Adolescence, Émotion, Cercle littéraire, Drame

Dahlia

de Delphine Bertholon
Broché – 17 mars 2021
Éditions : Flammarion

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Début des années 1990, dans le sud de la France. Lettie, quatorze ans, vit avec sa mère dans un mobile home et brûle secrètement d’être quelqu’un d’autre. Quand survient Dahlia, une fille un peu étrange, une ardente amitié se noue entre ces adolescentes que tout semble opposer. Dahlia a deux jeunes frères, des parents généreux, et Lettie voit dans le père de son amie l’homme idéal, celui qui lui a toujours manqué. Chacune envie l’autre ; qui sa tranquillité, qui sa famille joyeuse. Mais le jour où Dahlia lui confie un secret inavouable, Lettie ne parvient pas à le garder. La famille de son amie vole en éclats. Au milieu du chaos, le doute : et si Dahlia avait menti ?

Delphine Bertholon explore le lien ambigu entre adolescence et vérité, et les frontières floues qui nous séparent du passé.

 

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Un roman touchant et captivant avec beaucoup de finesse envers toute une adolescente qui cherche sa place.
L’adolescence est pour moi la période la plus compliquée de notre vie, tout est possible.
Le pire comme le meilleur…

Delphine Bertholon nous propose avec “Dahlia”, une histoire qui m’a fait me poser pas mal de question !
Delphine bouscule et égratigne la notion de “la famille” qui est malmenée pendant tout ce roman.

Nous sommes dans les années 90. Entre Dahlia et Lettie, qui ont 14 ans, naît une amitié toute en fragilité. De conditions très différentes, elles apprennent petit à petit à se connaître.
Dahlia vit chez ses parents avec ses deux petits frères qui sont jumeaux, avec qui elle partage sa chambre. Sa maman ne travaille pas, son père est chauffeur routier.
Lettie vit avec sa mère dans un mobile-home, elle travaille dans les services sociaux. Elle n’a pas de papa. Elle ne l’a jamais vu, elle ne sait rien de lui. Sujet tabou pour la maman…

Dahlia étouffe dans un univers clos alors que Lettie représente une certaine liberté et a les faveurs des élèves de la classe.

Un jour Dahlia raconte un secret très important à Lettie, “son secret”, en lui faisait jurer de ne jamais le raconter à qui que ce soit… Mais ce secret va peser sur la conscience de Lettie qui ne tiendra pas. Elle finira par en parler à sa mère, qui se fera un devoir elle-même de le raconter à qui de droit, déclenchant ainsi un processus judiciaire ! Dès lors, une machine infernale démarre au grand désespoir de Dahlia…
Cette amitié naissante entre les deux jeunes filles, dès lors va s’écrouler et la famille de Dahlia va littéralement voler en éclats…

Delphine Bertholon interroge sur toutes les difficultés vécues par une adolescente qui arrive dans un nouvel environnement, nouvelle classe, constituée d’amitiés fragiles, de mensonges et de jalousies. Elle doit trouver sa place, mais tous les cercles d’amitiés sont déjà définis.
Dahlia, a du mal à s’intégrer et lorsque Nettie la remarque enfin, il faut absolument qu’elle arrive à la captiver, elle doit se faire remarquer…

Le sujet est bien mené, intéressant, mais pas suffisamment “fort” pour moi.
Je ne voudrai rien dévoiler à ceux qui ne l’ont pas encore lu, mais je pense que les réactions des divers personnages ne sont pas à la mesure de tous les préjudices vécus.

Par contre la fin du roman, les retrouvailles entre Dahlia et Nettie adultes, m’ont parus très intéressantes d’un point de vue psychologique.
Mon Ressenti reste un avis personnel, et cela ne m’empêchera pas de lire un autre roman de Delphine lorsque l’occasion se représentera.
C’est une belle histoire, avec beaucoup de sensibilité et la construction de l’écriture est plutôt agréable.
J’ai passé un bon moment, mais… Il m’a manqué un petit quelque chose !

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Extraits :

« La première fois que je m’aperçus de l’existence de Dahlia, c’était au début de mon année de troisième, au retour des vacances de la Toussaint. Je venais d’avoir quatorze ans le 2 novembre. Je suis née le jour des Morts et c’était l’une des choses que ma mère aimait répéter, par jeu ; devenu adulte, je le répète à mon tour. J’ai fini par aimer, je crois, cette façon d’oxymore, comme si cela me donnait une touche d’originalité. Dahlia était dans ma classe depuis la rentrée, mais je ne l’avais pas remarquée jusqu’alors. Elle était encore ce que je fus longtemps : une invisible. »

« Le soir tombe derrière les vitres étincelantes. Le ciel est gris et rosissant par-delà les toits en zinc, les antennes râteaux, l’ocre minérale des tubes de cheminée. À la radio, les millionnaires promettent des fortunes pour reconstruire Notre-Dame, tandis que le périmètre est pollué au plomb, ce que le grand public apprendra plus tard – trop tard, comme souvent. »

« Je n’ai jamais compris pourquoi Annie, qui avait enfanté à dix-huit ans, était pudique et ce point. Les essayages de maillots, c’était comme les scènes coquines dans les films. La sexualité, je crois, lui faisait peur. Elle m’a transmis une partie de cette peur, de manière nébuleuse. Toute ma vie de jeune fille, puis de femme, j’ai alterné par des phases entre deux extrêmes : la putain et la nonne. Deux catégories qui, sauf miracle, enfantent rarement et ne se marient jamais. Mina est un miracle engendré par une putain de nonne, mais, par chance, son père est coureur de jupons, dragueur invétéré gentleman à ses heures, ce qui devrait offrir à cette enfant un certain équilibre, précaire peut-être, mais qu’importe. »

« Lettie,
Il fallait que la colère descende. Elle est toujours là, mais j’avais besoin de te raconter ce qui m’arrive. Après ce dimanche, j’ai essayé de te téléphoner toute la semaine, mais tu n’étais jamais là, ou tu faisais semblant, ce qui est probable (et parfaitement dégueulasse). Si j’avais pu te parler, tout serait différent…
Tu avais promis. Je croyais que tu étais mon amie, que ta parole valait quelque chose. Mais rien ne vaut, jamais, je m’en rends compte. IL n’y a que dans les romans que les amitiés sont vraies.
Tu me dégoûtes, Lettie
Comment as-tu pu répéter ÇA ? »

 

 

Delphine Bertholon naît à Lyon et écrit depuis l’âge de six ans, âge auquel elle remporte un modeste concours de poésie. Après des études de lettres, elle se destine au professorat, mais y renonce pour se consacrer à l’écriture. Dans la vingtaine, elle commence à publier ses premiers romans, la plupart publiés aux éditions Jean-Claude Lattès, tel que “Twist, journal d’une jeune fille kidnappée”. Elle écrit également des scénarios pour la télévision, comme “Yes We Can”, afin de vivre plus confortablement de sa plume.

En juillet 2018, elle signe une tribune dans ActuaLitté où elle revient sur son parcours afin de témoigner de la précarité de sa vie d’écrivaine. Elle est attirée par les romans de Stephen King. Elle se joint ainsi au mouvement de contestation sociale #PayeTonAuteur et #AuteursEnColere et aux revendications de la Ligue des auteurs professionnels.
Elle est notamment l’auteure du très remarqué “Grâce” et, plus récemment, de “Coeur-Naufrage”.

Adolescence, Émotion, Drame

Que Dieu lui pardonne

de Laurent Malot
Broché – 14 janvier 2021
Éditions : XO Éditions

Maya a dix-sept ans. Lorsqu’elle décide d’échapper à la violence de son père, elle trouve refuge à Fécamp, au pied des falaises. Elle se reconstruit et peut enfin se rêver un avenir : elle sera architecte.
Mais dans l’appartement mitoyen du sien, quatre enfants, de six à douze ans, sont la proie d’un homme tyrannique. Son combat, désormais, n’est plus seulement de sauver son âme, mais de les protéger.
Jamais elle n’aurait imaginé que les choses se passeraient ainsi. Elle va agir avec son cœur. Sans réfléchir. Que Dieu lui pardonne. Comme il pardonne aux lâches. Aux misérables…

Avec pudeur et simplicité, Laurent Malot écrit sur des drames
qui touchent des milliers de femmes et d’enfants.

Que Dieu lui pardonne est une histoire poignante d’où
jaillit la lumière, pour le plus grand bonheur des lecteurs.

Une formidable ode à l’amour.

 

 

Je suis un lecteur heureux !

Je vous rassure tout de suite, ce n’est pas du tout le sujet du roman de Laurent Malot qui me rend heureux, bien au contraire… Cela fait plus de 45 ans que je lis régulièrement… Dernièrement, les romans que j’ai lus sont plus des “romans de vie”, roman de bonheur, de drames et de malheur.
Je me rends compte que ces romans m’ont amené beaucoup plus d’émotions et de sensations que de nombreux lus plus tôt.
J’ai l’impression que plus une histoire est dure et triste plus elle m’emporte, plus je vis.

“Que Dieu lui pardonne” fait partie de celles-là.

Tout d’abord, j’aime beaucoup les livres de Laurent.
Certaines personnes pensent et disent qu’il y a beaucoup de féminité dans son mode d’écriture ! Personnellement, je dirai qu’il y a beaucoup d’émotions, tout simplement. Il utilise des mots justes, ne tourne pas autour du pot, pas de superflu, de la pudeur et surtout jamais larmoyant quels que soient les sujets qu’il aborde.

