la guerre. Dans sa fratrie de neuf frères et sœurs, ils n’ont pas eu le temps de se poser trop de questions. Il fallait avancer, travailler, nourrir, élever, punir quand ils ne marchaient pas droit. C’est cette éducation aux idées bien arrêtées qu’elle transmet à Martin. Pas facile tous les jours, mais pas méchante non plus. Elle soutient Sophie, et ce, sans jamais rien demander en retour.
Les ressentis de Martin m’ont manqué. J’aurais aimé savoir ce qu’il avait en tête, qu’elles étaient ses envies au fur et à mesure de son évolution, de son éducation…
Deux femmes, trois générations, trois destins qui s’entremêlent sur un peu plus de deux cent cinquante pages, mêlant présent et passé, trois destins qui ne demandent qu’à vivre…

Un livre bouleversant à tous niveaux. Un style concis et précis qui ne supporte pas l’a peu prêt. Je n’ai pu qu’admirer le courage, la pudeur de Sophie, personnage central de tous ces destins croisés. L’amour d’une mère n’aura jamais aucune limite…

Tout simplement, merci Blandine pour tes mots…

À lire absolument !

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Extraits :

« 1er janvier 2010
Maux de tête
Migraine
Céphalées
Quel que soit le terme, la douleur est là
Omniprésente
Elle frappe tel un tambour
Sur le front
Les tempes
Les yeux pétris de douleur ne forment plus qu’un interstice plissé pour empêcher la lumière d’entrer »

« Sans être naïve, à aucun moment, je n’avais songé à cette éventualité. Mon cerveau était sans doute submergé pour que l’idée n’affleure à sa surface. Pendant un an, sans précaution aucune, j’ai couché avec pléthore de type. Des jeunes, des moche, des vieux, des gars traînant dans la rue, des dépressifs, des basanés. Peu importait le style, l’accoutrement, la propreté. Je voulais du sexe masculin. Je me servais dans la rue. Les hommes n’étaient pas farouches. Je ne l’étais pas non plus. Je me suis vautré dans l’alcool et le sexe. »

« J’aimais m’observer nue dans le miroir du couloir. Mes formes s’arrondissaient. La peau tendue, l’abdomen proéminent, Madeleine m’avait prédit une fille Régulièrement, elle m’offrait des vêtements qu’elle tricotait pour ta naissance. Bonnet. Chaussons. Barboteuses. Brassières. Dans des tons de rose et mauve. Elle me tenait compagnie. Me racontait son enfance, sa jeunesse, post-seconde guerre mondiale. »

« Tu es né dans la douleur. Des pleurs plaintifs, tels des miaulements, ont pris la relève de mon ultime hurlement. Animal. Viscéral. Guttural. Pas de péridurale. Le col n’était pas assez ouvert, je n’ai pas pu en bénéficier. »

« Les changements sont apparus insidieusement pour, à la cinquantaine, s’installer de façon permanente. J’ai pris du poids, des bouées accrochées à mes hanches avec une silhouette digne d’une bouteille d’Orangina. J’avais alors constaté mon invisibilité aux yeux des hommes, moi qui les avais toujours fait se retourner sur mon passage. Je m’étais empâtée, la peau de mon visage s’était relâchée, mes paupières affaissées. Je me souviens de mon moral en Berne, de mes sautes d’humeur que personne ne comprenait à la maison. J’étais irritée, mon impatience exacerbée, tout m’agaçait, en particulier les enfants, alors adolescents, qui se fichaient bien de moi, de mes hormones et de ma chute inexorable. »

 

 

Formatrice pour de grandes entreprises, Blandine Bergeret consacre maintenant son temps à l’écriture. “J’aurais aimé te dire” est son second roman après le succès de “Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux”.

Lectrice à mes heures perdues et auteure de 2 romans aux éditions de l’ArtBouquine. “Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux” qui a obtenu le 1er prix lors d’un appel à manuscrits (nov. 2020) et mon tout dernier, “J’aurais aimé te dire” (avril 2022).

Je rêve d’écrire depuis petite, j’ai toujours eu cette passion. Au commencement, ce fut “le secret des 12 princesses”, puis je me suis mis à écrire des nouvelles il y a une douzaine d’années avec des parutions dans des revues spécialisées. Après avoir mis en place le journal “Supply Planet” lorsque j’étais responsable logistique chez Pepsico, j’ai continué l’écriture journalistique en créant mon site internet. Repérée par deux magazines dans le domaine, j’ai collaboré à de nombreux articles et dossiers durant deux ans. J’ai enfin décidé d’accorder ma plume à l’écriture personnelle en me lançant dans un roman. Puis deux. Et le troisième est en cours.

Quand j’écris, je suis ailleurs. J’enfile les chaussures de mes personnages. Je plonge en eux. Je suis dans une bulle. Légère et insouciante.

Émotion, Drame

La vie rêvée des chaussettes orphelines

de Marie Vareille
Poche – 20 octobre 2020
Éditions : Charleston

 

En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface.

Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde.

La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie. Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler la vérité sur son passé ?

« Avec un talent incroyable, Marie Vareille manie un style plein d’humour et de sincérité. Un roman puissant, moderne et extrêmement bien écrit. »
France Net Infos

 

 

J’ai lu et entendu beaucoup de choses sur Marie Vareille. Du bon, du moins bon, aussi et du mauvais parfois… J’ai tenu donc à me faire ma propre opinion.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Tout d’abord, l’écriture est plaisante, et j’avoue avoir accroché très vite à l’histoire. Alice, ce personnage “un peu” psycho-rigide, avec ses tics et ses tocs m’a bien plu, et m’a fait penser à quelqu’un. (n’insistez pas, je ne vous dirait pas qui !)
Je pensais “tomber” sur un feel good traditionnel, mais pas du tout, pour moi cela n’en est pas un !
La structure du récit est intelligente et poétique comme j’aime. On avance dans la lecture en suivant en parallèle deux trames de récits. D’abord, il y a le “Journal d’Alice” qui commence en 2011 et se déroule jusqu’en 2012, où Alice s’adresse directement à Bruce Willis !!! Si, si, je vous assure, c’est même parfois très drôle ! Puis le récit en lui-même, qui commence en 2018 pour s’achever en 2024 (si j’ai bien compté). Cette méthode d’écriture en toute simplicité, force à un rythme de lecture, dans lequel je suis tout de suite entré. Je me suis laissé porter ainsi par les mots de Marie pendant près des deux tiers du roman… Les allers-retours entre le journal intime et le vécu de la jeune femme en alternance, me captivaient de plus en plus.
Il y a aussi pas mal de suspense, et je me suis demandé où voulais en venir l’auteure. Mais j’étais encore loin de deviner ce qui allais m’arriver !

Bravo Marie pour ce “switch” incroyable !
Ou comment l’auteur a l’art et la manière de nous prendre complètement à contre-pied. Whaou !
C’est beau, c’est triste, c’est très touchant…
Oserais-je dire que je suis resté sans voix ?
En-tout-cas, j’ai versé une larme.

