Émotion, Drame

Les Lendemains

de Mélissa Da Costa
Poche – 3 février 2021
Éditeur : Le Livre de Poche

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Réfugiée dans une maison isolée en Auvergne pour y vivre pleinement son chagrin, Amande ne pensait pas que l’on pouvait avoir si mal. Les jours se suivent et dehors le soleil brille, mais, recluse, elle refuse de le voir. Lorsqu’elle tombe par hasard sur les calendriers horticoles de l’ancienne propriétaire des lieux, elle décide pourtant, guidée par les annotations manuscrites de Madame Hugues, d’essayer de redonner vie au vieux jardin abandonné. Au fil des saisons, elle va puiser dans ce contact avec la terre la force de renaître et de s’ouvrir à des rencontres uniques. Jusqu’à ce que chaque lendemain redevienne, enfin, une promesse d’avenir.

Un roman subtil et plein d’émotion qui nous invite à ouvrir grand nos yeux, nos sens et notre cœur, et un formidable hymne à la nature qui nous réconcilie avec la vie.

 

2022_029_Da Costa Mélissa - Les lendemains

 

Après “Tout le bleu du ciel” et “Je revenais des autres”, qui m’avaient beaucoup ému, à aucun moment, je ne me suis demandé si j’allais être déçu ou pas, avec cette nouvelle lecture.

Quand on est capable, comme Mélissa de transmettre autant d’émotions et de vie dans un récit, je pense que pour moi, ce sera à chaque fois une bonne pioche !
Soit, je n’ai pas ressenti le saisissement de son premier roman, mais j’ai vécu quelque chose de nouveau, quelque chose de plus fort même.
Lors de ma lecture, je suis passé par plusieurs stades, de la pire tristesse, à la joie la plus folle en passant par la mélancolie et bien d’autres ressentis… Encore une fois, que d’émotion dans cette histoire où il est question d’introspection, d’épanouissement menant l’héroïne Amande, vers une véritable résurrection, là où je l’ai cru perdue.
Il est question d’odeurs, de fleurs, de jardins potagers, d’enfance aussi, de souvenirs et d’hommages à nos anciens.

Amande a subi le pire.
La mort de son mari et la perte de son bébé mort-né…
Touchée au plus profond de son cœur et de son être, elle décide de tout quitter, son emploi, tous ses repères. Elle va partir loin de ses proches dans une maison isolée de tout.
Elle veut le silence, la solitude, elle veut dormir, mais surtout ne rien oublier, recherchant une sorte de non-vie.

Mais, un chat gris, une pleine lune et quelques calendriers vont lui permettre d’affronter l’insurmontable…

Mélissa nous offre, une nouvelle fois, une écriture très sensible et magnifiquement touchante.
Après cet univers tranchant et dévasté du début du récit, elle arrive à ralentir le temps, elle nous permet d’apprécier et surtout de ressentir l’évolution d’Amande, par petites touches, petits détails de sa nouvelle existence, pas d’intrigue particulière, de minuscules petits pas vers un retour à la vie. J’ai suivi avec Mélissa, le chemin parcouru par Amande, tous les efforts qu’elle fait, à son rythme, ne rien vouloir brusquer.
Dans cet équilibre encore précaire, Amande, telle une fleur va doucement s’ouvrir vers un nouvel avenir…

Comment ne pas craquer avec de tels récits !
Un méga coup de cœur pour Mélissa qui réussit haut la main un trois sur trois…

Si vous vous sentez esseulé, si vous arrivez à un moment de votre vie où les choses sont peut-être compliquées ou très dures, “Les lendemains” vous donneront certainement des “clés” qui vous permettront de (re)voir la beauté qui existe partout, tout autour de nous…

Merci Mélissa !

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Extraits :

« J’ai laissé les clés de l’appartement à Anne. Elle en fera ce qui lui semble le mieux. Je ne l’ai pas vidé. Je n’en ai eu ni le temps ni le courage. J’ai voulu fuir au plus vite. Tout est resté en l’état. Sans doute, la tisane que je buvais au moment où l’interphone a résonné, est-elle encore sur le plan de travail. Sans doute, le catalogue que je feuilletais est-il toujours ouvert, à côté de la tasse, et les chaussons de Benjamin attendent-ils dans l’entrée. »

« Je sens au ton de leurs voix que ça s’annonce mal. Je n’aurais pas dû me laisser berner par ce premier jour d’été, son soleil, sa légèreté, sa promesse d’un bonheur à venir. Il a fallu moins de deux heures pour que mon monde soit anéanti. »

« Ce soir-là, je termine juste de ranger mes bocaux au grenier, je redescends, replie l’échelle, referme la trappe. Je m’assieds, épuisée, sur l’une des chaises de la cuisine, sans prendre garde au chat qui se trouve à trente centimètres de moi. Je n’ai pas le temps de réagir, il saute sur mes genoux. Pas de griffes acérées, comme je le craignais. Je ne sens qu’un poids tout chaud, un peu lourd, qui se cale au creux de mon ventre. Et alors, je ne peux plus bouger. Non que je sois effrayé, au contraire… Voilà tellement longtemps que je n’ai pas éprouvé cette sensation. Voilà tellement longtemps que je n’ai plus été touché par un autre être vivant, que plus personne ne s’est blotti contre moi, que plus rien n’a pesé contre mon ventre. J’en reste bouleversée et ni le chat ni moi ne faisons un mouvement pendant près d’une heure. »

« Anne et toi, vous avez l’église et votre espoir d’un paradis. Pas vrai ? Moi, j’ai ça : la terre, les arbres, les plantes qui naissent et qui meurent, mais qui renaissent encore, j’ai le vent qui chante et fait danser les couleurs dans les branches. Je célèbre la vie sous toutes ses formes et je crois que Ben est niché dans le tronc d’un pin. Ça n’a aucun sens et ça en a beaucoup, en même temps. Tout ce que je sais, c’est que, bon Dieu, ça me fait du bien ! »

 

 

Mélissa Da Costa est une romancière française.

Après des études d’économie et de gestion à l’Institut d’administration des entreprises de Lyon (IAE) (2008-2011), elle est chargée de communication dans le domaine de l’énergie et du climat.

Elle suit également des formations en aromathérapie, naturopathie et sophrologie.

“Recherche compagnon(ne) de voyage pour ultime escapade” (2017), sortie en librairie sous le titre “Tout le bleu du ciel” (2019), est son premier roman. Salué par la presse, il a reçu le prix du jeune romancier au salon du Touquet Paris Plage.

À trente ans, elle a conquis son public et s’est imposée comme une autrice incontournable. Ses deux autres romans, “Les Lendemains” et “Je revenais des autres”, sont des best-sellers.

Tout le bleu du ciel
https://leressentidejeanpaul.com/2021/09/17/tout-le-bleu-du-ciel/

Je revenais des autres
https://leressentidejeanpaul.com/2021/08/04/je-revenais-des-autres/

Cercle littéraire

Amour, extérieur nuit

de Mina Namous
Broché – 6 janvier 2022
Édition : Dalva

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Tout commence dans un immeuble de bureaux du centre d’Alger, avec le son d’une voix assurée, le corps élégant d’un homme, sa prestance certaine. Peu importe le sujet de cette réunion, l’essentiel est ailleurs : Sarah découvre Karim. Cet homme un peu plus âgé qu’elle. Cet homme qui vit en France. Cet homme, déjà marié. Et pourtant, au-delà de ce qui rend leur amour impossible, elle deviendra pour Karim la femme d’Alger. Dans les rues de la ville, la nuit, ou dans les chambres de leurs rendez-vous secrets, s’écrit alors l’histoire interdite de deux amants.

 

Couv_028_Namous Mina - Amour, extérieur nuit

 

“Amour, extérieur nuit”, un titre qui m’a très vite interpellé et donné envie de lire ce roman.