“Que Dieu lui pardonne”, est une très belle et très triste histoire. Il raconte les violences familiales, les incestes et les viols d’enfants toujours beaucoup trop nombreux. Il raconte aussi… Les souffrances vécues par les victimes, pas que physiques, les psychologiques aussi. Le manque d’aide, manque de soutien et d’écoute pour c’est malheureux qui se perdent petit à petit. Mais il raconte aussi… La vie, l’espoir, l’amitié et l’amour.

Maya, jeune fille de dix-sept ans, fuie sa “vie” grâce à une tante. Son père, Maire de sa ville dans les Yvelines, la violait régulièrement depuis des années sous le regard « passif » de sa mère. Maya part vivre à Fécamp, en Normandie. Là-bas, elle tentera de se reconstruire… Mais “son” destin va vite la rattraper.
Lucien, six ans, un jeune voisin avec qui elle a fait connaissance quelques jours plus tôt sonne à sa porte. Il y a une grosse fuite chez eux, ses frères et sœurs sont tout seuls régulièrement chez eux, dans l’attente des “retours” avinés, d’un beau-père retord, violent et vicieux. Maya arrive assez vite à réparer la fuite, à la grande joie de la fratrie qui s’attendait déjà à voir “pleuvoir” les coups sur eux. C’est à ce moment précis que le beau-père rentre. Son regard lubrique se porte de suite sur la jeune fille, il jette ses enfants dehors et sauvagement commence à déshabiller Maya qui reste tétanisée tout en subissant ses assauts… Soudain elle sort de sa léthargie. Elle tient un marteau ensanglanté à la main… l’homme, lui est à terre…

“Que Dieu lui pardonne”, est un hymne, un cri, une souffrance, un besoin d’aide, un roman bouleversant, une ode à l’amour touchante et réaliste. Les personnages sont attachants, et certains sont vraiment très beaux à “l’intérieur”… Ça fait du bien.
Très sensible à ce sujet, je ne peux que vous le conseiller.
Merci Laurent, c’est un livre qui m’a transporté de la haine à la tristesse, puis de la colère à l’espoir…
Je résumerai par un seul mot, “Magnifique” !

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Extraits :

« Dans six mois, je serai majeure. Tout sera plus simple, parce que légal. Je cotiserai pour le chômage, la maladie, je paierai des impôts et j’aurai droit à des aides sociales. Ce serait déjà le cas si j’étais émancipée, mais pour ça, il faudrait l’accord de mes parents. Hors de question de leur demander quoi que ce soit. Ils font partie de la vie d’avant. Je l’ai raturée jusqu’à ce qu’il ne reste plus qu’un affreux gribouillage. »

« Le médecin a rappelé que j’étais sous sa responsabilité. Si j’étais à l’hôpital, c’est qu’il y avait une raison. Le ton est encore monté, et mon père a rétorqué qu’il n’avait pas de leçon à recevoir. Ma mère était intervenue pour le calmer, promettant qu’ils allaient faire ce qu’il fallait. Le docteur n’a pas été dupe, les infirmières non plus. Mon père a abdiqué pour éviter le scandale. Dommage, parce que, ce jour-là, j’ai vu les veines de son cou se gonfler, ses yeux se rétrécir, et le tic au coin de sa bouche apparaître. Tous les signes annonciateurs de violence. J’ai prié pour qu’il s’emporte, qu’il frappe le médecin, qu’il révèle sa face cachée, mais non. L’homme politique a refait surface, dégoulinant d’hypocrisie. »

« Plusieurs fois, mon père m’a frappée, quand l’ado que j’étais, menaçait de raconter ce qu’il me faisait. Je me souviens des gifles, des cheveux tirés, mais surtout des étranglements. Avec le plat de la main, pour ne pas laisser de traces. C’est horrible de sentir qu’on ne respire plus. Encore plus avec le visage de son bourreau à quelques centimètres du sien, promettant de dire à tout le monde qu’on est une menteuse ou une folle qui invente des histoires. À onze ans ou dix-sept, l’effet est le même, on est terrorisée et on abdique. On se mure dans le silence et on encaisse. Parfois, on regarde la bête dans les yeux avec un sourire de défiance. Ce n’est pas du courage, juste un mélange de cynisme et de résignation ; on sait qu’on ne peut pas tomber plus bas. »

« Il y a des cœurs dessinés dans les croix. La feuille est floue derrière le rideau de larmes que déversent mes yeux. Même si je voulais les retenir, je n’ai pas parviendrais pas. Quelques mots griffonnés sur un coin de table ont transpercé mon armure. Des mots d’amour. Un message d’espoir qu’ils m’envoient. En se préparant, seuls, ils me montrent qu’ils sont capables d’assumer leur part de responsabilités, je peux compter sur eux, nous sommes plus qu’une équipe, nous sommes une famille. »

 

 

Né en 1970, Laurent Malot écrit depuis l’enfance. Il aime vagabonder entre les genres, notamment la littérature, le roman jeunesse, le roman policier et le thriller, et tremper sa plume dans les formes les plus diverses : pièces radiophoniques, pièces de théâtre, romans (De la part d’Hannah est son premier roman) et scenarii pour le cinéma.

Émotion, Drame, Psychologie

J’aurais aimé te dire

de Blandine Bergeret
Broché – 30 mars 2022
Éditions : Les Editions de l’ArtBouquine

Dijon. Sophie, dix-huit ans, voit sa vie brusquement bouleversée. Vingt ans plus tard, la maladie fait son apparition. L’occasion pour Sophie d’écrire à son fils, Martin, et de lui narrer leur vie. À deux, et à trois avec la voix de Madeleine, leur voisine et grand-mère de substitution, la mémoire des années après-guerre, qui vient s’intercaler dans les lettres de Sophie. Des anecdotes, des questionnements, des joies, des désillusions. Deux femmes, deux générations, deux écoles de vie, Martin au centre et un drame qui s’immisce au présent.

 

 

C’est avec beaucoup d’émotion que je termine le second roman de Blandine Bergeret.
Ohhh… Cette dernière lettre…
D’ailleurs, c’est tout le livre qui m’a mis dans un drôle d’état. Mais cette dernière lettre.

Par où commencer ?

Tout d’abord, en fin de lecture, je me pose plusieurs questions.

  • Mais où Blandine a-t-elle puisé autant de tristesse ?
  • Comment a-t-elle eu cette idée de roman, et d’où est venue cette construction si particulière, si rythmée ?
  • A-t-elle vécue, elle-même ou des proches, cette situation si pesante ?
  • Et comment se remet-on d’une telle expérience ?

On sent que chaque mot, chaque phrase, chaque idée est longuement pesée… étudiée avec beaucoup de finesse avant de nous être “offerte”.
J’ai pris ce récit comme ça. Comme un cadeau que Blandine me faisait. Un cadeau longuement réfléchi évidemment, qui nous montre une voie qui nous fait peur, que l’on ne veut surtout pas voir, une vie que l’on ne souhaite à personne.

“J’aurais aimé te dire” est un roman choral qui se décline à trois voix.
– La première, des lettres que Sophie écrit à son fils Martin. Elle commencera en 2010, et pendant un an, fera défiler plus de vingt ans de leur vie.
– La seconde, un journal tenu par Madeleine une voisine, devenue “la” grand-mère de substitution de Martin. Elle décrit sa vie, ses envies, ses enfants, ses chagrins.
– Et enfin la troisième. Une succession froide, rigide et scientifique, de dates, de rendez-vous, de résultats d’examens médicaux… Mais qui est donc la personne concernée ?

C’est ainsi que toute leur vie va se dérouler en alternance sous nos yeux.
Sous mes yeux, qui ont eu du mal à y croire, qui auraient tellement voulus que les choses se déroulent autrement, que ces drames n’ai jamais eu lieu.
Sophie. Très tôt orpheline, suite un accident de la route où ses parents se tuent, éternelle maman qui se découvre, qui tâtonne, qui apprend, ne renonce jamais et mène un combat quotidien pour protéger Martin, né de père inconnu.
Madeleine. Elle, vient d’un autre temps, d’une autre époque. Ses parents ont vécu la guerre. Dans sa fratrie de neuf frères et sœurs, ils n’ont pas eu le temps de se poser trop de questions. Il fallait avancer, travailler, nourrir, élever, punir quand ils ne marchaient pas droit. C’est cette éducation aux idées bien arrêtées qu’elle transmet à Martin. Pas facile tous les jours, mais pas méchante non plus. Elle soutient Sophie, et ce, sans jamais rien demander en retour.
Les ressentis de Martin m’ont manqué. J’aurais aimé savoir ce qu’il avait en tête, qu’elles étaient ses envies au fur et à mesure de son évolution, de son éducation…
Deux femmes, trois générations, trois destins qui s’entremêlent sur un peu plus de deux cent cinquante pages, mêlant présent et passé, trois destins qui ne demandent qu’à vivre…

Un livre bouleversant à tous niveaux. Un style concis et précis qui ne supporte pas l’a peu prêt. Je n’ai pu qu’admirer le courage, la pudeur de Sophie, personnage central de tous ces destins croisés. L’amour d’une mère n’aura jamais aucune limite…

Tout simplement, merci Blandine pour tes mots…

À lire absolument !