“La vie rêvée des chaussettes orphelines”, n’est pas un long fleuve tranquille.
Le récit transporte son lot de drames, de tristesse, de beauté, d’amitié et d’amour. C’est un récit de vie, un récit de foi en la vie. Ce ne sera pas un coup de cœur pour moi, mais il s’en est fallu de peu. L’histoire m’a remué.
Il y a de l’émotion, de la compassion, de l’intensité et bien sûr de l’amour.
Bref, c’est un récit qui a tout ce qu’il faut pour “vivre agréablement“ de mains en mains, encore pendant de longues années…
Très bon moment de lecture avec des personnages qui vont me manquer.
J’ai hâte d’en lire un autre…

PS. Marie a eu la belle idée de nous proposer sa “playlist” musicale. Elle a accompagné toute ma lecture, mais…
Et oui, il y a un MAIS…

J’ai cherché partout “SISTERS” de Scarlette S.R., et impossible de le trouver !!!
Bouhou…

“Marie, si tu lis ce message…
L’ambiance générale et la façon dont tu en parles m’ont donné l’impression que ce morceau existait vraiment.
Si c’est le cas, je suis preneur.
Si un autre titre qui t’a inspiré, je suis preneur aussi !
Quoi qu’il en soit, un grand merci pour toutes ces émotions…
À bientôt, snif…”

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Extraits :

« 10h04. Mon rendez-vous a quatre minutes de retard. 240 secondes de ma vie envolée, mortes, parties dans le néant du monde. Soixante minutes dans une heure. Soixante secondes dans une minute.
Je resserre ma queue-de-cheval pour la dixième fois. Je ne comprends pas. Pour arriver à l’heure, il suffit de partir à l’heure. Je ne vis pas, a priori, dans un espace-temps différent de celui des autres et pourtant, je suis manifestement la seule personne au monde à avoir compris ce grand mystère de la vie que la vaste majorité de l’humanité n’a pas encore réussi à percer :
Temps de trajet = temps de transport + temps de marche + marge de sécurité. »

« …il a planifié un rendez-vous.
À une heure précise.
À un endroit précis.
Si je refuse, je vais déranger son emploi du temps. Peut-être qu’en réorganisant sa journée, il va devoir modifier celui d’autres personnes et le bouleversement de l’ordre établi peut entraîner le chaos. Quelqu’un, un père de famille par exemple, pourrait sortir de chez lui plus tôt, pile au moment du passage d’un taxi, simplement parce que le rendez-vous a été décalé, il se serait fait renverser ou pire, son enfant dans la poussette…
Stop.
Arrête. »

« Tu sais à force de travailler avec mes petits vieux, j’ai appris deux choses essentielles. La première, c’est qu’on se prend la tête toute la journée pour des trucs dont on se souviendra même pas dans un an, alors à l’échelle de toute une vie, autant te dire que ça n’aura plus la moindre importance. Et la deuxième, c’est que vivre vieux, c’est une chance que tout le monde n’a pas, alors les choses qu’on veut vraiment faire dans sa vie, les projet qui nous tiennent à cœur, il ne faut pas attendre avant de les entreprendre parce qu’on sait jamais quand ça s’arrête. »

« La beauté n’est qu’une question de norme sociales dépendantes de ton époque, de ton milieu social et de tes origines géographiques, normes que la société te fait intérioriser dès ta naissance. Par ailleurs, toute apparence physique est éphémère. Choisir un partenaire sexuel pour sa beauté et par conséquent complètement con. »

« …tu es un artiste, et tous les artistes sont des losers jusqu’au jour où ils réussissent. Tu sais, dans les médias, on nous rabâche les histoires des gens qui réussissent en une nuit, le conte de fée des Temps modernes, c’est ça : réussir par hasards, sans mérite ni travail. C’est le pire des mensonges. Quel que soit le domaine, les gens qui réussissent du premier coup sont des exceptions. Et d’ailleurs, c’est pour ça qu’on parle d’eux parce que leur histoire tient du conte de fées. »

 

 

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Son best-seller “La Vie rêvée des chaussettes orphelines”, traduit dans de nombreux pays, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires. Il a reçu le Prix des lectrices Charleston 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Elle est également l’auteure, aux éditions Charleston, de “Je peux très bien me passer de toi” (Prix Confidentielles) et “Ainsi gèlent les bulles de savon”.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie “Elia la Passeuse d’âmes” et son roman Young Adult “Le syndrome du spaghetti” a été récompensé du Prix Babelio en 2021.

Émotion, Drame, Thriller

Je pleurerai plus tard

de Mathieu Bertrand
Poche – 9 juillet 2020
Éditions : M + Éditions

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Au cœur d’une petite ville de province, Patrice Lorenzi mène une vie rangée entre des semaines en déplacements professionnels et des week-ends en famille. Le jour où son enfant disparait, ses certitudes sur la réelle valeur de l’existence s’envolent alors que sa vie de fonctionnaire modèle bascule dans l’horreur. Une parole donnée et l’étrange proposition d’un inconnu aux allures de mercenaire vont l’entrainer dans un cauchemar dicté par la haine et animé par la vengeance. Le compte à rebours de son destin, désormais réglé sur huit semaines, ne lui laissera que le répit nécessaire à un seul et unique objectif : devenir un assassin.

 

Couv_047_Bertrand Mathieu - Je pleurerai plus tard

 

J’ai découvert récemment Mathieu Bertrand avec ses thrillers ésotériques. Dans ses romans, le rapport à la mort m’avait beaucoup intéressé, et j’y avais trouvé de nombreux points communs avec mes propres ressentis. Après avoir lu ses trois romans “historiques”, j’ai appris qu’il avait aussi écrit un Polar. Je n’ai pas pu résister, je voulais connaître “son regard” sur cette nouvelle thématique… Dès son premier “essai”, il place la barre très haute !

Attention, pas de courses-poursuites, pas d’enquêtes non plus à proprement dit, quoique… Non, Mathieu s’intéresse ici aux divers ressentis de ceux qui restent lorsqu’il y a un meurtre au sein d’une famille. Très très psychologique, philosophique aussi, on se retrouve très souvent dans “la tête” du héros… Et toujours la mort qui plane…
C’est bien fait, c’est dur et émotionnellement très fort.
J’ai compati, j’ai compris… Mais qu’aurais-je fait à sa place ?

Quelle est la plus terrible épreuve que peuvent vivre des parents ?

C’est l’horreur qui dès lors s’empare de toute une famille, chacun la vivant à sa façon.
Patrice Lorenzi, fonctionnaire dans une prison, n’a plus qu’une seule idée en tête. LA VENGEANCE.
Mais comment faire ? Comment passer au-delà du sentiment d’injustice que ressent toute la famille ? Patrice, lui, ne dort plus, il ne mange plus, il voit sous ses yeux sa femme qui s’éteint petit à petit. Il lui fait une promesse. Peu lui importera les conséquences de celle-ci, ils seront désormais liés à jamais.
Ce roman est un focus sur l’âme d’un homme qui a perdu toutes ses raisons de vivre. Il y a beaucoup d’émotions, de peine, mais jamais de haine, ce qui aurait pu et du être normal. Je n’ai pas pu, ne pas me mettre sa place.

Mathieu nous tire, Mathieu nous emporte dans un tourbillon qu’il a mûrement réfléchi. Il est fort, très fort… et ce jusqu’au “chemin menant à l’enfer…”

Un excellent thriller, qui avec une vraie richesse d’écriture, ne trahit pas ses lecteurs !
Je conseille vivement ce récit…

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Extraits :

« Beaucoup de personnes ont sûrement peur quand ils savent que leur fin est imminente. Ce n’était pas mon cas. Habité d’une certaine quiétude, je me sentais calme. Et pour cause : mon âme allait rejoindre celles de mes proches dans l’au-delà. À moins qu’ils ne soient au Paradis et que je m’en aille en Enfer ? Allez savoir ce qui se passe réellement quand on meurt… personne n’est jamais revenu pour le raconter ! »

« Dans des situations comme celle-ci, l’homme est étrange. Ses réactions et ses décisions sont souvent peu cohérentes. Ainsi, je décidai de me rendre au milieu du jardin d’un pas lent. Après m’être arrêté, les jambes écartées, les bras tendus le long du corps, je serrais mes poings jusqu’à sentir mes ongles pénétrer dans mes chairs. Défiant la Voie lactée de mon regard le plus provocant, le plus haineux, je me mis à crier de toutes mes forces. Mes hurlements de rage durèrent plusieurs minutes jusqu’à ce que ma gorge ne puisse plus sortir le moindre son. La situation semblait avoir réveillé quelqu’un au fond de moi. Un personnage dans l’ombre qui ne cherchait qu’à se manifester, une bête noire tapie dans les profondeurs de mon âme qui ne demandait qu’à sortir. »

« Je n’avais pas réalisé jusque-là combien mon comportement semblait détaché de la réalité. Comme si cette disparition ne me touchait pas. Hormis les deux crises de larmes dans le jardin puis en forêt, je prenais toute cette affaire, aussi dramatique soit-elle, avec un recul étrange, presque indécent. J’aimais pourtant mon fils de tout mon cœur. La plupart des pères seraient en train de courir partout en hurlant, en pleurant, voire même en priant. Pourquoi pas moi ? »

« Cet échange m’avait permis de comprendre combien l’amour d’une personne pour une autre pouvait se transformer en l’impossibilité de vivre l’une sans l’autre, quitte à se laisser mourir pour la rejoindre au paradis, en enfer, ou Dieu sait où… »

« Les deux décès dans ma petite famille m’avaient changé en plaie béante. Cette promesse, à laquelle je venais de m’engager, allait me transformer en bête et me mènerait probablement à ma perte. Ce qui me semblait une fin acceptable, voire même souhaitable. »

 

Mathieu Bertrand est né en 1969 en région parisienne et a passé son enfance en Corse. Ancien élève des Instituts Régionaux d’Administration, il est cadre de la fonction publique. Diplômé de l’Université d’Avignon, il habite en Champagne et est passionné par l’histoire des religions et de façon plus générale, par tout ce qui touche à l’ésotérisme. Son envie d’écrire s’est concrétisée en découvrant les lieux historiques et les légendes d’Aquitaine.
En 2016, il publie son premier roman intitulé “Les émeraudes de Satan”. Son second roman “Je pleurerai plus tard” est un thriller reposant sur la vengeance d’un père meurtri par le destin. Il habite dans la région de Toulouse à Agen.

