Émotion, Drame, Histoire vraie

Je suis la maman du bourreau

de David Lelait-Helo
Broché – 13 janvier 2022
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

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Du haut de ses quatre-vingt-dix ans, Gabrielle de Miremont semblait inatteignable.
Figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation. Sa devise : “Ne jamais rien montrer, taire ses émotions”. Jusqu’à ce matin-là, où un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils. Son fils cadet, son enfant préféré, le père Pierre-Marie, sa plus grande fierté. Gabrielle ne vacille pas, mais une fois la porte refermée, le monde s’écroule. Cet effondrement, pourtant, prend racine quelques semaines plus tôt, à la suite d’un article de presse révélant une affaire de prêtres pédophiles dans sa paroisse. Révoltée par cette calomnie, Gabrielle entreprend des recherches. Des recherches qui signeront sa perte. Ou sa résurrection.

Je suis la maman du bourreau raconte avec une subtilité et une justesse époustouflantes le calvaire d’une mère murée dans son chagrin. Un portrait dérangeant, qui touche au cœur, et rend un hommage vibrant à ceux qui osent dénoncer l’innommable.

 

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Comment une mère pratiquante, chrétienne plus que convaincue, réagira-t-elle lorsqu’elle apprendra que son fils, celui qu’elle a adulé, prêtre respecté aux yeux de tous, a pendant des années, abusé et violé plusieurs dizaines de garçons qui lui étaient confiés, marqués à jamais dans leur chair et dans leur esprit ?
Ce roman nous conte, cette relation très forte mère-fils, où une mère a placé tous ses rêves et tout son amour envers son fils qu’elle a élevé dans le respect de Dieu et de la religion, oubliant ses filles et son époux…

Dans ce court roman, émouvant, très dense, tranchant et acéré, David Lelait-Helo fait écho au rapport rendu public, le 5 octobre 2021, par Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. En effet, après deux ans et demi de travaux, ce rapport révèle l’ampleur des violences perpétrées envers les enfants depuis les années quarante, par certains hommes de Dieu.
Depuis, l’Église a enfin accepté d’ouvrir les yeux, et d’entendre les trop nombreuses victimes.

C’est un sujet qui m’a toujours intéressé et qui me touche tout particulièrement… Alors oui, je me suis attaché à Hadrien, survivant de cette horreur, et je n’ai pu m’empêcher d’être meurtri à l’énoncé du calvaire qu’il a subi à son jeune âge, ayant moi-même, dans une autre vie, échappé au pire durant mes années “catéchismes”, sauvé au moment où je me croyais perdu. Comment peut-on vivre après ça ? Comment peut-on renaître et continuer à aller de l’avant ?

L’auteur ne juge pas.
Il énonce des faits. Soit, il ne nous épargne rien, ni l’indicible, ni une certaine folie et encore moins les larmes…
Personnellement, je pense que c’est ce choix délibéré d’écriture directe et sans fioritures, qui déclenche les émotions, tout en restant un récit d’une sincère beauté, poignant et plus encore…
Une construction mêlant le récit d’un narrateur et les écrits d’une mère, un roman intense tout en finesse et en justesse.

Il est dès lors, très difficile pour moi, de dire que ce “sujet” est un nouveau coup de cœur. Mais il m’a tant remué, par sa force et par ses personnages poignants !
Alors, oui David, il y a des sujets qui ne doivent plus être tus, et sans vouloir automatiquement stigmatiser l’Église, car effectivement, ELLE n’est pas coupable. Ne sont coupables que les hommes, qui ayant un peu de “pouvoir” et par le fait, ayant de l’ascendance sur d’autres, quel que soit le milieu, développent leur coté “monstre”, qui existait sûrement déjà, malheureusement, dans un recoin de leur esprit malade.

À découvrir absolument !

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Extraits :

« Le miroir accroché à la porte coupa net le fil de ses pensées ; il s’approcha de son reflet, guida ses doigts le long des pleins et déliés de son visage, comme s’il le découvrait, à moins qu’il ne cherchât celui qu’il avait perdu. Sa jeunesse avait filé comme une voleuse, emportant tout l’or de ses cheveux et l’éclat du saphir de ses yeux. Mauvais diable, les ans s’étaient agrippés à ses joues, suspendus à son cou, à ses paupières, avaient tracé des sillons profonds et planté des fleurs de cimetière. Pour la première fois, il observait en détail ce lent naufrage, jusqu’à regretter cette beauté qui en fin de compte n’avait été utile à personne. Il s’attarda sur son buste. Ses épaules ne le flattaient plus, elles tombaient. Il songea que tout, un jour, finit par tomber, les cheveux, les dents, les épaules, les corps les plus valides, et aussi les empires et les rois, la puissance et les certitudes.
Il visualisait la chute. »

« Je pourrais compter les moutons, ou mes jours. J’en ai vécu un peu plus de trente-trois mille deux cents. Toutefois, combien laissent vraiment une trace ? Dans une existence, il y en a bien quelques-uns, des jours pivots articulant l’échafaudage complexe qu’est notre vie, des jours plaisant, des jours à marquer d’une pierre blanche, il y a aussi une poignée de jours funestes. Mais ils se déplient surtout des milliers de jours pâles et transparents dont rien ne sera retenu, des éphémères morts et enterrés à l’approche du lendemain. »

« La porte s’était refermée sur Hadrien. Je l’avais vu emprunter d’un pas lent le long chemin bordé de peupliers qui mène à la route principale. Puis il avait disparu : la nature était verte et pleine, elle n’avait fait qu’une bouchée de ce beau jeune homme qui lui-même n’avait fait qu’une bouchée de moi après que mon fils n’avait fait qu’une bouchée de lui. Nous nous étions dévorés les uns les autres. »

« La douleur des victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passée sous silence. »

« Je n’ai pas les câlins faciles, je les redoute autant que je les désire. Quelle tendresse suis-je en droit ou non de lui donner ? Je n’ai jamais pu voir mon fils nu ; sa nudité me renvoie à la mienne et me heurte. Et je ne sais pas davantage affronter ses moments de tristesse ou d’agressivité. Je tremble pour lui, j’ai mal pour lui. Et je crois aussi que physiquement, il me ressemble trop. Je me vois en lui ; ce jeu de miroirs me bouleverse et me terrifie. »

 

 

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.
Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol.

En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot son premier ouvrage, Evita, le destin mythique d’Eva Peron. Passionné d’art lyrique, il présente la même année une biographie de Maria Callas, Maria Callas, j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour, traduite depuis en 7 langues. Il délaisse alors l’enseignement pour faire ses débuts de journaliste. Il se consacre en particulier aux destins de femmes pour le magazine Gala puis collabore à Cosmopolitan, Nous Deux ou encore à Femmes d’Aujourd’hui et à Télé Moustique en Belgique. Des lors, Il ne cessera plus d’interviewer et de côtoyer de nombreuses personnalités de la chanson, du cinéma et de la télévision. Dans le même temps, il tient des chroniques régulières dans la presse gay, Illico et Idol. En 1998, il sort d’ailleurs Gay Culture aux éditions Anne Carrière. En 2001, il devient responsable des pages people et culture du magazine Nous Deux et publie Les impostures de la célébrité aux éditions Anne Carrière, un livre polémique sur la place que les stars occupent dans notre société. En 2002, il renoue avec sa plus grande passion, le portrait de femme, en publiant chez Payot une biographie de Romy Schneider qui remporte un grand succès en librairie, Romy au fil de la vie. La même année, à l’occasion des 25 ans de la disparition de la mort de Maria Callas et de la sortie du film Callas Forever de Zeffirelli avec Fanny Ardant, David Lelait-Helo présente une version revue et augmentée de sa biographie de Maria Callas. En septembre 2003, il publie Sur un air de Piaf, une biographie d’Edith Piaf abondamment traduite à l’étranger, et en septembre 2004 un portrait de Dalida, Dalida d’une rive à l’autre. Les biographies de David Lelait-Helo sont rééditées en format poche aux éditions J’ai Lu et Petite bibliothèque Payot.