Durant tout le récit, je me suis retrouvé dans la tête de Sarah, qui recherche SA liberté à travers la plume de Mina Namous.
Elle rencontre Karim, un collègue avocat, sur son lieu de travail. Très vite, elle est attirée par ce bel homme au regard profond, un peu arrogant, un peu plus âgé, et par l’assurance qu’il dégage. Mais, Karim est marié. Entre sa femme qui vit à Paris et son amante, il papillonne et n’est pas toujours franc. Commencera alors, un jeu de séduction qui se transformera pour la jeune femme en un lien à la fois fragile et aveugle… Ils se retrouvent à Alger, mais aussi à Paris ou à Londres, lui faisant entrevoir un avenir. Il n’y a plus que lui qui compte, elle vivra alors cet adultère par des attentes et des joies éphémères.

L’écriture que nous propose Mina est belle et fluide, et très poétique, mais pour moi, passée la surprise du début, je n’ai malheureusement pas été assez ému par l’ensemble. L’histoire est assez simple et on sait dès le début comment cela finira, mais j’aurai préféré, plus d’émotions, plus de rebondissements peut-être.
Attention ! La lecture n’a rien de désagréable, mais, personnellement, je suis resté un peu sur ma faim, et c’est dommage…

l’histoire raconte la vie d’une jeune algéroise de 28 ans, qui vit avec sa mère et sa grand-mère, ses tantes aussi et qui fait partie de ces femmes qui cherchent à s’émanciper dans un pays où malheureusement, elles n’ont que rarement le droit à la parole, ce roman donc, fait d’Alger une ville pleine de contrastes entre les traditions très marquées et la modernité qui prend sa place. Alger, avec ses odeurs, la mer, le ciel, ses couleurs, ses nuits étoilées, sa chaleur étouffante, et parfois, les dangers de la ville. La ville se dresse entre Sarah et Karim mettant parfois leur amour en arrière-plan.

Finalement, ne serait-ce pas Alger le personnage principal de ce roman ?
Une histoire de racines, de liens de sang ?

Je vous laisse seul juge d’apprécier la subtilité de cette histoire d’amour(s)

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Extraits :

« C’est une histoire algéroise, une histoire d’amour. Qui vient, qui monte, qui entre dans la peau, qui prend dans le sang, dans les pleurs. Une histoire de parfum qu’on se colle au poignet, et qu’on ressasse à longueur de journée. Une histoire de fenêtre sur rue, les voisins qui ne savent rien, mais qui se doutent de tout, de portière dans la nuit, de regrets, de remords, de tout. Une histoire d’amour. Entre lui et moi, entre Alger et moi. »

« Le lendemain soir, je me prépare pour rejoindre des amis. Ma mère en profite pour me répéter qu’elle trouve que je sors trop et qu’elle craint que les voisins jasent. Je lui réponds qu’ils sont le dernier de mes soucis, qu’ils peuvent bien tenir un registre de mes allées et venues, ça m’est égal. Elle lève les yeux au ciel. Ma grand-mère, lorsqu’elle nous entend, lui dit de me laisser tranquille, d’envoyer balader les autres, ils n’ont qu’à s’occuper à vivre. »

« Dans ma famille, les hommes ont disparu, un à un, d’une façon ou d’une autre. Ils nous ont laissé dans notre royaume de femmes. Les gens nous plaignent, disaient qu’il n’y avait plus personne pour nous protéger. Ils ignoraient qu’on veillait les unes sur les autres. Que, petite, je mettais tout en œuvre pour faire rire ma mère dès que je le savais triste, qu’on m’appelait le clown. Que ma grand-mère s’en rendait compte et faisait pareil avec moi, que mes tantes m’aimaient comme leur fille. J’avais plusieurs mamans, plusieurs maisons, j’avais des sœurs, des lit qui m’attendaient. »

 

 

Mina Namous naît en 1984 à Paris dans une famille algérienne et passe son enfance et son adolescence en Algérie. Après un doctorat de droit, elle exerce en tant que juriste à Alger avant de revenir vivre en France. De 2010 à 2014, cette ville lui inspire une série de chroniques et d’histoires, publiées sur le blog jeuneviealgeroise. Très suivis dans son pays, remarqués par la presse algérienne et française, ses articles évoquent la vie quotidienne d’une jeune femme en Algérie. Amour, extérieur nuit, son premier roman, se fait l’écho de cet univers littéraire.

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Émotion, Drame, Polar, Suspense, Thriller

Du soleil vers l’enfer

de Éric Oliva
Broché – mars 2022
Éditeur : Des livres et du rêve

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Sous le soleil de la côte d’azur, Emma avait tout pour être heureuse. Jusqu’au jour où la mort accidentelle de son mari, peu de temps avant la perte de son emploi, va lentement la plonger dans le bain de la précarité.
Pour subvenir aux besoins de ses enfants, Emma va faire les mauvais choix qui vont l’entraîner vers les mauvaises rencontres.

Décisions que l’on croit salvatrices mais qui sont parfois lourdes de conséquences.
Commencera alors sa longue descente aux enfers…

À Nice, la police judiciaire va tout mettre en oeuvre pour la sortir de son cauchemar.

 

2022_027_Oliva Éric - Du soleil vers l'enfer.jpg

 

Ça vous dirait un bon film ?
Alors, installez-vous sur votre meilleur fauteuil ou canapé, là, voilà…
Vous êtes bien assis ?
Tournez la première page… C’est parti !

« Emma, passablement essoufflée par la montée d’escalier avalée en trottinant, appuya sur la sonnette. Dans l’appartement, une voix lointaine lui signifia qu’elle arrivait.
– Bonjour Martine, lança-t-elle lorsque la nounou ouvrit.
– Bonjour, Emma.
– Désolée, mais ce matin, je suis très en retard. Je ne peux vraiment pas traînasser.
La femme jeta un œil à sa montre.
– Ah ben, oui ! Comme c’est parti, tu ne risques pas d’être à l’heure au bureau !
… »

J’avais déjà eu l’occasion de lire ce roman d’Éric Oliva, il y a quelques années, lors de sa première sortie, alors que le roman avait remporté le Prix “Fondcombe” en 2014…
Cela m’a fait très plaisir quand les Éditions “Des livres et du rêve” m’ont envoyé cette version inédite, encore plus poussée.

Dans ce polar que je définirai presque plus comme un thriller, tant l’angoisse et le suspense sont omniprésent, Éric m’a complètement emporté. Je n’ai pu que ressentir les souffrances physiques et psychologiques vécues par Emma, mais impossible de lâcher le roman tant j’ai souhaité un retournement de situation efficace et à la mesure de tout ce qu’elle avait supporté. Oui, il y a de nombreuses scènes difficiles. Oui, il y a une pression constante et qui augmente au fur et à mesure du récit. Oui l’écriture et froide et clinique, mais quelle efficacité, je l’ai quasiment lu d’une traite, et je peux vous assurer qu’à aucun moment il y a une faiblesse quelconque dans le style !
Les personnages ne pourront vous laissez indifférents, vous les aimerez où vous les détesterez.

Emma perd son mari dans un “banal” accident de voiture, puis elle est licenciée. N’arrivant plus à joindre les deux bouts avec ses deux enfants à charge, elle décide alors de prendre un travail où elle pense gagner facilement beaucoup d’argent…
Emma, une femme qui aurait pu être votre mère, votre sœur ou votre fille, va vivre l’invivable…

Certaines décisions sont parfois très lourdes de conséquences, ce travail “facile”, sera le premier pas de sa chute en enfer… Viols, tortures sur fond de trafic de stupéfiants !
Les enquêteurs de la police de Nice, parviendront-ils à la sauver avant une fin plus que tragique ?

C’est le troisième roman d’Éric que je lis, et je n’ai jamais été déçu !
Un livre que je vous conseille, même si parfois, dans cette tornade d’émotions, il vous faudra avoir le cœur bien accroché.