S’appuyant sur sa passion pour l’ésotérisme et pour certains romanciers tels qu’Éric GIACOMETTI, Jacques RAVENNES, Dan BROWN ou encore Umberto ECO, il écrira deux thrillers “ésotériques” supplémentaires. Actuellement il est en écriture de son cinquième roman qui devrait sortir à l’été 2022.

Drame, Noir, Suspense, Thriller

La toile aux alouettes

de Lou Valérie Vernet
Poche – 5 mai 2022
Éditions : M + Éditions

Deux enquêteurs aux méthodes singulières, surnommés « Les Concertistes », se penchent sur la disparition d’une femme. Tous les indices portent à croire que trois jours auparavant elle a pété les plombs et prémédité son départ. Quand ils soupçonnent qu’elle est la victime d’un redoutable prédateur, sadique et manipulateur, le compte à rebours est déjà lancé.

« J’ai découvert une fin diabolique bien loin des premiers chapitres policés, qui fera hoqueter et lever les sourcils, mais qui est la signature d’un livre réussi, original, audacieux. Un livre que l’on n’oubliera pas, longtemps après l’avoir fermé ».

Maud Tabachnik, écrivain.

 

 

“La toile aux alouettes”, est le premier polar signé par Lou Valérie Vernet.
Il est sorti en 2017, et a été primé du Prix Polar CMB en 2018. Réédité le 5 mai 2022, il refait peau neuve !
C’est le premier tome d’une trilogie à paraître courant 2022…

Tous les matins Clara est réveillée par son voisin qui chante à tue-tête… Mais Clara ne dit jamais rien. Elle s’efface au point presque de devenir “invisible”. Invisible dans son quotidien, sur son lieu de travail, même envers sa propre famille. Elle n’ose pas, ne se plaint jamais, baisse la tête…

Mais un jour, le réveil trop matinal imposé par son voisin est la goutte de trop ! Elle réagit du tac au tac à coups de perceuse dans le mur, met à son tour la musique à fond et dans une même lancée se rend sur son lieu de travail avec une détermination toute nouvelle ! Gare à ceux qui croiseront son chemin…

Mais que s’est-il passé ? Qu’est-ce qui a poussé Clara à réagir de la sorte, à réagir après toutes ces années ?

Lou Valérie Vernet a construit son récit en trois parties.

  • Dans la première, Lou nous invite à découvrir Clara.
    Une Clara réservée, timide qui passe du temps, beaucoup de temps sur les réseaux sociaux et ce dès qu’elle sort de son travail. Elle fera la connaissance de Domino en naviguant sur la toile, le “frère” qu’elle n’a jamais eu.
  • Dans la seconde, ce sont “Les concertistes” qui entrent en scène, des enquêteurs vraiment très atypiques, qui m’ont agréablement surpris et porté dans leur monde disjoncté !
    Dans cette partie, le ton du récit se durcit, devient plus violent…
  • Et enfin dans la troisième… Wahou !!!
    Une tension extrême m’a mené vers un final que rien ne laissait présager en tout début de ma lecture…
    Cette construction originale, m’a permis d’appréhender petit à petit les différents protagonistes du récit, de m’y attacher ou de les détester.

L’intrigue est bien menée. Lou a cette plume, mordante et poétique, elle nous transporte dans son récit, elle joue avec les mots et les idées à travers une tristesse omniprésente. Ses personnages à la psychologie exacerbée sont toujours décrits avec finesse et elle leur offre des dialogues sur mesure, qui fusent en un rebondissement incessant.
Attention, âmes sensibles le “pire” reste encore à venir !
Clara va sombrer dans un cauchemar, blessée et manipulée par un horrible prédateur, prise dans sa toile… elle n’aura de choix que de céder à tous ses vices pour rester en vie.

Ce premier polar de Lou, très atypique est très différent des polars que j’avais lus jusqu’alors. Mais le plus simple, serait que vous vous fassiez votre propre opinion.
Dans tous les cas, je recommande vivement !

Je remercie M+ Éditions pour leur envoi en SP. Une relecture pour moi, mais toujours un vrai plaisir… Hâte de découvrir les tomes suivants (que je n’ai pas encore lus !).

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Extraits :

« C’était un matin blanc recouvert de givre, un matin serti de froid aux reliefs argentés. Les voitures gisaient telles des congères ; une armée blanche en déroute. Quiconque aurait levé la tête aurait découvert un ciel bleu et immobile, mais quiconque à cette heure-ci n’était pas dehors. On était dimanche, il était à peine huit heures du matin, la ville dormait encore. Un homme seul marchait sur le trottoir. Cheveux en bataille, grisonnants, yeux clairs, la silhouette fine, le pas énergique, vêtu d’un jean marron, il avait enfoncé ses mains dans les poches latérales de son bombers. Une allure à la Gérard Lanvin dans ses meilleurs jours. Bourrue et renfrognée. »

« Il n’y a que deux couleurs existantes au monde Petite Sœur : le jour et la nuit. Soit tu es dans l’ombre, soit tu es dans la lumière, mais l’entre-deux n’existe pas. Le courage est de choisir son camp, de ne pas fermer les yeux, d’accepter son sort. C’est comme de prétendre que la solitude existe. Mais ça aussi c’est faux. La solitude n’existe pas. Personne n’est jamais seul. Tout le monde est habitée continuellement, soit par des fantômes, soit par des fantasmes. Ou cet autre est un espoir ou cet autre est un regret. L’homme est peuplé de tellement d’autres qu’il ne peut plus être seul un seul instant. Ce que chacun nomme la solitude n’est rien d’autre que de l’absence physique. Mais la solitude n’existe pas. »

« Partout dans le monde des gens écrivaient des choses que personne ne lisait. Il lui suffisait de fureter à la recherche de tous ces pseudos écrivains en mal de reconnaissance. Le plagiat d’inconnus : qui avait le temps de s’en soucier ? Une vraie mine d’or ! Il n’avait jamais eu à écrire une ligne. N’aurait pas su. Il n’avait eu qu’à se servir. Recopier. Au moins, tous ces prétendus poètes, scribes maudits, étaient lus. Grâce à lui. Et pas qu’une fois. Il avait tissé sa toile, jour après jour, comptabilisant au final plus de mille connexions partout dans le monde. »

« Le commun des mortels était saturé de tout et c’était la misère sociale qui envahissait le décor des rues, qui se fissurait à la moindre agression, qui pointait sa violence dans un ras-le-bol de frustrations, griffant les hommes de plus en plus jeunes dans des explications de plus en plus banales. Chaque seconde, un être humain entrait en collision avec un autre qui, absous de son humanité, ne se retenait plus d’étouffer sa femme, d’égorger son voisin, de battre son enfant, de violer une inconnue, d’éjaculer sa colère pour un tête-à-queue fait à son existence. »