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Extraits :

« 1er janvier 2010
Maux de tête
Migraine
Céphalées
Quel que soit le terme, la douleur est là
Omniprésente
Elle frappe tel un tambour
Sur le front
Les tempes
Les yeux pétris de douleur ne forment plus qu’un interstice plissé pour empêcher la lumière d’entrer »

« Sans être naïve, à aucun moment, je n’avais songé à cette éventualité. Mon cerveau était sans doute submergé pour que l’idée n’affleure à sa surface. Pendant un an, sans précaution aucune, j’ai couché avec pléthore de type. Des jeunes, des moche, des vieux, des gars traînant dans la rue, des dépressifs, des basanés. Peu importait le style, l’accoutrement, la propreté. Je voulais du sexe masculin. Je me servais dans la rue. Les hommes n’étaient pas farouches. Je ne l’étais pas non plus. Je me suis vautré dans l’alcool et le sexe. »

« J’aimais m’observer nue dans le miroir du couloir. Mes formes s’arrondissaient. La peau tendue, l’abdomen proéminent, Madeleine m’avait prédit une fille Régulièrement, elle m’offrait des vêtements qu’elle tricotait pour ta naissance. Bonnet. Chaussons. Barboteuses. Brassières. Dans des tons de rose et mauve. Elle me tenait compagnie. Me racontait son enfance, sa jeunesse, post-seconde guerre mondiale. »

« Tu es né dans la douleur. Des pleurs plaintifs, tels des miaulements, ont pris la relève de mon ultime hurlement. Animal. Viscéral. Guttural. Pas de péridurale. Le col n’était pas assez ouvert, je n’ai pas pu en bénéficier. »

« Les changements sont apparus insidieusement pour, à la cinquantaine, s’installer de façon permanente. J’ai pris du poids, des bouées accrochées à mes hanches avec une silhouette digne d’une bouteille d’Orangina. J’avais alors constaté mon invisibilité aux yeux des hommes, moi qui les avais toujours fait se retourner sur mon passage. Je m’étais empâtée, la peau de mon visage s’était relâchée, mes paupières affaissées. Je me souviens de mon moral en Berne, de mes sautes d’humeur que personne ne comprenait à la maison. J’étais irritée, mon impatience exacerbée, tout m’agaçait, en particulier les enfants, alors adolescents, qui se fichaient bien de moi, de mes hormones et de ma chute inexorable. »

 

 

Formatrice pour de grandes entreprises, Blandine Bergeret consacre maintenant son temps à l’écriture. “J’aurais aimé te dire” est son second roman après le succès de “Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux”.

Lectrice à mes heures perdues et auteure de 2 romans aux éditions de l’ArtBouquine. “Elle voudrait des étoiles, des étincelles et des papillons verts dans ses cheveux” qui a obtenu le 1er prix lors d’un appel à manuscrits (nov. 2020) et mon tout dernier, “J’aurais aimé te dire” (avril 2022).

Je rêve d’écrire depuis petite, j’ai toujours eu cette passion. Au commencement, ce fut “le secret des 12 princesses”, puis je me suis mis à écrire des nouvelles il y a une douzaine d’années avec des parutions dans des revues spécialisées. Après avoir mis en place le journal “Supply Planet” lorsque j’étais responsable logistique chez Pepsico, j’ai continué l’écriture journalistique en créant mon site internet. Repérée par deux magazines dans le domaine, j’ai collaboré à de nombreux articles et dossiers durant deux ans. J’ai enfin décidé d’accorder ma plume à l’écriture personnelle en me lançant dans un roman. Puis deux. Et le troisième est en cours.

Quand j’écris, je suis ailleurs. J’enfile les chaussures de mes personnages. Je plonge en eux. Je suis dans une bulle. Légère et insouciante.

Émotion, Drame

La vie rêvée des chaussettes orphelines

de Marie Vareille
Poche – 20 octobre 2020
Éditions : Charleston

 

En apparence, Alice va très bien (ou presque). En réalité, elle ne dort plus sans somnifères, souffre de troubles obsessionnels compulsifs et collectionne les crises d’angoisse à l’idée que le drame qu’elle a si profondément enfoui quelques années plus tôt refasse surface.

Américaine fraîchement débarquée à Paris, elle n’a qu’un objectif : repartir à zéro et se reconstruire. Elle accepte alors de travailler dans une start-up dirigée par un jeune PDG fantasque dont le projet se révèle pour le moins… étonnant : il veut réunir les chaussettes dépareillées de par le monde.

La jeune femme ne s’en doute pas encore, mais les rencontres qu’elle va faire dans cette ville inconnue vont bouleverser sa vie. Devenue experte dans l’art de mettre des barrières entre elle et les autres, jusqu’à quand Alice arrivera-t-elle à dissimuler la vérité sur son passé ?

« Avec un talent incroyable, Marie Vareille manie un style plein d’humour et de sincérité. Un roman puissant, moderne et extrêmement bien écrit. »
France Net Infos

 

 

J’ai lu et entendu beaucoup de choses sur Marie Vareille. Du bon, du moins bon, aussi et du mauvais parfois… J’ai tenu donc à me faire ma propre opinion.
On n’est jamais mieux servi que par soi-même !

Tout d’abord, l’écriture est plaisante, et j’avoue avoir accroché très vite à l’histoire. Alice, ce personnage “un peu” psycho-rigide, avec ses tics et ses tocs m’a bien plu, et m’a fait penser à quelqu’un. (n’insistez pas, je ne vous dirait pas qui !)
Je pensais “tomber” sur un feel good traditionnel, mais pas du tout, pour moi cela n’en est pas un !
La structure du récit est intelligente et poétique comme j’aime. On avance dans la lecture en suivant en parallèle deux trames de récits. D’abord, il y a le “Journal d’Alice” qui commence en 2011 et se déroule jusqu’en 2012, où Alice s’adresse directement à Bruce Willis !!! Si, si, je vous assure, c’est même parfois très drôle ! Puis le récit en lui-même, qui commence en 2018 pour s’achever en 2024 (si j’ai bien compté). Cette méthode d’écriture en toute simplicité, force à un rythme de lecture, dans lequel je suis tout de suite entré. Je me suis laissé porter ainsi par les mots de Marie pendant près des deux tiers du roman… Les allers-retours entre le journal intime et le vécu de la jeune femme en alternance, me captivaient de plus en plus.
Il y a aussi pas mal de suspense, et je me suis demandé où voulais en venir l’auteure. Mais j’étais encore loin de deviner ce qui allais m’arriver !

Bravo Marie pour ce “switch” incroyable !
Ou comment l’auteur a l’art et la manière de nous prendre complètement à contre-pied. Whaou !
C’est beau, c’est triste, c’est très touchant…
Oserais-je dire que je suis resté sans voix ?
En-tout-cas, j’ai versé une larme.

“La vie rêvée des chaussettes orphelines”, n’est pas un long fleuve tranquille.
Le récit transporte son lot de drames, de tristesse, de beauté, d’amitié et d’amour. C’est un récit de vie, un récit de foi en la vie. Ce ne sera pas un coup de cœur pour moi, mais il s’en est fallu de peu. L’histoire m’a remué.
Il y a de l’émotion, de la compassion, de l’intensité et bien sûr de l’amour.
Bref, c’est un récit qui a tout ce qu’il faut pour “vivre agréablement“ de mains en mains, encore pendant de longues années…
Très bon moment de lecture avec des personnages qui vont me manquer.
J’ai hâte d’en lire un autre…

PS. Marie a eu la belle idée de nous proposer sa “playlist” musicale. Elle a accompagné toute ma lecture, mais…
Et oui, il y a un MAIS…

J’ai cherché partout “SISTERS” de Scarlette S.R., et impossible de le trouver !!!
Bouhou…

“Marie, si tu lis ce message…
L’ambiance générale et la façon dont tu en parles m’ont donné l’impression que ce morceau existait vraiment.
Si c’est le cas, je suis preneur.
Si un autre titre qui t’a inspiré, je suis preneur aussi !
Quoi qu’il en soit, un grand merci pour toutes ces émotions…
À bientôt, snif…”

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Extraits :

« 10h04. Mon rendez-vous a quatre minutes de retard. 240 secondes de ma vie envolée, mortes, parties dans le néant du monde. Soixante minutes dans une heure. Soixante secondes dans une minute.
Je resserre ma queue-de-cheval pour la dixième fois. Je ne comprends pas. Pour arriver à l’heure, il suffit de partir à l’heure. Je ne vis pas, a priori, dans un espace-temps différent de celui des autres et pourtant, je suis manifestement la seule personne au monde à avoir compris ce grand mystère de la vie que la vaste majorité de l’humanité n’a pas encore réussi à percer :
Temps de trajet = temps de transport + temps de marche + marge de sécurité. »

« …il a planifié un rendez-vous.
À une heure précise.
À un endroit précis.
Si je refuse, je vais déranger son emploi du temps. Peut-être qu’en réorganisant sa journée, il va devoir modifier celui d’autres personnes et le bouleversement de l’ordre établi peut entraîner le chaos. Quelqu’un, un père de famille par exemple, pourrait sortir de chez lui plus tôt, pile au moment du passage d’un taxi, simplement parce que le rendez-vous a été décalé, il se serait fait renverser ou pire, son enfant dans la poussette…
Stop.
Arrête. »