Le 5 avril 2006, il publie un roman autobiographique, Poussière d’homme, aux éditions Anne Carrière et en mai 2006, Vanessa Paradis pour Librio. Durant l’été 2006, il présente une trentaine d’émissions musicales quotidiennes intitulées Pink Platine sur la chaîne Pink tv. Le 22 août 2007, à l’occasion du trentième anniversaire de la disparition de Maria Callas, sort en Petite Bibliothèque Payot Maria Callas J’ai vécu d’art J’ai vécu d’amour. Le 3 octobre 2007, paraît Barbara, un portrait intime de la chanteuse disparue en novembre 1997. En septembre 2009, il publie aux Editions du Rocher dans la collection de Vladimir Fédorovski une histoire de la chanson française du Moyen-Âge à nos jours, Le Roman de la Chanson Française. En octobre 2010, paraît aux Editions Anne Carrière son 12ème livre, un roman, Sur l’épaule de la nuit

Émotion, Histoire, Philosophique

L’homme qui peignait les âmes

de Metin Arditi
Broché – 2 juin 2021
Éditeur : Grasset

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Acre, quartier juif, 1078. Avner, qui a quatorze ans, pêche avec son père. À l’occasion d’une livraison à un monastère, son regard tombe sur une icône. C’est l’éblouissement. « Il ne s’agit pas d’un portrait mais d’un objet sacré, lui dit le supérieur du monastère. On ne peint pas une icône, on l’écrit, et on ne peut le faire qu’en ayant une foi profonde ».
Avner n’aura de cesse de pouvoir « écrire ». Et tant pis s’il n’a pas la foi, il fait comme si, acquiert les techniques, apprend les textes sacrés, se fait baptiser, quitte les siens. Mansour, un marchand ambulant musulman, le prend sous son aile. C’est l’occasion d’un merveilleux voyage initiatique d’Acre à Nazareth, de Césarée à Jérusalem, puis à Bethlehem, jusqu’au monastère de Mar Saba, en plein désert de Judée, où Avner reste dix années où il devient l’un des plus grands iconographes de Palestine.
Refusant de s’astreindre aux canons rigides de l’Eglise qui obligent à ne représenter que Dieu et les saints, il ose reproduire des visages de gens de la vie ordinaire, cherchant dans chaque être sa part de divin, sa beauté. C’est un triomphe, c’est un scandale. Se prend-il pour un prophète ? Il est chassé, son œuvre est brûlée. Quel sera le destin final d’un homme qui a osé défier l’ordre établi ?
Le roman de l’artiste qui, envers et contre tous les ordres établis, tente d’apporter de la grâce au monde.

 

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Nous sommes à Acre en l’an 1078.
Avner est un jeune Juif, fils de pêcheur, il a quatorze ans. Régulièrement, il va livrer au monastère de la Sainte-Trinité, les poissons qu’ils ont pêchés ensemble. Et, régulièrement, il est accueilli chaleureusement par les frères. Dont un, Thomas, qui connaît bien sa gourmandise et lui prépare des mets à chaque fois meilleurs, mélange de sucré, fruité et salé.
Avner, pour les déguster, aime s’installer à l’ombre sous un figuier, près de l’église. Endroit qu’il nomme, Le Petit Paradis. Il aime écouter la douceur du chant des moines orthodoxes, sentir le vent à travers ses cheveux et observer la nature, les animaux et tout particulièrement un papillon doré, le « Roi des Rois », qui lui rend visite de temps en temps.

Un jour, alors qu’il dessine de mémoire, “son” papillon, il est puni par son père. Il ne comprend pas pourquoi la représentation est interdite dans sa religion. Il ne voulait que célébrer la beauté du monde…

Lors d’une livraison de poisson au monastère, un jour sa curiosité l’emporte et se laissant bercer par les chants liturgiques, il entre dans le lieu de culte.
Dès lors, sa vie va changer à jamais, lorsqu’il voit pour la première fois une icône peinte. Éblouis pas cette beauté sur fond d’or, le garçon veut devenir iconographe !

Commence alors un parcourt qui impliquera une reconversion au christianisme, à la grande honte de sa famille, qui le mènera vers un long chemin d’apprentissage, où il fera la connaissance de Mansour, un marchand musulman, qui s’occupera d’Avner, comme s’il était son fils…

À travers cette histoire prenante Metin Arditi rend hommage à l’art sacré de l’iconographie et tout particulièrement à Avner, un homme bon, passionné par son art et par la beauté des hommes et des femmes, dans un pays où juifs, musulmans et chrétiens sont en conflit constant. Avner se donne une mission. Il veut peindre les âmes, et mettre en avant ce qu’il y a de meilleur chez les êtres humains. Il souhaite que tout le monde s’aime et célébrer ainsi la beauté du monde…

Je découvre Metin avec ce roman rempli d’émotions à chaque chapitre. Ce récit, très riche en rencontres dans le Proche-Orient du XIe siècle, fait vivre des personnages attachants quelles que soient leurs religions. Metin mêle avec talent l’Histoire, où le fanatisme religieux tue et n’offre aucune liberté, mais il met en valeur, tout ceux qui avaient une vision différente du monde et qui à travers les siècles, ont pu faire évoluer les esprits les plus ouverts.

De courts chapitres, une écriture belle et apaisante.
Coup de cœur pour ce roman, où la douceur se fait une place dans un monde qui malheureusement renouera très vite avec les violences de son temps…

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Extraits :

« Avner se saisit de la galette et la mordit, ayant soin de prendre en bouche une figue entière. Durant quelques instants, il se tint immobile, les yeux fermés, a humer le parfum dégagé par les petits fruits restés sur la galette. Il était à la fois délicat et enivrant, le même dont il s’emplissait les poumons lorsqu’il était étendu sous le figuier.
Très vite, l’onctuosité du fromage, la douceur du sirop et la tendresse du fruit lui procurèrent une succession de plaisir qu’il s’amusa à identifier, selon que c’était le fromage, le sirop ou le fruit qui caressait son palais. »

« Pourquoi alors ne pouvait-il s’émerveiller des chants orthodoxes ? Parce qu’il était juif ? Cette obligation d’obéir à des lois ridicules, d’avoir le droit d’aimer ceci, mais pas cela, de se couper de plaisirs délicats, de joies innocentes, au risque de voir son père exploser de colère, tout cela le révoltait. »

« Avner transgressait chaque jour davantage. Étendu près de Myriam, il la caressait comme s’il peignait l’ovale de son visage, son nez, ses lèvres, ses yeux, son front, puis à nouveau l’ovale, le menton, et ainsi de suite, très lentement, avant de l’embrasser, lèvres écartées, et de frotter son corps contre le sien jusqu’à ce que vienne leur plaisir. »

« Prier avec un musulman si tu es juif, prier avec un chrétien si tu es musulman, ce sont des actes de fraternité. Je suis sûr qu’ils plaisent au Tout-Puissant. Il se dira : voilà un homme de paix.
Ces mots apaisèrent Avner. Malgré tout, il s’interrogea. Juifs, chrétiens et musulmans pouvaient-ils se joindre dans la prière en un même lieu ? Au même moment ? »

 

 

Écrivain francophone d’origine turque, Metin Arditi a quitté la Turquie à l’âge de sept ans, et a obtenu la nationalité suisse en 1968.