« Il fait trop beau. Le soleil n’a aucune pudeur. Il est cru, tapageur, je suis obligée de voir. Cette fois-ci, les ombres sont en moi. Continuer de faire semblant serait un leurre, je l’ai usé. Usé comme peut l’être un vieux vinyle trop de fois passé en boucle. Toute ma vie, j’ai fait semblant. D’abord, j’ai fait semblant de grandir. Et puis, j’ai fait semblant d’apprendre. J’ai fait semblant de travailler, semblant de ne rien ressentir à travailler. J’ai fait semblant de trouver bonnes des choses que je détestais. Hier encore, je me suis levée et j’ai fait semblant. Comme hier et avant-hier et avant-avant-hier. J’avais juste à me répéter. Je me décalquais. J’allais mine de rien. J’agissais comme si. J’étais une apparence, un doublon. J’ai fait semblant de croire que c’était peut-être le dernier jour que je faisais semblant. Qu’il n’y avait plus que cette nuit encore à passer et que demain, au réveil, c’est sûr, je n’aurais plus à faire semblant. Souvent, j’ai fait semblant de sourire, parfois même, j’ai fait semblant de souffrir. Pour qu’on m’aime un peu plus. J’ai fait semblant de tout et j’ai bien réussi. Et tout ça pour quoi ? Pour cacher quoi ? Si j’étais quelqu’un d’autre, qui suis-je ? »

 

 

Lou Valérie Vernet, auteure multicartes, signe ici son tout premier polar, déjà paru en 2017 et primé du Prix Polar CMB en 2018. Premier opus d’une trilogie (à paraître courant 2022), elle a aussi publié deux thrillers et sept autres romans. Tous confirment son talent à manier en virtuose, l’art de la mystification et à sonder les profondeurs de l’âme. Par ailleurs, photographe amatrice, baroudeuse des grands espaces, essayiste et poète à la plume acérée, elle n’en reste pas moins attachée à sa devise préférée « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant ». B. Fontenelle.

Adolescence, Émotion, Drame, Histoire vraie, Témoignage

Et si je demandais à la mer ?*

Lever de brouillard
de Milaï S.
Broché – 17 décembre 2021
Éditions : Independently published

« — Ne lui dis pas, fais comme si tu ne le savais pas, ton père ne voulait pas que je te le dise avant tes 16 ans.
Désemparée par ces annonces brutales, je partis dans ma chambre avec LA réponse qui me bouleversait tant. […] Les questions se bousculaient en même temps que les émotions de tristesse et de colère m’envahissaient. »

Les parents sont des repères, des rocs sur lesquels s’appuyer, dit-on. Enfants, on y croit dur comme fer. Mais parfois le roc s’effrite et finit par tomber en poussière.
« Le choc ! Comment ça, Lisa le savait ? Comment ça tout le monde le savait ? »
Lever de brouillard est le premier opus d’une trilogie où se mêlent aventures, rebondissements et vérités cachées. Milaï S. nous livre une partie de sa vie avec émotion, humour et poésie dans un récit de vie aux allures de roman.

Milaï S. a voulu apporter une touche originale dans l’écriture, qui a également été un petit challenge, je vous laisse le découvrir mais surtout arriverez-vous à trouver de quoi s’agit-il avant la fin ?

 

 

“Et si je demandais à la mer ?”, est un roman très touchant qui raconte une enfance qui aurait due être banale, mais ce ne fut malheureusement pas le cas…
Le parcours difficile et semé d’embûches, d’une jeune fille en quête de ses racines… Ce récit fait de nouveau un écho à ma propre histoire. Celle d’un enfant qui malgré ses efforts n’a jamais vu que la main levée de son père. Jamais une main tendue, non. Jamais une oreille à l’écoute. Il fallait obéir, écouter, surtout se taire, sinon… !

Milaï nous raconte sa vie, bouleversante, sensible et très vivante à la fois… Elle se confie, évoque son histoire… Ses secrets de famille, les non-dits. C’est une véritable immersion dans son enfance, au sein de toutes ses interrogations et dans toutes les souffrances physiques et psychologiques qu’elle a subit. J’ai eu envie de la prendre plusieurs fois dans mes bras…
Mais c’est aussi une histoire pleine de douceur, sans haine, par moment même avec un ton de poétique.

“Et si je demandais à la mer ?”, est pour moi, un “Lever de brouillard”. Celui d’une femme libre, assumée, en paix avec elle-même qui regarde son passé… avec une certaine bienveillance, malgré tous les bouleversements qu’elle a vécus ! Nos parents, ne sont-ils pas censés être des repères pour pouvoir nous construire ? Que se passe-t-il quand le père est soit indifférent, soit violent et que la mère n’ose pas “affronter” son conjoint ? L’enfant sera forcément perdu et ne devra sa construction qu’à ses propres expériences, quelles qu’elles soient. Ou alors… espérer peut-être… une aide extérieure… venant d’ami(e)s, d’oncles, de tantes, de cousin(e)s ou des grands-parents…
Pour Milaï, c’est le grand-père qui petit à petit deviendra sa boussole, qui sera son grand-re-père, son roc…

“Lever de brouillard” est le premier tome d’une trilogie, captivant, avec des mots justes, qui prêtent à la réflexion. J’attends maintenant la suite avec impatience.
J’avoue avoir été très vite pris par le sujet, et l’ai lu d’une traite, ne pouvant pas m’arrêter.
C’est un livre qui a du être nécessaire à Milaï ! Un livre qui dès lors, mérite qu’on en parle, qui mérite de voyager de mains en mains… Le mien, a déjà commencé son voyage…

Juste et touchant, “Et si je demandais à la mer ?”, ne peut laisser, ne doit laisser personne indifférent !

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Extraits :

« Il y a une quinzaine d’années, des personnes de mon entourage me suggérèrent d’écrire un livre, au vu de cette aventure qu’était ma vie, où se mêlent vérités cachées et épisodes incongrus. Cette idée me paraissait inconcevable pour plusieurs raisons et l’est d’ailleurs toujours à l’heure où je commence ces premières lignes. »

« Mon excitation était à son comble, je sautais de la voiture et respirais à pleins poumons cet air pur qu’offrait cette campagne côte-d’orienne. Mon attention allait immédiatement à l’enclos des chiens, ils m’accueillaient en montant sur le petit muret en pierre et se collaient au grillage qui donnait sur la route. Parallèlement, j’avais besoin de savoir s’il y avait d’autres personnes en visite chez mes grands-parents, mon indice : les voitures garées le long de la route autre que la 2 CV orange de mon grand-père. Avant de pénétrer dans la cour, il était important que je sache ce qu’il en était, d’où cette petite enquête visuelle indispensable que j’effectuais tel un rituel d’entrée. »

« Cet endroit m’a permis de vivre une vie d’enfant, d’explorer la nature et les joies de la campagne. Il y avait un espace pour les animaux, un pour les humains, hors de question de déroger à cette règle, comme beaucoup d’autres. Elles étaient nombreuses et devaient être respectées à la lettre, mais en étaient exclus les violences physiques, les cris, les hurlements et les insultes. »

« Il était simple, loin de la société de consommation, il avait besoin de peu pour vivre et être actif et heureux. Alors que j’étais adolescente un jour, il me dit : “l’argent ça ne sert à rien…”, J’avais été surprise par ce discours, je compris par la suite qu’il était connecté à l’essentiel. »

 

Drame

Le Mal-épris

de Bénédicte Soymier
Broché – 6 janvier 2021
Éditions : Calmann Levy

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« Ça lui ronge les tripes et le cerveau, plus fort que sa volonté – une hargne qui l’habite, une violence qui déferle tel un vent d’orage, puissante et incontrôlable. Il voudrait lâcher mais ne pense qu’à frapper. »

Paul est amer. Son travail est ennuyeux, il vit seul et envie la beauté des autres. Nourrie de ses blessures, sa rancune gonfle, se mue en rage. Contre le sort, contre l’amour, contre les femmes.
Par dépit, il jette son dévolu sur l’une de ses collègues. Angélique est vulnérable. Elle élève seule son petit garçon, tire le diable par la queue et traîne le souvenir d’une adolescence douloureuse.
Paul s’engouffre bientôt dans ses failles. Jusqu’au jour où tout bascule. Il explose.
Une radiographie percutante de la violence, à travers l’histoire d’un homme pris dans sa spirale et d’une femme qui tente d’y échapper.