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Extraits :

« Bientôt sept mois qu’Emma avait été licenciée. Au début, les jours s’étaient écoulés à une vitesse déconcertante puis, au fil des semaines, une étrange inertie s’était installée. Aujourd’hui, plus le temps passait, plus il semblait ralentir.
Ses indemnités, bien que correctes, avaient fondu comme neige au soleil et les allocations chômages étaient loin de rivaliser avec son ancien salaire. Plus de primes de paniers, plus de treizième mois, finis ces petits bonus qui permettaient autant de petits extras. Un manque à gagner dont elle voulait à tout prix épargner les enfants. »

« Les larmes coulaient maintenant à flots et, derrière ce voile liquide, elle devinait avec pleine les escaliers qui défilaient sous ses pas. La panique s’était de nouveau emparée d’elle. Que voulait-il cette fois-ci ? qu’avait-il fait de ses enfants ? Était-il à ce point dépourvu d’humanité pour s’en prendre à eux ? »

« J’aurais dû partir avec lui, grogna Noël, un sentiment d’abandon au bord des lèvres. Mais comment je pouvais faire pour cracher mille deux cents balles comme ça ! Tu comprends ? C’est ça qui m’emmerde ! Risquer la vie d’un pote parce que l’administration n’est pas foutue de lâcher mille euros ! Dans quel monde on vit ? Celui des nantis d’un côté et des assistés de l’autre ! Pendant ce temps, nous, on se retrouve au milieu de ce panier de crabes et on n’en prend plein la gueule ! »

 

 

Né à Casablanca en 1967, Éric Oliva embrasse très tôt une carrière dans la Police nationale. Exerçant à Paris puis à Marseille, il travaille aujourd’hui à la PJ de Nice. Passionné par son métier et les fonds sous-marins, c’est après avoir lu les livres de Clive Cussler que se déclenche sa passion pour l’écriture.

Émotion, Drame, Histoire vraie

Je suis la maman du bourreau

de David Lelait-Helo
Broché – 13 janvier 2022
Éditeur : Héloïse d’Ormesson

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Du haut de ses quatre-vingt-dix ans, Gabrielle de Miremont semblait inatteignable.
Figée dans l’austérité de la vieille aristocratie catholique dont elle est l’incarnation. Sa devise : “Ne jamais rien montrer, taire ses émotions”. Jusqu’à ce matin-là, où un gendarme vient lui annoncer la mort de son fils. Son fils cadet, son enfant préféré, le père Pierre-Marie, sa plus grande fierté. Gabrielle ne vacille pas, mais une fois la porte refermée, le monde s’écroule. Cet effondrement, pourtant, prend racine quelques semaines plus tôt, à la suite d’un article de presse révélant une affaire de prêtres pédophiles dans sa paroisse. Révoltée par cette calomnie, Gabrielle entreprend des recherches. Des recherches qui signeront sa perte. Ou sa résurrection.

Je suis la maman du bourreau raconte avec une subtilité et une justesse époustouflantes le calvaire d’une mère murée dans son chagrin. Un portrait dérangeant, qui touche au cœur, et rend un hommage vibrant à ceux qui osent dénoncer l’innommable.

 

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Comment une mère pratiquante, chrétienne plus que convaincue, réagira-t-elle lorsqu’elle apprendra que son fils, celui qu’elle a adulé, prêtre respecté aux yeux de tous, a pendant des années, abusé et violé plusieurs dizaines de garçons qui lui étaient confiés, marqués à jamais dans leur chair et dans leur esprit ?
Ce roman nous conte, cette relation très forte mère-fils, où une mère a placé tous ses rêves et tout son amour envers son fils qu’elle a élevé dans le respect de Dieu et de la religion, oubliant ses filles et son époux…

Dans ce court roman, émouvant, très dense, tranchant et acéré, David Lelait-Helo fait écho au rapport rendu public, le 5 octobre 2021, par Jean-Marc Sauvé, président de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église. En effet, après deux ans et demi de travaux, ce rapport révèle l’ampleur des violences perpétrées envers les enfants depuis les années quarante, par certains hommes de Dieu.
Depuis, l’Église a enfin accepté d’ouvrir les yeux, et d’entendre les trop nombreuses victimes.

C’est un sujet qui m’a toujours intéressé et qui me touche tout particulièrement… Alors oui, je me suis attaché à Hadrien, survivant de cette horreur, et je n’ai pu m’empêcher d’être meurtri à l’énoncé du calvaire qu’il a subi à son jeune âge, ayant moi-même, dans une autre vie, échappé au pire durant mes années “catéchismes”, sauvé au moment où je me croyais perdu. Comment peut-on vivre après ça ? Comment peut-on renaître et continuer à aller de l’avant ?

L’auteur ne juge pas.
Il énonce des faits. Soit, il ne nous épargne rien, ni l’indicible, ni une certaine folie et encore moins les larmes…
Personnellement, je pense que c’est ce choix délibéré d’écriture directe et sans fioritures, qui déclenche les émotions, tout en restant un récit d’une sincère beauté, poignant et plus encore…
Une construction mêlant le récit d’un narrateur et les écrits d’une mère, un roman intense tout en finesse et en justesse.

Il est dès lors, très difficile pour moi, de dire que ce “sujet” est un nouveau coup de cœur. Mais il m’a tant remué, par sa force et par ses personnages poignants !
Alors, oui David, il y a des sujets qui ne doivent plus être tus, et sans vouloir automatiquement stigmatiser l’Église, car effectivement, ELLE n’est pas coupable. Ne sont coupables que les hommes, qui ayant un peu de “pouvoir” et par le fait, ayant de l’ascendance sur d’autres, quel que soit le milieu, développent leur coté “monstre”, qui existait sûrement déjà, malheureusement, dans un recoin de leur esprit malade.

À découvrir absolument !

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Extraits :

« Le miroir accroché à la porte coupa net le fil de ses pensées ; il s’approcha de son reflet, guida ses doigts le long des pleins et déliés de son visage, comme s’il le découvrait, à moins qu’il ne cherchât celui qu’il avait perdu. Sa jeunesse avait filé comme une voleuse, emportant tout l’or de ses cheveux et l’éclat du saphir de ses yeux. Mauvais diable, les ans s’étaient agrippés à ses joues, suspendus à son cou, à ses paupières, avaient tracé des sillons profonds et planté des fleurs de cimetière. Pour la première fois, il observait en détail ce lent naufrage, jusqu’à regretter cette beauté qui en fin de compte n’avait été utile à personne. Il s’attarda sur son buste. Ses épaules ne le flattaient plus, elles tombaient. Il songea que tout, un jour, finit par tomber, les cheveux, les dents, les épaules, les corps les plus valides, et aussi les empires et les rois, la puissance et les certitudes.
Il visualisait la chute. »

« Je pourrais compter les moutons, ou mes jours. J’en ai vécu un peu plus de trente-trois mille deux cents. Toutefois, combien laissent vraiment une trace ? Dans une existence, il y en a bien quelques-uns, des jours pivots articulant l’échafaudage complexe qu’est notre vie, des jours plaisant, des jours à marquer d’une pierre blanche, il y a aussi une poignée de jours funestes. Mais ils se déplient surtout des milliers de jours pâles et transparents dont rien ne sera retenu, des éphémères morts et enterrés à l’approche du lendemain. »

« La porte s’était refermée sur Hadrien. Je l’avais vu emprunter d’un pas lent le long chemin bordé de peupliers qui mène à la route principale. Puis il avait disparu : la nature était verte et pleine, elle n’avait fait qu’une bouchée de ce beau jeune homme qui lui-même n’avait fait qu’une bouchée de moi après que mon fils n’avait fait qu’une bouchée de lui. Nous nous étions dévorés les uns les autres. »

« La douleur des victimes est une plainte qui monte vers le ciel, qui pénètre jusqu’à l’âme et qui, durant trop longtemps, a été ignorée, silencieuse ou passée sous silence. »

« Je n’ai pas les câlins faciles, je les redoute autant que je les désire. Quelle tendresse suis-je en droit ou non de lui donner ? Je n’ai jamais pu voir mon fils nu ; sa nudité me renvoie à la mienne et me heurte. Et je ne sais pas davantage affronter ses moments de tristesse ou d’agressivité. Je tremble pour lui, j’ai mal pour lui. Et je crois aussi que physiquement, il me ressemble trop. Je me vois en lui ; ce jeu de miroirs me bouleverse et me terrifie. »

 

 

David Lelait-Helo est né à Orléans le 3 décembre 1971.
Après des études de littérature et civilisation hispaniques à Montpellier, il enseigne l’espagnol.

