Adolescence, Drame, Suspense, Thriller

La quatrième feuille

de Christophe Royer
Poche – 17 mars 2022
Éditeur : Taurnada éditions

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Aujourd’hui, Sophie a tout pour être heureuse : un mari aimant, une famille attentionnée, une amie fidèle, un travail qu’elle adore et une belle maison sur les rives du lac d’Annecy. Pourtant, à la veille de sa première exposition photo, plusieurs faits troublants vont faire ressurgir des événements tragiques de son passé… Un flic détruit par sa première affaire, une bande de copines inséparables, un amour toxique… Et si le cauchemar recommençait ? Un thriller glaçant inspiré de faits réels.

 

2022_020_Royer Christophe - La quatrième feuille

 

C’est le second roman de Christophe Royer que je lis, et c’est avec beaucoup de plaisir que j’ai retrouvé sa plume aiguisée.
On apprend à la fin du roman que c’est un fait réel qui a inspiré Christophe !
Ça fait froid dans le dos…

Le texte est divisé en quatre parties et ce n’est pas un hasard.
Quatre feuilles, quatre amies… Mais sont-elles toutes des amies ?

Bienvenus dans ce thriller psychologique très efficace, qui raconte une histoire d’amitié qui va très mal se terminer.

Sophie et Carole préparent une exposition de photos, entre stress et excitation, elles se donnent à fond pour la réussite du projet. Plus la date approche, plus Sophie est excitée, mais en même temps elle se sent observée chez elle, ses chats qui ne répondent plus à l’appel du repas, et pour finir Carole qui est agressée par un inconnu, dans le local où doit avoir lieu l’exposition, et il finit par y mettre le feu en espérant peut-être se débarrasser de celle-ci…
Lorsque Sophie apprend ce qui est arrivé à son amie, elle se sent complètement perdue…

Flashback, quelques années plus tôt.
Sophie, Carole et Béatrice sont toutes les trois dans un lycée à Annecy. Elles sont les meilleures amies du monde. Très vite, elles se donnent un nom, “drôles de dames” ou “DDD”.
Carole et Béatrice permettent à Sophie de contrebalancer son vécu chez elle, où les rapports sont très compliqués, voire violents entre son père et Franck, son frère cadet. Sa petite sœur, elle, l’évite le plus possible, par peur de ses réactions.

Entre les amies, c’est à la vie, à la mort.
Puis un jour Maud entre dans le groupe qui devient “DDDD”.
Assez rapidement, Maud montre des comportements parfois étranges. Elle préfère s’isoler avec Sophie, fait en sorte de diviser le “Groupe”. Le trio va décider de s’éloigner progressivement de Maud.
Alors, lorsque qu’elle se rend compte qu’elle est évincée, elle…

Je ne dirai rien de plus pour ne pas gâcher votre plaisir. Christophe Royer nous a concocté un “petit” bijou, et il serait dommage de passer à côté. Chaque petit détail a son importance, jusqu’au dénouement final !

Un thriller glaçant et captivant que j’ai adoré.
Harcèlement, jalousie, manipulation… L’écriture est fluide, percutante, et très visuelle, pour ce page-turner lu d’une traite, avec ses chapitres courts et ses rebondissements qui s’enchaînent les uns après les autres !

Je remercie encore une fois, les éditions Taurnada pour leur confiance, et de m’avoir permis la lecture ce nouveau roman rempli d’émotions.

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Extraits :

« La pièce, insalubre, qui avait dû un jour être qualifiée de cuisine, empestait le moisi. Les murs étaient défraîchis est fissurés par endroits. Des carreaux en faïence encadraient un évier recouvert d’une épaisse couche de graisse ocre et noir. Au centre, une table en Formica sur laquelle étaient étalées de nombreuses feuilles manuscrites. Sur toutes, la même calligraphie, ronde et enfantine. C’était l’écriture de celle qui se tenait assise, la tête entre les mains. »

« Le week-end suivant, Sophie inventa une excuse pour ne pas voir Maud. À la place, elle fixe un rendez-vous à Béatrice et Carole dans un café ou elle leur raconta tout.
Carole et Béatrice n’étaient pas en colère contre Sophie, au contraire, elles étaient soulagées. Elles avaient compris depuis longtemps le manège de Maud et avaient déploré et l’attitude trop bienveillante de Sophie malgré leurs tentatives répétées pour lui ouvrir les yeux sur cette relation nocives. »

« L’officiant s’entretint une dernière fois avec les parents de “Xxxxx” avant de se rendre derrière le pupitre.
Son discours d’ouverture fut ultra-classique, mais plutôt bien tourné, reprenant quelques éléments de la vie de “Xxxxx” avant de laisser la place aux premières notes de guitare de Jeff Buckley avec le morceau Hallelujah. C’était toujours étonnant de constater la puissance d’une mélodie, d’une fois, d’un instrument. La musique avait cette faculté incroyable à pouvoir transcender les émotions et les souvenirs. »

 

 

Christophe Royer est né en 1971 au Creusot, en Bourgogne. Après l’obtention de son doctorat en biologie animale, il change de cap pour préparer un master d’informatique, sa deuxième passion, à l’INSA de Lyon. Aujourd’hui, chef de projet, il vit à Saint Vallier avec sa femme et leur fils.

Le « Projet Sapience » est né il y a 25 ans. Après une longue gestation, il prit la forme d’un dossier pour un jeu vidéo qui a été proposé à plusieurs éditeurs. Aucun n’a répondu, mais étrangement, deux années plus tard, un jeu reprenant les principes de base du dossier sortait. Par la suite, le scénario issu du jeu est resté dans un placard durant de longues années. En 2014, Christophe décide de reprendre l’idée originale et se lance dans l’écriture d’un roman d’anticipation, où l’aventure est omniprésente sur fond d’intrigues.

En 2016, sortie de la première partie « L’arche » qui va nous amener à quitter la Terre pour la mystérieuse planète Sapience. Un long voyage durant lequel un groupe hétéroclite de personnages devront s’unir pour faire face à une succession d’événements inquiétants.

En 2017, sortie de la suite et fin de cette aventure avec « Hostile ». Parvenus à la surface de Sapience, ils devront poursuivre leurs investigations tout en implantant au mieux la nouvelle colonie et en faisant connaissance avec les habitants. Riche programme…

En 2018, L’auteur change d’univers et revient sur Terre avec un thriller addictif qui se déroule entre Paris et Montceau-les-Mines. Nous suivons les aventures d’une jeune capitaine travaillant à la Brigade de Répression du Proxénétisme. D’abord proposé en auto-édition, il va ressortir le 12 septembre 2019 aux éditions Taurnada.

Émotion, Histoire, Philosophique, Thriller ésotérique

Mare Nostrum

Les étoiles d’Orion** – 1096
de Brice Nadin
Broché – 4 novembre 2021
Éditeur : Librinova

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À la veille de la première croisade, une mission diplomatique tourne mal et plonge un novice bénédictin de 17 ans dans un périple vertigineux autour de la Méditerranée du XIe siècle. Mare Nostrum est un roman d’aventures à la croisée des genres entre histoire, fantastique, romance et quête existentielle. De la jeune république de Pise à l’île de Malte, de la grande pyramide de Gizeh à la vieille ville du Caire, il nous entraîne au seuil de deux mondes qui vont bientôt s’affronter : l’Occident chrétien porté par une vague de foi sans précédent et l’Orient musulman qui brille par sa civilisation. Sur les traces de Joachim de Saint-Ange, on y rencontre des personnages fascinants : comtesse combattante, conteur persan, membre de la secte des Assassins, esclaves, espions, seigneurs et émirs… Cette épopée médiévale mènera-t-elle Joachim vers le plus convoité des trésors, la quête de lui-même ?

 

2022_018_Nadin Brice - Mare Nostrum

 

Quel plaisir de retrouver Joachim de Saint-Ange, notre jeune moine copiste.
“Les étoiles d’Orion”, le premier volet de ce récit, était teinté d’ésotérisme et de magie. Dans cette suite, j’ai vécu de véritables aventures, chaque action en entraînant une autre, je ne me suis ennuyé à aucun moment et c’est aussi un roman très érudit pour les passionnés d’histoires.