 

 

Je m’appelle Paul.
Je sais, je ne suis pas beau… Certains diront même laid !
Et Dieu sait si j’en souffre tous les jours. J’aurais tellement aimé être un autre, un de ceux que les femmes regardent. Grand, fort, beau.
De beau, je n’ai que mes yeux. Seuls les hommes beaux ont de la chance en amour. Moi, je n’ai que mes yeux. Mes yeux et ma colère qui gronde, qui m’étouffe, et me transforme parfois.

J’aime mes sœurs, Émilie et Rachel, surtout Émilie. Enfant déjà, j’étais là pour les protéger…
Se sont-elles vraiment rendu compte de ce que j’ai vécu pour elles, ce que j’ai souffert pour elles ?
C’est moi qui systématiquement me prenais les coups à leur place, c’est moi qui me positionnais entre elles et mon père.
Mon père, parlons-en de cet homme, de ce lâche, cette brute !
Du plaisir qu’il prenait à me rouer de coups…

Depuis quelques jours, j’ai une nouvelle voisine, sur le même palier. Je sais qu’elle s’appelle Mylène. Tous les jours à travers mon judas, je l’observe, je la surveille, ses entrées, ses sorties. Je suis même arrivé à la prendre en photo, je note avec mon stylo Montblanc à l’encre noire, ses allers-retours sur un carnet, choisi dans une grande papeterie, que j’ai spécialement acheté pour elle. Elle est tellement belle, fine, élégante. Comment remarquerait-elle un pauvre type comme moi ? Elle hante mon esprit, je ne dors plus… Je la voie partout, je la veux !
Mais les femmes sont tellement cruelles…

Bienvenue dans ce roman étrange et dérangeant, bienvenue dans la tête de Paul.
J’avoue avoir été dépassé, et ne pas savoir où me placer par rapport au récit.
Bénédicte Soymier arrive, non pas à pardonner la violence de certains hommes (heureusement !), mais elle nous montre, d’une façon très précise et ciselée, un des processus qui pourrait mener à la violence conjugale. Elle explique les prémices avant la perte de contrôle, l’explosion… Le coup qui part et qui fera souffrir la victime, mais ma surprise vient du fait que la souffrance est aussi vécue, très différemment, par celui qui se rend coupable des actes de violence.

Les personnages du récit ?
Ce sont nos voisins, nos amis, les collègues de travail, les membres de la famille aussi, tous… Tout ceux qui ne sont que simplement humains.
Le Mal-épris, est un premier roman, d’une grande qualité et déjà, il bouscule certains codes de la littérature.
Malgré un ton résolument violent, psychologiquement, il reste délicat et sensible.
Le roman fait de nous les témoins passifs d’un couple “perdu”, alors qu’il vient à peine de se trouver…
C’est une histoire puissante, très rythmée, Bénédicte m’a impressionné, touché aussi, plus que ce à quoi je m’attendais en début du récit. Elle a su trouver un ton juste en fonction des regards qui diffèrent en fonction des personnes.
Qu’ont-elles ont en commun ? L’amour… Mais est-ce suffisant ?

“Le Mal-épris” est un roman impressionnant, tragique et hypnotique d’une vie banale, d’une vie de tous les jours.
Il m’a dérangé, fasciné et finalement séduit. Il m’a obligé à me poser de nombreuses questions et m’a ouvert l’esprit !
Je le recommande vivement !

Auteure à suivre…

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Extraits :

« J’ai écrit ta vie, Paul, comme je la connais, ton quotidien sur ces jours qui s’échappent, ce que tu affrontes, les regards et le reste, jusqu’à la bascule. J’ai raconté ce que j’ai vu et entendu, de toi ou d’un autre, un Paul, un mec, un homme, peu importe le nom, je t’ai écouté, côtoyant ta peine et la douleur des tiens, des silences, des paroles, parfois un flot qu’on ne peut interrompre. Ce sont des histoires qu’on me donne ; elles se ressemblent ou non, se répondent, se poursuivent, je les reçois et c’est la vie, Paul, tu sais, sans concession, du vrai, du trash, des pensées méprisables et l’inacceptable. »

« Sa voix le heurte. Il déraille.
Pas lui. Ce n’est pas lui.
Les souvenirs se fracassent sur ses mains, la concentration de ses muscles, le mal, ce mal qui le traverse. Comment peut-il ? Pas lui. Ses doigts s’ouvrent dans l’instant, brûlés, brûlants, vite se dérober, ses bras retombent. Il s’affaisse, vrillé en lui-même, il glisse au sol contre le mur. Forme molle, sombre et pliée. Sa tête s’incline, ses yeux se ferment. Il est en colère, il est chagrin. Il est épuisé. »

« C’est donc ça, la vie, une grande farce hypocrite dans laquelle il faut se fondre pour ne pas être méprisé. Il écoute, regarde, s’adapte. Il apprend, la nausée au bord des lèvres face à ce fourbe étalage, à cette course à l’apparence, à cet attrait de l’enveloppe alors qu’au fond il sait être le même. Il vomit ces faux amis, leurs tapes sur l’épaule, leurs grimaces artificielles, eux qui ne lui accordaient qu’un vague regard. Il les toise et s’affirme, conscient d’une duplicité qui lui coûte mais dont il ne peut revenir. »

« Angélique est belle les cheveux emmêlés, pâle et froissée assise sur son canapé. Elle serre les genoux et lisse son chemisier. Paul ramasse sa détresse, un regard en pleine face ; la tristesse qu’il remarque, elle est pour lui. Lui, l’arrogant et le vulgaire. La bête. Il sent la bile à son palais. Tout ça, c’est de la faute de Mylène. Non. Même pas. C’est de la sienne. Il se dégoûte. »

 

 

Infirmière, Bénédicte Soymier travaille dans le Doubs. Passionnée de littérature, elle partage ses nombreuses lectures sur son blog Au fil des livres. Le Mal-épris est son premier roman.

Émotion, Drame, Noir, Suspense, Thriller

Requiem des ombres

de David Ruiz Martin
Poche – 12 mai 2022
Éditions : Taurnada

Hanté depuis l’enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme. Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs. Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes… au risque de vous entraîner dans l’abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres. Où le destin semble se jouer de vous. Et cette question, qui bousculera sa quête de vérité : peut-on aller à l’encontre de ce qui est déjà écrit ?

 

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C’est le second de David Ruiz Martin que je lis, et bêtement, je m’attendais à une lecture un peu identique. Huis clos psychologique à l’écriture directe et puissante comme dans son roman “Seule La haine”.
Et bien non !
Dans ce roman, la sensibilité et les émotions sont omniprésentes, malgré le fait que ce soit un « VRAI” thriller, sombre sur un fond de vengeance et teinté d’ésotérisme, obtenant ainsi plusieurs degrés de lectures.

Automne 1973.
Un brouillard très épais, rendant toute visibilité impossible dès quelques mètres, est resté suspendu au-dessus de Neuchâtel pendant près de neuf semaines…
C’est un soir de novembre, que Donovan Lorrence a été retrouvé blessé dans les bois et que son jeune frère Virgile, a disparu. Malgré les efforts déployés par la police, il n’a jamais été retrouvé…
Donovan reste persuadé que son frère a été enlevé, ou mieux, qu’il a fugué pour échaper à leur père violent, qui les maltraitait au quotidien, mais les années passent… et il n’a toujours aucune nouvelle de Virgile.

Après avoir vécu plusieurs années à Paris, la cinquantaine passée, Donovan décide de retourner en Suisse afin de régler la succession de son père récemment décédé. Entre temps, il est devenu un auteur “Banquable” qui profite d’une certaine notoriété, mais dernièrement en panne d’inspiration.