Après onze années passées dans un internat suisse à Lausanne, il étudie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il obtient un diplôme en physique et un diplôme de troisième cycle en génie atomique. Il poursuit ses études à l’université Stanford.

Il habite Genève, où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique. De 2000 à 2013, il a été Président de l’Orchestre de la Suisse romande. Il est membre du Conseil stratégique de l’École polytechnique de Lausanne où au fil des ans, il a enseigné la physique (assistant du Prof. Mercier), l’économie et la gestion (comme chargé de cours) et l’écriture romanesque (en tant que Professeur invité).

En décembre 2012, Metin Arditi a été nommé par l’UNESCO Ambassadeur de bonne volonté. En juin 2014, l’UNESCO l’a nommé Envoyé spécial puis, en 2017, Ambassadeur honoraire.

De 2016 à 2019, il a tenu une chronique hebdomadaire dans La Croix.

Il est l’auteur d’essais et de romans, parmi lesquels Le Turquetto (Actes Sud, 2011, prix Jean Giono), et chez Grasset, L’enfant qui mesurait le monde (2016, prix Méditerranée), Mon père sur mes épaules (2017) et L’homme qui peignait les âmes (Grasset, 2021). En 2022, il a publié le Dictionnaire amoureux d’Istanbul (Plon-Grasset).

Drame, Suspense

30 secondes…

de Xavier Massé
Poche – 17 février 2022
Éditeur : Taurnada

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30 secondes… Les 30 dernières secondes les plus importantes de sa vie. Les 30 dernières secondes de leur vie. Les 30 dernières secondes dont il arrive à se souvenir. 30 secondes… c’est le laps de temps qu’il leur a fallu pour avoir cet accident. 30 secondes, c’est le temps dont dispose Billy pour retrouver la femme de sa vie… disparue…

 

2022_012_Massé Xavier - 30 secondes…

 

Encore une fois, un grand merci aux éditions Taurnada qui m’ont permis la lecture de ce polar en avant-première.

J’avais déjà lu deux romans de Xavier Massé, et je dois dire qu’à chaque fois, ce fut une très belle surprise !
Ce roman très noir au suspense constant, ne déroge pas à la règle…
Mais où donc va-t-il chercher tout ça !

Suite à un grave accident de voiture, Billy, jeune joueur de football américain à l’avenir très prometteur, se réveille à l’hôpital. Il n’a plus aucun souvenir sauf celui de la présence de sa fiancée, Tina, au moment de l’impact. Sa première question au médecin qui le suit concerne la santé de Tina, il veut absolument savoir si elle est en bonne santé, et dans quelle chambre se trouve-t-elle.
Le médecin lui répond alors, qu’il se trouvait seul dans le véhicule lors de l’accident !
Commence alors pour Billy, un travail de recherche intérieur à l’aide de son médecin neurologue et hypnothérapeute. Mais Billy reste persuadé que Tina était bien dans le véhicule avec lui.
Il décide alors de quitter l’hôpital et de faire ses propres recherches… Est-ce la bonne solution ?

Xavier a construit un véritable labyrinthe. Impossible d’anticiper sur quoi que ce soit, malgré toutes les suppositions qui me venaient à l’esprit. Certains retournements de situation sont de véritables claques !
La construction du récit, fluide et originale, je ne me suis ennuyé à aucun moment, au contraire, ça va très vite et je voulais en savoir à chaque fois davantage. Tout est cohérent et parfaitement mené.

Saurez-vous deviner les énigmes disséminées tout le long du récit, avant les explications du médecin ?

Un “petit bijou” qui ravira tout type de lecteurs !

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Extraits :

« Dans mon esprit, je n’ai qu’une image qui me reste : Tina. Ma belle italienne. Malgré son caractère, je sais qu’elle est fragile. Ne pas savoir où elle est m’angoisse. Je suis fébrile. Je ne suis rien sans elle. S’il lui est arrivé quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais…
Mon amour, où es-tu ? »

« Il fait sombre, la porte d’entrée s’ouvre et il faut quelques secondes avant de la voir sortir. Toute tremblante, elle hésite. Elle finit par faire un pas après l’autre et mettre le pied dehors… Apeurée au milieu de cette nuit, elle regarde partout. Son visage est dégoulinant de sang. Tel un zombie, Tina avance en direction de son véhicule. Elle est terrifiée, horrifiée. À chaque pas, on peut entendre de légers gémissements de peur, de dégoût, de douleur. Chacun de ses mouvements est orchestré par des spasmes. Titubant jusqu’à la portière, elle grimpe dans sa voiture. »

« De grands traumatismes engendrent parfois des troubles psychologiques. Il se peut qu’en parallèle du syndrome du cœur brisé… Vous ayez été confrontée à une EMI : une expérience de mort imminente. Ce soir-là, je vous l’ai dit, les équipes de réanimation on cru vous perdre. L’EMI est un carrefour où se croisent les interprétations physiologiques ou psychologiques. Lorsqu’on aborde la mort de près et qu’on se situe à sa frontière, il peut se passer des événements étranges et inexpliqués. Des patients revivent en rêve des instants de leur réalité, souvenirs souvent déformés. Vous avez déjà entendu parler de tunnel ou de lumière… mais certains cas, parfois, révèlent d’autres symptômes. On parle de rencontre avec des personnes décédées ou des “êtres de lumière”, remémoration en accéléré de sa propre existence, prise de conscience… »

 

 

Né en 1977 à Roussillon (Isère), Xavier Massé est un écrivain à l’imagination débordante. Passionné par le cinéma et la littérature, il devient très tôt fan du genre thriller, avec un goût toujours plus prononcé pour les scénarios complexes. Il sort en 2016 “Répercussions”, qui remporte le prix du 1er roman Dora-Suarez 2018. Il décide de continuer l’aventure avec “L’Inconnue de l’équation”, un huis clos qui ne laisse aucun répit au lecteur.

Drame, Noir, Philosophique

Presque le silence

de Julie Estève
Broché – 12 janvier 2022
Éditeur : Stock

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« Les mots m’étranglent. J’ai mal : tête, ventre, tout le temps. Je suis un calvaire de treize ans, un mètre cinquante, quarante kilos qui se brisent. Je ne ressemble à rien sinon à une laideur bizarre. Ce n’est pas avec cette gueule-là que je vais pécho Camille Leygues. Il est dans ma classe cette année et il me déteste, comme tout le monde. »

Cassandre est rousse, frisée et haïe des autres enfants. On l’appelle le Caniche. Elle aime Camille, un garçon très beau et fou de chevaux. Un jour, elle se rend chez un voyant pour connaître son avenir. Mais la séance tourne mal. Le cartomancien lui révèle cinq prophéties terrifiantes qui ne cesseront, au cours de sa vie, de la hanter.

Presque le silence raconte la vie d’une femme en dix chapitres, de son enfance à sa mort. Une vie qui traverse dix grandes pertes, l’amour fou et les deuils. Une vie mêlée au sort des hommes, des animaux et des arbres où les tourments de l’âme sont les miroirs de l’effondrement du monde.

 

2022_011_Estève Julie - Presque le silence

 

J’ai entamé le roman ce matin dans les transports pour me rendre sur mon lieu de travail. Très vite, il a fallu que je m’arrête. Je ne comprenais rien à ce que je lisais… Ça me semblait brouillon, trop de tout, trop à la fois !
J’ai tout stoppé et j’ai repris le récit depuis le début, plus doucement, j’articulais alors, les phrases avec mon esprit, plutôt que de les lire dans la tête…

Et là, tout a changé.
Le livre s’est ouvert à moi comme par magie et j’y ai découvert une nouvelle Julie !