Joachim, avec d’autres moines et quelques soldats ont pris la mer pour une mission secrète. Sous couvert d’une mission d’étude, ils devront analyser les forces et les faiblesses de ceux qui occupent Jérusalem, afin de libérer la ville sainte. La belle Alix de Saint-Germain fait aussi partie du voyage, jusqu’en Italie, pour échapper à la colère d’Helgon qui n’accepte pas son humiliation, suite au refus de son mariage. Joachim veut profiter de cette période en mer pour renouer avec elle, après plusieurs mois de silence.

Tout aurait pu se passer comme dans le meilleur des mondes, mais Brice Nadin en a décidé autrement…

L’écriture fluide, et très documentée de ce roman, qui navigue régulièrement entre fiction et histoire, raconte le voyage initiatique de Joachim confronté à un monde inconnu jusqu’alors, très loin de son quotidien dans l’abbaye de Cluny.
Le jeune moine sorti de son “cocon”, va vivre des aventures dangereuses, il frôlera la mort à plusieurs reprises, jusqu’à l’émergence de celui qu’il était déjà dans son esprit. Un homme libre, curieux de savoir et bon avec autrui. La vie va s’ouvrir à lui… Quels seront ses choix ? Quelle sera sa destinée ?

La réponse se trouve entre les lignes de ce sublime roman, qui je l’espère aura une suite toute aussi prenante !

Je n’en dirais pas plus pour que vous puissiez ressentir les mêmes émotions que moi…

Merci Brice, pour m’avoir de nouveau fait voyager si loin dans des contrées oubliées… Pise, Malte, le Caire… Les pyramides et leurs secrets, des coptes, des juifs et des musulmans qui vivent ensemble, un conteur persan, la secte des Hassanjins (assassins)…
De nouveau, un gros coup de cœur pour moi !

J’espère que mes quelques mots, donneront envie de découvrir cette “vision” de l’auteur à ne surtout pas manquer.

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Extraits :

« Car il faut bien que la vie ait une fin pour qu’on puisse en saisir la substance. Et devant cette mort qui nous guette tous, ne sommes-nous pas enfin égaux ? Riche, pauvre, puissant, faible, elle nous attend tous au bout de la route sans distinction de race ni de sexe.
Mes chers enfants, écoutez la voix de mon âme : gardez la foi. Ne redoutez pas l’heure ultime. Vivez votre vie, accomplissez votre destinée et soyez-en assurés : nul ne naît par hasard ni ne vient au monde contre sa volonté. Car tout a un sens ici-bas. Mais n’attendez rien de la providence et faites en sorte de pouvoir être fier de ce que vous aurez accompli. Vivez chaque jour comme s’il était le dernier et, ce jour venu, vous n’aurez rien à regretter. »

« Chez les anciens Grecs, Cassiopée était l’épouse du roi Céphée. Tous deux régnaient sur ce pays qu’on nomme Éthiopie et qui se situe aux confins du lointain pays d’Égypte, à la frontière du monde connu. Un jour, la reine Cassiopée prétendit que sa fille Andromède, qu’on aperçoit ici en direction du levant, était plus belle que les Néréides, nymphes de la mère pourvues d’une beauté incroyable. Vexées par insolence de Cassiopée, les nymphes se plaignirent auprès de Poséidon, dieu de la mère chez les Grecs. En colère, ce dernier envoya un redoutable monstre marin, nommé Cétus, dévaster les rivages d’Éthiopie en y provoquant des tempêtes si violentes que le pays sombra dans le chaos. »

« J’accepte ton offre, tu peux lui proposer ma candidature comme assistant. Mais tu lui diras aussi que je fais équipe avec Hiba. Elle s’occupera de tenir la boutique et moi de l’inventaire et de la tenue des livres. Il lui faudra nous loger et nous nourrir en échange de notre travail. C’est à prendre ou à laisser…
Théodose nous considéra tous les deux, l’air stupéfait.
– Et tu ne comptes pas lui demander de salaire ?
– Pourquoi faire, si nous sommes logés et nourris ? »

 

 

Brice Nadin est né en 1967 à Saint-Germain-en-Laye. Il vit aujourd’hui en région parisienne où il se consacre à l’écriture. Consultant en nouvelles technologies, entrepreneur et père de trois enfants, il a eu d’autres vies avant de devenir romancier.

Passionné d’histoire et d’ésotérisme, en 2019, il publie son premier ouvrage, Les étoiles d’Orion, Cluny 1095, en auto-édition. Porté par une atmosphère médiévale fidèlement reconstituée, matinée d’un peu de surnaturel, le roman séduit plus de 4 000 lecteurs et se classe plusieurs fois en tête des ventes de romans historiques sur la boutique Kindle. Il est aussi « coup de cœur » dans de nombreuses librairies telles que La Procure ou Lamartine à Paris. Le tome 2, Mare Nostrum, reprend les mêmes personnages attachants pour les conduire cette fois dans un périple autour de la Méditerranée, à la veille de la première croisade.

Les étoiles d’Orion, Cluny 1095
https://leressentidejeanpaul.com/2022/01/30/les-etoiles-dorion/

Émotion, Drame, Psychologie

Nos vies insoupçonnées

de Anaïs Jeanneret
Broché – 13 janvier 2022
Éditeur : Mon Poche

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Une petite fille perdue. Une femme qui a fait le mauvais choix. Un commissaire de police désabusé et romantique. Une institutrice en colère. Une gloire des médias au parcours inattendu. Une mère et son fils dont la rencontre a scellé des liens d’autant plus solides que leurs passés furent chancelants… Autant de vies en apparence banales dont l’écriture d’Anaïs Jeanneret dévoile les subtils décalages et entrelacs : cette part du hasard, de la rencontre, ou encore du désir, qui les fait soudain palpiter et les relie les unes aux autres sous l’effet d’une force insoupçonnée.

 

2022_017_Jeanneret Anaïs - Nos vies insoupçonnées

 

“Nos vies insoupçonnées”, c’est l’histoire d’une petite fille qui se cache sous l’armoire d’une salle de classe et qui…

“Nos vies insoupçonnées”, se sont sept chapitres plus émouvant les uns que les autres.

Dès le début de ma lecture, j’ai eu l’impression de lire une nouvelle, avec une belle écriture, claire et limpide.
Puis le second chapitre. Où suis-je ? Que se passe-t-il ? Où sont mes personnages devenus si vite attachants ?
Vient le troisième… Et rebelote !
Et le quatrième…

Je suis dans un labyrinthe qui m’emporte sur plusieurs récits, mais toujours cette écriture fine et délicate. Petit à petit certains liens apparaissent fragiles d’abord, puis de plus en plus ténus, et toujours l’émotion, beaucoup d’émotion. Mon imagination tourne à toute vitesse, je cherche des raccourcis, des lignes droites ?
Il n’y en a pas. Ce serait beaucoup trop simple.
L’auteure ralentit le temps. Elle nous incite aux questionnements, à la réflexion…
Bien sûr, je me doute que les personnages de tous les chapitres vont se retrouver. Mais où ? Pourquoi ? Comment ?

Et puis ça monte, ça monte encore, et le labyrinthe se transforme en boucle, et c’est la vie va les réunir. Certains, pas tous. Pour un recommencement, un nouveau départ, gommer certaines erreurs si possible… et toujours cette belle écriture avec ce qu’il faut de pudeur…

Découverte “coup de poing” d’Anaïs Jeanneret.
Anaïs a des mots qui touchent, qui brûlent parfois, mais l’esprit reste doux, il m’a particulièrement touché. Je me suis retrouvé parfois au milieu du récit. Enfin, mon autre moi, celui qui s’est éclipsé il y a quelques années.
Anaïs regarde, elle écoute, comprends puis retransmet.
À nous d’ouvrir les yeux, d’accepter, puis d’ouvrir aussi nos bras afin de la recevoir avec toute sa simplicité.