« Tu sais à force de travailler avec mes petits vieux, j’ai appris deux choses essentielles. La première, c’est qu’on se prend la tête toute la journée pour des trucs dont on se souviendra même pas dans un an, alors à l’échelle de toute une vie, autant te dire que ça n’aura plus la moindre importance. Et la deuxième, c’est que vivre vieux, c’est une chance que tout le monde n’a pas, alors les choses qu’on veut vraiment faire dans sa vie, les projet qui nous tiennent à cœur, il ne faut pas attendre avant de les entreprendre parce qu’on sait jamais quand ça s’arrête. »

« La beauté n’est qu’une question de norme sociales dépendantes de ton époque, de ton milieu social et de tes origines géographiques, normes que la société te fait intérioriser dès ta naissance. Par ailleurs, toute apparence physique est éphémère. Choisir un partenaire sexuel pour sa beauté et par conséquent complètement con. »

« …tu es un artiste, et tous les artistes sont des losers jusqu’au jour où ils réussissent. Tu sais, dans les médias, on nous rabâche les histoires des gens qui réussissent en une nuit, le conte de fée des Temps modernes, c’est ça : réussir par hasards, sans mérite ni travail. C’est le pire des mensonges. Quel que soit le domaine, les gens qui réussissent du premier coup sont des exceptions. Et d’ailleurs, c’est pour ça qu’on parle d’eux parce que leur histoire tient du conte de fées. »

 

 

Marie Vareille est née en Bourgogne en 1985 et vit aux Pays-Bas avec son mari et ses deux filles. Son best-seller “La Vie rêvée des chaussettes orphelines”, traduit dans de nombreux pays, s’est vendu à plus de 100 000 exemplaires. Il a reçu le Prix des lectrices Charleston 2020 et le Prix des Petits mots des libraires 2021. Elle est également l’auteure, aux éditions Charleston, de “Je peux très bien me passer de toi” (Prix Confidentielles) et “Ainsi gèlent les bulles de savon”.

Elle a reçu de nombreux Prix en littérature jeunesse pour sa trilogie “Elia la Passeuse d’âmes” et son roman Young Adult “Le syndrome du spaghetti” a été récompensé du Prix Babelio en 2021.

Émotion, Drame, Thriller

Je pleurerai plus tard

de Mathieu Bertrand
Poche – 9 juillet 2020
Éditions : M + Éditions

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Au cœur d’une petite ville de province, Patrice Lorenzi mène une vie rangée entre des semaines en déplacements professionnels et des week-ends en famille. Le jour où son enfant disparait, ses certitudes sur la réelle valeur de l’existence s’envolent alors que sa vie de fonctionnaire modèle bascule dans l’horreur. Une parole donnée et l’étrange proposition d’un inconnu aux allures de mercenaire vont l’entrainer dans un cauchemar dicté par la haine et animé par la vengeance. Le compte à rebours de son destin, désormais réglé sur huit semaines, ne lui laissera que le répit nécessaire à un seul et unique objectif : devenir un assassin.

 

Couv_047_Bertrand Mathieu - Je pleurerai plus tard

 

J’ai découvert récemment Mathieu Bertrand avec ses thrillers ésotériques. Dans ses romans, le rapport à la mort m’avait beaucoup intéressé, et j’y avais trouvé de nombreux points communs avec mes propres ressentis. Après avoir lu ses trois romans “historiques”, j’ai appris qu’il avait aussi écrit un Polar. Je n’ai pas pu résister, je voulais connaître “son regard” sur cette nouvelle thématique… Dès son premier “essai”, il place la barre très haute !

Attention, pas de courses-poursuites, pas d’enquêtes non plus à proprement dit, quoique… Non, Mathieu s’intéresse ici aux divers ressentis de ceux qui restent lorsqu’il y a un meurtre au sein d’une famille. Très très psychologique, philosophique aussi, on se retrouve très souvent dans “la tête” du héros… Et toujours la mort qui plane…
C’est bien fait, c’est dur et émotionnellement très fort.
J’ai compati, j’ai compris… Mais qu’aurais-je fait à sa place ?

Quelle est la plus terrible épreuve que peuvent vivre des parents ?

C’est l’horreur qui dès lors s’empare de toute une famille, chacun la vivant à sa façon.
Patrice Lorenzi, fonctionnaire dans une prison, n’a plus qu’une seule idée en tête. LA VENGEANCE.
Mais comment faire ? Comment passer au-delà du sentiment d’injustice que ressent toute la famille ? Patrice, lui, ne dort plus, il ne mange plus, il voit sous ses yeux sa femme qui s’éteint petit à petit. Il lui fait une promesse. Peu lui importera les conséquences de celle-ci, ils seront désormais liés à jamais.
Ce roman est un focus sur l’âme d’un homme qui a perdu toutes ses raisons de vivre. Il y a beaucoup d’émotions, de peine, mais jamais de haine, ce qui aurait pu et du être normal. Je n’ai pas pu, ne pas me mettre sa place.

Mathieu nous tire, Mathieu nous emporte dans un tourbillon qu’il a mûrement réfléchi. Il est fort, très fort… et ce jusqu’au “chemin menant à l’enfer…”

Un excellent thriller, qui avec une vraie richesse d’écriture, ne trahit pas ses lecteurs !
Je conseille vivement ce récit…

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Extraits :

« Beaucoup de personnes ont sûrement peur quand ils savent que leur fin est imminente. Ce n’était pas mon cas. Habité d’une certaine quiétude, je me sentais calme. Et pour cause : mon âme allait rejoindre celles de mes proches dans l’au-delà. À moins qu’ils ne soient au Paradis et que je m’en aille en Enfer ? Allez savoir ce qui se passe réellement quand on meurt… personne n’est jamais revenu pour le raconter ! »

« Dans des situations comme celle-ci, l’homme est étrange. Ses réactions et ses décisions sont souvent peu cohérentes. Ainsi, je décidai de me rendre au milieu du jardin d’un pas lent. Après m’être arrêté, les jambes écartées, les bras tendus le long du corps, je serrais mes poings jusqu’à sentir mes ongles pénétrer dans mes chairs. Défiant la Voie lactée de mon regard le plus provocant, le plus haineux, je me mis à crier de toutes mes forces. Mes hurlements de rage durèrent plusieurs minutes jusqu’à ce que ma gorge ne puisse plus sortir le moindre son. La situation semblait avoir réveillé quelqu’un au fond de moi. Un personnage dans l’ombre qui ne cherchait qu’à se manifester, une bête noire tapie dans les profondeurs de mon âme qui ne demandait qu’à sortir. »

« Je n’avais pas réalisé jusque-là combien mon comportement semblait détaché de la réalité. Comme si cette disparition ne me touchait pas. Hormis les deux crises de larmes dans le jardin puis en forêt, je prenais toute cette affaire, aussi dramatique soit-elle, avec un recul étrange, presque indécent. J’aimais pourtant mon fils de tout mon cœur. La plupart des pères seraient en train de courir partout en hurlant, en pleurant, voire même en priant. Pourquoi pas moi ? »

« Cet échange m’avait permis de comprendre combien l’amour d’une personne pour une autre pouvait se transformer en l’impossibilité de vivre l’une sans l’autre, quitte à se laisser mourir pour la rejoindre au paradis, en enfer, ou Dieu sait où… »

« Les deux décès dans ma petite famille m’avaient changé en plaie béante. Cette promesse, à laquelle je venais de m’engager, allait me transformer en bête et me mènerait probablement à ma perte. Ce qui me semblait une fin acceptable, voire même souhaitable. »

 

Mathieu Bertrand est né en 1969 en région parisienne et a passé son enfance en Corse. Ancien élève des Instituts Régionaux d’Administration, il est cadre de la fonction publique. Diplômé de l’Université d’Avignon, il habite en Champagne et est passionné par l’histoire des religions et de façon plus générale, par tout ce qui touche à l’ésotérisme. Son envie d’écrire s’est concrétisée en découvrant les lieux historiques et les légendes d’Aquitaine.
En 2016, il publie son premier roman intitulé “Les émeraudes de Satan”. Son second roman “Je pleurerai plus tard” est un thriller reposant sur la vengeance d’un père meurtri par le destin. Il habite dans la région de Toulouse à Agen.

S’appuyant sur sa passion pour l’ésotérisme et pour certains romanciers tels qu’Éric GIACOMETTI, Jacques RAVENNES, Dan BROWN ou encore Umberto ECO, il écrira deux thrillers “ésotériques” supplémentaires. Actuellement il est en écriture de son cinquième roman qui devrait sortir à l’été 2022.

Adolescence, Émotion, Drame, Histoire vraie, Témoignage

Et si je demandais à la mer ?*

Lever de brouillard
de Milaï S.
Broché – 17 décembre 2021
Éditions : Independently published

« — Ne lui dis pas, fais comme si tu ne le savais pas, ton père ne voulait pas que je te le dise avant tes 16 ans.
Désemparée par ces annonces brutales, je partis dans ma chambre avec LA réponse qui me bouleversait tant. […] Les questions se bousculaient en même temps que les émotions de tristesse et de colère m’envahissaient. »

Les parents sont des repères, des rocs sur lesquels s’appuyer, dit-on. Enfants, on y croit dur comme fer. Mais parfois le roc s’effrite et finit par tomber en poussière.
« Le choc ! Comment ça, Lisa le savait ? Comment ça tout le monde le savait ? »
Lever de brouillard est le premier opus d’une trilogie où se mêlent aventures, rebondissements et vérités cachées. Milaï S. nous livre une partie de sa vie avec émotion, humour et poésie dans un récit de vie aux allures de roman.