Comme je suis heureux d’avoir insisté. Il s’est passé quelque chose durant ma lecture. Ce style surprenant qui m’a bousculé au départ, finalement, je l’ai adoré et surtout, il se justifie pour cette histoire très forte en émotions… Julie a utilisé un style très atypique que je n’avais jamais eu l’occasion de lire, d’ailleurs peut-être, l’a-t-elle créé ?

À quel moment, un roman se transforme-t-il en œuvre ?
Voilà la question que je me suis posé finalement en cours de lecture !

Presque le silence, quel titre !
Dès que j’ai entendu parler de sa sortie, je savais que j’allais le lire, et c’est vraiment le titre qui m’a “appelé”.
Je m’attendais à un roman doux, un roman sage… Le silence…

Mais le “Presque” s’est glissé au début du roman. C’est lui qui dirigera, c’est lui qui déterminera le futur du récit, et quel récit !

Cassandre est rousse. Elle est frisée aussi, donc naturellement haïe par tous les autres enfants.
On se moque d’elle, on la bouscule dans la cour de récréation, dans les escaliers, elle subira le pire durant toute son enfance…
Elle consulte un cartomancien qui, lui révèle cinq prophéties terrifiantes qui ne cesseront, au cours de sa vie, de la hanter.
L’adolescence lui amènera d’autres problèmes avant d’appréhender ceux de sa vie d’adulte. Tout ne sera que doute et peur…

Comment Cassandre, un être si sensible peut-elle survivre à tout ça ?
Elle qui ne cherchait qu’à être aimée pour pouvoir aimer à son tour…

Elle ne cessera, mais en vain, d’essayer de dévier de cette malédiction qui pèse sur ses frêles épaules… et se battra ainsi seule contre tous, jusqu’au final du roman qui m’a pris les tripes et le cœur.
Chaque phrase est un frisson, chaque mot vous enlisera dans les tourments de votre âme, chaque point n’est là que pour mieux faire jaillir la phrase suivante, telle une boucle infernale choisie par l’auteure, qui va même jusqu’à réduire ses chapitres à la plus simple expression.
À certains moments, j’ai même imaginé Julie envoûtée, souffrant d’une tachypsychie “écrite” !
Mais il sera trop tard, vous ne pourrez plus poser votre roman, toutes les images seront dans votre esprit, et vous n’aurez que le choix d’aller jusqu’au bout, mais je vous aurez prévenu… “Presque” domine tout le récit !

Alors, plus j’avançais, plus j’avais envie de me boucher les oreilles. Julie se sert de sa puissance romanesque comme une symphonie qui va crescendo, jouant avec le monde entier, les animaux, la nature, tous les êtres humains…
Jusqu’au silence tellement attendu…

Et si Cassandre était simplement une “part” de chacun d’entre nous ?

ÉNORME COUP DE CŒUR pour ce roman très sombre, il est vrai.
Mais à travers toute cette noirceur, j’ai vu une lumière pleine d’amour et de tendresse…

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Extraits :

« Ça a commencé dans les forêts tropicales et les mangroves en Guyane. Des œufs. Des tas d’œufs. Ils étaient des millions, des montagnes. Les œufs sont devenus des chenilles moches qui ont mangé les feuilles des arbres dont les palétuviers des marais. Leur abdomen était gonflé, leurs poils épais, elles avaient trois paires de pattes.
Pendant des kilomètres, la forêt fut recouverte de ces choses. Elle fut dévorée. La forêt : des troncs et des branches vides.
Un jour, les chenilles se sont changées en papillon de nuit, trapus, triangulaires. Ils étaient jaune et marron. Au crépuscule, ils ont volé vers les villes. »

« Chaque matin depuis deux mois, je me réveille amnésique. Pendant quelques secondes magnifiques, ma mère n’est pas malade, puis tout se casse la gueule et je tombe dans un trou grand, profond et noir. L’angoisse colle au cul de ma raison. Je ressasse la phrase du voyant, ”ta mère va mourir“. Je suis coincée dans cette phrase. Je réfléchis à l’envers. Je me remets à prier les dieux. Je les supplie de sauver ma mère. De tromper le destin, de changer les cartes. J’en suis là, débile, noyée dans l’absurdité. »

« J’ai 35 ans, je suis enceinte. Je l’annonce à Camille un matin sans soleil. Un sourire dérègle son visage. Je ne reconnais pas ses traits. L’ensemble est dévoré par une joie qui a l’air de la peur. Il m’entoure de ses bras. Pose son front contre le mien. Quitte le lit et s’en va sur le dos de Zambia. Il revient cinq heures après, épuisé, la tête remplie de deuils et d’avenir.
De mon côté, je pleure avec un fœtus dans le ventre. Je déverse sur les draps des larmes inquiètes. Je suis à la fois un horizon et un clapier. Quelque chose meurt en moi pendant qu’un être devient. Je ne serai plus jamais une enfant, la vie qui loge en bas me retire ma couronne. Je laisse à ce fœtus toute la place. J’ai tant besoin de ma mère. Des mots, des mains de ma mère. »

« Je survis grâce à l’amour, aux lettres que Camille m’écrit chaque semaine. Elles me raniment. Je vous ai montré les cœurs de mon fils au bas des pages ? Dans l’enveloppe, ils mettent toujours un peu de ma terre rouge. Je la lèche, vous savez, ça me remplit. »

 

 

Titulaire d’un DEA d’Histoire de l’Art à l’Université Paris IV-Sorbonne (2004), Julie Estève est journaliste spécialiste d’art contemporain.

Elle est auteur de catalogues d’exposition, de contes pour enfants.

Presque le silence est le troisième roman de Julie Estève. Ses deux précédents livres, Moro-sphinx (Stock, 2016) et Simple (Stock, 2018), ont été très remarqués par la presse.

Facebook : https://www.facebook.com/esteve.julie

Adolescence, Émotion, Histoire vraie

Enfermé depuis tout petit

de Marry Yohson
Broché – 22 janvier 2021
Éditeur : Librinova

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Le plus beau cadeau dans la vie d’une femme est de devenir maman. La naissance d’un enfant reste un moment inoubliable. Mais Carole et son bébé vivent dans un cadre familial destructeur ; elle se promet alors de toujours protéger son petit Julien. Peu à peu, ce fils tant aimé va perdre pieds face à un monde hostile à ses yeux. Et malgré l’amour de sa mère, il se sent seul et incompris, meurtri par une vie qui ne veut pas de lui. Son existence aura été un combat de tous les jours contre cette société qu’il ne comprend pas et qui l’abandonne, lui qui est resté « enfermé depuis tout petit ». Cette histoire bouleversante est la sienne.

 

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Je viens de terminer à l’instant ce récit bouleversant, l’histoire de cette femme, le destin de cette maman… Et je suis en colère !

En colère, car malgré le combat qu’elle a mené pendant vingt-huit ans pour son enfant malade, elle n’a jamais trouvé l’appui médical dont elle avait besoin.
En colère, parce que malgré son courage, c’est l’incompétence des “autres” qui à chaque fois diriger sa vie vers un sens qui n’était malheureusement pas le bon.
En colère, car malgré tout le soutien familial (heureusement…) qui guidait Julien, rien n’a été fait pour l’écouter et le sauver…
J’ai dû retenir plusieurs fois mes larmes, mais j’ai craqué.
Une enquête reste à ce jour en cours. À suivre…

« Enfermé depuis tout petit » est le témoignage d’une maman “perdue” dans le monde des maladies psychologiques, que nous raconte Marry Yohson.
Avec des mots simples, directs, l’auteure décrit la vie de cette mère et  de son fils dans leur monde où la violence et l’amour n’ont de cesse de se confronter.
Un jour, Julien ne pourra plus faire de différences entre le bien et le mal !