Un livre très émouvant à lire absolument, car finalement, il y a TOUJOURS de l’espoir…

Merci aux éditions de Borée pour cette découverte à suivre…

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Extraits :

« J’ai découvert combien j’aimais le silence, prendre le temps d’admirer un ciel d’orage sur un champ de blé qui ondule dans la brise, ou le tableau moderne que forment les juxtapositions de néons publicitaires illuminant la nuit des grandes villes. Je pourrais, comme tant de femmes seules, m’inscrire à un atelier de sculptures, aux Arts-Déco, me mettre au golf ou prétendre me lancer dans l’écriture d’un roman. Je pourrais chercher à remplir mon emploi du temps. Occuper chaque heure du jour. Paraître débordée. Mais je préfère rêver. Je ne redoute pas l’ennui. Il y a longtemps, j’avais voulu avoir un destin. À présent, je me laisse porter au gré du vent, légère est libre. À présent, je veux me perdre et découvrir des horizons incertains. Je veux de nouveau rivages. Je veux tanguer jusqu’au vertige. Je veux retrouver la mémoire. Je veux me souvenir de tout et profiter de chaque seconde. »

« Il adorait jouer avec le rythme des phrases, se laisser porter par la musique des mots et, surtout, disparaître derrière ses personnages. Là était sa drogue favorite : s’oublier, devenir quelqu’un d’autre, n’importe qui d’autre que lui. Il était cette femme abîmée par l’existence. Il était un vieux cheval qui ne servait plus à rien et attendait paisiblement la mort. Il était un enfant. Il était le vent. Autant de façons d’explorer les recoins les plus obscurs de l’âme, de se glisser dans les plus minces anfractuosités du mystère humain. Tout devenait alors possible. »

« Celui qui naît bienheureux, qui connaît des orgasmes desquels naîtront de beaux enfants, celui-là n’est rien d’autre qu’un animal chanceux. Le bonheur qui vous tombe dessus comme une bassine d’eau tiède n’est pas le bonheur. »

 

 

Valérie Jeanneret, dite Anaïs Jeanneret, est une actrice, mannequin, romancière et photographe française.

Actrice (1983-1997)
Elle commence sa carrière de comédienne en 1983, où elle alternera longs métrages de cinéma et téléfilms.Elle fait sa première apparition aux côtés de Jacques Dufilho, sous la direction de Jean-Daniel Verhaeghe. En 1985, elle tourne Péril en la demeure de Michel Deville, dans lequel elle interprète le rôle de Viviane Tombsthay.

En 1986, elle tourne Twist again à Moscou de Jean-Marie Poiré, et la même année, L’Été 36, sous la direction d’Yves Robert. Elle a également endossé plusieurs personnages dans des téléfilms et fait une publicité pour une marque d’huile avec Patrick Bruel et Maria Pacôme en 1984.

En 1991, elle joue dans Le Gang des Tractions Avant de Josée Dayan, l’année d’après dans L’Amour assassin d’Élisabeth Rappeneau, et dans Les Vaisseaux du cœur d’Andrew Birkin. De 1993 à 1995, elle tournera à quatre reprises sous la direction de Miguel Courtois. Elle abandonne sa carrière d’actrice en 1997 pour se consacrer à la littérature.

Romancière
En 1990, elle publie son premier roman, Le Sommeil de l’autre, préfacé par Flora Groult qui écrit : « ce livre construit avec rigueur dans un mouvement symphonique qui accorde toute leur place aux bonheurs d’écriture, est un roman romantique, dans le sens le plus lyrique du terme ».

Elle reçoit le prix du Quartier latin en 1993 pour son livre Les Poupées russes. Dans Le Nouvel Observateur, Jean-Louis Ezine, souligne : « Mais c’est la maîtrise à recomposer le puzzle qui étonne, le rythme exact et la couleur toujours précise des années disparues ».

En 1999 sort Les Yeux cernés. Dans Dernières Nouvelles d’Alsace, François Busnel, écrit : « On sort, bouleversé, et les larmes aux yeux, de ce livre qui doit absolument prendre place dans votre Panthéon littéraire. […] Rarement un écrivain aura su décrire si fortement le trouble de la jeunesse, cette partie de nous-même qui bégaie son admiration pour ce qu’elle n’est pas. […] Il a fallu 160 pages à Anaïs Jeanneret pour nous convaincre que l’amitié désintéressée, pure, splendide entre un homme et une femme était possible. Il ne lui faut que 30 pages, les plus violentes jamais écrites sur le sujet, pour ruiner nos illusions et démasquer l’écœurante mollesse de l’amitié ».

En 2002, paraît La Traversée du silence. Elle reçoit le prix François Mauriac 2014 de l’Académie française pour La Solitude des soirs d’été paru en 2013. Dans Lire, Alexandre Fillon, déclare : « L’auteur des Yeux cernés (Anne Carrière) joue très subtilement avec l’ombre et la lumière, les fêlures de ses personnages, leurs blessures. Celles qui font avancer et celles qui ne se referment jamais ».

En avril 2016, elle publie Nos vies insoupçonnées. Olivia de Lamberterie écrit dans le magazine Elle : « D’une plume délicate, plutôt que de décrire les plaies à vif, elle ausculte ces moments où la douleur s’est épuisée et où l’on peut faire sereinement le choix du bonheur ».

Photographe
Dans les années 2000, Studio Magazine lui commande en tant que photographe plusieurs séries de photos ; elle réalise alors les portraits de Gérard Darmon, Serge Gainsbourg, Paul Boujenah… Elle publie en outre un reportage photos sur Michel Deville à l’occasion du tournage de La Lectrice.

Histoire, Polar historique, Suspense

Alexandre***

L’horizon d’Aton
de Annette Rossi
Broché – 30 août 2019
Éditeur : Les Sentiers du Livre

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Les pistes que suivent un archéologue-linguiste et un égyptologue de renom depuis la découverte d’un symbole référant à un pacte conclu à Babylone en 323 avant Jésus-Christ, année où disparaît Alexandre le Grand, les entraînent dans une descente irréversible vers le danger. La trinité, une alliance sans scrupule, met tout en oeuvre pour empêcher la découverte du tombeau du roi macédonien, mystérieusement disparu au début du IVe siècle, époque où fut érigé le Saint- Sépulcre à Jérusalem. Est-ce la Ville sainte qui détient la clé du mystère ? Et qui fut réellement Jésus-Christ ? Le Nemrud Da va-t-il livrer l’indice majeur permettant de percer à jour la vérité ? Est-ce le carré magique Sator qui révèlera le chemin vers la pyramide invisible dans la cité illuminée ? Sur fond de guerre en Palestine et tensions politiques des années soixante-dix, des villes mortes du Proche et Moyen-Orient à l’Égypte, en passant par Pompéi, la Provence et Israël, nos héros, faisant preuve d’une foi et d’une résolution inébranlables, poursuivent leur quête et dévoileront enfin le sens profond de alètheia musterion apocryphe ptoselper.

 

2022_016_Rossi Annette - Alexandre *** L'horizon d'Aton

 

Voilà, c’est fini…
C’est avec de la tristesse, je dois le dire, que je termine le dernier volet de cette trilogie incroyable !

Dans mes deux premiers “Ressentis”, j’avais déjà parlé de la qualité documentaire et historique, mise en place par Annette Rossi, et de la magie qu’il y a dans ses mots…. Ce troisième tome ne déroge pas à “sa” règle. Très bien construit et toujours aussi bien documenté. Mais attention, dans ce tome, le rythme s’intensifie au fur et à mesure… avec d’énormes surprises.
Alors, fiction ou pas ?
Tout est si bien construit que l’on voudrait presque y croire…
Et les derniers chapitres !!! Si inattendus qu’ils pourraient même dérouter certains lecteurs, chaque détail est important.

Tout le long de ses plus de 1200 pages, l’intrigue sera relativement complexe pour tout lecteur qui voudrait juste lire cette épopée comme n’importe quel autre roman.
Non !
Lire la trilogie d’Annette, se mérite presque… Il faudra se mettre à la place des héros, surmonter les différentes épreuves, souffrir aussi avec eux, s’accrocher pour ne pas tomber, et les perdre au détour d’un chapitre plus consistant, mais quel bonheur !

Depuis plus de 45 ans que je lis, et plus de 3000 romans lus, la trilogie “Alexandre” fait certainement partie des meilleurs romans historiques que j’ai lu.
Annette recherche la perfection… Elle obtient des lecteurs éblouis qui vont maintenant se retrouver “orphelins”…
Philippe, Didier, Sophia, Julia et tous les autres nous quittent, après quatre années de quête à travers le monde, après d’incroyables découvertes jusqu’à la fin.