À son arrivée, il croise dans un bar, un ancien policier qui à l’époque s’était occupé de la disparition de son frère. Après une discussion un peu tendue, Donovan “plante” l’ex-flic en colère. Il refuse tous les arguments donnés par celui-ci sur la disparition de Virgile. Il décide d’aller dans sa maison familiale en espérant trouver une trace quelconque qui l’aiderait dans ses recherches…
Mais, en arrivant, la maison est en feu ! Malgré les efforts des pompiers, le feu détruit tout, et ne sera circonscrit qu’au bout de plusieurs heures. Donovan décide d’enquêter pour essayer de comprendre ce qui a bien pu arriver…
Dès lors, les menaces à son encontre commencent…

Et puis, il y a sa rencontre avec Iris, une jeune fille à l’air perdu, perturbée peut-être, qui va changer radicalement l’axe à ses recherches.
Mais qui est donc Iris ?
Amie, ennemie ?
Dans tous cas, la mort rode autour d’elle au quotidien…

Un très bon thriller ésotérique, plein de surprises et de rebondissements, le héros n’est pas vraiment sympathique, mais qu’importe, il veut la vérité et c’est bien compréhensible. L’intervention d’Iris est très originale et donne au fil rouge du récit une autre vision. David maîtrise parfaitement son sujet !

Je ne serai pas surpris qu’on entende parler de David Ruiz Martin de plus en plus régulièrement… “Requiem des ombres”, un roman que je vous conseille vivement !

Merci aux éditions Taurnada pour ce beau cadeau.

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Extraits :

« La brume est dense, poisseuse. Si palpable que je parviens à la sentir du bout de mes doigts engourdis. Elle m’enveloppe de ses bras monstrueux. M’empêche tout mouvement. Me garrotte et me rend aveugle. Un mur de vapeur froide me maintient hors du temps. Masse imperceptible où il est vain de me débattre. J’éprouve de la peur. Ainsi que cette folie contagieuse, en embuscade. Elle se faufile comme une mélodie exaspérante qu’il faut donne encore et encore. »

« Je me mis à revivre les jours précédant le drame. L’année de la grande brume, période cauchemardesque qui avait duré près de neuf semaines et que tous avaient fini par nommer ainsi. Dans toute la région, autour du lac dans ses hauteurs, un brouillard épais était apparu un matin. J’avais cru au départ à un événement naturel ; il était banal, durant les dernières semaines d’automne, d’observer une brume matinale se former lorsque l’air froid était emprisonné par de l’air chaud. Mais ce brouillard-là semblait différent des précédents ; habituellement cantonnée au pied des montagnes, elle s’était invitée jusqu’au sommet de Chaumont, après mille deux cents mètres d’altitude, avait recouvert toute la région est fait de nous ses prisonniers. Elle était épaisse, poisseuse et semblait l’œuvre du diable. »

« Iris ôta manteau et chapeau, les suspendit à une branche et demeura sans bouger quelques secondes. Elle était habillée comme la veille : longue robe blanche et étincelante, ondulant sur son corps et dissimulant ses pieds. Ses cheveux étaient parfaitement lissés. Iris s’écarta et s’approcha du bord du lac, face à moi, les mains toujours dissimulées dans des gants blancs. Elle semblait observer quelque chose au fond de l’eau. Le ciel gris sombre se reflétait dans le lac, tandis que son corps, d’un blanc éblouissant, contrastait au milieu de ces eaux limpide, ses ombres tranquilles qui ne semblaient nullement l’impressionner. »

« La période qui a suivi “l’absence” de Virgile reste un moment étrange. Je vivais avec le sentiment d’être de trop, comme si disparaître avec lui était mon seul espoir de sortir du tunnel.
Et s’il était mort, je l’étais aussi. Car je ne vivais plus vraiment. Je ne ressentais plus aucune émotion, plus aucune sensation. Tel un zombie errant au milieu d’inconnus qui me parlaient et cherchaient à me tirer à eux… ces êtres étranges qui ne ressemblaient plus à rien. »

« Dieu ? Il n’existe pas ! fulminai-je. Ou au mieux, c’est un incapable ! Sinon, il ne laisserai jamais des enfants sauter sur des mines en Afrique ou d’autres se faire embarquer à travers le monde dans des trafics d’êtres humains ! Dieu, c’est une idée inscrite dans les chairs, une information involontairement transmise par le génome humain, comme un legs absurde et sans fondement basé uniquement sur l’espoir, l’ignorance et la solitude ! Vous me parlez de Dieu comme s’il s’était présenté à vous un bon matin ! Moi, il ne m’a jamais aidé ! Pas même regardé ! »

 

 

David Ruiz Martin est né le 01.12.1978 à Madrid, Espagne. C’est à l’âge de quatre ans qu’il part vivre en Suisse.

Issu du domaine de la construction, et menuisier de formation, il n’a suivi aucun parcours littéraire.

Autodidacte et touche-à-tout, ce passionné de cinéma et de littérature débute, vers vingt ans, son parcours d’auteur, dans l’ombre et à l’insu de tous, avec quelques nouvelles qu’il garde pour lui encore à ce jour. Puis, durant près de dix ans, seule sa femme est mise dans la confidence de sa passion. C’est à l’âge de trente-deux ans qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman, « Le syndrome du morveux », thriller autoédité, qui surprend son entourage, suivi d’un second, « Que les murs nous gardent », roman d’épouvante, l’année suivante. Fort d’un accueil enthousiaste, il prend plus de deux ans afin de peaufiner un troisième, « Je suis un des leurs », une histoire le tenant particulièrement à cœur depuis de nombreuses années, prenant au dépourvu ses lecteurs tout en se dévoilant davantage, en leur offrant un roman personnel et qui colle à ses racines.

Depuis le succès de son premier roman, David Ruiz Martin se laisse du temps afin de mettre sur papier les histoires qui germent dans son esprit.

Drame, Histoire vraie

À toutes celles que tu es

de Bénédicte Rousset
Broché – 12 avril 2022
Édition : La Trace

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Peu importe les risques encourus. Noémie a besoin d’argent et compte bien s’enrichir illégalement pour changer de vie avec Lili, sa fille, qu’elle élève seule avec l’aide de son père. Comment en est-elle arrivée là ?
Quand Helyette, son arrière-grand-mère, lui parle d’héritage, Noémie fourre son aversion pour les personnes âgées au fond de son sac et lui rend visite, entrevoyant dans cette formidable opportunité un moyen d’accélérer son départ. Mais on ne se méfie jamais assez des intentions des gens, et plus encore de celles de sa famille. Helyette ne déroge pas à la règle. Quel est ce secret venu de New York au siècle dernier, qu’elle garde enfoui, si intact qu’il n’attend qu’une étincelle pour s’enflammer ?
Et si Noémie l’apprenait, comment vivrait-elle ?

Enfin en route vers la liberté, sa nouvelle collègue de travail vient déranger ses plans en la mettant face à son homosexualité et aux chaînes qui alourdissent et ligotent sa vie.
Des rencontres inattendues… qui vont pousser Noémie à se libérer, en affirmant ses plus profondes revendications.

 

Couv_032_Rousset Bénédicte - À toutes celles que tu es.jpg

 

Je m’appelle Noémie.
Je suis perdue. Je me suis perdue…

Je ferme les yeux.
Ma Lili, si petite, si vivante, Dieu qu’elle m’a manquée durant mon incarcération.
Deux ans, c’est long…
C’est mon père qui s’est occupé d’elle durant tout ce temps. Le sien ? Il s’est tué dans un accident de voiture, alors que je ne savais même pas qu’elle était déjà dans mon ventre…

Le jour, je travaille dans une station-service. Du moins, j’attends que les heures passent. Le soir, j’ai ma vie.
Avec mon amie Dany, on a un business qui rapporte.
On fabrique des médicaments de contrefaçon. J’ai besoin d’argent. Tout de suite. Là, maintenant.
À la station, le patron à les mains un peu trop baladeuses… Demain, y a une nouvelle qui commence… J’espère qu’elle sera cool !

Helyette, mon arrière-grand-mère, veut me voir, me parler de mon héritage.
J’aime pas les vieux. Ils bavent, ils puent.
J’ai juste besoin d’argent… Pfff… J’irai la voir.

Je continue à me chercher.
Je ne sais plus qui je suis…

La nouvelle a commencé aujourd’hui. Cheveux courts, traits tirés. Elle est mince et grande, pas bavarde… Elle s’appelle Lee-Ann. J’apprends très vite que sa fille Elsa est dans le coma. La vache…

Dans cette avancée sinueuse et compliquée, entre le New York du début des années 1900 et la station-service où elle travaille, deux rencontres vont bouleverser la vie de Noémie !