Dès le début, j’ai été pris par le récit.
Celui d’une jeune femme qui épouse un homme violent, très violent. Elle tombe enceinte. Elle pense que le bébé permettra un changement dans sa vie, mais rien ni fera. Les coups continuent, même sur son ventre rond. Dès sa naissance le bébé devra se faire opérer, en effet, il est né avec une malformation au pied et devra subir de nombreuses opérations. Pendant ce temps, le père, lui, est toujours aussi violent. L’enfant affecté par les coups qui pleuvent sur sa mère et sur lui n’aura jamais “repère” familial.
Julien grandit et les chemins qu’il prendra ne lui correspondent plus…
Quels sont ces démons qui l’empêchent d’aller vers l’avant ?
D’où vient ce mal-être constant ?

“C’est quoi être gentil maman… ?”

C’est poignant, prenant, douloureux mais surtout rempli d’amour. D’un amour infini d’une mère envers son fils.
Je suis bouleversé par le destin de cette maman et de son enfant et je n’imagine que très difficilement, l’état de désespoir et de fatigue quotidienne pour eux et pour leurs proches.

Alors, comme indiqué plus haut…
Je suis en colère !

On ne peut pas passer à côté de cette lecture sans réactions.
En espérant… qu’une large diffusion puisse faire changer les choses !
Je recommande…

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Extraits :

« Comment accepter que certains naissent avec toutes les chances d’être heureux et d’autres avec tant de souffrances ? Une question à laquelle personne ne peut répondre. Est-ce une question d’argent, de santé ou de chance ?
La vie est un parcours, un concours de circonstances. Certains disent « c’est ma destinée, nous avons tous un chemin tracé ».
Si nous n’avions pas rencontré cette personne, si nous n’avions pas eu cette maladie, nous n’aurions pas eu toutes ces difficultés. On pense alors que, lorsque tout va mal, on a fait des erreurs de choix, d’éducation ou dans nos relations. Mais, est-ce bien là le réel problème ? »

« L’alcool et la violence psychologique sont de plus en plus présents au sein du foyer. Quelques assiettes volent comme des oiseaux aux ailes abîmées qui finissent leur parcours fracassées contre les murs. Cette petite antenne de télévision, pourtant si pratique pour capter les émissions dans ce froid pays, elle aussi voltige ; mais là, les murs ne sont pas abîmés, c’est son crâne meurtri, rougi par le sang, qui le sera. »

« – C’est quoi être gentil maman… ?
À force d’insister sur le fait que son fils a un problème, un juge accepte qu’une expertise psychiatrique soit faite. Elle est réalisée au sein même de la vieille maison d’arrêt.
Les conclusions du grand spécialiste resteront dans un dossier bien ficelé, à l’abri de tout regard pendant quelques temps, des années.
Certes, une première avancée, mais qui ne sert à rien sauf à faire preuve d’un peu de gratitude face à une maman qui crie son désarroi. »

 

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Auteure et spectatrice de sa propre vie, Marry Yohson est née en 1962 dans une très jolie ville située à l’ouest de la France.

Après des études universitaires en Administration Économique et Sociale, elle devient professeure. Elle est également passionnée d’art et a réalisé de nombreux tableaux.

Ce récit de vie est son premier livre. Un second est en cours d’écriture. Il dévoilera le secret de Julien et les lecteurs apprendront le dénouement judiciaire de cette terrible affaire.

Émotion, Drame

La ballade de John

de Martine Fève
Relié – 28 mai 2021
Éditeur : Nombre 7

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Dans une région perdue de l’Irlande rurale, au 19ème siècle, un homme médite devant la mer. Un refrain l’obsède que chantent les invisibles. Il est inquiet pour sa jument blanche mais c’est surtout le démon de la culpabilité qui le hante. Il va se lever et marcher la tête haute, malgré le fardeau qu’il porte en solitaire. John n’est pas seul, cependant. Sur son chemin, tissé de joies et de malheurs, des personnages l’accompagnent. La plupart bienveillants, s’il n’y avait le terrible Angus et son cousin Connor.

 

2021_081_Fève Martine - La ballade de John

 

Je découvre l’écriture riche et fluide de Martine Fève grâce, à “La Ballade de John”…

Comment vous décrire ce roman complètement hors du temps ?
Ce sont pour moi les ambiances qui se dégagent dans les différents chapitres qui m’ont cueilli. Beaucoup de douceur, de la beauté, c’est très cinématographique…
Je n’ai pu m’empêcher de lire d’une traite ce récit traitant de la culpabilité, mais pas que.
Loin de moi de vouloir le punir ou lui pardonner, mais l’esprit de John est perturbé. Il s’en veut pour ce qu’il a fait, et aucun jour ne passe sans qu’il n’y pense…
Il est allé voir le père Malone pour se faire absoudre, mais rien ni fait.
John est un poète, John est gentil et il voudrait savoir se repentir…

Et puis il y a Mary, la belle Mary, le père Malone, il y a Lord Henry aussi et son fils Angus, Ena, Connor et bien sûr Neil. Tous ces personnages très attachants m’ont fait sortir du récit pour pénétrer dans un “conte” où le temps soudain se ralenti, où il y a de la gentillesse, mais de la haine aussi, où il y a de l’amour et de la violence, où les gens se parlent et s’écoutent encore, certains qui ont peur, d’autres qui en profitent, il y a de la tristesse aussi, c’est envoûtant, très visuel…

Encore une fois un récit qui se déroule dans l’univers magique d’Irlande et qui ma touché le cœur.
Cette “expérience”, j’aurai voulu la prolonger davantage. J’ai malheureusement quitté trop vite cette ballade qui m’a mené loin, très loin dans ce monde à part…

Merci Martine, merci de m’avoir fait rêver avec cette histoire bouleversante.
Peut-être aurons nous une suite à cette ballade ?
En tout cas je l’espère…

À lire absolument devant un bon feu de cheminée !

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Extraits :

« Pourquoi ne pas t’arrêter un moment sur la route avec nous, la route ombragée où le soleil, à travers les arbres, tombe en flèches, comme la lumière d’un vitrail ? Au lieu de courir en soulevant des nuées de poussière. Pourquoi ne pas t’asseoir avec nous sur le fossé, ne rien dire, ne rien faire, rêver, apprendre le goût de la lenteur ? »

« Mary était fluette, petite et rousse, jolie d’un côté, étrange de l’autre. Son profil gauche, entamé par une tache brune dégoulinant du coin de l’œil sur sa joue, effrayait les enfants ou ceux qui la voyaient pour la première fois. C’était comme si elle avait pleuré des larmes de lave. Des éclaboussures étaient tombées sur ses avant-bras, déjà constellés, comme le reste de sa peau, de taches de rousseurs abondantes. Quand elle se présentait du côté droit, on avait envie de toucher ses joues limpides, du lait légèrement teinté de rose, mais, dès qu’on la voyait de face, Mary était d’une cruelle beauté. On disait que sa mère avait juré pendant sa grossesse, que la queue du diable en avait profité pour effleurer son visage. Une caresse sublime sur laquelle, y posant sa main, la mère de Mary avait appuyé jusqu’à teindre l’enfant au fond de son ventre. Une malédiction qui pouvait se transmettre. Croyance, à laquelle le père Malone n’accordait aucun crédit. »

« Le père Malone s’en alla, non sans un regard nostalgique vers un minuscule toit de chaume que l’on distinguait en bas de la lande. On sentait déjà dans l’air la jouissance de l’herbe prête à se dresser, un parfum de verdure qui serait lui aussi, bientôt, un éclat de rire. Il chatouilla Neil sous le menton, salua John, et, par habitude, leva ses doigts et les bénit. Il réaliserait plus tard combien son geste avait deux sens, ce jour d’été particulier. »

 

 

Martine Fève est née en Bretagne où elle a longtemps vécu, mais c’est au plus près de ses racines, en Irlande, qu’elle vit et travaille depuis plusieurs années. Auteure de deux recueils de nouvelles et d’un roman, Le chemisier blanc, La Ballade de John est son deuxième roman.