En janvier 1997, à 25 ans, il publie chez Payot son premier ouvrage, Evita, le destin mythique d’Eva Peron. Passionné d’art lyrique, il présente la même année une biographie de Maria Callas, Maria Callas, j’ai vécu d’art, j’ai vécu d’amour, traduite depuis en 7 langues. Il délaisse alors l’enseignement pour faire ses débuts de journaliste. Il se consacre en particulier aux destins de femmes pour le magazine Gala puis collabore à Cosmopolitan, Nous Deux ou encore à Femmes d’Aujourd’hui et à Télé Moustique en Belgique. Des lors, Il ne cessera plus d’interviewer et de côtoyer de nombreuses personnalités de la chanson, du cinéma et de la télévision. Dans le même temps, il tient des chroniques régulières dans la presse gay, Illico et Idol. En 1998, il sort d’ailleurs Gay Culture aux éditions Anne Carrière. En 2001, il devient responsable des pages people et culture du magazine Nous Deux et publie Les impostures de la célébrité aux éditions Anne Carrière, un livre polémique sur la place que les stars occupent dans notre société. En 2002, il renoue avec sa plus grande passion, le portrait de femme, en publiant chez Payot une biographie de Romy Schneider qui remporte un grand succès en librairie, Romy au fil de la vie. La même année, à l’occasion des 25 ans de la disparition de la mort de Maria Callas et de la sortie du film Callas Forever de Zeffirelli avec Fanny Ardant, David Lelait-Helo présente une version revue et augmentée de sa biographie de Maria Callas. En septembre 2003, il publie Sur un air de Piaf, une biographie d’Edith Piaf abondamment traduite à l’étranger, et en septembre 2004 un portrait de Dalida, Dalida d’une rive à l’autre. Les biographies de David Lelait-Helo sont rééditées en format poche aux éditions J’ai Lu et Petite bibliothèque Payot.

Le 5 avril 2006, il publie un roman autobiographique, Poussière d’homme, aux éditions Anne Carrière et en mai 2006, Vanessa Paradis pour Librio. Durant l’été 2006, il présente une trentaine d’émissions musicales quotidiennes intitulées Pink Platine sur la chaîne Pink tv. Le 22 août 2007, à l’occasion du trentième anniversaire de la disparition de Maria Callas, sort en Petite Bibliothèque Payot Maria Callas J’ai vécu d’art J’ai vécu d’amour. Le 3 octobre 2007, paraît Barbara, un portrait intime de la chanteuse disparue en novembre 1997. En septembre 2009, il publie aux Editions du Rocher dans la collection de Vladimir Fédorovski une histoire de la chanson française du Moyen-Âge à nos jours, Le Roman de la Chanson Française. En octobre 2010, paraît aux Editions Anne Carrière son 12ème livre, un roman, Sur l’épaule de la nuit

Émotion, Histoire, Philosophique

L’homme qui peignait les âmes

de Metin Arditi
Broché – 2 juin 2021
Éditeur : Grasset

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Acre, quartier juif, 1078. Avner, qui a quatorze ans, pêche avec son père. À l’occasion d’une livraison à un monastère, son regard tombe sur une icône. C’est l’éblouissement. « Il ne s’agit pas d’un portrait mais d’un objet sacré, lui dit le supérieur du monastère. On ne peint pas une icône, on l’écrit, et on ne peut le faire qu’en ayant une foi profonde ».
Avner n’aura de cesse de pouvoir « écrire ». Et tant pis s’il n’a pas la foi, il fait comme si, acquiert les techniques, apprend les textes sacrés, se fait baptiser, quitte les siens. Mansour, un marchand ambulant musulman, le prend sous son aile. C’est l’occasion d’un merveilleux voyage initiatique d’Acre à Nazareth, de Césarée à Jérusalem, puis à Bethlehem, jusqu’au monastère de Mar Saba, en plein désert de Judée, où Avner reste dix années où il devient l’un des plus grands iconographes de Palestine.
Refusant de s’astreindre aux canons rigides de l’Eglise qui obligent à ne représenter que Dieu et les saints, il ose reproduire des visages de gens de la vie ordinaire, cherchant dans chaque être sa part de divin, sa beauté. C’est un triomphe, c’est un scandale. Se prend-il pour un prophète ? Il est chassé, son œuvre est brûlée. Quel sera le destin final d’un homme qui a osé défier l’ordre établi ?
Le roman de l’artiste qui, envers et contre tous les ordres établis, tente d’apporter de la grâce au monde.

 

2022_025_Arditi Metin - L'homme qui peignait les âmes

 

Nous sommes à Acre en l’an 1078.
Avner est un jeune Juif, fils de pêcheur, il a quatorze ans. Régulièrement, il va livrer au monastère de la Sainte-Trinité, les poissons qu’ils ont pêchés ensemble. Et, régulièrement, il est accueilli chaleureusement par les frères. Dont un, Thomas, qui connaît bien sa gourmandise et lui prépare des mets à chaque fois meilleurs, mélange de sucré, fruité et salé.
Avner, pour les déguster, aime s’installer à l’ombre sous un figuier, près de l’église. Endroit qu’il nomme, Le Petit Paradis. Il aime écouter la douceur du chant des moines orthodoxes, sentir le vent à travers ses cheveux et observer la nature, les animaux et tout particulièrement un papillon doré, le « Roi des Rois », qui lui rend visite de temps en temps.

Un jour, alors qu’il dessine de mémoire, “son” papillon, il est puni par son père. Il ne comprend pas pourquoi la représentation est interdite dans sa religion. Il ne voulait que célébrer la beauté du monde…

Lors d’une livraison de poisson au monastère, un jour sa curiosité l’emporte et se laissant bercer par les chants liturgiques, il entre dans le lieu de culte.
Dès lors, sa vie va changer à jamais, lorsqu’il voit pour la première fois une icône peinte. Éblouis pas cette beauté sur fond d’or, le garçon veut devenir iconographe !

Commence alors un parcourt qui impliquera une reconversion au christianisme, à la grande honte de sa famille, qui le mènera vers un long chemin d’apprentissage, où il fera la connaissance de Mansour, un marchand musulman, qui s’occupera d’Avner, comme s’il était son fils…

À travers cette histoire prenante Metin Arditi rend hommage à l’art sacré de l’iconographie et tout particulièrement à Avner, un homme bon, passionné par son art et par la beauté des hommes et des femmes, dans un pays où juifs, musulmans et chrétiens sont en conflit constant. Avner se donne une mission. Il veut peindre les âmes, et mettre en avant ce qu’il y a de meilleur chez les êtres humains. Il souhaite que tout le monde s’aime et célébrer ainsi la beauté du monde…

Je découvre Metin avec ce roman rempli d’émotions à chaque chapitre. Ce récit, très riche en rencontres dans le Proche-Orient du XIe siècle, fait vivre des personnages attachants quelles que soient leurs religions. Metin mêle avec talent l’Histoire, où le fanatisme religieux tue et n’offre aucune liberté, mais il met en valeur, tout ceux qui avaient une vision différente du monde et qui à travers les siècles, ont pu faire évoluer les esprits les plus ouverts.