Bénédicte Rousset ne fait pas semblant, ne mâche pas ses mots. Cette histoire sombre, qui démarre dans une prison, qui enchaîne les événements dramatiques vécus par Noémie, m’a tout de suite accrochée. Noémie est une écorchée de la vie, elle veut rattraper tout le temps qu’elle a perdu loin de sa Lili qu’elle aime plus que tout. Elle est hypersensible et a du mal à se situer dans ce qu’elle vit, elle n’ose pas dire ce qu’elle ressent à son père.
Malgré son grand cœur, elle ne trouve pas sa place, n’a pas les bons repères.
Elle se cherche… Ou tout simplement… elle veut vivre…

Un récit dense et tout en sensibilité.
La vie n’est pas simple, elle est semée d’embûches et un jour, il lui faudra accepter la main qui se tend pour l’aider, qui se tend pour vous l’aimer…

J’ai été Noémie. Vous avez été, ou êtes peut-être encore Noémie.

Bénédicte, nous offre un roman incroyable plein de poésie et d’émotions !
Une auteure à suivre absolument… Je suis encore tout retourné.

Un grand merci aux Éditions La Trace, pour les richesses qu’ils nous transmettent à chacun de leurs romans…

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Extraits :

« Quand j’ai su que j’étais enceinte, je suis allé voir mon père, j’étais paumée, il fallait faire vite. À ce moment-là, ma mère m’a manqué comme jamais. Foutu cancer. J’aurais tout donné pour enfouir ma tête dans son cou, pour sentir son odeur. Pas celle de l’hôpital, celle de ses vêtements, dans lesquels il m’arrive encore de me réfugier. »

« C’est décidé, je vais amasser assez de cache pour tout plaquer. Avec le pactole de la vente de médicaments, on se tirera sur une île paradisiaque avec Lili. On y vivra de mes divers placements financiers ou bien, j’y monterai un autre business – pourquoi pas honnête, celui-là – où je développerai le mien à grande échelle. À l’étranger, personne ne m’emmerdera avec mon casier et je n’éveillerai pas les soupçons. »

« Par la suite, même si papa m’a traité d’égoïste, je n’ai jamais voulu dire pourquoi je ne voulais plus y aller, chez les vieux. Je ne sais pas non plus pourquoi j’en ai fait une généralité. C’est injuste, je sais, mais c’est plus fort que moi.
– J’aime pas les vieux. »

« Quand Lily est née, je me suis demandé si elle allait réussir à l’école. Ce soir, je me demande : va-t-elle réussir sa vie de femme, être heureuse ? Pourquoi faut-il que nous soyons formatés à penser « réussite scolaire » avant « accomplissement humain » ? Quelle sécurité suis-je en train de lui garantir ? »

 

 

Très jeune, c’est dans l’imprimerie de son père que Bénédicte Rousset a découvert les romans, pièces de théâtre et poèmes rédigés par ses ancêtres, dont un félibre : Gabriel Bernard. Fille et petite-fille d’institutrices, et enseignante dans un collège du Vaucluse, l’auteur perpétue le lien à l’écriture comme une histoire de famille. Passionnée par les intrigues policières, elle aime puiser son inspiration aussi bien dans les œuvres de Maupassant et Yasmina Khadra, que dans la littérature italienne (Buzzati, Sciascia, Pirandello la fascinent)

Professeure certifiée de Lettres Modernes, Bénédicte Rousset est enseignante dans un collège du Vaucluse.

– Rue sombre 05/2017
– Le Lis des teinturiers 04/2018
– Piège à Bragny 12/2018
– Romilda 04/2019

Adolescence, Émotion, Drame

Les ailes collées

de Sophie de Baere
Broché – 2 février 2022
Édition : J-C Lattès

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« Sa poésie à Paul, c’était Joseph. Et Joseph n’était plus là. »

Suis-je passé à côté de ma vie ?
C’est la question qui éclabousse Paul lorsque, le jour de son mariage, il retrouve Joseph, un ami perdu de vue depuis vingt ans.
Et c’est l’été 1983 qui ressurgit soudain. Celui des débuts flamboyants et des premiers renoncements. Avant que la violence des autres fonde sur lui et bouleverse à jamais son existence et celle des siens.

Roman incandescent sur la complexité et la force des liens filiaux et amoureux, Les ailes collées explore, avec une sensibilité rare, ce qui aurait pu être et ce qui pourrait renaître.

Finaliste Prix Maison de la presse 2022
Sélection Prix du Château de Maffliers 2022
Sélection Prix Françoise Sagan 2022
Sélection Prix des lecteurs Version Fémina 2022
Sélection Prix Orange du Livre 2022

« D’une plume précise, l’auteure interroge la complexité des liens familiaux et amoureux des ados et déploie ses ailes dans ce roman puissant. » Version Femina

« Une langue simple, visuelle, et une justesse sociologique renversante » Le Parisien week-end

« Un roman sensible et délicat sur les sentiments que l’on cache, la violence à l’école, l’indifférence des adultes, le tout servi par une plume incandescente et joliment poétique. » Psychologies Magazine

« Une fresque intime à l’écriture qui touche en plein cœur. » Cosmopolitan

« Véritable explosion d’émotions pour ce troisième roman ! Jonglant habillement avec deux mondes bien différents : les années 80 et 2000, elle explore en profondeur les coulisses et devenirs de nos rêves enfouis de jeunesse. »La Fringale Culturelle

 

Couv_030_De Baere Sophie - Les ailes collées

 

J’ai trouvé ce roman il y a quelques jours dans ma boîte aux lettres sans aucune indication sur l’expéditeur, malgré diverses recherches, impossible de savoir de qui il venait !
Alors merci à cet(te) inconnu(e) pour cette très belle découverte !

Commencé ce matin, il fallait absolument que je le termine avant de me coucher. Il me fallait absolument connaître sa fin…
“Les ailes collées”, fait partie de ces romans poignants et bouleversants… Il a une noirceur rayonnante, et m’a captivé dès les premières phrases. Très vite, j’ai senti que cette histoire allait me toucher, me remuer. Dès lors, il m’était impossible de ne pas vivre, la tristesse et la souffrance ressentie par Paul.

2003.
Paul et Ana vont se marier et s’apprêtent aussi à devenir parents.
Ana veut faire une belle surprise à son futur mari, une surprise qui va replonger Paul vingt ans en arrière, à l’aube de son adolescence.

Été 1983.
Paul est mal dans sa peau. Timide, bègue et mal aimé, un père qui ne le “voit” pas et ne pense qu’à tromper sa femme, une mère qui a tout compris et noie au quotidien sa tristesse dans l’alcool…

… Et puis, il y a Joseph. Il est beau, il est libre, il est aimé de tous.
Dès lors, grâce à sa rencontre avec cet esprit bohème, la vie de Paul va prendre une tout autre direction…

Il y a de la passion dans la plume de Sophie de Baere. Elle griffe, elle écrit avec ses tripes, mais aussi beaucoup d’amour, de poésie et de sensibilité…
Je serai incapable, par mes simples mots, de retranscrire la façon dont Sophie m’a littéralement submergé dans cette histoire qui a beaucoup résonné en moi…

Pages après pages, l’émotion que j’ai ressentie montait, gonflait, alternant entre tristesse et colère.
Paul a subi tant de haine, tant de coups, je n’ai pu que compatir à son sort.
Et encore une fois, c’est la haine qui polluera un bonheur qui ne demandait qu’à s’épanouir.
Impossible de vous en dire plus sans trahir le récit.

Je me suis senti fragile à la fin de ma lecture, arrivée finalement beaucoup trop tôt.
On ne ressort pas entier d’un tel récit, d’une telle écriture…

“Les ailes collées” est le troisième roman de Sophie, après “La dérobée” et “Les corps conjugaux”. Ma curiosité, me pousse tout naturellement à la connaître un peu mieux, à la découvrir un peu plus…

Un nouveau coup de cœur pour ce roman qui m’a fait retourner au cœur de mon adolescence…
Merci Sophie !