Émotion, Drame, Humour, Philosophique

Tout le bleu du ciel

de Mélissa Da Costa
Poche – 12 février 2020
Éditeur : Le Livre de Poche

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Petitesannonces.fr : Jeune homme de 26 ans, condamné à une espérance de vie de deux ans par un Alzheimer précoce, souhaite prendre le large pour un ultime voyage. Recherche compagnon(ne) pour partager avec moi ce dernier périple.
Émile a décidé de fuir l’hôpital, la compassion de sa famille et de ses amis. À son propre étonnement, il reçoit une réponse à cette annonce. Trois jours plus tard, devant le camping-car acheté secrètement, il retrouve Joanne, une jeune femme coiffée d’un grand chapeau noir qui a pour seul bagage un sac à dos, et qui ne donne aucune explication sur sa présence.
Ainsi commence un voyage stupéfiant de beauté. À chaque détour de ce périple naissent, à travers la rencontre avec les autres et la découverte de soi, la joie, la peur, l’amitié, l’amour qui peu à peu percent la carapace de douleurs d’Émile.

Un livre aux dialogues impeccables et aux personnages touchants d’humanité. Psychologies magazine

Bouleversant.
Version femina

 

2021_070_da Costa Mélissa - tout le bleu du ciel

 

Je viens de passer mes quatre derniers jours entre rires et larmes…
Quel superbe roman…

C’est le second roman de Melissa que je lis en quelques temps et tous les deux m’ont bouleversés !

“Tout le bleu du ciel” est un roman magnifique, aussi triste que drôle et beau, malgré les sujets traités, la maladie, l’amour, l’autisme, la vieillesse et le deuil. C’est une histoire lumineuse pleine de vie.

Émile, a vingt-six ans lorsqu’il apprend qu’il est atteint d’une forme précoce de la maladie de Alzheimer.
On lui donne deux ans de vie au maximum avec tout ce que cela impliquera, sénilité précoce, il oubliera petit à petit tout ce qui le lie à sa famille à ses proches, les noms des choses et des personnes, ce qu’il faisait la veille, le risque de se perdre à chaque instant, bref, tout son vécu au fur et à mesure.
Il refuse de rester cloué sur un lit d’hôpital durant toutes ses journées à attendre la fin.
Sa famille par contre souhaiterait le remettre entre les mains d’un hôpital, en le faisant participer à un essai clinique.
Tout va trop vite pour lui désormais…

Alors, il décide de tout plaquer, pour voyager dans des endroits qu’il n’a encore jamais vu. Il publie une petite annonce, comme on lance une bouteille à la mer, à la recherche d’un compagnon de route pour la dernière ligne droite de sa vie à travers la France.
Surpris, c’est une femme qui répondra à son annonce, Joanne. On comprendra très vite qu’elle aussi a un passif qui lui pèse sur les épaules. Emile aura un peu de mal à la cerner, ses silences qui meubles des journées complètes, ses habits noirs et son chapeau !
Puis petit à petit… la découverte de l’inconnu, la Liberté, la mer, la forêt, les montagnes, ils vont en pendre plein les yeux et nous aussi. Ensemble ils vont rire, pleurer, oublier, se rappeler, et surtout se soutenir, pour finalement se débarrasser de tout ce qui pèse sur eux, afin d’aller à l’essentiel.

Mélissa m’a vraiment mené très loin dans ce parcours introspectif, elle a traité de sujets grave avec beaucoup de finesse et de sensibilité. Evidement je me suis attaché à Émile et Joanne et j’aurai voulu poursuivre mon chemin avec eux, mais laissons-les maintenant vivre leur “vie”, raviver leurs souvenirs afin accepter l’inéluctable.

Vous ne me voyez pas, mais peut-être ressentirez-vous mes yeux rougis à travers ses quelques mots.
C’est une histoire prenante, belle où la nature prend une place qui grandit avec la lecture.

Et avec ça un final que je n’ai pas vu arriver, Magnifique !!!
Je ne regarderai plus le ciel, les montagnes et la mer de la même façon.

Un très beau coup de cœur…

Dites les auteurs !
Il va falloir vous calmer un peu… Si tous les romans qui me restent à lire sont dans cette esprit, moi aussi je vais finir par partir sur les routes, de villes en villes et profiter de la liberté…

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Extraits :

« Ils rient à n’en plus pouvoir pendant deux, trois minutes, peut-être quatre, sans s’arrêter, sans réussir à reprendre leur souffle. Ils rient à en avoir la gorge brûlée, les yeux remplis de larmes, ils rient à finir par terre, à genoux, parce qu’ils ne tiennent plus debout. Bon sang, songe Émile quand il parvient enfin à reprendre son souffle, ça, c’est la meilleure thérapie du monde. »

« Ils marchent avec une lenteur infinie. Leurs pas laissent des empreintes dans la neige fraiche. Ils avancent, avec l’impression de n’être pas plus réels que le paysage, de n’être que deux mirages. » « Il a de la chance de faire ce voyage. Quelque part, il a de la chance de savoir qu’il va mourir très bientôt. Sans ça il n’aurait jamais pris le temps de partir, de voyager au cœur de lui-même, de voir les choses avec de nouveaux yeux. »

« Le moment présent a un avantage sur tous les autres : il nous appartient. »

« Il faut prendre garde.
– À quoi ?
– À ne pas s’endormir dans sa vie. »

 

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.

Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

« Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade » (2017), sortie en librairie sous le titre « Tout le bleu du ciel » (2019), est son premier roman. Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.

page Facebook :
https://www.facebook.com/M%C3%A9lissa-Da-Costa-Auteure-494686537718514/

Émotion, Philosophique

Ma reine

de Jean-Baptiste Andrea
Poche – 7 février 2019
Éditeur : Folio

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« Grâce à Viviane j’étais devenu immense, j’avais touché le ciel d’une main et la terre de l’autre. Le monde avait retrouvé sa reine et c’était grâce à moi ».

Eté 1965. Shell s’enfuit de la station-service où il a grandi avec ses parents. Sur le plateau qui surplombe la vallée de l’Asse, seuls se déploient le silence et les odeurs du maquis. Une fille, comme un souffle, vient à sa rencontre. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai. Dans l’univers fulgurant de Viviane, Shell ne se sent plus différent. Alors par jeu, par amour, il lui obéit, sans s’apercevoir que son dévouement le conduit bien au-delà de ce qu’il avait imaginé.