De courts chapitres, une écriture belle et apaisante.
Coup de cœur pour ce roman, où la douceur se fait une place dans un monde qui malheureusement renouera très vite avec les violences de son temps…

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Extraits :

« Avner se saisit de la galette et la mordit, ayant soin de prendre en bouche une figue entière. Durant quelques instants, il se tint immobile, les yeux fermés, a humer le parfum dégagé par les petits fruits restés sur la galette. Il était à la fois délicat et enivrant, le même dont il s’emplissait les poumons lorsqu’il était étendu sous le figuier.
Très vite, l’onctuosité du fromage, la douceur du sirop et la tendresse du fruit lui procurèrent une succession de plaisir qu’il s’amusa à identifier, selon que c’était le fromage, le sirop ou le fruit qui caressait son palais. »

« Pourquoi alors ne pouvait-il s’émerveiller des chants orthodoxes ? Parce qu’il était juif ? Cette obligation d’obéir à des lois ridicules, d’avoir le droit d’aimer ceci, mais pas cela, de se couper de plaisirs délicats, de joies innocentes, au risque de voir son père exploser de colère, tout cela le révoltait. »

« Avner transgressait chaque jour davantage. Étendu près de Myriam, il la caressait comme s’il peignait l’ovale de son visage, son nez, ses lèvres, ses yeux, son front, puis à nouveau l’ovale, le menton, et ainsi de suite, très lentement, avant de l’embrasser, lèvres écartées, et de frotter son corps contre le sien jusqu’à ce que vienne leur plaisir. »

« Prier avec un musulman si tu es juif, prier avec un chrétien si tu es musulman, ce sont des actes de fraternité. Je suis sûr qu’ils plaisent au Tout-Puissant. Il se dira : voilà un homme de paix.
Ces mots apaisèrent Avner. Malgré tout, il s’interrogea. Juifs, chrétiens et musulmans pouvaient-ils se joindre dans la prière en un même lieu ? Au même moment ? »

 

 

Écrivain francophone d’origine turque, Metin Arditi a quitté la Turquie à l’âge de sept ans, et a obtenu la nationalité suisse en 1968.

Après onze années passées dans un internat suisse à Lausanne, il étudie à l’École polytechnique fédérale de Lausanne, où il obtient un diplôme en physique et un diplôme de troisième cycle en génie atomique. Il poursuit ses études à l’université Stanford.

Il habite Genève, où il est très engagé dans la vie culturelle et artistique. De 2000 à 2013, il a été Président de l’Orchestre de la Suisse romande. Il est membre du Conseil stratégique de l’École polytechnique de Lausanne où au fil des ans, il a enseigné la physique (assistant du Prof. Mercier), l’économie et la gestion (comme chargé de cours) et l’écriture romanesque (en tant que Professeur invité).

En décembre 2012, Metin Arditi a été nommé par l’UNESCO Ambassadeur de bonne volonté. En juin 2014, l’UNESCO l’a nommé Envoyé spécial puis, en 2017, Ambassadeur honoraire.

De 2016 à 2019, il a tenu une chronique hebdomadaire dans La Croix.

Il est l’auteur d’essais et de romans, parmi lesquels Le Turquetto (Actes Sud, 2011, prix Jean Giono), et chez Grasset, L’enfant qui mesurait le monde (2016, prix Méditerranée), Mon père sur mes épaules (2017) et L’homme qui peignait les âmes (Grasset, 2021). En 2022, il a publié le Dictionnaire amoureux d’Istanbul (Plon-Grasset).

Émotion, Drame, Suspense

Article 353 du code pénal

de Tanguy Viel
Poche – mars 2017
Éditeur : Les Éditions de Minuit

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Pour avoir jeté à la mer le promoteur immobilier Antoine Lazenec, Martial Kermeur vient d’être arrêté par la police. Au juge devant lequel il a été déféré, il retrace le cours des événements qui l’ont mené là : son divorce, la garde de son fils Erwan, son licenciement et puis surtout, les miroitants projets de Lazenec. Il faut dire que la tentation est grande d’investir toute sa prime de licenciement dans un bel appartement avec vue sur la mer.
Encore faut-il qu’il soit construit.

 

2022_024_Viel Tanguy - Article 353 du code pénal

 

Je suis encore sous le choc !
Que d’émotions face à ce magnifique plaidoyer. Martial Kermeur ouvrier de l’arsenal de Brest, sans emploi, se trouve face à un juge suite à une affaire de meurtre.

C’est un huit-clos magistral entre deux hommes que tout sépare que nous propose Tanguy Viel, que je découvre avec ce petit bijou !
Dès les premières lignes, j’ai été saisi par le mode d’expression puissant de Martial. Il se souvient, il raconte avec ses mots, simples… parfois, d’une pénétrante humanité… souvent, et analyse l’histoire, son histoire où il voit progressivement se développer la vérité inéluctable. À aucun moment, il ne cherchera à se dérober. C’est un homme las et défait qui se trouve face à son juge. Floué, sali, ruiné, abandonné par sa femme et accablé par l’immonde manipulation immobilière qu’il a subie, il a tout perdu.

Son récit ou plutôt sa confession va droit au cœur du juge comme elle est allée droit au mien.
Tanguy Viel sort des sentiers battus de la narration, il épouse les méandres de la pensée de Martial qui peu à peu va emmener le juge à partager son univers, ses pensées, et pourquoi pas, ses convictions.

Le juge est silencieux, il écoute, il enregistre. Il n’intervient que rarement et seulement à des moments stratégiques. La tension grandissante est palpable à travers l’écriture, jusqu’au moment de vérité. Un moment solennel entre les deux hommes face à face…

Une histoire magnifique et troublante, une réflexion, sur le mal perpétré par l’homme…
Comment aurai-je réagi à sa place, face à un juge qui détiendrait mon futur entre ses mains ?

Un livre qui touche à la question fondamentale de la justice…
Bravo Tanguy Viel pour ce récit prenant et merci Blandine pour cette excellente découverte !
Encore un auteur à suivre sans aucune hésitation…

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Extraits :

« Sur aucune mer du monde, même aussi près d’une côte, un homme n’aime se retrouver dans l’eau tout habillé – la surprise c’est la surprise que c’est pour le corps de changer subitement d’élément, quand l’instant d’avant le même homme aussi bien bavardait sur le banc d’un bateau, à préparer ses lignes sur le balcon arrière, et puis l’instant d’après, voilà, un autre monde, des litres d’eau salée, le froid qui engourdit et jusqu’au poids des vêtements qui empêche de nager. »

« Vous auriez dû voir ça, quand il a soulevé le drap rouge et qu’on s’est tous approchés : là, dans un rectangle de verre d’au moins de deux mètres sur trois, éclairé du dessus par deux spots verticaux, il y avait toute la presqu’île posée là, en modèle réduit, les champs et les roches, les fermes et les maisons, l’église et la place du village. »

« Ce ne sont pas des choses que je vous aurais dites comme ça autrefois, mais j’ai eu le temps de réfléchir ces derniers temps, j’ai eu le temps de regarder les griffures du miroir au-dessus de la cheminée et méditer la couleur de chaque heure, j’ai eu le temps de comprendre, oui, que j’étais comme une terre de bruyère à la meilleure saison, que tout aurait pris et éclos et fleuri en moi comme en un festival des jardins, au point que Lazenec et moi, eh bien, je crois qu’on a pour ainsi dire sympathisé. »

« C’est une drôle d’affaire, la pensée, n’est-ce pas ? Ce n’est pas qu’il y ait long en distance du cerveau vers les lèvres mais quelques fois quand même ça peut vous paraître des kilomètres, que le trajet pour une phrase, ce serait comme traverser un territoire en guerre avec un sac de cailloux sur l’épaule, au point qu’à un moment la pensée pourtant ferme et solide et ruminée cent fois, elle préfère se retrancher comme derrière des sacs de sable. En-tout-cas ce que je veux dire, c’est que dans les jours qui ont suivi, au lieu de dire clairement « non » comme ça se passait au fond de moi, au lieu de me laisser raccompagner à ma place de gardien avec le regard amical sur moi-même que je portais dans mon cœur, au lieu de ça, avec la voix d’un fantôme qui s’entend lui-même, j’ai pris le téléphone un soir et j’ai dit « Lazenec ? », et j’ai dit « pourquoi pas ? », j’ai dit « je signe quand ? »

 

 

Après une enfance en Bretagne, Tanguy Viel vit successivement à Bourges, Tours puis Nantes avant de venir s’installer près d’Orléans.

Publié dès son premier ouvrage par les éditions de Minuit, il a reçu le prix Fénéon et le prix littéraire de la vocation pour son roman L’Absolue Perfection du crime, le Grand prix RTL-Lire et le Prix François-Mauriac de la région Aquitaine pour Article 353 du Code pénal.