Je recommande vivement la “Trilogie – ALEXANDRE” à tous les amoureux des mots et des intrigues bien ficelées…
Très gros coup de cœur pour cette magnifique Histoire…

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Extraits :

« La prière du soir, isha, résonne dans la ville. Depuis les nombreuses mosquées de Bursa, les chants des muezzins, comme des échos, s’enchaînent les uns après les autres. Il est presque minuit lorsque, pour la deuxième fois deux la journée, les deux hommes grimpent la ruelle escarpée qui mène au complexe de Bayezid Yildirim. La température est agréable. Un ciel constellé tend un voile d’argent au-dessus du site. Une faible brise balaie les hauts cyprès et fait frémir les feuilles des châtaigniers. Les pierres claires de la mosquée et de la médersa en ruine baignent dans la lumière blanchâtre de quelques lampadaires. »

« L’automne recouvre la Provence. Au pied de la montagne du Lubéron, ondule un paysage aux nuances subtiles enveloppé des senteurs de plantes parfumées. La lumière diaphane caresse les collines de calcaire blanc et adoucit les couleurs flamboyantes des falaises ocre et rouges. Les villages baignés par le soleil veillent au sommet des collines, blottis contre des châteaux. Ils sommeillent au milieu des garrigues et forêts ou dorment encerclés de houles de champ de blé. À l’époque de la floraison de la lavande, les prés sont sublimés par l’alternance de bande bleue caractéristiques du paysage provençal. »

« Hantés par ce qu’ils viennent de vivre et surtout, à quoi ils viennent de survivre, ils fument en silence. Les images de l’attaque ne cessent de les tourmenter. Il est près de minuit. Tous sont épuisés, meurtris. Ils sont déshydratés et le froid est en train de devenir inconfortable. Ils décident de se remettre en route au plus vite. Laila distribue les lampes frontales et les Uzis, chargeurs pleins, puis David, écrasant sa cigarette, propose :
– On y va ? »

« Alexandre, de son vivant, créa sa mort et de sa mort, il créa sa légende qui est le mystère de la vérité qui est le secret que protège la Trinité. »

 

 

Née aux Pays-Bas, passionnée de voyages, d’histoire et d’archéologie, très tôt Annette part à la découverte du monde et consigne ses expériences sur des carnets. Un jour, sur sa route, elle croise deux aventuriers avec lesquels elle se lie d’amitié et qui donneront naissance aux héros de son premier roman. Aujourd’hui, elle vit en France, au pied du mont Blanc dans la vallée de Chamonix.

« Le besoin de décrire ce que je vois, ce que je vis, ce que je ressens, existe depuis mon enfance. Mes voyages me donneront l’occasion d’exprimer cette passion et ces notes donnent naissance à des récits en néerlandais. Plus tard, je découvre le plaisir d’écrire en français. Une langue tellement riche, tellement raffinée, qu’elle permet de trouver toujours le mot juste, la parfaite nuance. Je publie un blog de voyages sur WordPress : Voyages au-delà de l’horizon et un blog d’images en trois langues ; français, néerlandais, anglais : Images au-delà de l’horizon. Puis, un jour, une intrigue traverse mon esprit… »

Annette Rossi

Alexandre – TOME 1 : Le pacte de Babylone
Alexandre * Le pacte de Babylone

Alexandre – TOME 2 : La malédiction de Tamerlan
Alexandre**

Émotion, Roman de terroir, Romance

La Liberté des enfants perdus

de René Barral
Broché – 10 février 2022
Éditeur : de Borée

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Maria, une enfant de l’assistance publique, est placée dans une ferme cévenole où elle subit les violences du propriétaire des lieux à qui personne n’ose tenir tête à l’exception de mémé Léonie. Seul Larion, un pâtre rebouteux, lui offre un peu de réconfort en la prenant sous son aile Et lorsque Virgile Saltet, lui aussi enfant de l’assistance, arrive chez le frère de mémé Léonie, l’attirance entre eux est immédiate et réciproque. Mais ces enfants là sont malmenés par l’existence et tandis que Virgile est envoyé en maison de redressement, Maria quitte la ferme pour entrer au service d’une riche famille d’industriels nîmois. Pourront-ils espérer vivre un jour libres et heureux ?

 

2022_015_Barral René - La liberté des enfants perdus

 

1931, les Cévennes, Dieu n’est pas juste envers tous…

La petite Maria, enfant de l’assistance publique, vie dans sa “Chambre” près des moutons dont elle doit s’occuper quotidiennement. Tous les jours, elle fait de son mieux pour éviter Firmin, l’homme qui “l’élève”, qui ne demande qu’une occasion pour lever la main sur elle. Rose, sa femme et Léonie, la mère de celle-ci essayent en vain de lui tenir tête, mais dès qu’il boit, il devient violent.

Puis un jour, Virgil et Maria se rencontrent… Très vite, il devient son confident et son seul ami, ils se voient régulièrement en cachette.
Mais Firmin ne l’entend pas ainsi !

René Barral, est un “enfant” de la vie, un enfant de l’amour…
Son histoire m’a conquise et emmenée vers des terres que j’ai visitées, il y a quelques années déjà. J’ai retrouvé des parfums et des lumières particulières à travers son récit. Il dépeint la vie de deux enfants que la vie avait abandonnés, mais ensemble ils vont trouver des raisons pour s’accrocher et continuer à aller de l’avant, malgré le contexte, politique et social en pleine ébullition, où l’ombre d’une guerre se rapproche insidieusement de l’Europe.

J’ai passé un très agréable moment de lecture.
L’histoire m’a tenu en haleine. Des personnage qui prennent leur place petit à petit, du suspense aussi, mais que dire de l’écriture, des descriptions, des mots choisis, de ce vocabulaire riche et de moins en moins usité… Tout est parfait !
Je ne peux que vous recommander ce livre…

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Extraits :

« Mais sache, Maria, que pour être heureux, il faut aimer la vie et les gens. Cela me réjouit le cœur d’être capable de soulager tous ceux qui viennent me consulter, et j’en suis fier, parce qu’ils me sont reconnaissants. Cela me comble de me sentir utile. »

« Un violent soubresaut lui fit ouvrir les yeux. Dans la semi-pénombre, elle distinguait vaguement des mains qui s’agitaient devant elle sans qu’elle comprenne ce qui lui arrivait, puis elle prit conscience que ces mains lui obéissaient et étaient les siennes. Toutefois, il lui fallut encore quelques instants pour réaliser qu’elle se trouvait assise dans son lit et que sa chemise de nuit était trempée de sueur. Épuisée, elle se laissa aller en arrière et resta longtemps inerte, revivant la tragique soirée de la veille. »

« Pourquoi tant de drames, de chômage, de grèves, d’affrontements, de haine entre ceux que l’on dit de gauche et ceux de droite ? Tous les hommes politiques sont-ils vraiment corrompus ? Pourquoi le fascisme risque-t-il de provoquer la guerre ? »

« Maria, mon amour,
Gabriel m’a prévenu. Il me faut partir à Montpellier et, je l’avoue, je n’ai pas eu le courage de venir te parler. C’était au-dessus de mes forces, je ne voulais pas te voir encore pleurer à cause de moi. Mais je serai bientôt de retour et je ne te quitterai plus, quoi qu’il arrive. Ne sois pas inquiète, c’est bien ma dernière mission. J’ai déjà assez payé de ma personne et beaucoup risqué. Et puis tu as raison, j’ai bien conscience qu’après avoir été libéré d’Aniane, je me suis bêtement laissé exploiter par Valat, le premier qui m’a tendu la main.
Maintenant, j’ai envie de vivre librement, et nous, nous avons le droit au bonheur, et ce ne sera que justice après tout ce que nous avons enduré. Sache que je t’aime de tout mon cœur, Maria, et que je ne souhaite qu’une chose monde, passer enfin le reste de ma vie avec toi.
Ta pensée ne me quittera pas jusqu’à mon retour.
Je t’embrasse très fort,
Virgile »

 

 

Autodidacte, René Barral a su retenir de l’enseignement de ses professeurs d’antan la curiosité et la soif d’apprendre. Une fois retraité, il étudie les lettres à l’université et décide de prendre sa plume pour dépeindre avec amour et verve les Cévennes. Souvent récompensé, il a conquis un lectorat fidèle grâce à ses histoires généreuses, accessibles à un large public. Il est l’auteur de douze romans, tous publiés aux éditions De Borée.
René Barral vit dans les Bouches-du-Rhône…

Suspense, Thriller psychologique

Voyage thérapeutique

de Armand Cabasson
Broché – 18 octobre 2021
Éditeur : Librinova

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Un tireur d’élite des forces spéciales, Sven Eriksen, revient en France après une opération désastreuse au Mexique contre un narcoterroriste. Il « dialogue » avec Thomas, son meilleur ami décédé lors de cette mission. Au début, transformer Thomas en ami imaginaire n’était qu’un moyen de faire son deuil. Mais, petit à petit, Sven bascule dans la folie. Sa violence vertigineuse va lancer la police et l’armée à sa poursuite. Pendant ce temps, un psychiatre prépare un mystérieux voyage thérapeutique pour aider deux amies. Leur route croisera inévitablement celle de Sven… Avec son regard de psychiatre, Armand Cabasson nous livre un thriller haletant et angoissant qui tourbillonne avec habileté autour des traumatismes de ses personnages profondément humains.