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Extraits :

« Avant Joseph et aussi loin qu’il s’en souvienne, Paul n’avait jamais eu de véritable ami. À la maternelle, tout se passait plutôt bien avec ses camarades, mais les choses s’étaient corsées à son entrée en primaire.
Un être à part. Voilà ce que ses problèmes d’élocution avaient peu à peu fait de lui. Personne ou presque ne voulait jouer avec le bègue. Ni le groupe qui s’amusait à poules-renard-vipères, ni le clan des billes, ni les filles des cordes à sauter. Les autres enfants n’étaient pas méchants avec lui, on ne pouvait pas dire ça. Ils refusaient simplement de l’intégrer à leurs jeux. Même avec les billes neuves et la corde à sauter fluorescente que lui avait achetées la mère. »

« Dorénavant, la pauvre femme traînait le plus souvent en vieux tee-shirt informe et en caleçon au noir délavé. Même le Shalimar qui collait à sa peau et à ses cheveux avait disparu. Charles appelait ça être en bannette, mais cette bannette, pour Paul, c’était le signe que la mère avait rendu les armes. »

« Allongé sur son lit, le garçon expirait est inspirait. Fort. Longtemps. En élargissant ses poumons puis en les rétractant d’un coup, il tentait d’extirper les mauvaises pensées, d’oublier ce grand trou dans l’estomac. Cette douleur qui crochetait sa voix et bousculait ses pauvres mots. »

« Le soir trembla, la lune devint rouge. Paul n’était plus qu’un mélange de sable et d’eau.
Il fallait absolument qu’il se ressaisisse, alors, sans rien dire à ses parents, le garçon commanda une Heineken au comptoir. Il l’a bu derrière la sono, à quelques centimètres de la grosse enceinte. Il comptait sur la bière et la pluie de décibels pour s’étourdir et fragmenter sa peur.

 

 

Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir vécue à Reims puis à Sydney, elle s’est installée comme enseignante près de Nice. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises. Elle a publié en 2018 son premier roman, “La Dérobée” puis “Les Corps conjugaux”, récit d’un amour fou et bouleversant, paru aux éditions JC Lattès en 2020.

Émotion, Drame

Les Lendemains

de Mélissa Da Costa
Poche – 3 février 2021
Éditeur : Le Livre de Poche

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Réfugiée dans une maison isolée en Auvergne pour y vivre pleinement son chagrin, Amande ne pensait pas que l’on pouvait avoir si mal. Les jours se suivent et dehors le soleil brille, mais, recluse, elle refuse de le voir. Lorsqu’elle tombe par hasard sur les calendriers horticoles de l’ancienne propriétaire des lieux, elle décide pourtant, guidée par les annotations manuscrites de Madame Hugues, d’essayer de redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des saisons, elle va puiser dans ce contact avec la terre la force de renaître et de s’ouvrir à des rencontres uniques. Jusqu’à ce que chaque lendemain redevienne, enfin, une promesse d’avenir.

Un roman subtil et plein d’émotion qui nous invite à ouvrir grand nos yeux, nos sens et notre cœur, et un formidable hymne à la nature qui nous réconcilie avec la vie.

 

2022_029_Da Costa Mélissa - Les lendemains

 

Après “Tout le bleu du ciel” et “Je revenais des autres”, qui m’avaient beaucoup ému, à aucun moment, je ne me suis demandé si j’allais être déçu ou pas, avec cette nouvelle lecture.

Quand on est capable, comme Mélissa de transmettre autant d’émotions et de vie dans un récit, je pense que pour moi, ce sera à chaque fois une bonne pioche !
Soit, je n’ai pas ressenti le saisissement de son premier roman, mais j’ai vécu quelque chose de nouveau, quelque chose de plus fort même.
Lors de ma lecture, je suis passé par plusieurs stades, de la pire tristesse, à la joie la plus folle en passant par la mélancolie et bien d’autres ressentis… Encore une fois, que d’émotion dans cette histoire où il est question d’introspection, d’épanouissement menant l’héroïne Amande, vers une véritable résurrection, là où je l’ai cru perdue.
Il est question d’odeurs, de fleurs, de jardins potagers, d’enfance aussi, de souvenirs et d’hommages à nos anciens.

Amande a subi le pire.
La mort de son mari et la perte de son bébé mort-né…
Touchée au plus profond de son cœur et de son être, elle décide de tout quitter, son emploi, tous ses repères. Elle va partir loin de ses proches dans une maison isolée de tout.
Elle veut le silence, la solitude, elle veut dormir, mais surtout ne rien oublier, recherchant une sorte de non-vie.

Mais, un chat gris, une pleine lune et quelques calendriers vont lui permettre d’affronter l’insurmontable…

Mélissa nous offre, une nouvelle fois, une écriture très sensible et magnifiquement touchante.
Après cet univers tranchant et dévasté du début du récit, elle arrive à ralentir le temps, elle nous permet d’apprécier et surtout de ressentir l’évolution d’Amande, par petites touches, petits détails de sa nouvelle existence, pas d’intrigue particulière, de minuscules petits pas vers un retour à la vie. J’ai suivi avec Mélissa, le chemin parcouru par Amande, tous les efforts qu’elle fait, à son rythme, ne rien vouloir brusquer.
Dans cet équilibre encore précaire, Amande, telle une fleur va doucement s’ouvrir vers un nouvel avenir…

Comment ne pas craquer avec de tels récits !
Un méga coup de cœur pour Mélissa qui réussit haut la main un trois sur trois…

Si vous vous sentez esseulé, si vous arrivez à un moment de votre vie où les choses sont peut-être compliquées ou très dures, “Les lendemains” vous donneront certainement des “clés” qui vous permettront de (re)voir la beauté qui existe partout, tout autour de nous…

Merci Mélissa !

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Extraits :

« J’ai laissé les clés de l’appartement à Anne. Elle en fera ce qui lui semble le mieux. Je ne l’ai pas vidé. Je n’en ai eu ni le temps ni le courage. J’ai voulu fuir au plus vite. Tout est resté en l’état. Sans doute, la tisane que je buvais au moment où l’interphone a résonné, est-elle encore sur le plan de travail. Sans doute, le catalogue que je feuilletais est-il toujours ouvert, à côté de la tasse, et les chaussons de Benjamin attendent-ils dans l’entrée. »

« Je sens au ton de leurs voix que ça s’annonce mal. Je n’aurais pas dû me laisser berner par ce premier jour d’été, son soleil, sa légèreté, sa promesse d’un bonheur à venir. Il a fallu moins de deux heures pour que mon monde soit anéanti. »

« Ce soir-là, je termine juste de ranger mes bocaux au grenier, je redescends, replie l’échelle, referme la trappe. Je m’assieds, épuisée, sur l’une des chaises de la cuisine, sans prendre garde au chat qui se trouve à trente centimètres de moi. Je n’ai pas le temps de réagir, il saute sur mes genoux. Pas de griffes acérées, comme je le craignais. Je ne sens qu’un poids tout chaud, un peu lourd, qui se cale au creux de mon ventre. Et alors, je ne peux plus bouger. Non que je sois effrayé, au contraire… Voilà tellement longtemps que je n’ai pas éprouvé cette sensation. Voilà tellement longtemps que je n’ai plus été touché par un autre être vivant, que plus personne ne s’est blotti contre moi, que plus rien n’a pesé contre mon ventre. J’en reste bouleversée et ni le chat ni moi ne faisons un mouvement pendant près d’une heure. »

« Anne et toi, vous avez l’église et votre espoir d’un paradis. Pas vrai ? Moi, j’ai ça : la terre, les arbres, les plantes qui naissent et qui meurent, mais qui renaissent encore, j’ai le vent qui chante et fait danser les couleurs dans les branches. Je célèbre la vie sous toutes ses formes et je crois que Ben est niché dans le tronc d’un pin. Ça n’a aucun sens et ça en a beaucoup, en même temps. Tout ce que je sais, c’est que, bon Dieu, ça me fait du bien ! »

 

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.

Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

“Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade” (2017), sortie en librairie sous le titre “Tout le bleu du ciel” (2019), est son premier roman. Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.

À trente ans, elle a conquis son public et s’est imposée comme une autrice incontournable. Ses deux autres romans, “Les Lendemains” et “Je revenais des autres”, sont des best-sellers.

Tout le bleu du ciel
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/