 

2021_068_Andrea Jean-Baptiste - Ma reine

 

Ce roman qui se lit à la première personne commence tout simplement. Il nous raconte la vie d’un jeune garçon, “Shell”, un enfant pas comme les autres enfants. Hésitant, naïf, maladroit et sincère, maîtrisant mal le langage, il est malmené par la vie, par les autres qui l’entourent à l’école et même par ses parents…

Dès lors, il s’adapte comme il peut à cette vie misérable. Alors, un jour, suite à une conversion avec ses parents, il décide de quitter l’école, de partir de chez lui, pour aller “à la guerre”, dans les Alpes de Haute-Provence.
Sur le chemin vers cette guerre, il fera la rencontre de Viviane, qu’il va tout de suite apprécier. Viviane, est aussi est différente, c’est une fée. Et surtout elle ne fait pas de différences avec lui, comme les autres le font habituellement. Avec elle il peut se sentir normal, même s’il est conscient de sa différence.
Entre eux, un “drôle” de jeu va se mettre en place, elle sera Sa Reine, Il devra lui Obéir. Sa rencontre va complètement changer sa vie, sa perception des choses et même le transformer.
C’est à ce moment-là que le roman a pris un envol différent et que je suis devenu captif du récit, jusqu’à ce qu’il me devienne impossible de m’en détacher.
Comme j’aurai aimer faire durer ces instants et protéger la candeur de Shell de l’inévitable retour à la réalité !

Avec ce premier roman, court et poétique, beau et cruel à la fois, Jean-Baptiste Andrea m’a entraîné avec beaucoup de sensibilité dans “un monde” où les difficultés du handicap mental sont omniprésents… Difficile de ne pas être séduit par Shell, ce jeune garçon candide qui porte un regard tendre et innocent sur le monde et les êtres qui l’entourent.

Un beau roman qui parle de différence, d’enfance, d’amitié et de jeux d’enfants bien sûr… Mais les jeux d’enfants peuvent être parfois bien dangereux…
Au travers de ces pages, la douceur fait place, la justesse aussi, et surtout la simplicité de cette belle histoire.

Un roman tout aussi léger que triste.
Touchant, sensible, poétique et intelligent…
Gros coup de cœur que je vous conseille vivement !

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Extraits :

« On ne se parlait pas chez nous, on s’était déjà tout dit. »

« Quand Viviane arrivait, je sentais bon le savon et j’étais prêt à faire ce qu’elle voulait. Elle inventait un nouveau jeu presque chaque jour. Je n’avais jamais joué avec quelqu’un avant… »

« Je n’arrivais pas à dire quelque chose parce que ça prenait trop de place dans ma tête et que ça ne passait pas par ma bouche. »

« Je tombais, je tombais et j’avais oublié pourquoi. C’était comme si j’étais toujours tombé. Des étoiles passaient au-dessus de ma tête, sous mes pieds, autour de moi, je moulinais pour m’y raccrocher mais je n’attrapais que du vide. Je tourbillonnais dans un grand souffle d’air mouillé.
Je brûlais de vitesse, le vent hurlait entre mes doigts; j’ai repensé à l’époque où on courait le cent mètres à l’école, les seules fois où les autres ne se moquaient pas de moi. Avec mes gardes jambes, je les battais tous. Sauf que là, mes grandes jambes ne servaient à rien. Elles tombaient elles aussi comme des imbéciles. »

« C’est un reflet qui a attiré mon attention. J’avais une mouche sur l’œil, je l’ai chassée et j’ai rampé pour aller voir. Derrière un éboulis, il y avait un sac à dos en toile avec des boucles en métal. Le métal était chaud. J’ai mis du temps à l’ouvrir avec mes doigts gonflés et quand j’ai vu ce qu’il y avait dedans, j’ai pleuré des larmes sèches, c’est pour ça que ça ne compte pas comme si j’avais vraiment pleuré.
Dedans il y avait une lettre, trois boîtes de lentilles et un ouvre-boîte. Sur la lettre il y avait mon nom, enfin il y avait Shell. La faim était loin derrière moi, alors j’ai d’abord ouvert la lettre. Viviane avait une belle écriture penchée qui fonçait dans ce qu’elle racontait. Mais c’était trop compliqué pour moi, surtout dans mon état, les mots sautaient, les lettres tournoyaient. »

 

 

Jean-Baptiste Andrea, né le 4 avril 1971 à Saint-Germain-en-Laye, est un écrivain, scénariste et réalisateur français.

Il grandit à Cannes, où il est élève de l’Institut Stanislas et fait ses premières expériences de scène, d’écriture et de réalisation.

Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’ESCP, il écrit ses premiers films en anglais et reçoit plusieurs prix pour son film Dead End réalisé avec Fabrice Canepa.

Son premier roman, “Ma reine”, reçoit entre autres le prix Femina des lycéens, le prix du premier roman, le prix Alain-Fournier, le prix de la Fondation Jacqueline de Romilly.

Son troisième roman, “Des diables et des saints” (éditions de l’Iconoclaste), reçoit en mars 2021 le Grand prix RTL-Lire, et en mai 2021 le prix Ouest-France/Étonnants Voyageurs.

Émotion, Roman

Celles qui se taisent

de Bénédicte Rousset
Broché – 19 mai 2021
Éditeur : La Trace

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Par une nuit de décembre, une macabre disparition est signalée à la maternité de l’hôpital. La direction demande à son personnel de ne rien dire : il en va de la réputation de l’établissement.
Les années passent, le secret est enterré.
Pourtant, dix-huit ans plus tard,
le destin s’en mêle quand, après une terrible découverte, Caroline fouille dans le passé… c’est incompréhensible…
ça ne « peut » pas être.

Caroline et Augusta, deux femmes que tout oppose. En apparence…
Que s’est-il passé qui disloque leur vie et ternisse leur bonheur ?
Jusqu’où peut-on aller dans le renoncement, par amour pour une mère, par amour pour un fils ?
Il est des rencontres qui bouleversent nos silences.
Peut-être courons-nous après l’amour sans en donner assez ?

 

2021_066_Rousset Bénédicte - Celles qui se taisent

 

“Celles qui se taisent” est le dernier roman de Bénédicte Rousset publié par les éditions La Trace !
Je sais ce qu’il me reste à faire maintenant !
Me procurer ses romans précédents…

Caroline et Augusta sont deux femmes très différentes.
Caroline est femme de ménage, maman de trois enfants. Un jour son mari l’a quitté sans aucune explication. Elle travaille pour Augusta, elle entretien sa maison. Le hasard fait que les deux femmes se retrouvent enceinte au même moment. Bénédiction, pour l’une, c’est un malheur pour l’autre.
Pourtant la vie, le hasard vont se charger de les réunir, pour le meilleur et surtout pour le pire…
Que leur est-il donc arrivé ?
Leurs destins vont définitivement se lier à la suite d’un terrible événement.

Maternités, romance, viol, séparation, maltraitance, sexe, Religion, mensonges, haine…
“Celles qui se taisent” est un condensé de vie, avec tous ses malheurs, tous les problèmes existant pour essayer de conserver un équilibre familial bien souvent précaire.

Un récit bouleversant, qui mérite que je me retire, que je ne vous dévoile rien de plus, afin que mots après mots, phrases après phrases vous soyez comme moi transporté dans des destinées mêlées.
Bénédicte, m’a touché le cœur, mais pas seulement.
Elle s’est immiscée dans certaines parties très sombres de l’esprit qui ne demandent qu’à rester dans l’oubli.
Mais, on ne choisi pas toujours son destin !

Récit de femmes, mais pas seulement…
Lent et envoutant, ce roman mérite une belle et longue vie.
Très beau et émouvant, je recommande vivement !