 

2022_014_Cabasson Armand - Voyage thérapeutique

 

J’ai beaucoup aimé ce roman qui mêle deux récits qui vont s’entremêler jusqu’à se percuter dans un final qui m’a bluffé !

Je découvre la plume d’Armand Cabasson, psychiatre et écrivain, par l’intermédiaire de Babelio.
Quel rythme, et quelle histoire !

L’auteur connaît parfaitement son sujet. Les militaires avec leurs sessions de combat plus vraies que nature, les narco-trafiquants mexicains, si puissants qu’ils font la pluie et le beau temps dans leur pays, à leur guise, et le traumatisme des guerres quand ce n’est pas celui d’accidents ou de viols. On sent très vite qu’Armand est sur son terrain, et ce, pour mon plus grand plaisir… Pas le temps de s’ennuyer un instant. Tout va très vite, de surprises en rebondissements, ça n’arrête jamais.

“Voyage thérapeutique”, n’est pas qu’un thriller. Il y a beaucoup de psychologie, des personnages complexes, en tant que lecteur, je me suis posé énormément de questions, et Armand m’a donné au fur et à mesure beaucoup de réponses, sur des sujets que je ne connaissais pas, ou très peu. Les us et coutumes des Aztèques, la mise en place d’opérations militaires, leurs organisations, légales ou pas, mais surtout les mécanismes psychologiques mis en place automatiquement par notre esprit en cas de peur ou de danger soudain…
La véritable question est… Comment se reconstruire après avoir vécu le pire ?
Ou, comment les connaissances psychiatriques d’Armand vont servir à la mise en place d’un thriller machiavélique et redoutable !
Un roman où la folie n’est jamais loin…

Le parcours violent et chaotique de Sven et de Thomas a capté toute mon attention, ainsi que le voyage de May et Séverine, organisé par Arnaud, psychiatre, sous forme d’un voyage thérapeutique afin qu’elles surmontent, ensemble, les fantômes de leurs passés.
Un excellent moment de lecture, avec de l’action, mais pas que, l’écriture très intense du récit est un vrai plus !

Armand Cabasson, un auteur à suivre…

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Extraits :

« Rouler la nuit l’apaise. Un peu, c’est déjà ça. Tout à l’heure, une pluie d’été est tombée, vive et brève. Les pneus chuintent sur l’asphalte mouillé. Silencieux, Sven Eriksen enchaîne les va-et-vient sur l’autoroute, à la recherche de la paix intérieure. À ses côtés, Thomas écoute la radio, avec des postures nonchalantes évoquant un chat se prélassant sur un canapé. Les sujets de discussion des vivants l’amusent beaucoup. Quelques fois, il ricane en secouant la tête et murmure : “mais c’est absurde !”, ou : “perdre son temps avec des trucs pareils… Incroyable !” »

« May ne réalise même pas que Suzie et Olivier sont en train de hurler. Bouche bée, elle fixe cette immensité bleue qui fonce sur eux. Le choc est d’une violence inouïe : l’avant de la voiture sue broie à l’impact, le moteur est projeté vers l’arrière et enfonce son compartiment pour surgir dans l’habitacle, les déploiements de l’airbag passager et des airbags latéraux sont aussi assourdissants que des détonation, le corps d’Olivier s’écrase contre le volant, le pare-brise se fissure en toile d’araignée, les portières sont enfoncées et les vitres explosent… »

« Notre cerveau apprend beaucoup de choses par comparaison, il recherche des similitudes, des analogies. Quand on fait face à un danger majeur, risque de mort imminente, viol, dislocation du monde comme lors d’un tremblement de terre ou d’un tsunami, notre esprit se trouve confronté à une situation totalement inédite. Il doit gérer un Réel d’une nature autre, incompréhensible, quelque chose qu’aucun mot ne peut décrire, un indicible, un impensable. Voilà pourquoi les gens qui ont survécu à une fusillade, un attentat, un déraillement de train, disent souvent : “C’était comme dans un film”, “On aurait dit un rêve”… C’est parce que leur esprit a abouti à la conclusion que, la seule chose qui ressemble à ce truc, ce sont des thrillers, des films catastrophes, des cauchemars… »

« Quand je me coupe, quand je m’écorche, la douleur submerge mes pensées et ça évacue la pression. Ne prenez pas cet air consterné, docteur, puisque je vous dis que ça me calme. Disons que c’est juste une version hardcore de se ronger les ongles… »

 

 

Armand Cabasson est psychiatre et écrivain de romans policiers historiques, de littérature générale, de fantastique et de fantasy.

Descendant du médecin-major Jean-Quenin Brémond, qu’il met en scène dans ses récits policiers historiques, Armand Cabasson exerce au quotidien une profession de psychiatre, particulièrement dédiée à l’aide apportée aux enfants et aux adolescents en difficulté. Côté plume, il s’est particulièrement illustré dans le roman policier historique, où il transcrit notamment sa passion pour l’époque napoléonienne. Il a ainsi créé un cycle romanesque, inauguré par le roman « Les Proies de l’officier » en 2002, où un personnage récurrent, le capitaine humaniste Quentin Margont, évoque ses souvenirs des grandes batailles et des enquêtes qu’il a été amené à y conduire. La série a été traduite en anglais et est en cours de traduction en espagnol.

Armand Cabasson est également l’auteur de nombreuses nouvelles relevant de divers genres littéraires, notamment la fantasy. Il figure ainsi au sommaire de l’anthologie « Rois et capitaines » parue en 2009 dans le cadre du festival des Imaginales d’Épinal avec son texte « Serpent-bélier. »

Émotion

Krokodil

de Laloy-Gyronnase
Broché – 12 novembre 2021
Éditeur : Librinova

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Policier à Bouches-Ville, Poli Gyronnase s’efforce, jour après jour, d’accomplir sa difficile mission de flic. Mais ce qui était une vocation n’est pas loin de devenir un calvaire pour cet homme idéaliste, désabusé face aux absurdités et aux manquements répétés de ses deux hiérarchies : la police et la justice. Pourtant, pas question de s’épancher dans ce milieu « dur… mais injuste » ni de confier ses tourments à son épouse Ornella, qu’il veut protéger à tout prix. Alors, plongé dans son « Ifaune », il se réfugie dans l’écriture, rêvant de rejoindre un jour les auteurs qu’il croise sur le Net. Sa rencontre virtuelle, aussi instantanée qu’addictive avec l’étrange et obsédante Yola Lorennz, va remettre en cause toute sa vie… De tragédies en révélations époustouflantes, sa descente aux enfers fera de lui un autre homme. Rozenn Laloy, la plus espiègle des romancières bretonnes, Poli Gyronnase, le plus fantasque des policiers marseillais… Ils n’avaient rien en commun… rien, sauf l’écriture à contrepied, au service d’un même regard lucide sur la comédie humaine. Leurs plumes entremêlées livrent ici un roman-témoignage poignant, dérangeant, déjanté qui laisse knock-out. Quand la fiction se perd dans le réel, quand le réel se crée dans la fiction… le monde se transforme à l’infini.

 

2022_012_Laloy-Gyronase - Krokodil

 

Je viens de terminer “Krokodil” et je ne sais toujours pas si je dois en rire ou en pleurer…

J’ai découvert Poly Gyronnase avec “Le monde des fous est infinis”, dont j’avais apprécié la plume… Dans ce préquel à son premier roman, deux mains viennent s’ajouter au récit, celles de Rozenn Laloy, donnant un rythme très fluide au récit, car vous l’aurez compris, le style de Rozenn est très différent de celui de Poli, elle amène un côté très sensuel, voire érotique parfois. Quelle belle idée d’avoir mélangé deux styles pourtant si complémentaires !