Il est réputé pour une mise en place d’intrigues complexes, une réflexion sur quelques thèmes récurrents (les liens familiaux, les duperies, les inégalités de classes et les difficultés à prendre l’ascenseur social), et un travail formel. Il s’inscrit dans la tradition des éditions de Minuit, c’est-à-dire selon un modèle de distanciation. Ses romans sont fondés sur beaucoup de romanesque et font même usage du suspense. Bien qu’il ne le revendique pas lui-même, L’Absolue Perfection du crime, Insoupçonnable, Paris-Brest et Article 353 du Code pénal sont généralement considérés comme des romans policiers en raison d’éléments récurrents : des personnages de gangsters ou d’escrocs, des crimes soigneusement préparés, l’intervention de procès ou de grosses sommes d’argent.

Les stéréotypes sont cependant retravaillés et parfois mis en évidence par une forme de réflexivité. La Disparition de Jim Sullivan en est le meilleur exemple. Le lecteur est souvent invité à participer, « le narrateur n’a pas d’avance sur lui du point de vue de l’intrigue ». L’écriture est l’objet d’une enquête : c’est au lecteur de reconstruire le puzzle en désordre du protagoniste.

Tanguy Viel emprunte également au cinéma, mais cela est surtout notable dans son style : les effets de montage, l’usage de l’ellipse, la mise en place de scènes fortes et la variation des points de vue.

Son style se caractérise par sa précision et son économie. Ses phrases sont jugées longues et saccadées au service d’un style très dynamique. La notion de « musique » est également importante pour lui.

Émotion, Psychologie, Suspense

Cent millions d’années et un jour

de Jean-Baptiste Andrea
Poche – 19 août 2021
Éditeur : Folio

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“Cette fois, pas besoin de traduction pour comprendre la loi de la montagne. Les seuls monstres, là-haut, sont ceux que tu emmènes avec toi”. Alpes, août 1954. Stan mène une carrière de paléontologue sans éclat. Il ne lui reste qu’une chance de connaître la gloire : découvrir un squelette de dinosaure qu’on dit préservé par la glace depuis des millénaires. Stan imagine alors une folle expédition et entraîne avec lui un vieux guide italien et les scientifiques Umberto et Peter. Mais l’ascension du glacier est périlleuse, surtout pour ces hommes inexpérimentés. Tandis que le froid, l’altitude, la solitude se referment sur eux, leurs fragilités affleurent, les vieilles blessures se rouvrent. L’amitié qui les lie leur permettra-t-elle de réaliser ce rêve d’enfant ?

 

2022_023_Andrea Jean-Baptiste - Cent millions d'années et un jour

 

Une très belle histoire qui se lit en quelques heures…
Les chapitres sont courts, rythmés, très imagés et très poétiques.

Stan est un paléontologue. Il est persuadé qu’un dinosaure est enseveli dans les montagnes, entre la France et l’Italie.
Lorsqu’il était enfant et que ses parents n’étaient pas là, il participait avec d’autres enfants de l’immeuble à des “réunions” organisées par le vieux concierge qui leur racontait alors, de belles histoires. Un jour, il raconta à cette “société secrète aux dents de lait”, l’histoire de son dragon, dont il aurait conservé un fragment d’os !
Stan, passera alors sa vie à penser à cet animal fantastique.
À la fin de sa carrière, et toujours aussi obsédé par ce projet incroyable, de retrouver peut-être une espèce de dinosaure encore inconnue, il embarquera avec lui deux autres scientifiques et un vieux guide.
Mais là-haut, tout n’est pas si simple. Engagés dans cette expédition improbable, les trois hommes et leur guide vont vivre un huis-clos qu’ils n’imaginaient pas.

Jean-Baptiste Andrea, encore une fois, a l’art de sublimer l’histoire grâce à ses mots. Il m’a embarqué et je n’ai pu m’arrêter jusqu’à la dernière ligne.
C’est un récit plein de poésie. Rêves de reconnaissance et souvenirs d’enfance se mêlent dans ce roman sur fond de montagnes enneigées. La psychologie des personnages est finement développée, leurs sentiments, leurs expériences et leurs émotions aussi, dans cette recherche d’un animal mythique, née du rêve d’un enfant maltraité par un père violent.

Un roman qui m’a enchanté, transporté, et ému, au cœur duquel la nature joue un rôle important.
Je pense que “Cent millions d’années et un jour” fait partie de ses romans, qui se relisent avec plaisir…

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Extraits :

« J’oublierai bien des choses, c’est inévitable, jusqu’à mon propre nom peut-être. Mais je n’oublierai pas mon premier fossile. C’était un trilobite, un petit arthropode marin qui n’avait rien demandé à personne quand mon existence percuta la sienne un jour de printemps. Une seconde plus tard, nous étions amis pour la vie. »

« Elle chuchota pour ne pas que ses parents l’entendent. Quand les adultes n’étaient pas là, le vieux concierge réunissait les enfants de l’immeuble, les encerclait dans la lumière de l’unique ampoule de la cave et leur racontait des histoires. La plus appréciée de cette société secrète aux dents de lait, c’était celle de son dragon. »

« Je n’allais pas me laisser escroquer par une bande de bouseux. Parce que les bouseux, je connaissais bien, j’en étais un. Je savais, moi aussi, comment truquer une balance les jours de marché en lestant les plateaux, enlever un fruit ou deux au moment d’emballer. »

« La prochaine fois que l’aube me secouera, je n’ouvrirai pas les yeux. C’est un piège. L’aube ment à ceux qu’elle réveille, à l’homme d’affaires, à l’amoureux, à l’étudiant, au condamné à mort et, oui, au paléontologue aussi. Elle nous remplit d’espoir pour mieux nous décevoir. Le crépuscule, plus vieux et plus sage d’une journée, m’a fait la leçon : j’ai été bien naïf de la croire. »

 

 

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est écrivain, réalisateur et scénariste. Ma reine, son premier roman, a été récompensé par de nombreux prix, dont le prix du Premier Roman et le prix Femina des lycéens en 2017. Depuis, Jean-Baptiste Andrea a publié Cent millions d’années et un jour ainsi que Des diables et des saints, pour lequel il a reçu le Grand Prix RTL-Lire 2021.

Émotion, Drame, Psychologie, Romance

Et puis au pire on s’aimera

de Thierry Cohen
Poche – 10 février 2022
Éditeur : Mon Poche

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Ça commence comme une belle histoire d’amour. Du genre… à l’eau de rose. D’ailleurs, le roman débute par une rose déposée sur le palier d’Alice, trentenaire rongée par la solitude. Il y a du mystère également, car la dite Alice ignore qui lui envoie des fleurs et lui offre de belles déclarations. Une situation romantique à souhait mais qui peut également paraitre… quelque peu inquiétante. Tout prend donc la forme d’une comédie romantique pleine d’humour et… de doutes. Entre les copines du travail, heureuses de voir Alice ainsi courtisée, et son directeur, pressé de la licencier, Alice passe par des émotions contrastées qui la rendent tour à tour heureuse, désespérée, charmée, affolée. Tant de bouleversements dans une vie monotone sont fantastiques et perturbants à la fois. Ne sont-elles pas nombreuses, les âmes seules qui rêveraient d’être emportées par un mystère aussi romantique ? Jusqu’au jour où… ça dérape. Où le rêve devient cauchemar. Où, comme dans les cauchemars, le pire ne se révèle jamais sous la forme attendue.

 

2022_022_Cohen Thierry - Et puis au pire on s'aimera

 

Alice a la trentaine, elle est très timide et n’a aucune confiance en elle.
Elle est très belle, mais, n’a aucune conscience de ses qualités et de ses compétences. Professionnellement, elle est appréciée, mais en dehors de son travail, elle passe presque toutes ses soirées avec sa voisine, Sandrine, qui est une amie fidèle et très attachante. Alice vit dans une routine. Sa routine, dans laquelle elle se sent comme dans un cocon. Mais, un matin, alors qu’elle sort de chez elle, Alice trouve une rose devant sa porte.
Le “grain de sable” qui va faire chavirer son quotidien !