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Extraits :

« Le jour se lève à peine sur la ville. Une fine couche de givre recouvre le trottoir et de timides rayons éclaircissent la façade de l’hôpital.
Au deuxième étage, la ligne directe du directeur lui indique un appel. Il décroche sans quitter les yeux le formulaire qu’il est en train de remplir. Deux semaines auparavant, un de ses ambulanciers, ivre, a percuté en reculant une personne en fauteuil roulant, la blessant gravement, juste devant l’entrée de l’hôpital. La famille porte plainte et cet incident s’ajoute aux dysfonctionnements qui s’enchaînent dans son établissement ces derniers temps. La presse en fait ses gros titres, ridiculisant sa place et sa personne. Le coup de grâce tombe en page deux du journal La Provence, qui dévoile le palmarès des hôpitaux les plus performants, et où il occupe l’avant-dernière place. Il soupire. »
…/…
« Quelque chose de sa fierté vient de le traverser.
Dès lors, Jean sent dans tout ce qu’il fait le regard admiratif de sa mère. Il pointe les orteils vers le pied du lit et se sent grand.
À partir de ce moment, dans l’air, quelque chose a changé. L’odeur du chou brocoli devient agréable, celle du foie de veau, alléchante.
Il suffit qu’elle l’aime pour qu’il l’aime aussi. Le plus beau chef-d’œuvre de la vie est bien le cœur d’une mère et peu importent ses larges ou étroites barrières.
L’épaisseur de l’enfance se mesure à la place qu’une mère nous accorde dans son cœur. À une certaine période de la vie, on peut trouver grand ce qui est petit, comme la cour de récréations. Quand on est enfant, elle nous paraît immense et puis un jour, longtemps après, notre œil d’adulte la revoit et sa grandeur a disparu : l’âge adulte l’a balayée d’un simple revers de manche. »

 

 

Bénédicte Rousset a grandi dans le Vaucluse entre le petit atelier d’imprimerie de son père et une mère institutrice. L’écriture lui permet d’explorer des recoins jusqu’alors ignorés d’elle-même, dans une tradition familiale qu’elle découvre à travers les pièces de théâtre, poèmes et romans qu’ont écrit ses aïeux.

Professeure certifiée de Lettres Modernes, Bénédicte est enseignante dans un collège du Vaucluse.
Après « Rue sombre » (2017), son premier roman policier, elle publie « Le Lis des teinturiers » en 2018.

https://www.facebook.com/benedicte.rousset.auteur/

Émotion, Drame

Des diables et des saints

de Jean-baptiste Andrea
Broché – 14 janvier 2021
Éditeur : Iconoclaste

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Qui prête attention à Joe ? Ses doigts agiles courent sur le clavier des pianos publics dans les gares. Il joue divinement Beethoven. Les voyageurs passent. Lui reste.
Il attend quelqu’un, qui descendra d’un train, un jour peut-être.
C’est une longue histoire. Elle a commencé il y a cinquante ans dans un orphelinat lugubre.
On y croise des diables et des saints.
Et une rose.

 

2021_064_Andrea Jean-Baptiste - Des diables et des saints

 

Joe, un vieux monsieur, pianiste talentueux, ne joue que sur des pianos dans des lieux publics, les gares et les aéroports…
C’est un véritable virtuose. Il joue pour les voyageurs, pour tous les voyageurs.
Ceux qui sont pressés qui ne l’entendent pas, ceux qui ralentissent et le voient soudain, ceux qui se figent ébahis l’oreille tendue…
Mais pourquoi s’applique-t-il à jouer ainsi, inlassablement, tous les jours sans relâche dans ces lieux de passages ?

Enfant, il avait appris le piano avec le meilleur des professeurs, mais la vie lui a très vite joué un sale tour. En 1969, suite à un accident, où il perd ses parents et sa sœur, Joe alors orphelin, se retrouve dans un orphelinat lugubre perdu dans les montagnes des Pyrénées, nommé “Les confins”, qui très vite lui fera penser à une prison. Il y fera la connaissance d’adolescents comme lui qui vont le marquer à vie dans sa tête et dans son cœur. La Fouine, Sinatra, Sousix et bien d’autres. Mais aussi Rose, la fille d’un bienfaiteur, aussi belle que méchante.

C’est avec beaucoup d’émotions, de justesse et de sensibilité que Jean-Baptiste Andrea nous raconte l’enfance de cet enfant “perdu”.
Un roman au thème sombre, mais tellement lumineux par son traitement, sa musicalité, sa tendresse et son humour. Le récit ne tombe jamais dans la noirceur.

Le séjour de Joe dans ces lieux, les rencontres qu’il y a faites, bonnes ou mauvaises, marqueront à jamais l’homme qu’il deviendra plus tard.
À travers ce récit poignant la musique résonne autant que la vie. Ce roman touchant, dès les premières notes, dès les premières mots, est aussi une histoire très émouvante…

Je me suis demandé au départ où l’histoire allait me mener.
Puis, petit à petit une structure s’est mise en place, puis finalement s’est accélérée jusqu’à ce que je ne puisse plus lâcher “Mon” roman.
Serez-vous touché vous-même, par ce roman d’aventures, d’amitié et d’amour aussi ?
En tous cas, pendant ma lecture, j’ai parfois retrouvé mon âme d’enfant…

Très bon moment de lecture !

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Extraits :

« Vous me connaissez. Un petit effort, souvenez-vous. Le vieux qui joue sur ces pianos publics, dans tous les lieux de passage. Le lundi je fais Orly, le vendredi, Roissy. Le reste de la semaine, les gares, d’autres aéroports, n’importe où, tant qu’il y a des pianos. On me trouve souvent gare de Lyon, j’habite tout près. Vous m’avez entendu plus d’une fois.
Un jour, enfin, vous m’approchez. Si vous êtes un homme, vous ne dites rien. Vous faites semblant de nouer votre lacet, pour m’écouter un peu sans en avoir l’air. Si vous êtes une femme, je sursaute. C’est que j’en attends une, justement. Ce n’est pas vous, ne vous vexez pas. Je l’attends depuis cinquante ans. »
…/…
« J’ai vu mes parents se disperser. Ma sœur flamber, rendre aux étoiles les atomes qu’elle avait empruntés pour devenir elle, Inès, pendant que je rester entier. Des dieux qui bénissent, des “un-seul-Dieu-créateur-du-ciel-et-de-la-terre”, des résurrections de la chair, des fils assis à la droite du père, des litanies des saints, j’en ai eu ma part, et plus que ça. La seule droite du père que je connaisse et celle que nous avons reçue, mes amis et moi, en pleine poire. J’ai vu mille hommes brisés par une vie en noir et blanc. Et des bonimenteurs leur promettre, au marché du dimanche, que s’ils y croyaient très fort et ne posaient pas trop de questions, un jour, ils auraient la couleur.
Mais quand Théas souffla : « Dieu te bénit », j’y cru pour l’unique fois de ma vie, parce que contrairement aux autres, il croyait aussi. »

 

 

Jean-Baptiste Andrea est un réalisateur, scénariste et écrivain français.

Il grandit à Cannes, où il est élève de l’Institut Stanislas et fait ses premières expériences de scène, d’écriture et de réalisation. Il est diplômé de l’Institut d’Études Politiques de Paris et de l’ESCP-Europe.

Il écrit ses premiers films en anglais. Il a écrit et réalisé « Dead End » (2003), coréalisé avec Fabrice Canepa, qui a obtenu plusieurs prix, « Big Nothing » (2006) avec David Schwimmer et Simon Pegg, et « La Confrérie des larmes » (2013), avec Jérémie Renier et Audrey Fleurot.

Son premier roman publié en 2017, intitulé « Ma Reine », remporte plusieurs prix dont le Prix Femina des lycéens 2017, le Prix du premier roman de la La Forêt des livres 2017, le Prix « Envoyé par La Poste » 2017 ou encore le Prix Alain-Fournier 2018.

Après « Cent millions d’années et un jour » (2019), il publie son troisième roman, en 2021, « Des diables et des saints », pour lequel il obtient le Grand Prix RTL-Lire Magazine Littéraire 2021 et le prix Ouest-France Étonnants voyageurs.