Fiction ou réalité ?
Mi-réalité ou mi-fiction ?
Qu’importe.
Les deux auteurs se donnent à fond pour nous transmettre “leurs” réalités, “leurs” envies de transmettre, le bon comme le pire pour exsuder les horreurs vécues ou rencontrées, écrire pour moins souffrir, oui, peut-être…

J’ai appréhendé cette histoire, plus comme un témoignage qu’il leur fallait nous transmettre, plus qu’un roman et j’ai “vécu” ce récit passant du rire à la tristesse, en lisant des valeurs que je comprends et que je soutiens. Une histoire lumineuse et sombre à la fois, très différente de mes lectures habituelles. Cette lecture m’a aussi rassuré sur de nombreux points, et aussi… Poli, Rozenn, malgré ce que l’on cherche à nous faire croire, nous sommes nombreux comme vous !

Poli est un “flic” marseillais depuis plusieurs années, les dérives et les différentes aberrations du Système le mettent hors de lui. Il était entré dans la police, pour sauver la veuve et l’orphelin, combattre le mal et arrêter des malfaisants, et il se retrouve dans son quotidien à interroger des interpellés “en garde à vue” et à entasser de la paperasse, alors que, bien que coupables, ils repartent avec le sourire ! Il a fait une demande de mutation à la “Crime”, et pour son équilibre, en attendant, il a besoin d’écrire des histoires, pour ne pas se perdre… Un jour, il “rencontre” sur le Net Yola et très vite, ils vont correspondre très régulièrement. Qui est cette mystérieuse et sensuelle Yola, qui va petit à petit lui faire changer sa perception de la vie ?

Malgré des sujets durs et délicats, Rozenn et Poli n’hésitent pas à utiliser l’humour comme pour cacher toute cette noirceur, et c’est aussi avec beaucoup de sensibilité qu’ils traitent leurs sujets…

Alors malgré cette étonnante rencontre, oui, un flic écrivain et une spécialiste des romances, non seulement arrivent à bien s’entendre, mais surtout ont réussi à composer cette partition à quatre mains aussi innovante et surprenante que bluffante

Je recommande Krokodil, qui m’a fait passer un moment intense de lecture et de réflexion. Un grand merci aussi à Rozenn pour être entrée en contact avec moi…

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Extraits :

« Vole comme un papillon, pique comme une abeille… »

« Je ne raconte pas mes journées de travail à Ornella… Ou alors, j’édulcore mes propos, je lui en sers la version « Light ». Je la protège en lui cachant la réalité de mon métier, les horreurs que je suis amené à constater tous les jours.
Je ne lui ai jamais avoué non plus que, pour tenir le coup, j’écris régulièrement en cachette. Je ne veux pas qu’elle lise mes textes et qu’elle comprenne que mon métier me confronte sans relâche à l’absurdité de ce monde, un monde pourri, vicieux, dans lequel j’erre sans fin.
Je l’aime tant Ornella, je ne veux pas la décevoir. Je ne veux pas lui révéler mes doutes, mes peurs, mes failles. »

« Lorsque je suis entré dans la police, c’était pour sauver la veuve et l’orphelin, combattre le mal et arrêter des malfaisants. Je me suis vite rendu compte que les gouvernements utilisaient la police à leur guise. Ils font ce qu’ils veulent de nous. Cependant, je garde à l’esprit ce pour quoi j’ai intégré ce métier : lutter contre le mal. Alors, même si je sais que je suis utilisé, je fais avec. Je ne sers pas un système, je fais en sorte qu’il tienne, même s’il est bancal, parce que sans nous, les flics, ce serait le chaos ! »

« – Oser, Poli, oser ! Oser regarder la vérité en face, oser en tirer les conclusions évidentes, oser refuser de poursuivre ce jeu de dupes, où seul un petit nombre de nantis, une caste initiée, s’épanouit sans limite, quand tant d’autres peinent et souffrent sans espoir ! Se révolter contre cet ordre qui ne mène qu’au chaos ! Et dont tu es, toi et tes semblables, le serviteur aveugle… ou qui ne veut pas voir, n’est-ce pas ?
– Mais comment veux-tu qu’un petit flic de mon acabit puisse « oser » comme tu le dis et se révolter ? Nous n’avons même pas le droit de grève !
– Mon Dieu ! La belle affaire ! Depuis quand faut-il une autorisation pour se rebeller ? »

 

 

Rozenn LALOY a toujours eu beaucoup d’imagination et de style, au point que ses professeurs l’ont encouragée tout au long de ses études à livrer par écrit toutes ces histoires qui lui trottaient dans la tête.

Son premier roman « Marie et le Loup », une romance champêtre, a remporté le deuxième prix du concours « Romancière 2019 », organisé conjointement par les Editions Jean-Claude Lattès et la plateforme Librinova.

En 2020, elle publie « Le Chapeau d’Indiana », une romance contemporaine déclinée en deux tomes :

« Bleu et Chaud à la fois » et « A perdre la raison ».

Curieuse de découvrir de nouveaux registres d’écriture, elle travaille sur des projets très différents de ses premiers ouvrages.

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Poli GYRONNASE a 50 ans, il est marié et père de deux filles. C’est l’écriture qui l’a sauvé et permis de tenir le coup pendant 18 ans au sein de la Police Nationale. Ne soupçonnant plus aucun avenir dans cette ingrate profession, sa démission coulait de source. En se reconvertissant dans un univers plus feutré, celui de la banque assurance, il peut assurer l’avenir de ses enfants, en toute sérénité. En réalité, Poli apprécie son nouveau métier, mais il lui manque son côté fantasque. Ses écrits salvateurs ont réveillé en lui son sens de l’originalité et de l’abracadabrantesque. Il a pris goût à l’écriture au point d’en devenir addict. C’est au cours de cette nouvelle carrière de financier que Poli a tout compris.  » Il aurait voulu être un auteur, pour pouvoir inventer sa vie. Il aurait voulu être un artiste. »

Il se lance dans l’aventure de l’auto-publication avec la maison d’auto-édition Librinova, il accomplit un rêve en auto éditant son manuscrit « le monde des fous est infini ».

Le monde des fous est infini

 

Drame, Suspense

30 secondes…

de Xavier Massé
Poche – 17 février 2022
Éditeur : Taurnada

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30 secondes… Les 30 dernières secondes les plus importantes de sa vie. Les 30 dernières secondes de leur vie. Les 30 dernières secondes dont il arrive à se souvenir. 30 secondes… c’est le laps de temps qu’il leur a fallu pour avoir cet accident. 30 secondes, c’est le temps dont dispose Billy pour retrouver la femme de sa vie… disparue…

 

2022_012_Massé Xavier - 30 secondes…

 

Encore une fois, un grand merci aux éditions Taurnada qui m’ont permis la lecture de ce polar en avant-première.

J’avais déjà lu deux romans de Xavier Massé, et je dois dire qu’à chaque fois, ce fut une très belle surprise !
Ce roman très noir au suspense constant, ne déroge pas à la règle…
Mais où donc va-t-il chercher tout ça !

Suite à un grave accident de voiture, Billy, jeune joueur de football américain à l’avenir très prometteur, se réveille à l’hôpital. Il n’a plus aucun souvenir sauf celui de la présence de sa fiancée, Tina, au moment de l’impact. Sa première question au médecin qui le suit concerne la santé de Tina, il veut absolument savoir si elle est en bonne santé, et dans quelle chambre se trouve-t-elle.
Le médecin lui répond alors, qu’il se trouvait seul dans le véhicule lors de l’accident !
Commence alors pour Billy, un travail de recherche intérieur à l’aide de son médecin neurologue et hypnothérapeute. Mais Billy reste persuadé que Tina était bien dans le véhicule avec lui.
Il décide alors de quitter l’hôpital et de faire ses propres recherches… Est-ce la bonne solution ?

Xavier a construit un véritable labyrinthe. Impossible d’anticiper sur quoi que ce soit, malgré toutes les suppositions qui me venaient à l’esprit. Certains retournements de situation sont de véritables claques !
La construction du récit, fluide et originale, je ne me suis ennuyé à aucun moment, au contraire, ça va très vite et je voulais en savoir à chaque fois davantage. Tout est cohérent et parfaitement mené.

Saurez-vous deviner les énigmes disséminées tout le long du récit, avant les explications du médecin ?

Un “petit bijou” qui ravira tout type de lecteurs !