Milaï S. a voulu apporter une touche originale dans l’écriture, qui a également été un petit challenge, je vous laisse le découvrir mais surtout arriverez-vous à trouver de quoi s’agit-il avant la fin ?

 

 

“Et si je demandais à la mer ?”, est un roman très touchant qui raconte une enfance qui aurait due être banale, mais ce ne fut malheureusement pas le cas…
Le parcours difficile et semé d’embûches, d’une jeune fille en quête de ses racines… Ce récit fait de nouveau un écho à ma propre histoire. Celle d’un enfant qui malgré ses efforts n’a jamais vu que la main levée de son père. Jamais une main tendue, non. Jamais une oreille à l’écoute. Il fallait obéir, écouter, surtout se taire, sinon… !

Milaï nous raconte sa vie, bouleversante, sensible et très vivante à la fois… Elle se confie, évoque son histoire… Ses secrets de famille, les non-dits. C’est une véritable immersion dans son enfance, au sein de toutes ses interrogations et dans toutes les souffrances physiques et psychologiques qu’elle a subit. J’ai eu envie de la prendre plusieurs fois dans mes bras…
Mais c’est aussi une histoire pleine de douceur, sans haine, par moment même avec un ton de poétique.

“Et si je demandais à la mer ?”, est pour moi, un “Lever de brouillard”. Celui d’une femme libre, assumée, en paix avec elle-même qui regarde son passé… avec une certaine bienveillance, malgré tous les bouleversements qu’elle a vécus ! Nos parents, ne sont-ils pas censés être des repères pour pouvoir nous construire ? Que se passe-t-il quand le père est soit indifférent, soit violent et que la mère n’ose pas “affronter” son conjoint ? L’enfant sera forcément perdu et ne devra sa construction qu’à ses propres expériences, quelles qu’elles soient. Ou alors… espérer peut-être… une aide extérieure… venant d’ami(e)s, d’oncles, de tantes, de cousin(e)s ou des grands-parents…
Pour Milaï, c’est le grand-père qui petit à petit deviendra sa boussole, qui sera son grand-re-père, son roc…

“Lever de brouillard” est le premier tome d’une trilogie, captivant, avec des mots justes, qui prêtent à la réflexion. J’attends maintenant la suite avec impatience.
J’avoue avoir été très vite pris par le sujet, et l’ai lu d’une traite, ne pouvant pas m’arrêter.
C’est un livre qui a du être nécessaire à Milaï ! Un livre qui dès lors, mérite qu’on en parle, qui mérite de voyager de mains en mains… Le mien, a déjà commencé son voyage…

Juste et touchant, “Et si je demandais à la mer ?”, ne peut laisser, ne doit laisser personne indifférent !

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Extraits :

« Il y a une quinzaine d’années, des personnes de mon entourage me suggérèrent d’écrire un livre, au vu de cette aventure qu’était ma vie, où se mêlent vérités cachées et épisodes incongrus. Cette idée me paraissait inconcevable pour plusieurs raisons et l’est d’ailleurs toujours à l’heure où je commence ces premières lignes. »

« Mon excitation était à son comble, je sautais de la voiture et respirais à pleins poumons cet air pur qu’offrait cette campagne côte-d’orienne. Mon attention allait immédiatement à l’enclos des chiens, ils m’accueillaient en montant sur le petit muret en pierre et se collaient au grillage qui donnait sur la route. Parallèlement, j’avais besoin de savoir s’il y avait d’autres personnes en visite chez mes grands-parents, mon indice : les voitures garées le long de la route autre que la 2 CV orange de mon grand-père. Avant de pénétrer dans la cour, il était important que je sache ce qu’il en était, d’où cette petite enquête visuelle indispensable que j’effectuais tel un rituel d’entrée. »

« Cet endroit m’a permis de vivre une vie d’enfant, d’explorer la nature et les joies de la campagne. Il y avait un espace pour les animaux, un pour les humains, hors de question de déroger à cette règle, comme beaucoup d’autres. Elles étaient nombreuses et devaient être respectées à la lettre, mais en étaient exclus les violences physiques, les cris, les hurlements et les insultes. »

« Il était simple, loin de la société de consommation, il avait besoin de peu pour vivre et être actif et heureux. Alors que j’étais adolescente un jour, il me dit : “l’argent ça ne sert à rien…”, J’avais été surprise par ce discours, je compris par la suite qu’il était connecté à l’essentiel. »

 

Émotion, Histoire vraie, Roman de terroir

Les Liaisons périlleuses

de Frédérique-Sophie Braize
Broché – 17 février 2022
Éditions : Presse de Cité

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1838. Tout sépare Quitterie d’Arcy, comtesse française établie à Genève, de Pernette Croz, fille d’auberge à Chamonix. Pendant que l’aristocrate s’étourdit dans les bals pour se soustraire au temps qui passe, la servante porte sur ses épaules des secrets plus lourds que des montagnes. Or leur sort est lié par des nœuds serrés.
Quand elles se rencontrent à la Mer de Glace débute entre elles un jeu intriguant avec de vigoureux guides dont la réputation n’est plus à faire.
Quitterie nourrit un projet fou : être la première femme alpiniste. Malgré les railleries, les obstacles, cette pionnière veut gravir le Mont-Blanc avec le soutien du séduisant Gabin, le seul guide à croire en elle.

Des Alpes sauvages aux salons du Paris romantique, ce roman tout en sensualité – fondé sur des faits réels – raconte une histoire de passions, celles qui submergent une vie pour la transformer à jamais.

 

Couv_044_Braize Frédérique Sophie - Les liaisons Périlleuses

 

Avez-vous déjà lu des romans qui demandent naturellement un rythme de lecture diffèrent ?
Qui nécessitent de se “poser” pour pouvoir les apprécier à leur juste valeur, qui dès les premières lignes vous font déjà ressentir que vous allez passer un excellent moment, qui vous font oublier le temps, et vous englobent dans un cocon de bien-être ?
“Les Liaisons périlleuses”, en fait partie !

Après avoir lu, « Sœurs de lait », « Lily sans logis », « Une montagne de femmes » et « Un voyage nommé désir », j’avais hâte, vous l’aurez compris, de lire le dernier roman de Frédérique-Sophie Braize, et comme à chaque fois, j’ai savouré l’instant que je vivais !
Frédérique-Sophie fait fi des modes et des tendances, les seules tendances qui lui siéent, ce sont les siennes, et ce, pour mon plus grand plaisir… Avec elle, c’est une remontée dans le temps, son écriture, ses dialogues me mènent vers une autre époque…

“Les Liaisons périlleuses” est un roman librement inspiré de faits réels.
Celui d’Henriette d’Angeville, dite “la fiancée du Mont-Blanc” et de Marie Paradis, dite “La Paradisa”, qui toutes deux, furent considérées comme les premières femmes qui foulèrent le somment Mont-Blanc ! C’est donc, l’histoire de la conquête du Mont-Blanc par deux pionnières injustement méconnues que j’ai ainsi découvert.

1794.
Naissance de Quitterie d’Arcy, dans une famille noble. Son père l’élève avec ses trois frères au décès de leur mère. Elle n’a jamais été une jeune fille comme les autres, elle aime le sport, la montagne. Elle a un sacré caractère, mais aussi un bon fond.

1778.
Naissance de Pernette Croz. Elle vient d’une famille pauvre et nombreuse. À onze ans, elle stoppe l’école pour travailler dans une auberge de Chamonix. Très vite, elle sera embauchée dans un grand hôtel. Elle donne sa paye à sa famille.

1838.
Quel est le destin qui lie ces deux femmes qui ne se sont jamais vues, et qui se rencontrent pour la première fois à Chamonix ?
Quitterie d’Arcy, devenue comtesse, n’a qu’un seul désir, être la première femme alpiniste à gravir le Mont-Blanc. Aucune femme, à sa connaissance, n’a relevé ce défi. Elle a déjà choisi son guide, Gabin, bel homme qui lui fait un certain effet, qui l’avait déjà accompagné lors d’un autre parcours montagneux. Petit à petit, une attirance mutuelle va se révéler lors de ses entraînements…

C’est un vrai bijou de lecture. Tout est beau… Les personnages sont attachants, il y a beaucoup de sensualité. J’ai, énormément, aimé la construction du récit. Chaque chapitre commence par deux extraits développant au fur et à mesure, la vie de nos deux héroïnes au fil des années qui passent…

Frédérique-Sophie a fait un travail de recherche incroyable… Elle arrive en partant d’un fait réel, à construire une histoire prenante et tellement vivante ! Mais c’est aussi un roman qui relate de la condition des femmes, et autres aspects sociaux du 19e siècle. Un très bel hommage à ces femmes restées trop longtemps sous silence !