C’est le premier roman de Thierry Cohen que je lis et j’avoue avoir été très surpris par son écriture. J’ai vraiment eu l’impression que le roman était écrit par une femme tant il est juste sur le fonctionnement des relations. C’est assez incroyable. J’ai aimé aussi la façon dont il dénonce les aspects les plus pervers de notre société avec beaucoup de psychologie.
Alice bien sûr, m’a beaucoup touchée et je me suis vu parfois en elle…

Il y a pas mal de mystères dans ce roman, chaque chapitre est raconté par un personnage différent, et les personnages sont très bien développés que ce soit chez les hommes ou les femmes.
Avec beaucoup de suspense et de psychologie, une certaine pression monte tout le long du récit, et je me demandais comment cette comédie romantique pouvait-elle tourner au tragique. Au final, un excellent dénouement auquel je ne m’attendais pas du tout !
C’est très fort… Alice va être acculée, dos au mur, face à l’un de ses pires cauchemars.
Heureusement, elle n’a pas dit son dernier mot.

Une agréable surprise !!!
Un grand merci à Virginie et aux Éditions “Mon poche”, de m’avoir permis de découvrir Thierry Cohen, que je ne manquerai pas de suivre…

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Extraits :

« À défaut d’être la réalisatrice de mon existence, je me suis toujours contentée d’en générer la bande-son. Chaque moment de mes journées est accompagné d’un refrain, d’un couplet mixé par un DJ planqué au fond de mon cerveau. Des paroles et une musique qui surfent à la surface de mes émotions pour leur donner un sens plutôt que me laisser les mystifier ou les ignorer. »

« Je reçus l’information comme une gifle. J’allais être virée ! Des images et des questions surgirent aussitôt dans mon esprit, comme brutalement réveillées par la sirène de mes peurs, s’entrechoquèrent et obstruèrent toute ma capacité de raisonnement. Que ferais-je sans emploi alors que la crise offrait si peu d’opportunités d’embauche ? Comment payer mon loyer ? Combien de temps tiendrai-je avec mes maigres économies ? »

« C’est vrai, Alice n’était pas l’assistante la plus éclatante de cette boîte. Sa timidité, sa réserve, ses tenues has been, sa démarche bizarre et son incapacité à participer à la vie sociale de l’entreprise n’en faisaient pas une personne dont on aspire spontanément à devenir l’amie. Mais doit-on s’arrêter aux apparences ? Professionnellement, elle était sans doute l’assistante la plus compétente et la plus consciencieuse. Et, d’un point de vue humain, elle était… touchante. »

« Les hommes sont des cons, Alice. La plupart tout au moins. Ils ne comprennent rien à la sensibilité des femmes, à leurs attentes. Ils se comportent comme des adolescents immatures. Parce qu’ils le sont. Ils jouent simplement à être des adultes. Regardez-les au travail s’enivrer de leurs petits pouvoirs. Regardez-les au volant s’énerver, tenter d’accélérer pour gagner une place. Incapables de vraies conquêtes, ils sont en quête de minuscules victoires, de marques de respect. Des cons, je vous dis. »

 

 

Thierry Cohen est un écrivain français. Il est l’auteur de 10 romans, il vit à Lyon, marié et père de 4 enfants.

Son premier roman, J’aurais préféré vivre a obtenu le Grand Prix Jean d’Ormesson en 2007, prix récompensant un roman pour sa capacité à défendre la langue française. Il a connu un grand succès et a été traduit en 15 langues. Le roman traite du suicide chez les jeunes selon une approche originale, entre l’histoire d’amour et le thriller psychologique.

Thierry Cohen a ensuite écrit des romans aux thématiques variées dont le ressort est toujours profondément humain et fort en émotions.

J’aurais préféré vivre, Plon, Pocket 2007
Je le ferai pour toi, Flammarion, 2009
Longtemps, j’ai rêvé d’elle, Flammarion, 2011
Si tu existes ailleurs, Flammarion, 2012.
Si un jour la vie t’arrache à moi, Flammarion, 2013.
Je n’étais qu’un fou, Flammarion, 2014.
Avant la haine, Flammarion, 2015.
L’Académie des âmes abimées, Plon 2017.
Et puis au pire on s’aimera, Plon, 2019
Rien ne nous séparera, Plon, 2022

Thierry Cohen est également fondateur de l’association Noël Ensemble dont la vocation est de réunir juifs et musulmans pour offrir un réveillon de Noël aux personnes âgées sans famille et et sans moyens.

Cercle littéraire

Mon mari

de Maud Ventura
Broché – 19 août 2021
Éditeur : Iconoclaste

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“Excepté mes démangeaisons inexpliquées et ma passion dévorante pour mon mari, ma vie est parfaitement normale. Rien ne déborde. Aucune incohérence. Aucune manie.”
Elle a une vie parfaite. Une belle maison, deux enfants et l’homme idéal. Après quinze ans de vie commune, elle ne se lasse pas de dire “mon mari”. Et pourtant elle veut plus encore : il faut qu’ils s’aiment comme au premier jour. Alors elle note méthodiquement ses “fautes”, les peines à lui infliger, les pièges à lui tendre. Elle se veut irréprochable et prépare minutieusement chacun de leur tête-à-tête. Elle est follement amoureuse de son mari. Du lundi au dimanche, la tension monte, on rit, on s’effraie, on flirte avec le point de rupture, on se projette dans ce théâtre amoureux.

 

2022_019_Ventura Maud - Mon mari

 

Dans le cadre de nos réunions mensuelles du Cercle littéraire de Maffliers nous avons pu rencontrer Maud Ventura pour son Roman “Mon mari”…
Elle s’est prêtée gentiment aux “jeu” des questions/réponses tout le long de la soirée !
J’ai découvert une personne, très agréable qui a su développer son ouvrage et m’a personnellement éclairé sur certains points que je n’avais pas perçus.

Aujourd’hui, je suis triste…
Ayant vu les différents retours du premier roman de Maud Ventura, je me faisais un plaisir de le lire… Mais, malheureusement, je n’ai pas été suffisamment capté pendant ma lecture.
Alors, oui, je suis triste, d’être passé à côté du roman de Maud.

Pourtant, les deux premiers chapitres m’ont plutôt plu !
Singuliers. Un monologue écrit à la première personne, avec un style alerte, les descriptions des petits riens du quotidien, réalistes par certains aspects, mais souvent répétitifs avec un humour à froid parfois tranchant.
L’héroïne, une femme, professeure d’anglais et traductrice (on ne connaîtra jamais ni son prénom, ni son nom), est obsédée par le parfait amour, et raconte SA vie auprès de son Mari (dont on ne connaîtra pas non plus le prénom).

Maud dresse un portrait dépeignant cette femme sur le qui-vive, qui a tout pour être comblée et qui au fil du roman va devenir beaucoup plus inquiétante que je ne l’avais imaginé.
Le récit se découpe en sept chapitres, les sept jours de la semaine, auxquels elle attitrera pour chacun une couleur différente représentative de sa perception de la journée.
Comme je l’expliquais plus haut, le lundi et le mardi se sont bien déroulé…

Mais… à partir de mercredi, j’ai trouvé le récit malheureusement ennuyant.
Certes, il y a çà et là, de très bonnes idées qui émanent, tantôt pétillantes, parfois effrayantes. Mais il m’aura fallu attendre l’excellent épilogue, pour sortir d’un rythme qui était devenu pour moi, trop répétitif.

Aujourd’hui, je suis triste…
Je suis passé à côté du premier roman de Maud Ventura…
Aux vues des critiques positives attribuées au récit, depuis sa sortie, je vous conseille de vous faire votre propre avis !