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Extraits :

« Dans mon esprit, je n’ai qu’une image qui me reste : Tina. Ma belle italienne. Malgré son caractère, je sais qu’elle est fragile. Ne pas savoir où elle est m’angoisse. Je suis fébrile. Je ne suis rien sans elle. S’il lui est arrivé quelque chose, je ne me le pardonnerai jamais…
Mon amour, où es-tu ? »

« Il fait sombre, la porte d’entrée s’ouvre et il faut quelques secondes avant de la voir sortir. Toute tremblante, elle hésite. Elle finit par faire un pas après l’autre et mettre le pied dehors… Apeurée au milieu de cette nuit, elle regarde partout. Son visage est dégoulinant de sang. Tel un zombie, Tina avance en direction de son véhicule. Elle est terrifiée, horrifiée. À chaque pas, on peut entendre de légers gémissements de peur, de dégoût, de douleur. Chacun de ses mouvements est orchestré par des spasmes. Titubant jusqu’à la portière, elle grimpe dans sa voiture. »

« De grands traumatismes engendrent parfois des troubles psychologiques. Il se peut qu’en parallèle du syndrome du cœur brisé… Vous ayez été confrontée à une EMI : une expérience de mort imminente. Ce soir-là, je vous l’ai dit, les équipes de réanimation on cru vous perdre. L’EMI est un carrefour où se croisent les interprétations physiologiques ou psychologiques. Lorsqu’on aborde la mort de près et qu’on se situe à sa frontière, il peut se passer des événements étranges et inexpliqués. Des patients revivent en rêve des instants de leur réalité, souvenirs souvent déformés. Vous avez déjà entendu parler de tunnel ou de lumière… mais certains cas, parfois, révèlent d’autres symptômes. On parle de rencontre avec des personnes décédées ou des “êtres de lumière”, remémoration en accéléré de sa propre existence, prise de conscience… »

 

 

Né en 1977 à Roussillon (Isère), Xavier Massé est un écrivain à l’imagination débordante. Passionné par le cinéma et la littérature, il devient très tôt fan du genre thriller, avec un goût toujours plus prononcé pour les scénarios complexes. Il sort en 2016 “Répercussions”, qui remporte le prix du 1er roman Dora-Suarez 2018. Il décide de continuer l’aventure avec “L’Inconnue de l’équation”, un huis clos qui ne laisse aucun répit au lecteur.

Drame, Noir, Philosophique

Presque le silence

de Julie Estève
Broché – 12 janvier 2022
Éditeur : Stock

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« Les mots m’étranglent. J’ai mal : tête, ventre, tout le temps. Je suis un calvaire de treize ans, un mètre cinquante, quarante kilos qui se brisent. Je ne ressemble à rien sinon à une laideur bizarre. Ce n’est pas avec cette gueule-là que je vais pécho Camille Leygues. Il est dans ma classe cette année et il me déteste, comme tout le monde. »

Cassandre est rousse, frisée et haïe des autres enfants. On l’appelle le Caniche. Elle aime Camille, un garçon très beau et fou de chevaux. Un jour, elle se rend chez un voyant pour connaître son avenir. Mais la séance tourne mal. Le cartomancien lui révèle cinq prophéties terrifiantes qui ne cesseront, au cours de sa vie, de la hanter.

Presque le silence raconte la vie d’une femme en dix chapitres, de son enfance à sa mort. Une vie qui traverse dix grandes pertes, l’amour fou et les deuils. Une vie mêlée au sort des hommes, des animaux et des arbres où les tourments de l’âme sont les miroirs de l’effondrement du monde.

 

2022_011_Estève Julie - Presque le silence

 

J’ai entamé le roman ce matin dans les transports pour me rendre sur mon lieu de travail. Très vite, il a fallu que je m’arrête. Je ne comprenais rien à ce que je lisais… Ça me semblait brouillon, trop de tout, trop à la fois !
J’ai tout stoppé et j’ai repris le récit depuis le début, plus doucement, j’articulais alors, les phrases avec mon esprit, plutôt que de les lire dans la tête…

Et là, tout a changé.
Le livre s’est ouvert à moi comme par magie et j’y ai découvert une nouvelle Julie !

Comme je suis heureux d’avoir insisté. Il s’est passé quelque chose durant ma lecture. Ce style surprenant qui m’a bousculé au départ, finalement, je l’ai adoré et surtout, il se justifie pour cette histoire très forte en émotions… Julie a utilisé un style très atypique que je n’avais jamais eu l’occasion de lire, d’ailleurs peut-être, l’a-t-elle créé ?

À quel moment, un roman se transforme-t-il en œuvre ?
Voilà la question que je me suis posé finalement en cours de lecture !

Presque le silence, quel titre !
Dès que j’ai entendu parler de sa sortie, je savais que j’allais le lire, et c’est vraiment le titre qui m’a “appelé”.
Je m’attendais à un roman doux, un roman sage… Le silence…

Mais le “Presque” s’est glissé au début du roman. C’est lui qui dirigera, c’est lui qui déterminera le futur du récit, et quel récit !

Cassandre est rousse. Elle est frisée aussi, donc naturellement haïe par tous les autres enfants.
On se moque d’elle, on la bouscule dans la cour de récréation, dans les escaliers, elle subira le pire durant toute son enfance…
Elle consulte un cartomancien qui, lui révèle cinq prophéties terrifiantes qui ne cesseront, au cours de sa vie, de la hanter.
L’adolescence lui amènera d’autres problèmes avant d’appréhender ceux de sa vie d’adulte. Tout ne sera que doute et peur…

Comment Cassandre, un être si sensible peut-elle survivre à tout ça ?
Elle qui ne cherchait qu’à être aimée pour pouvoir aimer à son tour…

Elle ne cessera, mais en vain, d’essayer de dévier de cette malédiction qui pèse sur ses frêles épaules… et se battra ainsi seule contre tous, jusqu’au final du roman qui m’a pris les tripes et le cœur.
Chaque phrase est un frisson, chaque mot vous enlisera dans les tourments de votre âme, chaque point n’est là que pour mieux faire jaillir la phrase suivante, telle une boucle infernale choisie par l’auteure, qui va même jusqu’à réduire ses chapitres à la plus simple expression.
À certains moments, j’ai même imaginé Julie envoûtée, souffrant d’une tachypsychie “écrite” !
Mais il sera trop tard, vous ne pourrez plus poser votre roman, toutes les images seront dans votre esprit, et vous n’aurez que le choix d’aller jusqu’au bout, mais je vous aurez prévenu… “Presque” domine tout le récit !

Alors, plus j’avançais, plus j’avais envie de me boucher les oreilles. Julie se sert de sa puissance romanesque comme une symphonie qui va crescendo, jouant avec le monde entier, les animaux, la nature, tous les êtres humains…
Jusqu’au silence tellement attendu…

Et si Cassandre était simplement une “part” de chacun d’entre nous ?

ÉNORME COUP DE CŒUR pour ce roman très sombre, il est vrai.
Mais à travers toute cette noirceur, j’ai vu une lumière pleine d’amour et de tendresse…

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Extraits :

« Ça a commencé dans les forêts tropicales et les mangroves en Guyane. Des œufs. Des tas d’œufs. Ils étaient des millions, des montagnes. Les œufs sont devenus des chenilles moches qui ont mangé les feuilles des arbres dont les palétuviers des marais. Leur abdomen était gonflé, leurs poils épais, elles avaient trois paires de pattes.
Pendant des kilomètres, la forêt fut recouverte de ces choses. Elle fut dévorée. La forêt : des troncs et des branches vides.
Un jour, les chenilles se sont changées en papillon de nuit, trapus, triangulaires. Ils étaient jaune et marron. Au crépuscule, ils ont volé vers les villes. »

« Chaque matin depuis deux mois, je me réveille amnésique. Pendant quelques secondes magnifiques, ma mère n’est pas malade, puis tout se casse la gueule et je tombe dans un trou grand, profond et noir. L’angoisse colle au cul de ma raison. Je ressasse la phrase du voyant, ”ta mère va mourir“. Je suis coincée dans cette phrase. Je réfléchis à l’envers. Je me remets à prier les dieux. Je les supplie de sauver ma mère. De tromper le destin, de changer les cartes. J’en suis là, débile, noyée dans l’absurdité. »

« J’ai 35 ans, je suis enceinte. Je l’annonce à Camille un matin sans soleil. Un sourire dérègle son visage. Je ne reconnais pas ses traits. L’ensemble est dévoré par une joie qui a l’air de la peur. Il m’entoure de ses bras. Pose son front contre le mien. Quitte le lit et s’en va sur le dos de Zambia. Il revient cinq heures après, épuisé, la tête remplie de deuils et d’avenir.
De mon côté, je pleure avec un fœtus dans le ventre. Je déverse sur les draps des larmes inquiètes. Je suis à la fois un horizon et un clapier. Quelque chose meurt en moi pendant qu’un être devient. Je ne serai plus jamais une enfant, la vie qui loge en bas me retire ma couronne. Je laisse à ce fœtus toute la place. J’ai tant besoin de ma mère. Des mots, des mains de ma mère. »

« Je survis grâce à l’amour, aux lettres que Camille m’écrit chaque semaine. Elles me raniment. Je vous ai montré les cœurs de mon fils au bas des pages ? Dans l’enveloppe, ils mettent toujours un peu de ma terre rouge. Je la lèche, vous savez, ça me remplit. »

 

 

Titulaire d’un DEA d’Histoire de l’Art à l’Université Paris IV-Sorbonne (2004), Julie Estève est journaliste spécialiste d’art contemporain.