Je l’ai dévoré, et n’ai aucun doute du succès qu’il aura…
Nouveau coup de cœur, pour ce roman qui encense l’amour, les passions et la Vie !

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Extraits :

« Quitterie étudiait l’anatomie de l’homme cheminant devant elle. Malgré l’interdit, elle caressait du regard l’ondulation de ses monts fessiers. Elle arriva à destination après neuf heures de marche. Le Jardin de Talèfre la récompensa de ses peines. Chose inouïe sur un glacier, un gazon en pleine floraison se trouvait comme une île verdoyante dans un océan blanc. Gentianes, orchidées et renoncules coloraient ce sanctuaire naturel aux limites de la vie. »

« Quitterie passe son deuxième Noël au couvent lorsque apparaît sa maladie mensuelle. À treize ans, la voilà éjectée de l’enfance, mais pas encore insérable dans la société par le mariage. Son père compte sur son union pour accroître le patrimoine familial et se rembourser de ce qu’elle lui a coûté – et Dieu sait qu’il a cher payé !
En attendant qu’elle soit nubile, une nonne lui apprend l’essentiel. La femme est un ornement qui se doit de charmer son entourage par son élégance et sa discrétion. Regarder un homme entre la ceinture et le genou est interdit. La petite comtesse reçoit également la nécessaire préparation au mariage. On lui enseigne les réalités qui la guettent dès sa nuit de noces, surtout si son époux est trop brusque. La procréation sera sa principale préoccupation. Elle n’aura aucun droit sur ses enfants. Son mari pourra la répudier et la laisser démunie, si bon lui semble. »

« Elle bâilla de fatigue, mais il y avait cette effervescence en elle qui la privait de sommeil. Cette fébrilité de la femme qui devient amoureuse.
Mais de quoi ? De qui ?
Du mont-blanc ? De Gabin ? Des deux ?
Du sommet, elle aimait la démesure. De l’homme, elle aimait le pas sûr du montagnard qui connaît chaque pierre du chemin. »

« – Il paraît que la voûte de glace cache un trésor visible seulement deux fois l’an. À la Noël et à la Saint-Jean, à l’heure de la messe. Ce serait l’eau du torrent qui arracherait des paillettes en passant sur les quilles d’or avec lesquelles les fées jouent dans la grotte le reste du temps.
– Voilà qui ressemble fort à une légende !
– Probablement, mais ça me fait bien rêver.
– Il faut dire que c’est une belle histoire, reconnut Quitterie.
– C’est la raison pour laquelle les gens aiment autant les livres. Ils leur racontent de belles histoires. Et peut leur importe de savoir si elles sont vraies, du moment qu’elles leur permettent de s’évader. »

 

 

Frédérique-Sophie Braize romancière, nouvelliste, chroniqueuse de presse écrite, née à Évian.

Fille unique d’un alpiniste – réalisateur des Colonnes de Buren à Paris – elle vit dix ans chez ses grands-parents, des paysans de montagne. Elle fait ses études au Pays de Galles d’où elle revient diplômée en Business et Finances du Polytechnic of Wales. Elle travaille dans la sécurité privée et industrielle avant de se lancer dans l’écriture. Elle partage sa vie entre la Haute-Savoie et Paris avec Mouton, son chien de berger.

Prix Livre sans Frontières 2014. Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018 remis par Philippe Grimbert. Prix Patrimoine 2019. ‘Livre à deux places’ 2020 pour les 20 ans de ‘Lire et faire lire’ d’Alexandre Jardin. Lauréate des Trophées des Savoyards du monde 2021. Prix Machiavel du roman en langue française – remis à l’Assemblée Nationale le 26/11/21;

Ses livres sont toujours inspirés de faits réels tombés dans l’oubli : histoire vraie, fait de société, fait historique…

Sœurs de lait (éd. De Borée 2018) Grand Prix littéraire de l’Académie de Pharmacie 2018. Prix Patrimoine 2018. Format poche (Coll. Terre de Poche, éd. De Borée 2019)
https://leressentidejeanpaul.com/2019/11/01/soeurs-de-lait/

Lily sans logis (éd. De Borée – 2019) Adapté en ‘Livre à deux places’ pour ‘Lire et faire lire’ d’Alexandre Jardin en 2020.
https://leressentidejeanpaul.com/2020/05/23/lily-sans-logis/

Une montagne de femmes (éd. Les Passionnés de bouquins 2019) Prix Welter. Prix Ecriture d’Azur
https://leressentidejeanpaul.com/2019/12/31/une-montagne-de-femmes/

Un voyage nommé désir (éd. Presses de la Cité 2021) Trophée des Savoyards du monde. Prix Machiavel 2021.
https://leressentidejeanpaul.com/2021/03/09/un-voyage-nomme-desir/

Les liaisons périlleuses (éd. Presses de la Cité 02/2022)

Émotion, Drame, Noir, Suspense, Thriller

Requiem des ombres

de David Ruiz Martin
Poche – 12 mai 2022
Éditions : Taurnada

Hanté depuis l’enfance par la disparition de son frère, Donovan Lorrence, auteur à succès, revient sur les lieux du drame pour trouver des réponses et apaiser son âme. Aidé par une femme aux dons étranges, il tentera de ressusciter ses souvenirs. Mais déterrer le passé présente bien des dangers, car certaines blessures devraient parfois rester closes… au risque de vous entraîner dans l’abîme, là où le remords et la honte règnent en maîtres. Où le destin semble se jouer de vous. Et cette question, qui bousculera sa quête de vérité : peut-on aller à l’encontre de ce qui est déjà écrit ?

 

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C’est le second de David Ruiz Martin que je lis, et bêtement, je m’attendais à une lecture un peu identique. Huis clos psychologique à l’écriture directe et puissante comme dans son roman “Seule La haine”.
Et bien non !
Dans ce roman, la sensibilité et les émotions sont omniprésentes, malgré le fait que ce soit un « VRAI” thriller, sombre sur un fond de vengeance et teinté d’ésotérisme, obtenant ainsi plusieurs degrés de lectures.

Automne 1973.
Un brouillard très épais, rendant toute visibilité impossible dès quelques mètres, est resté suspendu au-dessus de Neuchâtel pendant près de neuf semaines…
C’est un soir de novembre, que Donovan Lorrence a été retrouvé blessé dans les bois et que son jeune frère Virgile, a disparu. Malgré les efforts déployés par la police, il n’a jamais été retrouvé…
Donovan reste persuadé que son frère a été enlevé, ou mieux, qu’il a fugué pour échaper à leur père violent, qui les maltraitait au quotidien, mais les années passent… et il n’a toujours aucune nouvelle de Virgile.

Après avoir vécu plusieurs années à Paris, la cinquantaine passée, Donovan décide de retourner en Suisse afin de régler la succession de son père récemment décédé. Entre temps, il est devenu un auteur “Banquable” qui profite d’une certaine notoriété, mais dernièrement en panne d’inspiration.

À son arrivée, il croise dans un bar, un ancien policier qui à l’époque s’était occupé de la disparition de son frère. Après une discussion un peu tendue, Donovan “plante” l’ex-flic en colère. Il refuse tous les arguments donnés par celui-ci sur la disparition de Virgile. Il décide d’aller dans sa maison familiale en espérant trouver une trace quelconque qui l’aiderait dans ses recherches…
Mais, en arrivant, la maison est en feu ! Malgré les efforts des pompiers, le feu détruit tout, et ne sera circonscrit qu’au bout de plusieurs heures. Donovan décide d’enquêter pour essayer de comprendre ce qui a bien pu arriver…
Dès lors, les menaces à son encontre commencent…

Et puis, il y a sa rencontre avec Iris, une jeune fille à l’air perdu, perturbée peut-être, qui va changer radicalement l’axe à ses recherches.
Mais qui est donc Iris ?
Amie, ennemie ?
Dans tous cas, la mort rode autour d’elle au quotidien…

Un très bon thriller ésotérique, plein de surprises et de rebondissements, le héros n’est pas vraiment sympathique, mais qu’importe, il veut la vérité et c’est bien compréhensible. L’intervention d’Iris est très originale et donne au fil rouge du récit une autre vision. David maîtrise parfaitement son sujet !

Je ne serai pas surpris qu’on entende parler de David Ruiz Martin de plus en plus régulièrement… “Requiem des ombres”, un roman que je vous conseille vivement !

Merci aux éditions Taurnada pour ce beau cadeau.