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Extraits :

« Je suis amoureuse de mon mari. Mais je devrais plutôt dire : je suis toujours amoureuse de mon mari.
J’aime mon mari comme au premier jour, d’un amour adolescent et anachronique. Je l’aime comme si j’avais quinze ans, comme si nous venions de nous rencontrer, comme si nous n’avions aucune attache, ni maison ni enfant. Je l’aime comme si je n’avais jamais été quittée, comme si je n’avais rien appris, comme s’il avait été le premier, comme si j’allais mourir dimanche. »

« Louise est sublime dans sa longue robe noire, et je ne peux pas m’empêcher de lui faire remarquer que cette couleur et cette coupe lui vont bien. Je m’en veux au moment même où les mots sortent de ma bouche. C’est un travers que je tente de corriger depuis des années : je commente systématiquement un collier, une tenue, un rouge à lèvres ou un parfum qui me plaisent (il faudrait que je me contente de me renseigner discrètement pour savoir d’où ils viennent et acheter les mêmes plus tard). J’ai toujours éprouvé une admiration démesurée pour les femmes de mon entourage, et le leur faire sentir me place insidieusement en infériorité par rapport à elles. Il faut que j’apprenne à ne pas le faire. À moins le faire. Louise me remercie, mais ne me retourne pas le compliment. Dans les milieux bourgeois, on se complimente peu. »

« Depuis que j’ai rencontré mon mari, mes parents, mes sœurs, mes collègues n’ont cessé de commenter mon bonheur. Ils l’affirment tous avec assurance : « Tu en as de la chance ». On me dit que j’ai de la chance comme si j’avais gagné mon mari au loto. On se comporte avec moi comme si j’avais déjoué les statistiques et les probabilités en l’épousant. En d’autres termes, on suggère qu’il aurait pu trouver mieux. »

« Je quitte l’hôtel avec légèreté. J’ai passé un bon moment, même si je sais que c’était pour de faux, comme disent les enfants. C’était bien, mais ça ne compte pas. Cette liaison ne sera ni féconde ni productive : aucun enfant, aucun mariage, aucun bijou ne sortira de cette fin d’après-midi passé avec Maxime. Même la photo de mon dos, unique témoin de ce moment, a été supprimée. De nous deux, il ne reste déjà plus rien. »

 

 

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Maud Ventura a vingt-huit ans et vit à Paris. Elle est titulaire d’un master en philosophie de l’École normale supérieure de Lyon (2013-2015) et d’un master en ménagement d’HEC Paris (2016-2019).

Elle rejoint France Inter juste après ses études. Depuis 2021, elle est rédactrice en chef des podcasts dans un grand groupe de radios, NRJ.
Elle ne cesse d’explorer la complexité du sentiment amoureux dans son podcast “Lalala” et dans son premier roman Mon mari.

Émotion

À l’encre du cœur

de Corinne Falbet
Broché – 3 février 2022
Éditeur : Les nouveaux auteurs

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Violaine, malentendante, rêvait d’écrire un roman depuis l’enfance. À cinquante-cinq ans, l’écriture va transformer sa vie en profondeur, lui redonnant accès à une vie familiale et sociale.
À travers suspense, rebondissements et secrets de famille, « À l’encre du cœur » est un livre choral contemporain sur le pouvoir de l’écriture et l’importance de réaliser ses rêves d’enfant. Une vision positive de la vie ainsi qu’une large place au développement personnel.

 

2022_021_Falbet Corinne - À l'encre du cœur

 

Enfant, je pensais que la magie existait…

Aujourd’hui, je ne me pose plus cette question, tellement c’est évident.
La magie existe. Elle est partout quand on sait la voir.
Dans mes yeux, lorsque j’ai regardé naître mes enfants, dans les leurs au fur et à mesure où ils grandissaient, dans les larmes de ma mamie qui vient de fêter son anniversaire entourée de toute sa famille, la magie plane au-dessus de mon chien, lorsqu’il dort, entouré de tous mes chats pour se tenir chaud, elle se trouve aussi entre les lignes de certains romans, qui en quelques pages m’emportent au-delà de mon quotidien…

“À l’encre du cœur”, fait partie de ceux-là.

Les mots vont et viennent, ils virevoltent avec maestria dans une composition toute inédite pour moi, puisque Corinne Falbet-Desmoulin nous propose un roman dans son roman ! Deux récits qui s’entremêlent. Un peu perturbé au début, très vite, j’ai repris mes marques, puis la mosaïque c’est mise en place toute seule.
C’est étonnant, c’est audacieux, c’est magnifique…

Violaine, point d’ancrage de tous les personnages de ce roman, décide se mettre à l’écriture malgré son âge. Son roman va s’inspirer de sa vie et de ce/ceux qu’elle aime. Mais il va surtout lui permettre de faire le point sur ses larmes qui ont coulé, sur les joies et le bonheur qu’elle a pu vivre, mais aussi les malheurs qu’elle a endurés.

À aucun moment, je n’ai eu l’impression de lire un “premier” roman, tellement la prouesse technique et les sentiments ressentis se marient à merveille.
Je suis allé de surprises en surprises, de révélations en révélations. Plus j’avançais dans le récit, plus j’étais ému, jusqu’à cette fin bouleversante qui m’a fait fondre…

La plume de Corinne, ou de Violaine, finalement, on ne sait plus, est thérapeutique, toute en douceur et très optimiste.
J’ai pris beaucoup de plaisir à lecture de cet ouvrage. Tous les thèmes de notre quotidien y sont abordés avec beaucoup de maîtrise, de sensibilité, mais aussi beaucoup de poésie. Il parle de l’amour en passant par le deuil, le handicap, les rapports parents/enfants, le déni, les mensonges et bien d’autres choses encore.

C’est un nouveau coup de cœur pour moi !
Être capable, dès un premier roman de rendre un tel hommage à l’écriture elle-même, est incroyable !
Je pense que Corinne va être une auteure à suivre de très près.

Je remercie Blandine Carron pour cette très belle découverte, que je recommande tout particulièrement…

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Extraits :

« Elle est vêtue d’une robe légère de couleur crème, avec de grands tournesols rouges qui ressemblent à l’un de ses tableaux. Elle marche pieds nus sur la plage, avance vers moi de sa démarche souple de danseuse. Ses cheveux d’or flamboient dans le coucher du soleil et leur lumière me brûle les yeux. »

« Si je pouvais communiquer comme tout le monde, je ferais tellement plus de choses. Je m’inscrirais dans une association pour pratiquer un sport en groupe, irais chanter dans une chorale, partagerais parfois un film au cinéma avec mes amis. Au lieu de quoi, je me promène seul au Jardin des Plantes, fredonne dans ma cuisine et ne me confronte pas au grand écran, faute de saisir la plupart des répliques des acteurs. Heureusement, j’ai le goût de la lecture depuis l’enfance. Alors, je dévore des tonnes de livres empruntés à la bibliothèque de notre quartier populaire. »

« À défaut de se développer dans mon ventre, mon intrigue grandit sans bruit dans l’espace intime de mon esprit. Et elle y occupe de plus en plus d’importance. De plus en plus de place. J’y pense le jour, mais aussi la nuit lorsque je ne dors pas. Mes personnages prennent de l’épaisseur, de la présence. Les lieux dans lesquels ils évoluent aussi. J’écris, je retravaille, je me surprends à ciseler mes phrases comme un sculpteur affine inlassablement les formes, les détails d’une statue de marbre. Je plonge sans effort dans cet état particulier que je nomme : « en création ». En fait, il me suffit juste que je me « branche », j’amorce puis je laisse venir. Les idées viennent. Et peu à peu, non œuvre prend forme sous mes doigts.
Je n’aurais jamais cru que l’écriture puisse ainsi combler ma solitude. Mon isolement. Ce profond repli sur moi-même, dû à ma surdité. »

« J’ai fini par comprendre d’où venait cette jalousie incontrôlée, m’empêchant de me sentir totalement heureuse. Mes rêves récurrents par rapport à ma mère m’ouvraient la voie. En réalité, je redoute d’être séparée de mon Polynésien, comme mon père, ma sœur Amandine et moi l’avons été d’Elsa. J’ai peur qu’on ne me prenne mon homme, comme l’océan nous a brutalement pris ma mère. Les deux situations n’ont rien à voir, cependant, là aussi un traumatisme semble avoir subsisté durant toutes ces années. Mon Dieu, nous sommes si fragiles, nous les êtres humains… »

 

 

Passionnée d’écriture, de lecture et de piano, Corinne Falbet-Desmoulin vit à Léognan, à côté de Bordeaux. En 2015, elle a décidé de participer à des concours de nouvelles.

Ancienne institutrice, elle a publié en auto édition 3 recueils de nouvelles « Singulières », « Insolites » et « Atypiques”. Très vite, ses textes ont remporté des prix et distinctions littéraires.

« À l’encre du cœur » est son premier roman édité.