Elle est auteur de catalogues d’exposition, de contes pour enfants.

Presque le silence est le troisième roman de Julie Estève. Ses deux précédents livres, Moro-sphinx (Stock, 2016) et Simple (Stock, 2018), ont été très remarqués par la presse.

Facebook : https://www.facebook.com/esteve.julie

Émotion, Cercle littéraire, Polar, Romance

Sœurs de sable

de Stéphane Héaume
Broché – 7 avril 2021
Éditeur : Payot & Rivages

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1958, une station balnéaire écrasée de chaleur. 2018, un surprenant huis clos au décor raffiné. Rose et Amelia, deux femmes malmenées par la vie et que soixante ans séparent n’ont, on pourrait le croire, rien en commun. Pourtant, un homme, un secret, un cadavre vont relier leurs existences et changer leur destin.
En donnant corps à deux turbulentes héroïnes dans un univers plein de mystère, Stéphane Héaume nous prouve, avec malice et fantaisie, qu’il faut toujours se méfier de l’eau qui dort.

Stéphane Héaume est l’auteur de plusieurs romans dont «Le Clos Lothar» (Zulma, 2002, prix du jury Jean-Giono et prix Emmanuel-Roblès) et «Sheridan Square» (Seuil, 2012, prix de la Ville de Deauville).

 

2022_010_Héaume Stéphane - Sœurs de sable

 

Un roman très agréable, au charme désuet, qui m’a rappelé les films adaptés des romans d’Agatha Christie… On y retrouve cette ambiance balnéaire méditerranéenne bien particulière, les hommes en costumes, les femmes avec leurs belles robes et leurs chapeaux, les villas, les hôtels de luxe perchés au milieu des rochers entre les pins… Mais il n’y a pas que ça… Vous croiserez un nain magicien, un très beau Zippo en argent gravé de deux initiales, deux sœurs qui se détestent, des langoustes aussi ! et vous ferez même un voyage en première classe dans un Zeppelin en direction de Porfou… Toutes les descriptions sont méticuleuses et délicieuses.

Stéphane Héaume, m’a emporté, transporté même, dans son récit qui navigue au rythme des chapitres entre passé et présent, jusqu’à “LA” rencontre attendue, la fusion de deux époques qui ne demandaient qu’à se croiser…

Fa, mi.
Fa, mi, do dièse.
Fa, mi, do dièse.

La musique est très importante aussi, elle est partout. Entre les lignes, entre les mots…
Chaque phrase résonne telle une mélodie, s’enchaînant les unes aux autres. Donnant l’impression parfois d’une poésie. Stéphane est un musicien et cela s’entend !

Rose est écrivain, Amélia journaliste, deux femmes, deux époques différentes, 1958, 2018. Chacune vit un parcours difficile, paraissant au premier abord très différent… En réalité, leur destin est lié par un homme étrange, un homme qui pourrait bien changer leur destin.

Venez donc vous installer à la terrasse du Grand Café de la Plage. Observez-les… Ces hommes, ces femmes qui se croisent, qui se bousculent, qui s’ignorent ou qui se haïssent. Regardez bien ce ballet incessant, au rythme des marées, des vagues et du ressac…
Vous la voyez ?
Mais oui, c’est bien Rose qui est là, au milieu de la plage, dans sa robe blanche, un verre à la main. Que fait-elle ?
Non, vous ne rêvez pas… Elle danse.
Elle danse, car contrairement aux autres jours, aujourd’hui elle est heureuse… elle pense à l’homme aux yeux verts qu’elle vient de rencontrer… Sa voix douce et grave résonne encore dans son esprit.

Une lecture au rythme lancinant et addictif, une ambiance donnant un côté immersif au roman, un mystère qui nous tient en haleine, des personnages très marqués dans leurs personnalités, des situations originales. Le sable est doux au soleil, mais il cache bien des mystères…

“Sœurs de sables”, une histoire qui mériterait de compléter votre bibliothèque !

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Extraits :

« Ce matin, tout semblait immobile. Ce n’était pas normal. Il y avait bien, à demi dissimulées sous les tamaris et les cyprès de la promenade des Italiens, assises sur des bancs, deux ou trois silhouettes avec leurs chiens, mais Rose ne les reconnut pas. C’était trop éloigné, trop flou. Elle voyait mieux le croissant blond de la plage niché au pied du quai principale où s’alignait les boutiques encore fermées et les restaurants. Bientôt, d’autres silhouettes y viendraient pour se dévêtir, s’enduire de crème, s’allonger, se baigner – rituel avide en cette fin d’été. »

« … ce voyage à Porfou ne me fait pas grimacer, il libère des souvenirs protégés, des parfums que j’avais mis sous clef, un visage, un sourire, le sourire d’une femme qui hante mes nuits et mes désirs enfuis, ce visage que vous avez vu, cette femme dont je peux bien vous parler, maintenant, vous avez tout fait pour, cette femme s’appelait Rose – y a-t-il plus beau prénom ? … »

« Il opéra un rétablissement fulgurant dans une grande gerbe d’eau et s’assit sur le banc. Rose était toute mouillée. Elle riait nerveusement. Son châle détrempé, à présent transparent, laissait voir ses petits seins, sa peau fine, cachés au monde depuis si longtemps, enfermés, clos comme les volets de son hôtel, étrangers aux mouvements de la vie. Rose était un animal traqué. Un cœur traqué. Un corps craqué oublié dans les remises obscures de sa très vieille solitude. »

« Tous les deux seuls dans le théâtre vide. Ils ont marché longtemps. Ils ont partagé leurs blessures dans la fulgurance, l’évidence de la rencontre. Frère et sœur, voilà ce qu’ils seront. Sans jamais se le dire. Ils n’ont pas eu le courage de grimper jusqu’au cirque – ils iront demain. Rester dans le vent, se perdre dans le rivage lointain, se bercer du mouvement des vagues qui montent à l’assaut de la lame noir des roches. Avancer dans le parfum de la pinède et des aiguilles chauffées par le soleil. Se jeter vers l’horizon. Se liguer contre leurs fêlures. »

 

 

Stéphane Héaume, né à Paris en 1971, est un romancier français.

Il a été résident au Domaine de La Prée (Indre) entre 2000 et 2002 (résidence d’artistes parrainée par l’Académie des Beaux-Arts).
Après plusieurs années passées à New York et en Afrique, il vit aujourd’hui à Paris.

Il est l’auteur de plusieurs romans :
Le Clos Lothar (Zulma, 2002, Prix du jury Jean-Giono 2002 et Prix Emmanuel-Roblès 2003),
Orkhidos (Zulma, 2004),
Le Fou de Printzberg (Anne Carrière, 2006),
Le Contemplateur (Anne Carrière, 2007)
et La Nuit de Fort-Haggar (Seuil, 2009).

Il écrit également des textes pour la musique.
Avec le compositeur Thierry ESCAICH (né en 1965) :
Valse désarticulée (Théâtre du Lierre, 2007).
Avec le compositeur Richard DUBUGNON (né en 1968) :
Tryptique (Royal Academy of London, 1999 ; reprise à Radio France, 2008), Le Voyage écarlate (La Péniche Opéra, 2002 ; reprise au Festival d’Aix-en-Provence, 2005), Cantata Oscura (Espace Cardin, 2005 ; reprise à Radio France, 2005) et Le Songe Salinas, symphonie lyrique pour mezzo-soprano et orchestre (Théâtre des Champs-Elysées, 2009).