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Extraits :

« La brume est dense, poisseuse. Si palpable que je parviens à la sentir du bout de mes doigts engourdis. Elle m’enveloppe de ses bras monstrueux. M’empêche tout mouvement. Me garrotte et me rend aveugle. Un mur de vapeur froide me maintient hors du temps. Masse imperceptible où il est vain de me débattre. J’éprouve de la peur. Ainsi que cette folie contagieuse, en embuscade. Elle se faufile comme une mélodie exaspérante qu’il faut donne encore et encore. »

« Je me mis à revivre les jours précédant le drame. L’année de la grande brume, période cauchemardesque qui avait duré près de neuf semaines et que tous avaient fini par nommer ainsi. Dans toute la région, autour du lac dans ses hauteurs, un brouillard épais était apparu un matin. J’avais cru au départ à un événement naturel ; il était banal, durant les dernières semaines d’automne, d’observer une brume matinale se former lorsque l’air froid était emprisonné par de l’air chaud. Mais ce brouillard-là semblait différent des précédents ; habituellement cantonnée au pied des montagnes, elle s’était invitée jusqu’au sommet de Chaumont, après mille deux cents mètres d’altitude, avait recouvert toute la région est fait de nous ses prisonniers. Elle était épaisse, poisseuse et semblait l’œuvre du diable. »

« Iris ôta manteau et chapeau, les suspendit à une branche et demeura sans bouger quelques secondes. Elle était habillée comme la veille : longue robe blanche et étincelante, ondulant sur son corps et dissimulant ses pieds. Ses cheveux étaient parfaitement lissés. Iris s’écarta et s’approcha du bord du lac, face à moi, les mains toujours dissimulées dans des gants blancs. Elle semblait observer quelque chose au fond de l’eau. Le ciel gris sombre se reflétait dans le lac, tandis que son corps, d’un blanc éblouissant, contrastait au milieu de ces eaux limpide, ses ombres tranquilles qui ne semblaient nullement l’impressionner. »

« La période qui a suivi “l’absence” de Virgile reste un moment étrange. Je vivais avec le sentiment d’être de trop, comme si disparaître avec lui était mon seul espoir de sortir du tunnel.
Et s’il était mort, je l’étais aussi. Car je ne vivais plus vraiment. Je ne ressentais plus aucune émotion, plus aucune sensation. Tel un zombie errant au milieu d’inconnus qui me parlaient et cherchaient à me tirer à eux… ces êtres étranges qui ne ressemblaient plus à rien. »

« Dieu ? Il n’existe pas ! fulminai-je. Ou au mieux, c’est un incapable ! Sinon, il ne laisserai jamais des enfants sauter sur des mines en Afrique ou d’autres se faire embarquer à travers le monde dans des trafics d’êtres humains ! Dieu, c’est une idée inscrite dans les chairs, une information involontairement transmise par le génome humain, comme un legs absurde et sans fondement basé uniquement sur l’espoir, l’ignorance et la solitude ! Vous me parlez de Dieu comme s’il s’était présenté à vous un bon matin ! Moi, il ne m’a jamais aidé ! Pas même regardé ! »

 

 

David Ruiz Martin est né le 01.12.1978 à Madrid, Espagne. C’est à l’âge de quatre ans qu’il part vivre en Suisse.

Issu du domaine de la construction, et menuisier de formation, il n’a suivi aucun parcours littéraire.

Autodidacte et touche-à-tout, ce passionné de cinéma et de littérature débute, vers vingt ans, son parcours d’auteur, dans l’ombre et à l’insu de tous, avec quelques nouvelles qu’il garde pour lui encore à ce jour. Puis, durant près de dix ans, seule sa femme est mise dans la confidence de sa passion. C’est à l’âge de trente-deux ans qu’il se lance dans l’écriture de son premier roman, « Le syndrome du morveux », thriller autoédité, qui surprend son entourage, suivi d’un second, « Que les murs nous gardent », roman d’épouvante, l’année suivante. Fort d’un accueil enthousiaste, il prend plus de deux ans afin de peaufiner un troisième, « Je suis un des leurs », une histoire le tenant particulièrement à cœur depuis de nombreuses années, prenant au dépourvu ses lecteurs tout en se dévoilant davantage, en leur offrant un roman personnel et qui colle à ses racines.

Depuis le succès de son premier roman, David Ruiz Martin se laisse du temps afin de mettre sur papier les histoires qui germent dans son esprit.

Adolescence, Émotion, Histoire vraie, Témoignage

Le livre de Neige

de Olivier Liron
Broché – 10 février 2022
Éditions : Gallimard

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« J’ai voulu écrire ce livre comme un cadeau pour ma mère, Maria Nieves, dite Nieves, qui signifie neige en espagnol. Un livre pour elle, entre vérité et fiction. Un portrait romanesque par petites touches, comme des flocons. »

Neige a grandi sous la dictature franquiste, puis connu l’exil et la misère des bidonvilles de Saint-Denis. Humiliée, insoumise, elle s’est inventé en France un nouveau destin. Hommage espiègle d’Olivier Liron à sa mère, cette héroïne discrète qui lui a transmis l’amour de la vie et l’idée que les livres sont notre salut, Le livre de Neige raconte aussi, en creux, la naissance d’un écrivain.

 

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Quel hommage émouvant, que celui que nous offre Olivier Liron, dans ce roman, qui n’en est pas vraiment un…
L’auteur, nous raconte le déracinement de sa famille en 1939, qui a du quitté l’Espagne, le régime de Franco. L’histoire de sa maman… Sa vie, sa force et le courage qui l’a porté dans son quotidien dans un Saint-Denis en pleine effervescence, nous donnant la preuve que rien n’est acquis, que nous avons tous, qui que nous soyons, la possibilité de vivre la vie que nous voulons, et plus encore…

Mais, il nous raconte surtout, l’amour, les rencontres, l’école, les choix de vie et la nature aussi, avec beaucoup de poésie.

Dans la première partie du roman, de sa plume fine et délicate, Olivier m’a fait voyager dans le temps.
À cette époque, où, complètement perdu, je me suis retrouvé dans une classe où la plupart des élèves étaient des enfants “de l’immigration”. Portugais, espagnols, algériens, marocains ou africains, nous ne nous comprenions pas. Il a fallu se battre, souffrir, accepter, mais tenir, s’accrocher et ensuite parfois rêver… Seuls nos yeux et nos mains nous permettaient de nous comprendre, et de partager nos histoires avec les français, qui nous regardaient, eux, d’un peu trop haut. Pas mal de résonances donc, avec mon histoire et celle de ma famille. Des phrases qui m’ont émues aux larmes, qui m’ont touchées. Mes parents auraient dit “saudades !”
Nieves, quelques années avant moi, pas loin du lieu où j’habitais, a eu les mêmes ressentis, les mêmes envies que moi… Et tout comme elle, je ne regrette rien de mon vécu et des difficultés qui m’ont menés là où je suis aujourd’hui.
La seconde partie, va elle développer l’enfance d’Olivier, sa maman a grandit, elle s’est mariée et a vécu, une vie assez exceptionnelle, je dois le dire.
Le récit est très agréable, fluide, plein de délicatesse, très drôle aussi (les dialogues mi-français, mi-espagnol, comme le “parlé” de mes parents !), mélange d’émotions intenses… J’ai vraiment aimé me plonger dans la vie de Neige, bienveillante et pleine d’amour envers son fils, redécouvrir une autre Espagne, celle que craignaient mes grands-parents, celle que mes parents ont “osé” traverser à pied, bien plus tard…

Mais, presque plus que l’histoire, c’est surtout le style d’Olivier, sa façon très personnelle de nous raconter une partie de sa vie, qui m’a plu. Cette impression de redevenir un enfant à qui on conte une histoire, et quelle histoire… J’ai tout aimé !
Je suis certain qu’Olivier pourrait prendre n’importe support et le transformer en un texte magique, un texte émouvant où les mots ricocheraient les uns sur les autres, où les phrases attendraient bien alignées, et se mettant à trépigner dès leur lecture, un texte où les idées fuseraient en un éventail d’étoiles scintillantes !

Nouveau coup de cœur pour moi.
J’aime les romans généreux. Olivier va au-delà.
C’est un passeur de belles choses… Il m’a permis de vivre certains fragments de sa vie, et ce fut fort agréable…
Comment résister à un autre de ses ouvrages ?

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Extraits :

« Une nuit, alors que je commençais l’écriture de ce livre, j’ai vu ma mère en rêve.
Dans ce rêve, elle est à la fenêtre d’un train et elle sourit. La lumière est belle. Peut-être que, comme l’écrit Jean Giono, “le soleil n’est jamais si beau que les jours où l’on se met en route”. Nieves est en route pour un grand voyage. Pour une nouvelle vie. Elle regarde par la fenêtre, la lumière écrire son visage. Elle contemple le paysage et elle sourit.
Je sais que c’est un rêve. Un rêve, c’est une fiction qui dit la vérité. »

« Le sentiment dominant de Nieves à son arrivée en France, c’est la honte de ne pas parler le français. Sans accès à la parole, elle redevient une enfant. Du latin infans, “qui ne parle pas”. Ne pas parler, c’est être sans défense. Dans le rapport empêché à la parole se joue l’enfermement insidieux de la honte. Ici, Nieves à l’impression d’avoir moins de valeur que les autres. Elle sent qu’elle n’a pas sa place. »

« Pourquoi, en France, les jeunes générations n’ont pas davantage accès à l’histoire de l’immigration ? Pourquoi cette histoire commune, belle et nécessaire, n’est pas inscrite dans les programmes scolaires ? Pourquoi des phénomènes aussi massifs occupent-t-ils si peu de place dans la mémoire collective ? Quelle amnésie nous constitue ? »

« À ce propos, notre chienne Tina est morte. Elle était si malade et qu’elle ne mangeait plus les médicaments que je roulais dans le chorizo. Un jour, elle a fait un trou sous le grillage de la maison. Elle est partie mourir près du vieux lavoir. On a reçu un coup de fil des pompiers, qui l’ont retrouvée là-bas.
Elle est enterrée sous le tas de bois. Adieu Tina. Je n’aurai plus jamais la consolation de ton odeur de chien qui pue, quand on se roulait sous les bambous l’un contre l’autre. Plus jamais tu ne frétilleras de la queue à mon approche, puis jamais tes oreilles qui se dressent et remuent, plus jamais ta façon de tirer la langue avec un bruit de ventilateur à la puissance dix, plus jamais ta façon de boire de l’eau comme si tu n’avais pas bu depuis plusieurs générations de Tina, plus jamais ta façon de ramasser la vieille balle de tennis en mettant de la bave partout, plus jamais ton sourire d’ange égaré parmi les humains. Tu ne seras plus jamais là pour nous. La mort de Tina, c’est vraiment la fin de l’enfance. »

 

 

Olivier Liron, né en 1987 à Melun, est un écrivain, scénariste, acteur et personnage public français. Il obtient le Grand Prix des Blogueurs littéraires en 2018 avec son deuxième roman “Einstein, le sexe et moi”.

Il a une formation de pianiste en conservatoire. Après une hypokhâgne lettres et sciences sociales au lycée Jacques Amyot (Melun), puis une khâgne moderne au lycée Balzac (Paris), il est reçu au concours de l’École normale supérieure, option Lettres modernes. Il étudie ensuite l’espagnol et l’histoire de l’art à l’Université Complutense de Madrid puis est reçu à l’agrégation d’espagnol. Il enseigne la littérature à l’université Paris 3-Sorbonne Nouvelle de 2011 à 2014. En 2015, il se forme à la danse contemporaine à l’École du Jeu et à l’interprétation dramatique au cours Cochet. En 2017, il fait partie des auteurs sélectionnés à la Femis pour l’adaptation cinématographique de son roman Danse d’atomes d’or.

Il est l’auteur de romans, de nouvelles, de scénarios, de pièces de théâtre et de fictions sonores. Son premier roman en 2016, “Danse d’atomes d’or” (Alma éditeur), est sélectionné pour une dizaine de prix littéraires et reçoit un excellent accueil du public. Son deuxième roman, “Einstein, le sexe et moi” (Alma éditeur), sort à la rentrée littéraire 2018 et reçoit rapidement un très grand succès de librairies et critique. Il est lauréat du Grand Prix des Blogueurs littéraires 2018 et finaliste la même année du Prix Femina et du Grand prix des lectrices de Elle. Un véritable phénomène de société apparaît autour de l’écrivain.

Il a également écrit des nouvelles pour la revue Décapage et l’Opéra de Paris, ainsi que des fictions sonores pour le Centre Pompidou.

Ses deux romans, “Danse d’atomes d’or” et “Einstein, le sexe et moi” ont fait l’objet de multiples adaptations théâtrales et sont également en cours d’adaptation pour le cinéma.

Pour le théâtre, il écrit la pièce “La Vraie Vie d’Olivier Liron”, dans laquelle il interprète son propre rôle. La pièce est créée en 2016 puis se joue en tournée en France et en Belgique. Sa deuxième pièce “Neige” est créée par le collectif Lyncéus et la metteuse en scène Fanny Sintès en 2018.

Olivier Liron se fait aussi connaître sur les réseaux sociaux, notamment sur Instagram par ses lectures de poésie et ses compositions au piano.

Adolescence, Émotion, Humour

Je ne suis plus inquiet

de Scali Delpeyrat
Broché – 14 octobre 2020
Édition : Acte Sud

 

De l’histoire de ses grands-parents échappés aux rafles du Vel d’Hiv aux voix enregistrées dans le métro, en passant par un cadeau de Noël décevant, ou par les femmes qu’il n’a pas réussi à aimer, Scali Delpeyrat, dans ce récit à la première personne, drôle et tendre, se raconte en toute intimité. Et si tout cela n’était que l’histoire d’un père qu’on a aimé bien plus qu’on ne l’avait pensé ?

 

 

 

J’ai pris ce petit livre comme un “cadeau”, une pose, un moment de lecture qui, pour moi a ralenti le temps… Impossible de résumer cette compilation d’idées et de réflexions qui vous fera passer par tout type d’émotions.
C’est drôle, c’est barré, c’est touchant… C’est la vie quoi !

Brouillon ? Oh que non !
Certaines vous feront réfléchir, d’autres vous feront rire, et d’autres encore nous recentreront sur notre condition humaine, et oui, “On est bien peu de choses sur cette terre !” Qui ne s’est jamais posé ce genre de questions, qui n’a jamais vécu ces scènes dans son quotidien ?

Apparemment, il n’y a pas de lien entre les textes, mais très vite, vous trouverez ici et là, des réminiscences, des idées floutées qui s’affineront et finalement, vous aiguilleront vers de “vrais” liens entre certains d’entre eux.

“Je ne suis plus inquiet”, c’est ça !
Ce sont des tranches de la vie de Scali, ses grands-parents juifs, son père, son enfance, le Sud-ouest, des questionnements souvent, des réponses parfois, et toujours avec une légèreté truffée d’humour. C’est mélancolique et ça déborde d’amour.
C’est aussi un livre que je ne rangerai pas, un livre qui restera à portée de main. Un livre où je pourrai de temps en temps “re-piocher” certaines scénettes tout en souriant, en sachant que la réflexion ne sera jamais loin… Je repenserai aussi à Scali, à son sourire, sa bonne humeur, ses chansons…

Un livre, pour les doux rêveurs, les décalés jamais pressés, mais aussi pour les curieux inassouvis, qui comme moi se posent continuellement des questions…

Une belle découverte, qui mérite une transmission écrite et pourquoi pas orale !
Personnellement, je ne vivrai plus jamais les “transports publics” de la même façon…

Merci Scali.

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Extraits :

Amoureux.
« À l’âge de quatre ans, je suis tombé très amoureux d’une fille de ma classe à l’école maternelle. J’adorais la regarder dans la cour de récréations. Je pensais beaucoup à elle. Je rêvais d’elle chaque nuit. Le jour où j’ai appris que mon état s’appelait “être amoureux”, j’ai dit à ma mère “Maman, je suis amoureux d’une fille à l’école”. Ma mère m’a demandé son prénom et pour la première fois, j’ai dit à voix haute le prénom de celle dont j’étais amoureuse, “Malika !“. Je l’ai dit avec tout l’enthousiasme dont j’étais capable “Malika !”. Je croyais qu’entendre le prénom de cette petite fille déclencherait le même enthousiasme chez ma mère mais elle eut un fou rire nerveux, “Malika ? Et ben… C’est ton père qui va être content”. »

N’importe quoi.
« À table, devant le journal télévisé, mon père exprimait souvent ses opinions politiques. Il commençait par dire “moi si j’étais à la place de tous ces mecs au gouvernement”. En suite de quoi il dévoilait ses mesures pour sauver le pays de la faillite. Par exemple, “je forcerais les grévistes à travailler”. Ou bien, “je bloquerais les importations”. Ou bien encore, “je rendrais obligatoire le travail pour les chômeurs”. Ou bien aussi, “j’interdirais qu’on expose dans les musées des mecs comme Picasso”. »

Le vigile indifférent.
« Je voulais m’acheter un pull en cachemire dans un grand magasin dont l’entrée principale était gardée par un vigile. Je n’ai jamais été réfractaire à ce dispositif de sécurité, aussi quand le vigile m’a demandé d’ouvrir mon sac, je me suis exécuté avec la meilleure volonté du monde. Mais une fois mon sac grand ouvert le vigile n’a pas pris la peine de regarder à l’intérieur. Il m’a fait un vague signe de la main pour m’inviter à entrer dans le magasin. Au lieu d’obtempérer, je lui ai dit “Pardon, mais vous n’avez pas regardé dans mon sac”. Il m’a d’abord gentiment répondu “Oui, c’est bon monsieur, vous pouvez passer”. J’ai donc insisté, “À quoi ça sert de faire ouvrir les sacs si c’est pour ne pas regarder à l’intérieur ?”. Le vigile a commencé à s’impatienter, ”Allez ça va, vous entrez maintenant”. C’est probablement l’injonction impérative qui m’a fait perdre toute mesure. Je me suis entendu lui répondre “Certainement pas ! Je ne vais jamais entrer dans un magasin que vous, Monsieur, vous surveillez ! Faudrait être dingue ! Ça peut péter d’une minute à l’autre, là ! Moi, je me barre ! Je me barre”. Et je suis parti comme un fou, renonçant à mon pull en cachemire. Plus je m’éloignais du grand magasin plus je sentais monter en moi la culpabilité. Pourquoi avais-je été aussi agressif envers ce pauvre vigile ? »

 

 

Scali Delpeyrat est comédien, auteur et metteur en scène.
Il est un ancien élève du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris.
En parallèle de sa carrière d’acteur, il écrit et met en scène des spectacles et des performances de théâtre, ainsi que des récits.
Avec sa compagnie théâtrale Le bel établissement, il monte et adapte ses textes. Homme de théâtre, mais également de cinéma et de télévision, Scali Delpeyrat est de ces acteurs qui s’invite régulièrement sur nos écrans.
En 2016, il rejoint le casting de la série politique « Baron noir » diffusée sur Canal+. Il tient le rôle de Martin Borde, secrétaire général de la présidence de la République.

« Je ne suis plus inquiet » (2020) est son premier récit littéraire d’auto-fiction publié. Un récit sincère et intime sur sa propre histoire et celle de sa famille.